I.IMI'ITME II. SI
des anciens ordres détruits par !a Révolution, a été une des œuvres les plus condamnables du premier consul Bonaparte (i).
(!) Si j'avais été étranger à la Légion d'honneur, j'aurai» hésité à proposer la suppression de cette institution ; car il n'eût pas manqué de gens pour dire que c'était un sentiment d'envie qui m'inspirait celle proposition. Afin de leur épargner une méchanceté, si cela est possible, je les préviens que j'ai été fait Officier de la Légion d'honneur, et ne leur laisse que la ressource de dire que j'ai cherché cette singulière façon de le Taire savoir ou bien encore que j'aurais voulu élre Grand'eroix. Quoique je pense m'ètre rendu utile par l'espèce de services qui, profitant à tous excepté à celui qui les rend comme on doit les rendre, pourrait porter le mieux les récompenses honorifiques, j'avoue que je croirais valoir davantage si je les avais dédaignées.
il y a peu d'années, il existait 1G1 ordres avec décorations et colliers ou rubans plus ou moins beaux. S4 ont disparu récemment avec les Souverains liélrnnés des Deui-Siciles, du Hanovre, de la Hesse électorale, du Mexique, de Modène, de .Nassau, de Parme et de Toscane. Il n'en reste plus que 127 dont voici !a répartilion sur la planète : 110 ou la presque totalité pour l'Europe, c'est-à-dire pour une portion minime mais la plus éclairée, et 1 1 seulement pour le vaste mais obscur reste du globe (1 pour la Chine, I pour les indigènes des Indes orientales britanniques, I pour la Perse, i pour l'Egypte, 1 pour Tunis et C pour le Brésil). On voit que, dans tout le nouveau continent, un Empire seul est doté de cet instrument gouvernemental. Les Républiques n'en ont que faire : exceptons pourtant, sur notre vieux continent, la République de Saint-Marin, qui a éprouvé, en 1859, le besoin de s illustrer en fondant un ordre de rhevalerie. Notre première République avait naturellement supprimé les ordres français, et c'est pourquoi Bonaparte en a fondé un qui a fleuri plus que ses devanciers. Des 116 ordres européens, r>l sont allemands. La Bavière en n 12 dont 4 pour les dames, et la Prusse 1 1 dont S pour les dames. Après la Prusse vient l'Kspagne, qui en possède !0. Nn« voisins auraient donr nu la
CHAPITES U.
Faut-il renouveler k mesure par laquelle, après Février 1818, la Gouvernement provisoire décréta l'abolition des titres de noblesse? En voyant paraître ce décret, quelqu'un s'écria : n J'aurais plutôt décrété que h tgut le monde pourrait désormais s'appeler Duc ou a Marquis. » La sottise des titres de noblesse n'est pas de celles qu'on tue. par des décrets ou par dea. plaisanteries : ce devrait être au silence et au mépris d'en faire justice. La Hépubliquo doit-elle daigner décréter sur une aussi petite matière ? Si je me f rompe et que la chose ait plus d'importance que je ne lui en attribue, peut-être suffirait-il de décréter que la loi ne reconnaît pas les titres de noblesse dans les actes publics. Quant à la simple particule de, dont beaucoup de gens sont encore fiers, il n'y a a s'en occuper d'aucune façon : elle est déjà descendue et elle continuera de descendre de plus en plus jusque dans les dernières conditions, comme son correspondant van du vieux flamand, qui , honteux de no plus rien signifier, a fini par s'incorporer dans heaucoup de noms dont il se détachait primitivement.
La question de savoir quelle est la part d'intervention qui doit être attribuée aux gouvernements dans la réglementation de l'activité sociale, no comporte pas une solution absolue ; car elle est dépendante dea
un» coupe des plus belles \ exécuter, s'ils n'avaient commis l'impardonnable faute de laisser confisquer leur Révolution de septembre 1808 pur leurs fanfarons militaires.
tlf* PITRE II.
JS9
tempa et des divers degrés d'instruction et de moralité auxquels les sociétés pont parvenues. Voici toutefois le principe général que l'on doit poser en cette matière : les gouvernements doivent faire, en vue de l'utilité commune , tout ce que les individus SQnt encore incapables de faire, mais cala seulement, et ils doivent travailler en raâme tempa a los en rendre capables, Par conséquent l'intervention des gouyer, nementsdoit être restreinte à mesure que l'Instruction et la moralité des populations augmentent, en sorte qu'elle devrait unir par devenir nulle ai jamais les hommos pouvaient devenir tous parfaitement éclairés et moraux, On voit combien ce principe fondamental de réduction progressive de l'action centrale à mesure que les hommes s'éclairent et se moralisent, est opposé, à la pratique de la plupart des gouvernements existants et aux théories que mettent en vogue içs écrivains de camps souvent fort différants (I). Deux grands
()) Quoi da plus sensé que las relierions suivantes de Channing, de pet iioramc que j'appellerais un des plus pmds antre les moralistes des temps anciens et modernes, si, epres qu'il 4 eu le courage de rejeter tous les dogmes du christianisme, il ne lui avait manqué celui d'avouer qu'il n'Était plus chrétien? Voici contaient il définit le rôle du gouvernement ; * Sa fonçtipq i propre, sa fonction la plus relevée, c'est de veiller sur les
■ libertés de tous et de chacun, c'est d'ouvrir a. une. société N
■ champ la plus vaste pour l'exercice de toutes las forces qu'elle 1 renferme. Set chaînes et ses prisons mêmes ont la liberté « générale pour objet. Elles sont justes seulement H"»*! ou les
■ emploie à. mettre un frein ft l'oppressif)!» et j l'injmtiue, ».
services publics sont de nature à ne pouvoir jamais être abandonnés aux individus, je veux parler de l'ad-
« désarmer celui qui a un cœur de tyran, s'il n'en a pas le « pouvoir, qui fait la guerre aui droits d'autrui, qui, en s'alla, n quant à la propriété 011 à la rie, voudrait substituer la forée a aurègne des lois équitables, l.a liberté, nous le répétons, est u la fin du gouverne ment. Pousser l'homme a la domination d.; « soi-même est la fin de toute autre domination, et celui qui o voudrait river sur lui l'arbitraire de sa volonté est son plus u funeste ennemi Nous sommes loin de le contester, nous
* le soutenons même avec conviction, le gouvernement est un « grand bien, il est essentiel au bonheur des hommes; mais il « accomplit son bien principalement par une influence négative, u en réprimant l'injustice et lu crime, en préservant la propriété u de toute atteinte et en écartant ainsi les obstacles au )ibr<!
* exercice des facultés humaines. U ne confère que peu d'avan- « lages positifs. Sa mission est non de procurer le bonheur, mais
* de fournir aux hommes l'occasion de travailler a leur bonheur à par eux-mêmes. Le gouvernement ressemble à l'enceinte qui n entoure nos terres; c'est une protection indispensable, niiiis n elle ne fait pas pousser la moisson ni mûrir les fruits. C'est il « l'individu a décider si l'enclos sera un paradis ou un désert. « Combien est peu positif le bien que le gouvernement est u capable d'accorder! Il ne labuurc pas nos champs, il ne bâtit ii pas nos maisons, il ne noue pas les liens qui nous attachent il « nos familles, il ne donne pas le désintéressement au ca?ur ni o l'énergie a l'intelligence et a la volonté. Tous nos grands o intérêts sont abandonnés u nous-mêmes, et les gouverneii ments, quand ils s'en sont mêlés, leur ont apporté plus
* d'entraves qu'ils ne les ont fait avancer. Par exemple ils n'ont b pris la religion sous leur protection que pour la défigurer.
■ De même l'éducation, dans leurs mains, n'a généralement
■ fait que propager des maximes de servitude et prêter appui à a d'anciennes erreurs. De la même façon, ils ont paralysé h' a commerce par leurs soins et leurs encouragements, ot ils ont o accru le paupérisme par leurs expédients pour le soulager l.« > gouvernement a presque toujours été une barrière contre
CIUWTHE il.
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miiiistratioii de la justice et de l'organisation d'une force suffisante pour faire exécuter en temps ordinaire les sentences rendues par les magistrats, organes do la loi, et pour défendre extraordinairement l'indépendance de la patrie si elle venait à être attaquée. Mais il est plusieurs autres services publics, que les gou* ve moments se sont attribués, et dont l'utilité et la convenance peuvent être reconnues ou contestées selon les temps et l'état des mœurs. Appliquant ces considérations aux principales sociétés européennes actuelles et particulièrement à la France, je conçois, pour le temps présent, la nécessité de ces quatre grands services publics : Instruction, Justice, Force, Travaux ; à quoi il faut ajouter une administration des Finances de l'État, qui, sans être directement et à proprement parler un service public, est le moyen indispensable à l'exercice da tous les autres. Je vais traiter successivement de toutes ces matières, et en même temps indiquer les nombreuses réformes qu'il est nécessaire d'y apporter.
* laquelle l'intelligent»! a eu à lutter, et la société a dû ses n principaux progrès aux individualités privées, qui ont laissé o derrière elles leurs chefs et les ont graduellement surpassés, a n leur confusion, en vérité et en sagesse. * {Remarqua wr la vie et le caractère de Napoléon Bonaparte, 2 n * partie, traduction de M. François Van Heenen, Bruxelles, 1867.)
1NBÏHUCTI0K PUBLIQUE.
En attendant que vionne le plus tôt possible le jour où la République, ayant jeté de profondes et fortes racines dans les idées et les habitudes et ne comptant plus que de rares et impuissants ennemie, pourra se reposer du soin de conserver et de grossir le trésor des lumières sur la liberté seule de l'activité des individus ou des associations particulières ou des communes, le service transitoire de l'Instruction publique doit être maintenu en Franco concurremment avec U liberté, plus entière et plus Vraie qu'elle tte l'a été jusqu'ici, de l'enseignement privé. L'état intellectuel du gros de la nation et le mauvais vouloir des nom' breux adversaire de l'instruction pupulaire ne permettent pas de douter que la chose publique courrait un grand danger, si, dans la situation présente, on se contentait de proclamer la liberté de l'enseignement, qui ne profiterait guère alors qu'ans ennemis de toute liberté. Ou sait que rien ne leur coûte pour assurer les moyens de leur propagande, et que la gratuité de
64 chapitre ni.
leurs écoles est le principal appât par lequel les classes populaires, quoique peu sympathiques qu'elles leur soient, se laissent prendre pour livrer des enfants qui ainsi élevés continuent dans ces mêmes classes le règne de la superstition. L'InstrucIion publique sera donc grandement organisée par l'État lui-même et, pour la majeure partie, à ses frais : là est le salut et l'espoir de la République; car, si la masse de la nation no sortait pas de son ignorance actuelle, elle sérail sans cesse exposée à redevenir la proie du despotisme monarchique. Ou verra dans un instant que je n'entends point par là assurer à l'Etat le monopole de l'enseignement.
