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FORCE PUBLIQUE

Après le désarmement général de l'Europe, la Force publique pourra consister simplement dans une milice peu nombreuse, d'une organisation analogue à celle de la gendarmerie actuelle, ne recevant que des magistrats l'ordre d'intervenir, et destinée à protéger les citoyens contre les malfaiteurs et à assurer l'exécution des sentences de lu justice. Mais, en attendant ce moment, la Force publique doit consister dans une garde nationale fortement organisée. Le licenciement de l'armée (après la guerre actuelle, bien entendu) est une des mesures les plus nécessaires au salut do la République (4). Une des principales fautes commises on

(I) Chaque nation européenne se sent écrasée par le fardeau de ses armées permanentes et appelle de ses vreui le désarmement généra!; mais chacune d'elles demandant que ses voisines prennent l'initiative et ne voulant par conséquent pas commencer, le mal doit se perpétuer tant que dure cet état de défiance universelle. 11 n'y a doue qu'un moyen de sortir d'une situation aussi fausse, c'est qu'une nation donne l'eieuiple, et ce devoir incombe évidemment a celle qui passe pour la plus puissante et

) 848 est de n'avoir pas pris cette mesure dès le lendemain de la révolution (1). Si jo me prononce aussi nettement sur cette question, ce n'est pas seulement parce que l'armée permanente est un gouffre où s'engloulissent les trésors de la France et parce qu'aucune amélioration sérieuse dans sa gestion économique n'est possible tant que ce gouffre no sera pas fermé, mais c'est surtout parée que la profession des armes et les institutions militaires sont absolument incompatibles avec la liberté d'une nation : quiconque ne sait pas lire cette vérilé dans toute l'histoire du passé, est frappé d'une incurable cécité. Beaucoup de gens vont s'écrier : « Vous choisissez, pour désarmer la France,

que celte supériorité même, jointe à. île détestables traditions qu'il est bien temps d'abjurer définitivement, fait encore redouta' de toutes les autres.

H) Depuis le coup d'État du2 décembre on s'est souvent demandé ca que la République aurait <lù faire pour prévenir cette surprise qui lui a coûte la vie. Une des plus jn'ruifiuitses erreurs de cette bénigne République, je l'ai déjà dit, a été l'institution d'un Président, el de quel Pré^idnit '. Mais, dans la supposition même où elle aurait eu raison de penser qu'il lui en fallait un, au moins aurait-elle dù aviser â ce qu'il ne pùt jamais faire tourner h sa ruine les imuvoirs qu'elle lui confiait. Or il est manifeste que ce qu'il y avait a. Taire avant tout dans ce but, était du nu point laisser entre ses mains une armée permanente. Est-ce qu'il eût pu exécuter sou attentat contre la représentation et la souveraineté nationales, s'il n'avait pas eu cette armée à son entière disposition? La pensée même d'un pareil attentat lui fùt-ellu jamais venue s'il eût sa ne pouvoir appeler à son aide que dos gardes nalionaui? Donc le maintien du système militaire a élé la source principale de ce déluge de calamités, matérielles el surtout morales, qui a marqué le passage du second Empire.

Dlïlizcd by Cl)

u le moment où, se reconstituant en République, elle « va réveiller les défiances et les terreurs de la plua part des monarchies européennes et soulever contre a elle leur mauvais vouloir et leur haine! N'est-ce pas « le cas au contraire où elle doit déployer l'appareil « de toutes ses forces, soit pour tenir eu respect ses « ennemis du dehors et du dedans, soit pour être en a état de prêter maiu forlo à colles des autres nations « qui, voulant recouvrer comme elle leur indépen- « dance, l'appelleraient a leur secours? » Ma réponsesera bien facile. Loin de penser pour le moment à désarmer la France, je pense au contraire à l'armer presque entière. Je veux que personne ue soil plus soldat par métier, par profession exclusive, mais que tout citoyen français, eu état do porter les armes, de 20 à 50 ans par exemple, le soit au besoin par devoir el de droit (1). Je veux que la force matérielle, qui n'a