Mais d'abord je dois dire quelques mots du système de l'instruction primaire obligatoire, parce qu'un trop grand nombre de nos amis politiques me semblent èlre à cet égard dans une fâcheuse erreur quand ils demandent que l'on introduise chez nous des moyens coercitifs, empruntés à d'autres pays qui s'accommodent des réglementations autoritaires et au besoin se courbent assez pour recevoir la schlague (1). Ce système est contraire aux principes essentiels à un vrai régime républicain, et opposé aux droits naturels
(I) Dans plusieurs Étais allemands, où la loi déclare l'instruction obligataire, elle interdit le mariage à ceux qui ne possèdent pas un certain minimum de fortune. Dans la France raonarchimie, le pouvoir l'était r.rro((é ce droit à l'égard des officiers de l'année.
dont un père de famille, comprenant toute la dignité do cette qualité, ne doit jamais se laisser déposséder, parce qu'ils sont indispensables à l'accomplissement de ses devoirs. C'est assurément, pour un père, un devoir sacré, un des premiers devoirs, d'élever ses enfants le mieux qu'il croit pouvoir le faire, et par conséquent de leur donner l'instruction que comportent leur condition, leurs facultés et leur destination. Mais c'est là un de ces devoirs de conscience comme beaucoup d'autres, comme ceux do leur donner de bons exemples, de Ions conseils, de bonnes directions, où le pouvoir social n'a rien à voir parce qu'il n'est pas institué pour faire accomplir cet ordre de devoirs, et qu'il serait d'ailleurs impuissant pour cela. Ce que l'autorité gouvernementale peut et doit faire, c'est de mettre à la portée de tous des moyens d'instruction, et c'est là ce que nous demandons qu'elle fasse ; mais forcer les gens à en user par une coaction directe, par des peines de la nature de celles qui sont édictées contre les délils et les crimes portant atteinte à l'ordre extérieur, cela aboutirait à ce résultat de faire baïr ce qui est naturellement aimé, de faire éviter ce qui doit être recherché : on n'oblige personne à accepter un bienfait; car le bienfait, ainsi imposé, change aussitôt de nature pour se transformer en injurieuse violence. Est-ce que le besoin et le désir innés de savoir, est-ce que la tendresse naturelle qui porte les pères et mères à procurer le bien de leurs enfants, ne sont pas des
stimulants plus actifs que toutes lus prescriptions légales, là où le législateur a eu la sagesse d'offrir à tous des moyens suffisants d'instruction et d'organiser l'état social dans le but d'amoindrir toujours davantage cette extrême misère qui condamne tant de pauvres êtres à rester plongés dans les ténèbres? Croit-nn que le prolétaire intelligent et honnête, qui n'a pas été à l'école, ne souffre pas du l'état d'ignorance où il se sent et de la difficulté d'en sortir faute d'avoir été pourvu des instrumenta de l'éducation première? Qui ne l'a pas entendu maintes fois s'écrier douloureusement? « Je ne veux pas que mes enfants soient des « ânes comme moi » (1). Enlin, le système de l'instruction obligatoire a un défaut capital, que ne paraissent
(I) I n écrivain anglais f/iisait ilcruivi'oinent t'es rt-flciions pleine* de sens : a Self préservation nnd parental luvc wubuJievu » la lie non) poverful lava Uiau anj tliat coutil l>c euaelwl, and ■ wc tbink tlial tlie people who can be aducated onder tlie
n sj'steuiof at'duii.iilsiiry Ltmeniiiii'iiln) Sfln.nl. W liat we waal a to see is the nntural deve1upau.nl ot mmikind in its muliifnrioua diversity, aot llie arlilieial lamenBu of the Pruukn ■ grenadier typa, su much acciutomed to uboy t|ie Mddjng of n their cliiefs. Wa ivaat llie diplomacy oE lliu future to look u more lo tlie natiwis than lu (lie ^iivi-riiiiieuta, and tlie les? o goviTiimeiits are put uj tlie juisitioii of benefacton aad « edacaior.;, tlie iess they will Le looked upon as guides. Men <■ nalurally hait everytliing thaï is loreed upun Uicm. Sliall ira • giw them raison to liait tdwaiivni » {TheiHttritatioitul Cvurtcr, n° du 15 février (895.)
cbwnws m. 67.
pas voir lu plupart do ses partisans : il est voisin et parent de celui qui a été trop longtemps en vigueur, qui l'est encore en trop de pays, et dans lequel lo pouvoir social se croyait chargé de pourvoir au sulut des âmes en imposant des croyances et des pratiques religieuses.
Je viens de montrer que l'un ne devait pus décréter l'obligation de l'instruction, parce que c'est une mesure essentiellement mauvaise. J'ajoute maintenant que , si l'on était assez mal inspiré pour eu venir là , l'exécution de cette mesure soulèverait non pus seulement des difficultés mais dis impossibilités de tout genre. Porter une loi est facile ; mais il ne l'est pas également de pourvoir aux moyens de la faire exécuter. Le système do l'instruction obligatoire suppose le droit , de la part de l'autorité , de pénétrer partout où se distribue cette instruction, écoles publiques, écoles privées , foyer domestique. Pour les écoles publiques, créées par l'Etat, entretenues à ses frais et administrées en son nom , personne ne pense à lui contester la faculté de réglementer, d'inspecter, d'examiner, etc. Il n'eu est plus de même quand il s'agit des écoles privées ou de l'enseignement de famille. Ainsi qu'on le verra tout à l'heure, renseignement privé doit désormais être véritablement libre et par conséquent débarrassé entièrement de ces diverses sortes d'inspections exercées par l'autorité et sans lesquelles l'instruction obligatoire n'a plus ni moyens sérieux de con-
trolo ni sanction ; d'où il suit que ceux de nos amis qui demandent que l'instruction soit obligatoire , ne s'aperçoivent pas qu'ils demandent par lii même le maintien de ces entraves et qu'ils plaident par conséquent contre la cause de laliberté. C'est bien pis quand il s'agit de l'enseignement domestique. 11 est tel père à qui il no convient d'envoyer ses enfants ni dans les écoles publiques ni dans les écoles privées; il a pour cela ses raisons , bonnes ou mauvaises , mais dont il ne doit compte à personne. Vous venez lui demander s'il donne à cet enfant, dans sa propre maison, par lui-même ou par autrui , l'instruction première. Supposons d'abord qu'il vous réponde uffirniativement. Vous en rapporterez-vousàsa déclaration? Mais quelle garantie avez-vous qu'elle est conforme à la réalité ? Ne vous en rapporterez -vous pas au contraire à sa déclaration, et ferez-vous une enquête pour vous assurer de sa véracité ? Mais alors à quelles mesures intolérables d'iuquisition exercée dans l'intimité de la vie do famille ne serez-vous pas obligés d'avoir recours ? Supposons en second lieu qu'il vous réponde que le soin d'élever son enfant le regarde et ne vous regarde pas. Que ferez-vous ? Vous le menacerez de l'amende ou de quelque autre peine. Et après? Il résiste do plus belle à votre coactiou irritante. Vous inlroduirez-vous de force dans son intérieur et lui arracherez-vous son enfant comme dans le cas où un père dénaturé assomme ou affame le sien aux cris duquel les voisins appellent
au secours ? Et si vous osez en venir à cette extrémité et qu'il se laisse paisiblement enlever ce qu'il a de plus cher, que fercz-vous à cet enfant désole et effrayé, à qui il a défendu de répondre à vos questions et qui se conformera d'autant plus exactement à cette défense qu'il aura plus de valeur intellectuelle et morale? Mais admettons que cette défense n'ait pas été faite. Vous allez soumettre l'enfant à un examen pour vous assurer que le pore lui donne., dans la maison paternelle , par lui-même ou par autrui, ou qu'il ne lui donne pas l'instruction première. Mais sur quoi, je vous prie, portera cet examen et jusqu'à quelle limite le pousserez-vous ? Est-ce que cet enfant commit vos programmes et vos méthodes? A ses réponses pleines d'hésitation et de trouble dans une situation aussi insolite, vous allez le prendre pour un idiot quand il est peut-être au fond supérieur aux perroquets de vos écoles. Et puis, qu'est-ce que l'instruction élémentaire rigoureusement nécessaire ? Y a-t-il rien de plus vague ? Vous indiquerez des limites. Lesquelles? Tout cela est le comble de l'arbitraire. Et si l'enfant vous parait n'être pas arrivé à ces limites, que ferez-vous? Je vous vois là, en puniliou de votre système, plus inintelligent encore que tyrannique, au milieu dits tortures de la situation la plus embarrassante et la plus impossible. A
principe, je pourrais ajouter qu'elle est résolue en fait de la façon la plus victorieuse. On sait qu'il n'est pas
70 chapitré m.
un pays au monde où l' instruction élémentaire gratuite snil plus grandement organisée, plus généreusement offerlc et plus universel le ment acceptée et répandue que dans les États du nord des Etats-Unis américains. Or on s'y est bien gardé de la déclarer obligatoire. Elle est offerte à tous comme un bien que chacun est laissé lilire de refuser, et tous s'empressent de l'accepter. Il ne vient a l'esprit de personne qu'on ait pu commettre la faute de l'imposer comme Une ebarge ; car ou sait trop bien, dans ce pays de liberté, que ce serait un moyen infaillible de la discréditer et d'en éloigner. Jo conclus que toute mesure do contrainte proprement dite, appliquée au devoir du père de famille de donner à ses enfants l'instruction première, nonseuleuient violerait le droit naturel, mais compromettrait la cause qu'elle prétendrait servir et irait contre son but, et qu'il ne faut par conséquent chercher ni d'autre remède au mal de l'ignorance actuelle que la multiplication et la diffusion des moyens d'instruction mis gratuitement à la portée de tous, ni d'autre garantie contre le danger auquel cette ignorance peut exposer l'ordre social que la sage mesure dont j'ai parlé plus iiaut et qui ne reconnaîtrait la capacité nécessaire ù l'exercice des droits politiques qu'à ceux qui savent au moins lire et écrire et qui en fourniraient la preuve dans la forme que j'ai indiquée.
C'est déplacer la question présente que de montrer que, daus tel autre pays, le nombre des personnes qui
CIIÀFlThE m.
ne savent ni lire ni écrire, est de beaucoup inférieur il ce qu'il est encore en France. S'il y a parmi nous des gens regrettant au fond do leur cœur les bienfaits de l'ignorance, c'est-à-dire les avantages personnels qu'eux ou leurs ancêtres en retiraient, on n'en rencontre plus guère qui osent avouer de tels regrets : il demeure donc entendu que nous sommes presque tous persuadés que l'ignorance est en soi une chose mauvaise, et que la société doit prendre des mesures pour la combatirc. Le tout est do savoir prendre des mesures sages et efficaces; or je crois avoir prouvé que celle qui déclarerait l'instruction obligatoire est loin de présenter ces qualités. Parmi les partisans mêmes de cette mesure, il eu est qui, forcés de reconnaître l'impossibilité do la mettro à exécution, se voient réduits à dire qu'elle serait simplement comminatoire, et comme telle, produirait toujours un peu debien auprès de quelques personnes simples et faciles à effrayer. C'est proposer au législateur de formuler des mesures qu'il saurait dépourvues de sanction. Et l'on no voit pas qu'en fabriquant des lois que presque personne ne prend au sérieux, on enseigne aux citoyens le mépris de la loi! Est-il permis de se jouer ainsi de ce qu'il y a de plus grave dans l'exercice du pouvoir social? Quant aux calculs trop exacts sur les nombres de nos illettrés et aux comparaisons par lesquelles on cherche ahumilier uotre vanité nationale, cela reste à l'état de pure déclamation, tant qu'on n'aborde pas la question par son côté
pr-itique. Les sommes réclamées par les besoins île l'Instruction publique ne sonf pas la dixième partie de celles qu'absorbent des dépenses dont il ne faut pas se lasser de demander la suppression. Que l'on mette l'instruction a la portée de tous en la rendant véritablement gratuite, et bientôt tous sauront au moins lire et écrire : alors ou dira partout qu'il a sufii d'ouvrir h cette généreuse nation les portes de la science pour qu'elle s'y précipitât, tandis que telles autres ont dû être forcées à y entrer par la menace de la prison et de l'amende. Quand nous en serons là, il n'y aura plus à inscrire en compagnie des populations les plus attardées celle qui passe ù tort ou à raison pour la plus spirituelle, et l'on n'o-era plus écrire, dans des journaux prétendus libéraux, que ceux qui ne veulent pas d'instruction obligatoire, sont ennemis de la cause du pro-
L'instruction publique devra être gratuite à tous les degrés ainsi que toutes les épreuves destinées à constater la capacité (I). Il ne manquera pas d'objec-
[() Ln Convention avn il décrété l'entière gratuité de l'instruction primaire; mais, son? le (lniniilut, Hnri:i]Mrli> lit restreindre in bénéGce de la gratuité a une partie seulement de la population. Avant la Révolution, presque tout les collèges distribuaient l'instruction secondaire entièrement gratuite aux externes. Ai-je besoin de faire observer que cette expression ipvtnitr ne v.-ul ]mdire que l'instruction pulJiqnc ne coûtera rir:n a personne? On verra plus loin qu'elle nécessitera au contraire des frais considérables de la part soit île l'État, soit des communes, soit des nssodation* pari iculié:es. Mais ces dépenses seront les plus nécessaires.
tions contre ce système. Je ne m'arrête pas à celle qui consiste à dire que la dépense serait trop forte : on verra plus loin qu'un large budget de l'Instruction publique peut très-facilement figurer aux premiers rang» des dépenses do la République. Mais il est uno autre objection plus sérieuse et que je dois prévenir. Pourquoi, dira-t-on, au lieu de se borner à donner gratuitement l'instruction aux pauvres, la donner aussi aux riches? Le voici. D'abord, entre l'indigence proprement dite et la richesse ou même simplement l'aisance, il y a, pour le grand nombre, une gêne habituelle ou accidentelle, qui ne permet pas d'acheter l'instruction première indispensable à tous et encore moins l'instruction supérieure à laquelle la foule des exclus d'aujourd'hui pourrait fournir ses sujets les plus distingués. En second lieu, l'instruction offerte gratuitement aux indigents seuls revêt alors et par cela même lo caractère d'une aumdne humiliante, ce qui d'une part avilit la chose et ceux qui l'acceptent , et de l'autre la fait repousser avec un sentiment de défiance ou de juste susceptibilité par ceux à qui elle serait le plus nécessaire ou qui en seraient souvent les plus dignes. Tons ces inconvénients disparaissent dans le système de l'absolue gratuité de l'Instruction publique à tous
les plus utiles et les plus recommandables qui aient jamais été faites. Chacun y cnutribuera dans la mesure Je 1b quote-part qu'il apporte aux caisses communes, et fous pouiriinl eu recueillir les bienfaits.
les degrés : ci; n'eut plus alors uao aumône, mais une dette, acquittée indistincte m ont envers toutes les classes de citoyens ot distribué o aux frais des caisses de l'État on des communes , caisses où tous , riches et pauvres, apportent leur continrent. Si quelques-uns pensaient a. se plaindre de n'avoir plus le privilège de la haute instruction et d'être exposés à coudoyer sur les bancs des collèges et des Facultés les tils de l'artisan, ce serait un très-petit malheur dont la République n'a pas a prendre souci. Qu'on ne s'iinagiue pas du reste qu'il s'agisse ici de faire une nation de savants ot d'encombrer las carrières dites libérales de plus de médiocrités qu'elles n'eu possèdent déjà. L'instruction supérieure sera comme l'instruction primaire offerte à tous, elle ne sera imposée à personne, ot ceux qui y prendront part composeront toujours par la force même dos choses le petit nombre; mais nui ne pourra se plaindre d'ea ùtro exclu autrement que par des causes ou volontaires ou auxquelles personne ne peut rien. Quant au flot de médiocrités que l'on croit d'avance voir déborder, c'est une chimère dont on s'effraie sans raison; celles qui surchargent la société actuelle, sont le fruit des régimes du passé. Quand l'instruction est peu répandue, le demisavoir su pavane à l'aise devant une foule ignorante, et lo meilleur moyen do le mettre à sa véritable place et de faire que le mérita réel se classe à son rang, est précisément dans une plus grande diffusion des lu-
mières. Or tel est le but de la mesure que je propose. 11 faut ail surplus se garder d'une Illusion fort commune aujourd'hui. L'instruction est sans doute un des plus puissants instruments do morulisalion ; mais, dans certaines concilions, elle peut n'être qu'un instrument appliqué au mal. Quand on aura appris a lire, écrire et compter, à un homme qui sera d'ailleurs abêti par le fait d'une fausse éducation religieuse, on corrompu par l'influence des mauvais exemples qu'il aura eus sous les yeux, non-seulement on n'aura pas avancé mais on aura reculé dans la voio du véritable progrès; car cet homme usera du pou qu'il saura pour s'abêtir ou se corrompre encore davantage. La question de l'éducation importe donc plus encore que celle de l'instruction , et h bonne éducation ne peut demander de saines directions qu'à une religion rationnelle-, autre que les religions du passé. Que doit être cette religion do l'avenir? J'ai fait ailleurs do cette question l'objet d'une étude spéciale (1).
Les collèges d'aujourd'hui , appelés communaux , peuvent continuer d'être à la charge des villes où ils sont établis. Toutefois la loi devra fixer les minimums des traitements des professeurs , en sorte qu'on n'ait plus le spectacle ignoble de conseils municipaux marchandant le prix du travail des plus honorablos fonctionnaires et délibérant sur le sort de leurs familles.
10 Rinmatiim Ttligimut, 4- édition, Paris, 1970.
Maïs les établissements d'instruction primaire, intéressant l'immense majorité des citoyens, ont trop d'importance pour être laissés h la charge des communes, ln plupart des communes rurales étant trop pauvres pour faire aux instituteurs le traitement convenable que la République doit enfin leur assurer. C'est donc l'État qui doit désormais se charger de ce traitement. Outre l'instruction élémentaire et générale, qui sera, jusque dans le dernier village , mise à la portée de tous, il faudra organiser, dans toutes les villes, des cours publics, analogues à ceux du Conservatoire des Arts et Métiers, et que les ouvriers puissent suivre le soir après leur travail, li faudra également multiplier et mettre à leur disposition les bibliothèques publiques, qui devront désormais être ouvertes, tous les jours de l'année, avec séances du soir telles qu'elles existent déjù à lu Bibliothèque Sainte- Geneviève. Si le personnel actuel du service des bibliothèques est reconnu insuffisant (1), qu'on l'organise en conséquonec
|1| 11 s'en finit qu'il en suit ainsi dans plusieurs grandes bibliothèques da Paris surtout, qui sont surchargées d'un iiaul personne! de, luxe, au détriment du service et des fonctionnaires subalternes et utiles. Puisque j'en trouve ici l'occasion, je signalerai un abus, celui ilu prêt des livres à 1 extérieur, qui doit être absolument interdit, tl arrive h chaque instant qu'après avoir demandé un ouvimru et nmir perdu une heure à l'attendre, vous receviez cette réponse : absent; ce qui veut dire, si l'on s'est
bien véritablement di é la peine de le chercher li où il devrai]
être, que le livre est chez Monsieur un tel, qui est trop grand personnage pour venir coudoyer a la table commune le public
nHAI'lTHE Ul.
des nouveaux besoins : en présence d'uu immense intérêt comme celui do l'instruction d'un peuple, on no s'arrête pas devant dos questions de mesquine économie. A Paris, les palais do la monarchie, rendus au seul véritable Souverain, il la nation, ne sauraientètre affectés plus convenable me ut qu'à des cours publics, à des bibliothèques et a des collections scie nti tiques, j'en dis autant dos châteaux nationaux des provinces et de ces somptueuses résidences où s'étalait le luxe des préfets et des évèques, et qui deviennent disponibles quand nous no devons plus avoir, ainsi que je lu ferai voir plus loin (chapitre IX), ni évèques à notre charge ni besoin de préfets,
A côté do l'instruction publique et comme un stimulant qui lui est nécessaire pour l'empêcher do s'engourdir dans l'ornière de la routine, que le privilège creuse toujours sur sa voie, l'instruction privée doit être laissée absolument libre à tous les degrés, et pour qu'elle le soit véritablement, il est nécessaire de faire disparaître désormais toutes ces entraves qu'une législation, tour à tour franchement despotique ou hypocritement menteuse dans son demi-libéralisme, a si longtemps maintenues, entre autres la prétention, do la part do l'autorité , d'attacher des conditions de
des travailleurs. Il arrive da là que des établissements créés pour l'usage de tout le monde et dont tout le monde fait les frais, sont détournés de leur destination au proBt de quelques privilégiés.