(I) La faculté ih- *e fiiin: mrnphrer à prix d'avant doit absolument «Ire supprimé*!, comme constituant un privilège (les classes aisées. Le système d'i^LPiiéralimi, pratiqué pur le second Empire, avait deux vices radicaux. D'abord il maintenait et renforçait, par la surélévation d'un priï \ig\il d'exemption, le privilège établi en laveur des riches, qui se déchargeaient ainsi sur les pauvres de rai;C[iiii[i[issr'HH!iil d'un ilrviiir dt> (nul ci to jeu valide : le prix de l' exonération s'élevait, dans les derniers temps, a 2,501) francs, somme au-dessus des ressources do l'immense majorité des familles appartenant nui diverses classes de travailleurs. En second lieu, comme ce prir servait a payer des rengagements de soldats libères, il en résultait que l'année se composait en grande partie de mercenaires, contrairement a l'intention des précédentes luis sur le recrutement, qui avaient relevé

d'autre destination naturelle, d'autre emploi légitime que do protéger la justice et la liberté, au lieu de continuer à être confiée par la société à des hommes imbus d'un esprit anti-civil et auti-libéral, comme l'ont toujours été, le sont essentiellement et le seraient toujours les militaires de profession à de rares exception près, ne soit désormais confiée qu'à des soldais citoyens, demeurant habituellement attachés au foyer de la famille et s'y nourrissant de sentiments civiques et libéraux. Croit-on maintenant qu'une force publique, organisée sur de telles bases, qui s'élèverait, si cela devenait nécessaire, à plusieurs millions d'hommes en partie mobilisables, qui n'aurait d'ailleurs que le nom de commun avec ces gardes nationales pour rire, que nous avons vues, plusieurs fois depuis plus de 50 ans, fonctionner avec forvour pendant quelques mois, pour s'endormir ensuite et s'éclipser au grand contentement et par le fait même du pouvoir monarchique, croit-on, dts-je, qu'une force ainsi organisée laissât la République désarmée contra

dans l'opinion publique le caractère de la dette du service militaire, nécessité par l'invasion étrangère, en l'attribuant a l'universalité des citoyens. Ce système d'ejoné ration, pratiqué pendant quelques années, a été abandonné, liais comme la faculté des remplacements a été maintenue et que le plus grand nombre des remplaçants était pris parmi des soldats libérés, qui, déshabitués du travail, préféraient se vendre plutôt que de rentrer dans la vie active de la société, le mal que je viens de signaler subsistait.

les attaques qui pourraient survenir soit du dehors soit au dedans, et hors d'état de secourir les peuples qui l'appelleraient à leur aide (I)?

L'horrible guerre que le second Empire, en tombant sous la réprobation universelle, a léguée à la République qui ne la voulait pas mais qui, attaquée aujourd'hui et outrageusement menacée dans son indépendance, est obligée de se défendre, cette guerre, dis-je, aura achevé de décréditer le système des armées permanentes. Une armée régulière de 400,000 hommes battue et presque anéantie en quelques jours de campagne, malgré les nombreux exemples de bravoure individuelle ! Et puis, opprobre unique dans les fastes militaires de la France, 80,000 hommes ayant pu dévorer la honte de poser les armes ! On dit qu'ils n'étaient pas prêts, qu'ils ont été couduit3 par des chefs ineptes, qu'ils ont été trahis, qu'Us manquaient de munitions, etc., etc. Ce sont là de vaines excuses, comme on en trouve toujours dans toutes les défaites. Si la France républicaine peut conjurer l'extrême péril où l'a précipitée le plus odieux des despotes, si ello peut être sauvée, et elle le sera, espérons-le, elle l'aura été par des gardes nationales sédentaires et mobiles, dos marins, des bourgoois s' armant volontairement,

(1) Pour un eïaDieu [ilus approfondi de toutes les questions se rattachant a celle de l 'organisation da la Force publique, je duis rentoj-cr le lecteur a mon livre spécial De la ouerri et des armées permanmtei, ï' édition, Paris, 1870.