18 chapitre m.
grades à l'ouverture des écoles privées et d'y ordonner des instillions ilesUuéirssoità contrôler les études, soit a interroger, compter et enregistrer lus élèves. Les écoles privées ne seront soumises à d'autres conditions de grades , d'études, d'examens, que celles qu'elles voudront s'imposer; ellos ne connaîtront d'autres juges de leur constitution et de leurs résultats que le public des familles qui croiront devoir s'y adresser^). Une des premières choses à faire est d'abroger les lois qui ont mis lo clergé en pnssessinn du l'éducation nationale, n'accordant do la liberté que le mot el organisant, dans lus élablisM'inonls mêmes do l'Etat ou des communes, la plus intolérable oppression (2). A
(t) Dons un Udmove air rinstmetiimpubUgut, puhlié en (831, je réclamais déjà Jn liU'i'lr ilViisuijjiitiii'eiit, cl je demandais que les instituteurs privéi ne ftissenl soumis à aucun genre d'inspection île la partda l'autorité; mais je roulais qu'ils fusaeut assujettis à des conditions ayant pour but d'établir leur moralité ol leur capacité. Trciitr-nuuf ans de rumvi'lli- |n'-rii;ni:e m'ont forcé de reconnaître ijue ces eonditimn, ics piv tendu es garanties contre des abus qui peumnl éiiv plus etlicacemeul prévenus ou légalement réprimés, iietalili-siiùint min Jiiur.ijité ni la capacité, et nu tournaient qu'au protlt d'un pouvoir qui n'était ni moral ni capable. Je nui prononce aujourd'hui pour la liberté la plus iltimitée de L'enseignement privé, tout en demeurant purti=iiu d'un enseignement jiublic, mais organisé autrement que comme instrument de ec monopole gouvernemental d'instruction et d'éducation, institué par le fondateur de l'Université.
(2) C'est du reste une conséquence de la grande et indispensable mesure de la M'paratiun <lt! l'Etat et des églises, dont il sera parlé au chapitre IX. (Juclques-uns de nos amis politiques, partisans en principe île la lil>erlê d'enseignement, mais effrayés
.i i Ii:l'"J !:,■ Ci
CHAPITSg 1H.
l'époque où ces lois out été pré suit té es par les bons mes qui avaient reçu de Louis -Napoléon la mission de livrer l'Instruction publique au clergé pour prii de l'appui qu'il en avait reçu dans son élection à laPrésidepce, on mettait en avant le prétexte do secouer lu joug de l'Université. Loin de s'exagérer le sentiment de sa force, l'Université a ou do tout temps trop do pour de l'influence rivale du clergé, et trop de ménagements pour ses prétentions envahissantes, si bien qu'un beau jour elle s'est laissé mener par lui dans le défilé d'une hypocrite légalité et inhumer toute vivante entre doux votes par assis et levé. Puisqu'elle s'est abandonnée elle-même et qu'elle a fini par ne savoir ni vivre ni
il tort rlu parti qui: les divers cluryi'S pourront en tirer, seraient asseï disposés à leur m n'hiMT eu f.iil lu hniiilia:. L'autorité des cierges tenait surtout à leur position ofllrielle dans l'Etal et aux puissants moyens d'action que mettait entre leurs mains un budget de à'4 millions. Dans lin nouvel oidre de choses où l'État n'aura plus ni à comuiissionuer ni à rétribuer les ministres des cultes, eeui-ei devront pouvoir user de toutes les libertés et de tous les droits laissés aux autres citoyens. Cela est juste et rationnel. Ce qui ne l'éiail p.is, c'était une situation où, la vraie liberté de religion et d'enseignement n'eiistant pas, l'Etat instituait et rétribuait des clergés usant des moyeus qu'ils en recuvaient pour décrédiler et ruiner ses propres établissements d'instruction publique eu même temps que puur fausser ou tyranniser les consciences. Cette situation cessant et lu pleine liberté religieuse aidant, le nombre des ecclésiastiques se réduira bientôt, et leur iiillueri™ pernicieuse actuelle ira s amoindrissant rapidement. Que la transition ait d'ailleurs ses difllcultés, cela n'est pas douleus ; mais il faut savoir se résigner a les combattre loyalement au lieu de penser A les supprimer nu mépris des principal.
mourir honorablement, il ne s'agira ni de la rétablir sur les bases primitives do son organisation despotique, ni même d'eu conserver le nom ridiculement ambitieux, mais d'en recueillir les débris. Parmi ses fonctionnaires il en est encore un bon nombre que la République saura utiliser ; niais je me vois à regret forcé de convenir qu'à de rares exceptions près , ce no sent pas dans les rangs les plus élevés qu'elle trouvera le plus de dévouement à ses intérêts.
Supprimons, dans les établisse m en! s d'instruction publique, et laissons ù l'industrie privée l'exploitation de ces pensionnats qui n'ont pas seulement l'inconvénient do faire descendre l'Etat et les communes au rfllo de teneurs d'auberges, mais qui dissolvent l'esprit de famille dans ce qu'il a do meilleur, diminuent l'autorité paternelle, affaiblissent l'influence moralisante du foyer domestique et aident au relâchement des mœurs par les facilités qu'ils offrent aux gens aisés pour se dispenser de la peine de remplir leur premier devoir. La précoce corruption et trop souvent la dégénérescence physique même des enfants éloignés prématurément de leurs parents et entassés dans les pensionnats est chose trop connue de ceux qui savent observer pour que j'aie besoin d'insister. Les établissements d'instruction publique ne doivent désormais distribuer que la nourriture de l'esprit, et il faut que nul autre soin ne vienne distraire de cette grande tâche ceux qui en sont chargés. La suppression des pension-
CHAMTKE ni. 81
nats et l'entière gratuité de toutes les études dans les établissements d'instruction publique entraine heureusement la suppression des bourses, qui n'ont jamais été, entre les mains du pouvoir, qu'une monnaie pour acheter dos votes, payer des actes de servilité et donner à ceux qui avaient déjà.
Le système général de ce quo l'on appelle l'instruction secondaire, système si souvent remanié avec tant d'inhabileté, devra être ordonné de telle sorte que les éludes de langues anciennes et modernes, de littérature, d'histoire et de philosophie ne soient plus en querelle perpétuelle avec les études assez mal n rainées scientifiques et naturelles, comme si toute connaissance n'était pas scientifique et naturelle. Il n'oxiste aucune opposition réelle d'intérêts entre les divers genres d'études véritables, qui ne sont que des aspects divers de la science générale; elles s'aident réciproquement et vivent en bon accord, pourvu qu'on leur laisse leur liberté d'allure, mais elles ne vivent jamais plus mal ensemble que lorsqu'on prétend les obliger à marcher du même pas et accolées les unes aux autres. On ne jettera donc plus toutes les intelligences dans le même moule, mais ou rendra toutes les branches des études facultatives , tenaut ainsi plus de compte des aptitudes spéciales et des destinations diverses. En un mot on enseignera dans les collèges plus qu'aujourd'hui, mais on n'enseignera pas tout à tous. Qu'on ne pense pas que ce que je dis là ail pour hul de recoin-
mander cet abus de spécialisation qui « doté l'époque actuelle do tant d'esprits exclusifs et étroits, vruis manœuvres do la pensée, comparables à ceux do l'industrie qui excellent à faire une tète ou une pointe d'épingle, mais qui, n'ayant fait que cela toute leur vie, ne sauraient produire une épingle entière. Dans la science comme dans l'industrie, la spécialisation est une chose bonne en principe, nécessaire même ; mais il ne faut pas non plus qu'on la pousse trop loin. Nous avons assez de ces psychologues, littérateurs, historiens, qui sont entièrement étrangers aux sciences physiques el naturelles, assez surtout do ces algébristes, physiciens , naturalistes , physiologistes, qui demeurent aussi étrangers aux sciences philosophiques et morales que si elles n'existaient pas. Tous ces gens-là, que l'on compte par centaines a l'Institut et dans l'enseignement officiel , croient que toute la science réside dans le petit coinoùils se sont confinés ; ils regardent avec mépris, par les lucarnes de leurs cases respectives, les habitants des cases voisines, ot se tiennent réciproquement pour des sots (1). Ce n'est
(f) Je pourrais l ili'i- un nririiliri! infini d'ext'inplcs de cette tendance des savants da nos jouta à se confluer chacun dans 911 spécialité cl à no riou Toir au-delà. Je nie bornerai ici à un seul, et je ne le ili'iiuuiliTiii p:is à la l'unie dus s.n.uits; il me sera i'uurai ]iar un des jilus distingue! d'entre eux. Un géologue commence un ouvracju eu ces termes : u Les monlagnes qui acci- " denteut et divi-r^ilii-nt h =i!ri':u-e du globe n'y sont pas répanh ducs au hasard comme Ici étoiles dans le dit. Elles forment des
donc p as pour venir en aide à cette science déplorablemant fractionnaire, que je viens demander quo toutes les branches des études soient désormais facultatives. Je veux seulement rendre lu liberté aux intelligences, bien sûr qu'elles bb dirigeront alors avec ardeur dans la plupart des voies où le système actuel les forco a entrer et qu'elles prennent d'avance en dégoût (1). Le grec et le latin, par exemple, ces deux
• groupes ou systèmes d;ms l'tinoui tlf.scimOs une analyse rigou-
• reuse fait ilislin^inT lus ûli'im iils d'une ordonnance générale ■ dont les constellations célestes ne prci««(enf aucune trace. » (Notice sur les systèmes de monltignes, par M. Elie de Bcaumunt, Paris, )B5S.) Ksi -il rmurviihle iju'iui usjiril misai «tendu et aussi cultivé ait pu écrire de telles chususî Lorsque le peu que nous savons du petit puint qu'occupe dans tes espaces célestes le système nuque] nous appartenons, nous en montre toutes les
parties aussi paif.iilriix'iil r 'ilunriM's 1rs um>s aux autres, aussi
étroitement liiws ilins (cuis r.Lpjii'i-istft leurs mouvements divers, et nous autorise si évidemment à admettre qu'il régne entre les divers systèmes célestes, qui ne sunt que des parties de l'Univers, la mémo coordination, la mémo liaison, la même dépendance mutuelle que nous découvrons entre les parties de notre système, comment peut-on venir dire que les étoiles sont répandues dans le ciel nu hasard et qu'elles ne présentent aucuns (race d'une ordonnance générale?
(I) Le régime impérial avait prétendu corriger les incontênients de l'ancien système des étudeB communes et toutes également obligatoires par ce qu'il a appelé la bifurcation, palliatif mai conçu, plus mal appliqué encore, imaginé dans le double but de ruiner le' études d'humanités, base de tonte éducation quelque peu distinguée, et de faire profiler de cette ruine les sciences exclusivement dites exactes, comme si toute science réelle ne devait pas être exacte ou qu'il pùt y avoir quelque science proprement dite qui ne le serait pas. I,e premier but a été atteint et le second manqué : les lettres ont baissé et le»
Si- CHAPITRE 111.
belles langues saus lesquelles il n'y a pour nous d'instruction un peu profonde ni en littérature ni en grammaire, et que l'on n'apprend presque plus dans uos collèges, y reprendront le rang qui leur appartient lorsqu'elles seront cultivées librement et avec goût. On peut dire que c'est par l'influence même du système général des études secondaires que les médiocrités surabondent et qu'il no se produit presque plus de grandes capacités intellectuelles. Ces capaeités de premier ordre, ces esprits synthétiques, rassemblant les rameaux épars do la science, cueillis en détail par les travailleurs de second ordre, sont l'exception, j'en conviens, mais n'en sont pas moins nécessaires au progrès et à la coordination des connaissances humaines, qui sans cela s'évaporent cmnnio aujourd'hui en poussière
impalpable (1).
ceui qui cultivent
Étrangers
dernières science*
n'unt écrit plus mal et n'ont mon!
vulgarité dans les
sentiments et le caractère. Dans a
.i, u:i sy^'-n
te d'instruction, nu
le pense bien, il ne peut s'agir de
taire d..'i j.-i
mes gens autant de
cesgénies quïn'npparaisscntque d<
et qui son Ica pables
d'embrasser ions les ordres Je con
naissances 1
d,v l-pln*
possible le ebamp
des divers travaux in tel ie duels aai
iieun d'eus en. par-
lieulier, et d'élever ainsi la vue de l'esprit. Or lien n'est plus propre à faire atteindre ce but que la culture simultanée et l'alliance bien ménagée de ce que l'on appelle corn mu nément tes lettres et les sciences.
'() Dana un premier appendice, je donne un b perçu général
chamthe ui. 8fï Les Facultés moins celles de théologie, le Collège de France, Je Muséum d'histoire naturelle, l'Observatoire, l'Ecole normale, l'Eeole polytechnique, l'Ecole des langues orientales, l'Ecole des chartes, l'Ecole des beaux-arts , le Conservatoire des arts et métiers, les Ecoles vétérinaires, l'Institut, l'Académie de médecine et les Bibliothèques doivent être conservés. Mais ces établissements fourmillent d'abus et demandent des réformes tellement nombreuses que je ne saurais penser à en donner le détail. Je dirai seulement quelques mots des plus urgentes. Dans aucun service public le cumul des fonctions n'est porté aussi loin que dans le haut enseignement. La plupart dos professeurs de» Facultés, du Collège de France, du Muséum, de l'Observatoire, des Ecoles des langues orientales et des chartes, comme aussi des Ecoles normale et polytechnique, du Conservatoire des arts et métiers, des Ecoles des Mines et des Ponts, ont plusieurs fonctions. Il faut une bonne fois mettre fin à ce scandale. Que ceux qui sont chargés d'un enseignement dans ces établissements, s'y livrent désormais tout entiers. Si les chaires ne sont pas suffisamment rétribuées, qu'on les rétribue mieux. Je ferai observer toutefois qu'il y a plus a perdre pour les hommes d'étude à s'ourichir qu'à vivre
sur l'organisation de rcnscii(nement secondaire. Je l'extrais d'un programme que m'aviiieul tlciniimlv, il y ;i quelques années, de. citoyens de. Genèi'r [loue la fnndslion projetée .l'un collège
«fi
CHÀPITBE ni.
daqa unamodeslo obscurité. Lenombredes leçons que donnent les professeurs du Muséum et du Collège de Franceeat beaucoup trop restreint, et plusieurs trouvent encore mille moyens de le raccourcir. Il y a longtemps qu'on se plaint et toujours eu vain du sans-gène avec lequel ces Messieurs traitent le public, qui n'a pas été créé pour eux niais pour lequel ils sont faits. L'Ecole normale, qui serait mieux appelée Ecole d'enseignement public, et qui a été créée, en 1794, par la Convention sous forma de simple externat, puis établie en pensionnat par Bonaparte en i808, devra être de nouveau constituée en externat. Les cours devront être publics comme ceux dos Ecoles spéciales des études mathématiques et physiques et des travaux publics, dont U sera parlé ultérieurement. Quoique les mots importent moins que les cliosos, les établissements appelés du nom de Facultés, nom aussi suranné que celui d'Université, seraient mieux appelés simplement Ecoles do droit ou de médecine et Ecoles des sciences ou des lettres. L'Institut devient souvent et contrairement à sa destination le tombeau de la science et de l'art. On sait que ce n'est pas nécessairement là que se forment les hommes de génie, mais qu'ils vont quelquefois s'y éteindre. Il faut reconnaître cependant que cet établissement peut donner une impulsion utile aux travaux intellectuels; on ne saurait donc penser à le supprimer, maïs seulement à changer sa constitution actuelle. Que ce soit désormais un corps dis philoso-
CIIAP1TM III.
plies, de naturalistes, de littérateurs, d'érudits el d'artistes se recrutant et s' administrant librement, et sans cette intervention de l'Etat, qui n'avait un sens que sous le régimo monarchique. J'en dis autant do l'Académie de médecine. Les membres de ces compagnies savantes, redevenant maîtres de s'organiser comme ils l'entendront et n'exerçant point d'ailleurs a ce titre une fonction publique proprement dite, n'ont plus dès lors à être pensionnés par l'Etat (1). L'Académie des sciences tient comme celle de médecine ses portes ouvertes au public; ses quatre sœurs ont là un bon exemple à suivre.
Ce quo j'ai dit jusqu'ici do l'intervention de l'Etat dans l'Instruction publique et des moyens d'organisation do l'éducation nationale, no regarde directement que les hommes. Mais l'éducation et l'instruction des femmes! N'y a-t-il donc rien à faire ici? Au
(i] L'Institut coûts (budget do 1 RfiO), indépendamment du local ut du. matériel, 061,200 fr. par an, dont 3tm,300pour le personnel des cinq académies, et 270,900 pour travaux, publications, prix et frais divers. L'Académie de médecine coûte annuellement 4ii,500 fr., dont 28,000 pour le personnel. En continuant d'accorder les subventions relatives au* puhlicaiiuns, priï et trais divers, et de concéder l'usage des bâtiments et du matériel, l'Etat se montrera encore généreux. Mais la dignité même de l'Institut et de l'Académie de mi'idcciiic est uiIltcsscc à ce qu'on retire les 418,300 fr., distribués en traitements et indemnités aux divers membres, riciies pour la plupart ou exerçant des fonctions richement rétribuées, et qui doivent se sentir humiliés d'être attités à leurs doctes séances par l'appât d'un jeton do présence.
GUÀWTRK III.
contraire il y a tout à faire. Tant que l'éducation frivole, donnée aux femmes et qui es! quelquefois pire que l'ignorance même, ne aeia pas remplacée par une éducation sérieuse et forte, elles continueront d'être la proie des prêtres et des libertins, et avec des femmes bigotes ou dissolues, souvent même à la fois bigotes et dissolues, n'espérez pas avoir une nation grande et libre. Mais ce qu'il y a à faire pour sortir de la situation présente, ce n'est pas seulement & l'État qu'il appartient de le faire directement, c'est a tous et à chacun, et cela autrement que par l'établissement de ce que l'on appelle des écoles spéciales de filles. Les femmes ont une répulsion naturelle pour ces écoles et pour la forme pédantesque sous laquelle la science s'y distribue. Quelque ebose d'instinctif et de sûr leur dit que ces exercices classiques, qui mettent en jeu l'amour-propre et surexcitent, sous prétexte d'émulation, une ambition précoce, et qui conviennent peut-être à celui des deux sexes qu'attendent les luttes de la vie extérieure, ne sont pas leur fait à elles, et que c'est surtout à la maison que l'œuvre de leur éducation doit s'accomplir. Jo signale particulièrement ces pensionnats de demoiselles, exploités par l'industrie religieuse, et où les jeunes personnes des classes plus ou moins élevées sont censées recevoir une éducation plus distinguée que celle du commun. Là ïl y a absence aussi complète que dans toutes les autres écoles de femmes de tout enseignement suh-
stantiel ; mais on y vend chèrement une littérature rètne fouettée, qui rend ces pauvres jeunes filles affolées des feuilletons vides, des romans échevelés et des pièces corruptrices du théâtre ; on y débite uni! fausse élégance qui est le contre-pied même du bon goût et du véritable bon ton ; on y dresse enfin à un caquetage prétentieux, qui fait ses premiers exercices sur les petites méchancetés du couvent, pour s'exercer plus tard en grand dans ces conversations perfides où des langues acérées distilleront sur les réputations le venin de la médisance et de la calomnie. Combien seraient justement punies, si elles étaient seules à en souffrir, ces mères qui abandonnent à d'autres le soin de former le cœur de leurs filles, et qui croient pouvoir acheter la dispense de l'accomplissement d'un tel devoir! Les pensionnats do demoiselles devront sans doute être laissés parfaitement libres comme tous les autres établissements privés; mais nous devons éclairer l'opinion publique sur la valeur réelle de ces industries, et travailler de toutes nos forces à hâter le moment où elles seront abandonnées (i). Mais quand et comment arrivera cette époque? Elle viendra naturellement ou plutôt elle sera venue déjà le
|i) La sévérité de ce jugement ne m'empêche point de- reconnaître qu'il eiisie quelques rares écules tenues par des femmes très-méritantes, aussi instruites que modestes et se contentant de [aire le bien dans l'obscurité et sans bruit comme sans prolit. Mais celles-là n'étaient ni recommandées par le clergé ni delaiem notées dans les états officiels d'inspection.
jour où chaque foyer domestique sera converti eu une école, et où les hommes de toutes les classes seront relativement assez instruits pour aimer à répandre leur s avoir autour d'eux et surtout à le communiquer à leurs femmes, à leurs filles et à leurs sœurs. Alors le système actuel , si l'on peut appeler cela un système, de l'éducation des femmes sera complètement changé, En attendant l'époque où toutes les femmes pourront recevoir à la maison l'instruction qui leur est si nécessaire, nous n'avons pas à nous inquiéter pour celles, d'ailleurs relativement peu nombreuses, qui étant favorisées par la fortuno, auront toutes sortes de moyens d'y suppléer. Mais ce qui doit nous préoccuper et nous intéresser au plus haut degré, c'est la condition des femmes soit des villes soit des campagnes, appartenant aux classes inférieures et peu aisées. Là le moment est encore éloigné où elles pourront recevoir quelque instruction dans le sein même de leurs familles; il faut pour cela que les hommes sortent eux-mêmes de cette ignorance où Us sont encore ensevelis. Transite irement donc il faudra aviser à ce que les instituteurs ouvrent des classes particulièrement destinées aux femmes et en dehors dos heures qu'ils consacrent aux hommes (1 ).
(I) Voici une indication du minimum d'instruction qui duvra être mis à la portée des femmes mûmes qui sont In plus maltraitées par la fortune et qui composent nécessairement l'immense majorité : la connaissance des principes de la langue française,
la science raisonnée du calcul arithmétique, les principales notions des sciences naturelles et les grandes applications de la philosophie à la morale. Joignez a cela, comme mojen d'Éducation esthétique, le dessin au moins linéaire et la musique vocale. Quant à celles qui auront plus de loisirs par le privilège de leur condition, elles ajouteront à ce fonds commun et selon leurs aptitudes et leurs goûts divers, les études plus étendues ou plus élevées, comme l'histoire naturelle, les langues non-seulement iiiue! crues m.iis undemies, la philosophie et l'histoire éclairée par le flsimbeau d'une sévère critique, enlin, parmi les arts, le dessin ombré, la peinture et la musique instrumentale.