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c'est-à-dire par des soldais pour la plupart improvisés. Quel meilleur argument peut-on invoquer en faveur de la doctrine que nous soutenons depuis longtemps, à savoir qu'il faut remplacer les armées permanentes par un système d'organisation militaire, analogue à celui des cantons suisses et des Eluts-Unis d'Amérique, et dans lequel personne n'est soldat de profession et tous le sont momentanément dans le danger de la patrie injustement attaquée? Hésiterat-ou, après la terrible expérience qu'on vient de faire, à entrer dans cette voie de salut?

La force de mer ne doit pas constituer un service public à part. Elle sera réunie au service général de la force publique. Après le désarmement général do l'Europe, elle devra être très-réduite. A coux qui prétextent l'intérêt des colonies pour réclamer le maintien d'un grand déploiement de force maritime, je réponds que la science économique n'admet le système des colonies qu'à la condition qu'elles no soient ni subventionnées ni réglementées par lamère-pufrie, maisqu'olles soient au contraire laissées entièrement libres.

J'ai exprimé ailleurs (f ) ce que je crois être le véritable sentiment démocraliquo sur les expéditions de Crimée, d'Italie, do Syrie, de Chine, do Cocbinchme et du Mexique; je n'y reviendrai pas ici. Disons-le du reste,, ce n'est pas la France qui s'est décidée do sou

\l) Ibidem, i" partie, S XXIII.

CHANTRE VI. I7!i

propre mouvement à aller guerroyer do nouveau. La plupart de ceux mêmes qui ont fait un Empereur parce qu'on leur avait promis que l'Empire serait la paix, ne 6' attendaient pas à cette déception trop méritée. Ils savent maintenant a qui ils doivent d'avoir été entraînés dans cet abymo : on était a bout d'oxpédients ; on avait besoin do jouer au soldat pour se maintenir quelques années de plus sur un trône de bateleur et pécher plus à l'aise dans l'eau trouble des milliards des budgets ordinaires et extraordinaires et des emprunts dits nationaux. Quo ia France s'interpose par ses conseils et ses représentations bienveillantes pour empêcher les despotes et les natioaB qui s'accommodent du despotisme de s'entro-décliirer ; mais elle no doit ses alliances et ses secours qu'aux nations qui les lui demandent pour s'affranchir ou pour défendre leur liberté menacée. Qui no sait que les traités et les conventions, faits à la suite des guerres et par conséquent imposés par la force, n'ont jamais été des garanties de paix et de bonne amitié entre les nations? Ils no font que couvrir hypocritement les ressentiments et les haines, qui attendent le moment favorable pour se déchaîner de nouveau : un peuple ne sera jamais l'ami sincère d'un voisin qui l'aura violemment humilié et amoindri. Il n'y a de bons traités et ayant dos chances do durée quo ceux qui sont contractés librement par les deux parties et qui stipulent, dans les conditions do parfaite égalité, des enga-

gements destinés à assurer les intérêts et à procurer les avantages commuas et réciproques.

Et notre conquête d'Afrique! Et l'armée qu'il faut y entretenir habituellement à si grands frais pour la garder! Qu'en ferons-nous? Si l'expédition d'Alger était à recommencer, la République n'aurait pas à la faire, puisque c'était une guerre offensive. C'est un ulcère que la France porte attaché à ses flancs ut qui a dévoré en pure perte, depuis 40 ans, des milliards et fait périr des centaines de mille do nos compatriotes. Ajoutez que le genre de guerre que font en Algérie les soldats que nous y envoyons, les rend tellement féroces que les Arabes les appellent les chacals et qu'on a pu dire avec vérité quo la monarchie entretenait là une école de bouledogues pour les lâcher de temps a autre sur la mère-patrie (1). Puisque cette expédition désastreuse est aujourd'hui un fait consommé, et que l'abandon pur et simple est un parti extrême et auquel on ne saurait guère penser, on doit donc aviser à rendre le moins infructueux possible les sacriliecs faits jusqu'à ce jour, et qui n'ont guère profité qu'à quelques moines, mis en possession do vastes domaines qu'ils faisaient cultiver par nos malheureux transportés, dcveuus ainsi un troupeau d'hiérodules. Maintenir