A 331 HT AN Cl£ PUBLIQUE.
J'avais pensé d'abord à proposer de faire de l'assistance publique une annexe du service de l'Instruction publique, et c'est la raison pour laquelle je laisse ici les considérations qui s'y rapportent. Mais il m'a para en dernier lieu qu'elle pourrait Être administrée soit par les commissions départementales dont il sera question au chapitre IX, soit peut-être plus simplement et mieux encore par les autorités municipales déjà on possession do la direction des institutions fort imparfaites de bienfaisance, déjà existantes. Quelle que soit l'idée qui prévale à cet égard, il n'y aurait à décider qu'une question d'attribution ; ce qui importe surtout, c'est que le service soit créé et organisé.
L'impossibilité où l'on est, dans l'état social, de se procurer beaucoup de choses soit utiles soit même nécessaires, autrement qu'eu les achetant, se conçoit. Maïs qu'il faille payer celui qui connaît ou qui croit connaître le moyen de nous délivrer d'un mal, et à qui nous demandons de nous l'indiqanr, cela est aussi
94 CRAOTRI IV.
odieux que s'il nous fallait payer celui à qui nous demandons de nous montrer notre chemin lorsque nous sommes égarés (1). Le corps a besoin de santé comme l'esprit a besoin de vérité. Ce sont là doux choses qui ont trop de valeur pour être mises à prix : elles ne doivent donc pas se vendre mais se donner ; car ceux qui ne pourraient pas les acheter seraient condamnés à s'en passer, et personne ne peut être justement condamné à se passer de ce qui est de première et absolue nécessité. Or on no saurait, aujourd'hui du moins et de longtemps encore peut-être, se reposer sur les particuliers du soin do procurer ces deux choses à ceux qui en sont privés. C'est donc un des principaux devoirs de la société de pourvoir à ce que tous puissent les rocevoir gratuitement. Mais, comme ceux qu'elle chargera de l'exercice public de la médecine ainsi que des diverses sortes d'enseignement, en leur imposant l'obligation rigoureuse de s'y consacrer entièrement et en faisant d'eux par conséquent de véritables fonctionnaires, peuvent n'avoir pas d'autre moyen d'existence que leur travail, elle devra
(i| Rien de plus sensé que cette comparaison du vieux poète et historien latin F-unius. L'n flambeau ne continue pas moins de uire pour avoir communiqué sa lumière ù un autre flambeau : • Homo qui crrantl conriler monslal viain, ■ Quasi ne 100 lumina lumen accendat, tacit n Niliilominùs ut ïpsi luceat quum il 1 1 attendant. > (Fragment conservé par Cicéron, De offitiis, livre f".)
CHAiTTHEiv. 95 les rétribuer convenablement (1). Cela fait, il demeure bien entendu que la plus eutièro liberté devra être laissée soit à l'enseignement privé de tous les degrés et de toutes les sortes, soit à l'exercice privé do la médecine, à l'usage de ceux a qui il plairait d'acheter ce qui serait offert à tous pour rien ot dans des conditions d'incontestable supériorité (2). J'ai déjà fait remarquer que cette libre concurrence était d'ailleurs indispensable pour tenir constamment à leur hauteur de pareils services publics, et pour empêcher
(1) Les associations particulières peuvent dans une certaine mesure accomplir une partie de cette tache. Hais l'État seul peut remplir grandement et complète ment la double obligation de pourvoir a l'instruction et à la santé publiques. Quelque élevée que puisse être la somme qu'il y affectera annuellement, jamais ses ressources n'auront été mieux employées. Eu se chargeant lui-même diis traitements des instituteurs et des médecins publics, il devra mettre & la charge des communes rétablissement et l'entretien de maisons et de mobiliers d'écoles, et de bibliothèques communales, ainsi que les trais de distribution île secours k domicile, dont je parlerai tout à l'heure. Les obligations dos communes à cul è-.ml ilnront il n: réglées parla loi et non point abandonnées à l'arbitraire et S la mesquinerie des localités.
(2) L'exercice do la médecine privée doit être débarrassé de toutes les formalités et conditions de grades. Ce système d'entière liberté paraîtra exorbitant à certaines personnes timorées ou inconséquentes, qui s'atteudront îi voir l'art de guérir envahi par un débordement de charlatans, quoiqu'il soit évident que jamais système n'en produira plus que le système actuel. Mais cela n'est que la conséquence du principe de liberté; car une prétendue liberté assujettie 3, des entraves est un leurre. Quand un principe est posé, il n'y a que les esprits foui ou illogiques qui en retiennent les conséquences.
9fi CJHI-1THE IV,
l'autorité qui en est chargée, de tomber dans la torpeur et de dormir mollement sur les commodes abus que ne manquerait pas d'engendrer le monopole. Se représ en te-t-on combien le système que je propose relèverait dans l'estime publique la profession de médecin, et combien d'améliorations il apporterait dans la pratique d'un art qui, s'appliquant avant tout à prévenir les maladies, serait aussi intéressé à maintenir la santé publique qu'il l'est aujourd'hui a la voir en péril (0? Si l'histoire du curé Jean Chouart qui couvait des yeux son mort(l), est ni al heureuse ment aussi celle de quelques médecins, je m'empresse d'ajouter que les hommes de cœur et de Laute intelligence sont nombreux parmi ceux qui exercent cette noble fonction, et que ceux-là seront les premiers à applaudir à une pareille institution. Il s'agit ici d'une question d'intérêt social de premier ordre : je crois donc devoir insister, dans les considérations suivantes,
(I] Ji! n'ai lias à entrer ici dans les détails d'exécution Je me o.ontenturai de dire (["'■ i lurdean piiliiii: devra, dans les
villes ou moins, avoir sous ses ordres et également oui fnis do l'État un ou plusieurs jeunes niédmiis qui visiteront avec lui les malades, feront sous sa dirmliim 1 '.i] ■! 1 1 i t-o pratique de lu profession, l'aideront et le suppléeront ™ besoin. Ces aides-médecins formeront une [H|>inim><l:ui;Jaquellescronl exclusivement pris les médecins titulaires,
{ï) t Moofimr le morl, Iuù-spz nous faire;
. On tous en donnera de toutes les r&cons; K 11 ne s'.igit que du salaire, n
[Lu Fontaine, livre T, l'aille H.
CH*P!TItE IV. 97
sur les vices radicaux do l'exercice actuel do la médecine. Je montrerai ensuite ceux du système des hospices.
Grâce aux progrès des étuiles analomiqucs et physiologiques et des observations microscopiques des tissus à i'éuit sain ou malade , la médecine est aujourd'hui fort avancée en tant que science descriptive des altérations qui peuvent survenir dans" les diverses pièces dont se compose l'organisme humain et, par suite, dans leur fonctionnement régulier. Mais combien il s'en faut qu'elle soit aussi avancée en tant qu'art de guérir! Quand on tient compte do l'extrémo complication des rouages de notre machine organique, de la variété infinie des phénomènes vitaux, de la complexité et de la solidarité mutuelle des fonctions, delà diversité des constitutions individuelles, delà multiplicité des troubles physiologiques, causés par les développements mêmes de la civilisation, il est permis de douter que la médecine, tout en ajoutant, comme les autres sciences humaines, de nouveaux progrès à ceux qu'elle a déjà accomplis, soit jamais un art bien sur do ses moyens do guérison et bien perfectionné dans sa pratique. Si l'on ne saurait contester que, dans plusieurs circonstances, l'art de la médecine prolonge la vie de malades qui mourraient sans ce secours, il est également hors de doute que, dans beaucoup d'autres circonstances, il tue des malades qui, sans son intervention, pourraient guérir. Il peut
f)8 CHAPITRE IV.
donc faire aux hommes ou du Lion ou du mal. Là où il forait beaucoup de bien et peu de mal, ce serait un art utile ù l'humanité ; lu où il fuit beaucoup de mal et peu de bien, c'est un art funeste, liais quand et où fait-il plus de bien que de mal ou plus do maf que do bien? La solution de celte question est liée à une infinité de circonstances : cela ne dépend pas seulement, comme on pourrait le croire, du degré plus ou moins avancé des sciences naturelles , mais encore du caractère des institutions religieuses , civiles et politiques. Dire que la médecine ne fait aujourd'hui que du mal, c'est ce que ne soutiendra aucune personne sensée, même parmi colles qui y on', le moins de confiance et qui en usent le moins. Lui demander de ue faire que du bien et do ne se trompe r jamais, ce serait en attendre une perfection qui ne peut se trouver dans les choses humaines. Mais lui demander de travailler à se mettre toujours duvaiilaiu' en état do faire le plus de bien elle moins de mal possible, voilà ce qui est raisonnable et praticable. Or dans quelles conditions l'art de la médecine (ravaillera-t-il à se mettre toujours davantage en état de faire le plus do bien et lo inoins de mal possible '! Ce n'est assurément pas dans les conditions actuelles, où ïa réglementation légale en livre l'exei'cii e exclusif à la routine ou aux expérimentations aventureuses de l'esprit do système; ce n'est pas surtout quand les médecins sont intéressés directement à ce qu'il y ait le plus de malades pos-
ne s'aperçoivent mime pas Je l'influence mauvaise qu'exerce sur eux une (elle situation. Dans l'état présent des choses , il ne faut pas plus s'attendre à ce nue la généralité des médecins travaillent avant tout à prévenir les maladies , qui les font vivre , qu'à ce que les avoués s'attachent surtout à empêcher les procès, qui les enrichissent. L'aride la médecine no s'applique guère qu'à combattre les maladies déclarées, et tout le monde sait combien peu de succès réel il obtient à cet égard dans la plupart des cas, et combien surtout il ost peu avancé dans la connaissance des causes d'un
l'on nu peut pas toujours lui reprocher d'ignorer certains poiuts de la science, on peut trop souvent lui reprocher de ne pas avouer qu'il les ignore et de vouloir paraître les savoir. Quand on reconnaît ne pas savoir certaines cl i ose s, on peut chercher à les connaître et y arriver, tandis que celui qui, les ignorant, aime à se persuader qu'il les connaît et agit en conséquence, ne les cherche pas et reste ignorant. L'art de la médecine devrait d'abord se préoccuper du soin de prévenir les maladies ou d'eu diminuer le nombre ; il devrait surtout réduire considérablement l'importance de ces officines brevetées d'uni pu bonnement plus ou moins lent, dont le Codex officiel ne cache sous la plupart de ses formules qu'un ramassis de recettes fournies par l'empirisme /le tous les siècles^méme les
plus obscurs et de tous les pays même les plus barbares (i). Le but principal du médecin devrait être de nous mettre en état de résister aux atteintes des agents destructeurs de notre constitution organique, plutôt que de nous faire soutenir contre des maux devenus forts par sou insouciance, des iuttes trop inégales. Il devrait s'appliquer surtout à rechercher et à faire connaître comment se développent le mieux et s'entretiennent le plus longtemps les forcus dont l'organisme est naturellement pourvu pour l'exécution des fonctions vitales. L'hygiène, qui apprend à conserver îe corps en santé, est la partie la plus utile de l'art do la médecine, et c'en est précisément la partie la moins étudiée et la moins avancée. Il n'y a pas lieu de s'en étonner : les médecins d'aujourd'hui n'auraient rien à gagner et ils auraient fout à perdre à ce qu'elle su perfectionnât et à ce que la connaissance en devînt générale. On a dit souvent et avec raison que l'exercice de la médecine était ou devrait être au moins,
(I] Lu commerce de lu pliarmr entièrement libre. ~ Commont!