(1) On au rappelle avec quelle stupide cruauté, aux journées lugubres de décembre ISîil, ils se sont niés sur les défenseurs de la Constitution et des liberté? publiques, n'écoutant que ru mut d'ordre, parti de l'Elysée : Tue, lue.

le système actuel d'occupation illimitée, ce serait ou nous condamner à l'abominable nécessité d'exterminer la raco arabe qui no subira jamais ce système, ou nous exposer au danger d'être un jour chassés honteusement du sol africain. Le seul moyen d'échapper à celle alternative est l'occupation restreinte. Nous devons nous borner au littoral et aux grands établissements que nou3 y avons formés et qui heureusement sont à peu près les seuls qui intéressent notre commerce et notre industrie. (Juant au désert, nous devons le laisser aux Arabes inoffensifs, que nous avons injustement attaqués, et qui ne lieront avec nous de sincères rapports de bon voisinage qu'à celte condition. Dans ce système pacifique, les colons pourront bientôt suffire à la tache de se garder eux-mêmes, et il sera possible de rappeler prochainement d'Afrique nos derniers soldats. J'entends dire que, si nous prenons le parti de l'occupation bornée au littoral, les Arabes ne tarderont pas à nous y attaquer. Ce n'est là qu'une menace de gens imbus de préjugés militaires et intéressés au maintien du système actuel, Admettons toutefois que celte menace vint à se réaliser. libbienl je dis d'abord que ce serait le résultat des fautes commises dans le passé et leur juste châtiment; mais je me hâte d'ajouter qu etantjplacés sur le terrain de la simpleet forte défense, nous serions alors dans des conditions bien meilleures que celles d'aujourd'hui pour triompher d'attaques qui n'auraient plus de légitimes prétextes.

178 chapith vi.

L'École polytechnique, qui sera mieux appose École spéciale des études mathématiques et physiques, et qui n'est point, comme les Écoles des mines et des ponts, un établissement d'application, maie un établissement où l'on fait de la science pure, doit appartenir au service de l'Instruction publique, au lieu d'être dans les attributions du service de la Guerre. Ce qui importe plus encore que la réunion de l'École polytechnique à l'Instruction publique, c'est sa réforme radicale. Elle ment a l'intention de ses fondateurs et même à son nom prétentieux et dont ae moquent avec raison les étrangers en demandant siloutes les écoles où. s'enseignent plusieurs branches de la science humaine ne sont pas des écoles polytechniques (1). Les études mathématiques s'y sont fait une part léonine, et ces études, fort belles sans doute comme abstraction, et que personne n'apprécie plus que moi en tant qu'elles fournissent aux sciences et aux arts d'utiles instruments, font en réalité, lorsqu'elles absorbent l'activité intellectuelle, perdre en

(i) Lors de sa création sous la République, elle avait reçu le nom d'École centrale des Traça ux jiat lict, qui n'était point exactement approprié à sa destination puisqu'elle n'est pas une école d'application, mais qui évitait au moins le ridicule de l'appellation de polyttchniavs. Le nom d'École des travaux put/ici doit être réservé pour l'établissement unique dout je parlerai tout a l'heure, au chapitre des Travaui publics, et qui doit être formé de 1» réunion de* deux écoles actuelles des Mines et des Ponts et cbausiées.

spontanéité plus quelles ne donnent en exactitude; l'esprit s'habitue ulors à ne marcher qu'appuyé sur des formules, et quand elles viennent à lui manquer, il se traîne ou , s'il essaie de se lever, c'est souvent pour trébucher. Voici les plus urgentes des réformes que doit subir l'École polytechnique. Constitution en externat, comme aux jours de son origine, où elle n'était point organisée militairement, et qui ont été ses plus beaux jours. Admission gratuite des élèves. Suppression do tout costume. Publicité des cours. Changement de programme des études et des conditions d'admission et de sortie.

11 va sans dire que la suppression de l'armée permanente entraîne la suppression de la détestable institution de la justice militaire et do son code draconien.

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