vendre dea poisons t — Pour toute
comme le professorat, une sorte do sacerdoce : mais le moyen qu'il en soit ainsi dans les conditions présentes ! Donc il faut que cet exercice ait lieu dans d'autres conditions; il faut en un mot qu'au lieu d'être un métier, il devienne une fonction sociale (1), pour qu'il procure à l'humanité toute la somme de bien qu'il peut et qu'il doit lui procurer. Et je ne parle pas seulement do bien physique, mais encore de bien moral ; car, parmi les principaux agents destructeurs de nos organes , les vices et les excès ruinent encore plus de sautés que les rigueurs des climats, les variations extrêmes do température et les effets pernicieux do divers travaux mécaniques, artistiques et scientifiques, que nécessite une civilisation avancée. L'hygiène, en nous apprenant à prévenir ou à combattre ceux de ces agents qui peuvent être prévenus ou vaincus , et il neutraliser dans une certaine mesure ceux qui ne peu-
(I) Qu'un ne ciui i.' jias qu'en demandant que l 'exercice public de la médecin*! dciu'iiik: chuuih lVnstîimu'iiiunt public une fonction sociale, jii vp.uillr! avec, l'erlaines renies socialistes convertir eu fuuction sociale l'emploi île toute faiullê si de tout travail. J'ai déjà dit ipie l'raercice privé île ces doux professions devait être laissé entièrement lihrc. et l'on verra mieux encore plus tan] que je suis trop ami de lu litierlé pour m 'accommoder de rloc- Irines que je tirais au contraire pour de livs-reyrettables erreurs, tout en respectant l'intention rie la plupart de ceux qui les professent. Après m' avoir entendu jusqu'au bout, le lecteur demeurera, j'espère, convaincu que personne n'est plus que moi disposé i restreindre l'iiilmonlioii de l'État à ce. qui est strictement nécessaire au bien lie tous et il ee que lui seul peut faire dans les meilleures conditions.
veut l'être, rendrait donc des services physiques et moraux, bien autrement grands que cens quo peut rendre la pathologie, eu conservant pour quelques jours des sautés délabrées, des corps usés et languissants. Il faut dire aussi que l'état actuel des mœurs contribue pour beaucoup à encourager cette fausse pratique de l'art de la médecine. Imaginez qu'un médecin ait assez de conscience pour apprendre aux gens à se passer de lui, et assez de courage pour leur dire : « Vous, gourmand, trouvez moins de plaisir à « lablo et demeurez-y moins longtemps. Vous, liberk tin, contentez- vous de votre femme, au lieu d'aller « semant vos bâtards qui font la bonté et la désolaa tion de la société. Vous, belle dame, ne dédaignez
« couchez de bonne heure au liou de passer les nuits « au bal ou au spectacle et les jours au lit, et d'uc- « croître vos ennuis par la lecture d'impurs romans « qui vous calcinent le sang et vous agacent les nerfs. « Vous, jeune insensé, mariez-vous pendant que vous h êtes dans l'âge où les sous ont toute leur vigueur et a les sentiments toute leur fraîcheur, au lieu d'ai- « tendre l'époque où vous n'apporterez plus que les « restes d'un eoq>s épuisé et d'un cœur blasé à une «jeune femme a qui vous inspirerez du dégoût à la « place do cette tendresse et de cette affection qui « sont les plus grands charmes de la vie. » Assuré-
ment ce médecin-là mériterait que tout le monde s'a Iressal à lui. Eli l>ie;i ! il juif serait aujourd'hui pour un homme mal élevé, et je n'oserais pas assurer qu'il lui restât deux pratiques. Ces messieurs savent bien cela, et j'ai entendu à cet égard de curieux aveux. Comme la plupart d'entre eux ont pris leur diplôme, non pas par amour de la seionce et de l'humanité, mats pour faire fortune ou au moins pour se procuror des moyens d'existence, ils se conduisent en gens qui ont du savoir-vivre, et font consister tout l'exercice de leur art dans cette détestuble thérapeutique sans laquelle la plupart de leurs malades les prendraient pour des ignorants.
J'arrive à la question des hospices (1). Cette institution, qui, dans des temps d'ignorance et de servitude, a rendu à l'humanité, faute de mieux, des services réels, est jugée aujourd'hui par les économistes, les moralistes et les philanthropes sérieux insuffisante
(i) Il y a, en France, lumpic-s, joignant et imc
iialionnli.
ent qu'elle.
par la loi du 4 venlûsc, an XI (22 février 1 SUS) .
et stérilement ruineuse. L'opinion publique continence à être un peu moins égarée sur ce point : j'essaierai ici de la désabuser complètement parmi simple exposé de l'état véritable des choses. Un système do distribution de secours à domicile, bien conçu et prudemment administré, soulagera a moindres frais hoaucoup plus de souffrances et d'une manière plus efficace que le système des hospices (1). Riou n'est plus facile à démontrer ; car les éléments de cette démonstration sont des faits irrécusables, qu'il s'agit seulement de recueillir et de laisser parler. Ils existent dans les archives des commissions administratives des divers hospices. On peut consulter les budgets et les registres d'entrée et de sortie des hôpitaux d'une vingtaine de villes placéos dans des conditions diverses. Eu ajoutant à la dépense annuelle de chaque maison l'intérêt des capitaux représentés par ses bâtiments et son mobilier, on arrivera à des conclusions inouïes, soit que l'on calcule ce que coûte par jour et terme
(!) Tout en demandant a l'État de créer des hospices, Montesquieu, qui vivait a une époqni! où la charité publique ne connaissait rien de mieux, ajoutait déjà ces judicieuses réflexions : « Touî les hôpitaux du monde ne sauraient guérir celte pauvreté a particulière; au contraire l'esprit de paresse qu'ils inspirent m a'igmtnie la pauvietè générale et par conséquent particulière... • J'ai dit que les Dations riches avaient besoin d'hôpitaux, parce « que la fortune y était sujette û mille accidents ; mais on s>nt <■ que des «cour* passagers vaudraient bien mieux que des établit- ■ tementi perpétuel. ■ {De l'Etprit des lais, livre XXIII, chapitre XXIX.)
moyen chaque malade, soit que l'on veuille savoir ce qu'a coûté en somme chaque personne admise à l'hospice. Hlais on sera surtout effrayé du résultat définitif, obtenu a si grands frais, quand on aura calculé, sur ie nombre total de malades qui entrent dans chaque maison, combien en sortent morts ou encore malades soit do leur maladie initiale soit de quoique autre maladie souvent plus grave et contre laquelle ello s'y sera échangée. Ce résultat n'étonnera pas du reste ceux qui connaissent l'horreur du pauvre honnête pour l'hôpital, et l'influence funeste qu'exercent sur lu malade la fatigue d'une translation toujours inopportune et souvent dangereuse, l'éloignement do sa famille, la vue des douleurs des autres patients , un air empesté et qui suffit, surtout dans les temps d'épidémies, pour rendre malades mémo les mieux portants, une nourriture qui pèche par l'uniformité aussi bien que par les proportions, la visite rapido et distraite d'un médecin qui se fait le plus ordinairement de sa position titrée un moyen d'attirer au dehors les regards et la fortune, tout enfin jusqu'au langage emmiellé de ces religieuses qui no sont femmes qu'à demi, ne connaissant de l'épouse et de la mère ni les joies ni les douleurs, humbles personnes, dont l'abnégation coûteuse prétend au monopolo de la bienfaisance , bonnes sœurs qui , ayant plusieurs tons en réserve dans leur voix, font d'abord entendre les plus doux pour introduire le confesseur, puis, sur un refus,
prennent bien vite les plus aigres pour installer au chevet du mourant la menace des éternelles douleurs, et ajouter ainsi les tortures morales aux dernières souffrances physiques (1).
On m'objectera les nombreuses et évidentes améliorations, qui, depuis un demi-siècle, oui été introduites dans la plupart des hôpitaux. Sans énumérer toutes celles qui resteraient à réaliser encore et sans contrôler celles qui sont réalisées déjà, j'admets que le service de ces établissements soit aussi bien fuit qu'il peut l'être dans des conditions essentiellement mauvaises. Mais je n'en maintiens pas moins cette conclusion, que le système des hospices est très-funeste, no fùl-ce que
(I) I! va sans dire que ce |>ortniit des lionnes sœurs admet des exceptions. J'ai connu ei je connais iuil-iii-i: des religieuses pleines de douceur et de tolérance uutant que d'humilité, et pour lesquelles jo professe respect et estime. Les religieuses qui se vouant au service des pauvres, se rendent au moins utiles, quoique ce soit particulièrement et a leur insu dans l'intérêt d'un système qui maintient s;i dimmiiitimi sur les classes soutirantes en les retenant dans l'avilissement. Quant à cas religieuses qui s'entérinent dons des délires pour j vjiquer aux inutilités de la petite dévotion, si elles sont iimius mérihintes Hles n'en sont pas moins a plaindre que celles qui se mêlent au monde. Les unes et les autres sont dignes de pitié plutôt que de Llimc; car le parti qu'elles ont pris de snliir les tiisle;se* de leur vie, trouve trop de causes, d'une part dans de fausses idées religieuses, de l'autre dans les misères et les corruptions d'un mUieu social actuel ; ces malheureuses filles, pour la plupart sans fortune, se voient refuser les douceurs du niaringe et de la maternité, que méritent beaucoup moins et dont savent si peu jouir tant d'autres
purco que, dans ceux mômes qui sont le mieux tenus, les malades respirent un air vicié, et que l'éloignement de leurs fuiuiiles et la vue de ceux qui meurent il leurs eûtes, y exercent inévitablement une influence des plus pernicieuses sur leur moral et par suite sur lour physique fl). Combien sont condamnés à mourir par
(i] Le journal l'Opinion nationale du i août iSU taisait les très-justes rélleiions suivantes a propos rlu projet do reconstruction de i'Hotel-Dieu rie Paris :
« Plus il y aura da lits dans une infirmerie, plus il y aura de
■ chances d'inlluciicpiiuntaKieuses. L;i \i<-l\;<< vérole, la rougeole, « la scarlatine, la fièvre putride ou typhoïde, la pourriture « d'hôpital, un grand nomlncd\Mrectionscatarrunies, (es maladies
0 qui frappent les femmes en eouebe, la dyssenterie, le croup
1 et d'autres affections sont toutes ou presque toutes transmissin bles, les unes par le simple cnnt.irl. les ;»utn>s par l'aspiration o de l'air que vicient les malades. S'il en est ainsi, a combien o d'influences désastreuses ne smil pas soumis de pauvres patients « qui passent quelquefois plusieurs mois dans les salles d'un « hôpital 1
a C'est surtout ;"i l'li"[ii!:il îles l'iifants, a dit le docieur Troust seau, que l'on peut apprécier li s làtln in effets, de la réunion o des malades. Ameut' j l'hôpital pour une (Union de poitrine, o Un enfant guérit, et penii.i»! la l'utivulcsci-nco il contracte la u coqueluche dont est atteint un autre malade. Pendant le cours
o l'assaillir, et quelquefois enfin, lorsqu'il semble avoir triomphi u de ces causes successives de destruction, lorsqu'il va sortir n après avoir subi trois maladies conlracWes â l'hàpilal, il est « pris d'une opblhalmie qui déjà autour de fui a frappé d'autres
■ enfants, et il ne rentre dans sa famille qu'aveugle ou défiguré, o 11 eiisla encore, dans les grandes salles, des inconvénients
• d'un autre ordre Si, dans le cours d'une affection aigué, un
• malade est pris de délire, il passe quelquefois plusieurs jours
■ et plusieurs nuits à pousser d'horribles vocHérations. Comme
ce fait seul, et qui mieux traités devaient guérir ! Je n'ai jamais compris que la pensée ait pu venir, hors les tas d'uLso-lue impossibilité de faire autrement (1), de réunir dans les mêmes locaux des malheureux qui s'entendent mutuellement gémir et se voient agoniser. Ne semhle-t-it pas que ceux qui ont imaginé ou qui patronnent cette institution, aient voulu y donner un avant-goùt de leur enfer? Ce qui me confond surtoul c'est que les médecins ne soient pas les premiers ù réclamer contre un pareil état de chose», bon tout au plus dans ces hospices que les Hindous entretiennent pour des bêtes qui ne connaissent et ue sentent que leurs propres jouissances et leurs propres douleurs. Notez eneore que les tourments des malades et de leurs familles s'accroissent des rigueurs de règlemculs
lietits asyles, destinés à rei'miir les iiulaïk-n île passage, qui ne composent que la moindre partie des malades entassés aujourd'hui dans les hôpitaux et pouvant èirt: smninis à domicile. Je dis petit} asyles, parce qu'il ne faut pas qu'Après avoir supprime les hûpitaux, mi les i ijljlili^-e an jir.ilit J'utm jmpulation errante, qu'Q importe au contraire de ne pas trop inviter a venir encombrer les grands centres où elle ne rencontre souvent qu'un surcroit de misère et de démoralisation.
En reconnaissant également l'utilité des hospices spéciaux, recueillant des enfants ahauduiinés, 'les ;iliéni'S, des personnes âgées ou infirmes, sons fortune et sans parents qui puissent en prendre soin, je réserve la question des réformes h introduire dans leur organisation monacale.
plus ou moins nécessaires. A Paris, les parents, même les plus proches, ne peuvent visiter les malades que deux fois pur semaine dans les maladies ordinaires et que quatre fois dans les maladies extrêmement graves , eu sorte que celui qui vient de quitter un père, une épouse, un frère à l'agonie, est condamné à attendre 48 heures, qui semblent des siècles en parcillo situation, pour qu'il leur soit permis de se revoir, et si le malade meurt dans cet intervalle, ce qui arrive dans la plupart des cas, il meurt délaissé ou en présence d'étrangers indifférents, et ses proches n'ont pas la consolation de pouvoir recueillir ses dernières paroles et son dernier soupir (f).
Je n'ai voulu parler ici que des inconvénients et des vices inhérents à la constitution même des hospices ; je ne tirerai donc aucun parti de désordres nombreux et accidentels, qui peuvent absolument être évités, et qui résultent soit des embarras de l'administration de biens qui sont en grande partie des biens fonciers, soit de l'incurie, trop souvent même de l'infidélité d'oniployés de toutes sortes qui ont la main dans la gestion économique. Mois j'avertirai le lecteur qu'il doit être
;i) C'est bien pis dans il'rnilriïs filles. A Bruxelles, par exemple, l'entrée des liùpiL.iiix n'e-l permise, même aux parents dus
heure. En revanche, les curieus et 1rs indifférents peuvent y pOnitrcr tous les jours en payant i franc. Il est difficile de dire laquelle de ces iliiuj elm=es mérite le plus de réprobation.
110 CHàMTHEiv.
eu garde contre les chiffres des défenseurs, même les plus honnêtes, du système des hospices. J'ai interrogé des administrateurs, qui pourtant voyaient les choses de près, sur la somme moyenne que leur coûtait par jour chacun de leurs malades ; ils m'ont répondu, d'un air do satisfaction vraie ou simulée, que cette somme ne a' élevait qu'à tant. Dans leur calcul, ils ne comptaient que la somme dépensée journellement pour lit nourriture des malades. Mois, quand je les obligeais à tenir compte aussi de la dépense du personnel de service et de l'intérêt des capitaux engagés dans les bâtiments et le mobilier, force leur était bien de convenir qu'il fallait doubler et tripler leur évaluation première. Voici enfin une considération capitale et qui suffirait pour faire donner la préférence au système de distribution dos secours à domicile sur celui des hospices. Un ouvrier, qui a femme et enfants, et qui ne possède, pour les nourrir et les entretenir, que son travail quotidien, tombe malade. Il est reçu dans un hospice. J'admets qu'il n'y manque de rien; pour mettre les choses au mieux, je suppose que son mal no doive pas s'aggraver, comme cela arrive ordinairement, par le fait même de sa translation et do son séjour à l'hûpilal ; je suppose enfin qu'il doive guérir. .Mais, pendant des semaines, des mois que dure la maladie, sa feramo et ses enfants sont là sans ressources, en proie à la faim et à toutes sortes do besoins. Si, au lieu de l'enlever à sa famille dans un moment où elle lui était
plus que jamais nécessaire, on l'y eût laissé, mais en lui donnant par jour une portion seulement de la somme totale que coulait son entretien dans l'hospice, sa femme et ses enfants eussent continué de vivre avec ce secours, et le malade, soigné par eux et débarrassé du tourment le plus poignant pour un homme de cœur, eût trouvé dans cette sécurité et dans le calme moral qui l'accompagne une chance puissante de plus prompt rétablissement, surtout si l'on eût pris soin d'ajouter à l'assistance matérielle celle des consolations et des espérances, qui lui est plus douce et plus nécessaire encore ()).
(1) Ces observations critiques sur le système îles hospices ont été publiées déjà dans une lettre adressée au il irec leur du journal t'Cpinios nationale, numéro du Ifi septembre I86i. Il y u beaucoup de gens que la pleine lumière olfusque et qui ne peuvent marcher qu'à lalmn : je savais bii'ii d'avance qu ils trouveraient que je vais trop vite et trop li.in. J't:vaevre, \<>il[i le mot consacré, l 'Éternel argument njnnisé .1 1 1.1 il.'- 1rs i'uli.^ii.'n-iib les réfoimes, lesquelles peuvent bien être ainsi retardées mais qui plus tôt ou plus t:in: lhiin.-..'ijt toujours paraboulir. Telle sera parliculièremeulcelle rie la suppression ili's hôpitaux pour faire place a un système, sagement entendu et largement organisé, d'administration de secours à domicile. M. le ilurlciii Montanier reconnaît tout aussi bien que moi que ie système des hôpitaux est désormais condamné par la science et l'humanité t:t .luit disparaître. Hais, après être arrivé ainsi à la iiiéine riitirlusiini que moi, il a trouvé piquant de prendre l'altitude d'un adversaire. Voici sa grosse objection : il ne pense pas qur la ivfuniic radicale- que je proposa puisse s'opérer brusquement et immédiatement. Il y a sans doute des difficultés d'exécution et des obstacles à écarter d'abord. Les réformateurs bénins s'arrêtent tout court devant ces obstacles. Mais la philosophie ne se traîne pas k la suite do ces réformateurs ;
Quelques mots des Dépôts de mendicité et des Monts
son rùle est d'éclairer l'opinion publique en lu devançant, va lui
réformes reconnues nécessaires. .Fui roiK-i>uln'- un nuire adversaire, que j'appellerai M. \, n'étant point, autorisé à le nommer, et qui, liiut en confessant que la suppression 'les hôpitaux auru.il du Imti, demande leur ronservalion parcelle raison qui m'a semblé assez curieuse : il lui faut de r« palais de la souffrance ]iour que les grandes célébrités chirurgicales puissent s'y faire la main ni continuer d'y couper et tailler en grand et avec plus ou moins de lion heur. Mais ces Messieurs vont bien eson-er leur habileté ikuis la spleudide demeure du riche; pourquoi donc lui 'aient-ils lias aussi l'exercer dans l'humble réduit du pauvre 1 Cela serait encore plus méritoire. J'avais cru jusqu'ici que les malades n'avaient pas été mis au monde pour les médecins, mais bien les médecins pour les malades. A-L-un changé tout cela, et eu seraitun revenu à cet odiouididou, Fm-iamus cxperimmtatu inanimam vilmf Quant à cet laite! des invalides civils, donl M. X demande la création comme pendant de l'hôtel des invalides militaires, c'est une de ces idées folles, nées du toliu-buhu des élucuhrations d'un soi-disant sin-i.il isiue que je tiens piiur très-an ti social. C'est déjà trop de l'hôtel actuel des Invalides, le plus détestable et le plus coûteux entre les hospiees existants. Qu'on aille interroger ces pauvres gens qui y tuent leur triste débris d'exislenre, victimes des plus i.'o]liI.l]iui:iI'!cs Llériii iices, et sur mille on eu trouvera à peine un qui n'avoue qu'il préférerait à ce luxueux
qui ne serait pas la moitié île ce qu'il coûte à l'État, ce coût ébint calculé sur les véritables buses que j'ai précédemment indiquées. Asseï des débauches d'orgueil d'un Louis XIV : ceux qui les admirent cl veulent les • intituler, sont en arrière de deux, siècles. Poumons, regardons en avant et sachons y aller intrépidement.
Ma lettre au directeur de ]'<);/<u<'™ nationale a provoqué, de la part du ministre île l'Inlci'ieur d'alurs, un Çom m it niqttt, qui a élé publié dans le numéro du ÏÏO septembre, et où il était dit qu'on ne répondrait pas à toutes me* critiques de détail : je l'ai cru