M VIII
M D XL IIX =Z 1548
c'd 'o xc VI = 1596
CIO ic ex = 1610
CIO 10 cxx VI .' . , . =1 1626
Outre les dates en chiflTres roraains, dont nous venons de parler, on en rencontre aussi beaucoup écrites en toutes lettres, et le plus souvent, avons-nous dit, en latin, quelquefois dans une langue usuelle. Toute difficulté alors disparait, si Ton connait la langue latine ou celle dont on s'est servi pour dater le livre. Il n'y a pas lieu de nous étendre sur ce point.
Quelques Kvres aussi offrent les deux modes réunis, c'estk-dire qu'ils sont datés partie en lettres, partie en ehiffres romains. Ainsi le livre des Psaumes, imprimé en 1457 par Fust et Schœffer, et dont nous avons donné plus haut la souscription.
D^autres portaient leur date en chiffres arabes : dans ce cas, rien de plus simple, et il n'y a pas lieu de s'y arrêter.
Nous ne parlons pas de ces dates énigmatiques, que l'on peut rencontrer quelquefois. Ce ne sont que des passe-temps et des jeux d'esprit, un chapitre, suivant la remarque de M. G. Brunet, qui rentre dans l'histoire des singularités typographiques, et dont nous n'avons pas a nous occuper ici.
Nous devons toutefois, en terminant ce point, ajouter une observation : c'est qu'il n'est pas rare de rencontrer dans les livres des dates fausses. Mais en même temps, il n'est pas toujours facile de les reconnaître et de les corriger, et ce n'est que par une grande attention et la connaissance des livres anciens, qu'on parvient à distinguer l'erreur involontaire ou préméditée. Ce ne sera souvent qu'une simple faute d'impression, qu'il suffira de quelque connaissance de l'histoire de l'imprimerie pour découvrir. Ainsi la date de 1465, que porte une bible de Gruninger, Embricee, doit être évidemment remplacée par celle de 1495,1e 9 ayant été retourné,par une faute typographique, de manière à former un 6 : on ne trouve pas, en effet, que Gruninger ait rien imprimé avant 1490. Mais quelquefois la difficulté est plus grande. Il faut comparer le papier, les caractères, les usages du temps, la manière de placer les signes de ponctuation, etc., et malgré tout cela. Ton ne sera jamais bien sûr d'avoir rencontré juste : on pourra dire que la date marquée est fausse, et l'on ne sera pas capable de la remplacer avec certitude par la date vraie.
i06 IBS UYMS
£r — Des livres rares et précieux.
On rencontre souvent dans les catalogues la qualification de livre rare^ accolée a certains ouvrages. Cette mention, sans être toujours absolument mensongère, n'est souvent ajoutée qu'à titre de réclame, et il est bon, la plupart du temps, de savoir se mettre en garde contre elle. Ce n'est pas qu'il y ait beaucoup de libraires qui ne s'en servent avec réserve, et ne la mettent sur leurs catalogues qu'a bon escient. Et c'est précisément ce qui fait souvent la difISculté de distinguer le livre véritablement rare de celui qui ne l'est qu'en apparence.
Un livre rare sera le plus souvent un livre précieux: ce sont Ik deux choses qui, comme le dit Brunet, « dépendent presque toujours l'une de l'autre, soit que, comme cela est le plus ordinaire, la rareté devienne la cau3e principale de l'élévation du prix, soit qu'au contraire cette rareté provienne du haut prix auquel des livres d'une fabrication dispendieuse ont dû primitivement être portés par leurs éditeurs ; ce qui nécessairement en a beaucoup limité la circulation ^ (1). Toutefois, les deux qualités de rare et de précieux, pour se trouver souvent réunies, ne sont pas pour cela une seule et même chose, et il y a entre elles une distinction nécessaire, qu'il importe de faire avant tout.
Un livre rare est celui que l'on trouve difficilement, soit qu'il y en ait réellement peu d'exemplaires existants, soit parce que le nombre de ceux qui sont dans le commerce est faible, ou bien encore parce que l'on ne se trouve pas k portée de. se le procurer facilement.
Un livre précieux^ au contraire, peut fort bien n'être pas d'une grande rareté. Son prix viendra, ou bien de la matière qu'il traite, ou. bien de l'exécution typographique. Peut-être est-il enrichi de gravures et de dessins qui en rehaussent le prix, ou bien encore la reliure dont il est revêtu est-elle d'une grande valeur artistique. Dans cette matière surtout, la mode
(1) Manuel du libraire et de V amateur de livres, 5® édition 1860, préface, p. XXXI.
est un tyran d'une bizarrerie singulière et d'une puissance incroyable.
Tâchons donc de formuler quelques principes a l'aide desquels nous pourrons nous rendre compte des différents degrés de rareté d un livre et des raisons qui le rendent plus ou moins précieux.
En ce qui concerne la rareté d'abord, voyons d'où elle peut provenir.
£n réfléchissant bien, on reconnaît que cette rareté peut avoir trois causes principales : IMe petit nombre des exemplaires réellement existants; 2*" le petit nombre des exemplaires qui sont dans le commerce ; S"" la difficulté de découvrir et de se procurer ceux qui existent.
La première de ces trois causes constitue ce qu'on peut appeler une rarelé absolue ; les deux autres constituent une rareté relative.
Mais il ne faut pas confondre, au point de vue do la rareté, un livre ou un ouvrage proprement dît, avec une édition de cet ouvrage. L'un pourra être fort commun et se trouver facilement, tandis qu'on ne découvrira qu'avec beaucoup de peine quelquefois, et a la suite de patientes recherches, telle édition, qui se distingue par certaines particularités typographiques, par exemple, ou par d'autres mérites qui y ajoutent du prix aux yeux des bibliophiles. Pour celui qui a en vue cette édition spéciale, les autres éditions sont peu de chose, et elles attirent à peine son attention ; il n'y trouve pas ce qu'il cherche, et jusqu'à ce qu'il ait découvert l'objet de ses désirs, il n'est point satisfait.
La rareté de ces éditions, d'ailleurs, peut provenir des mêmes causes que celle des livres en général ; elle se renferme seulement dans un cercle plus restreint.
Entrons maintenant dans le détail, et occupons-nous successivement de la rareté des livres proprement dits, puis de celle des éditions; nous dirons ensuite quelques mots des livres simplement précieux.
Art. i, — RARETÉ DES LIVRES PROPREMENT DITS.
L Rareté absolue, — Un livre est rare d'une manière abso-
lue, quand, nous le répét<nis, il en existe réellement peu d'exemplaires. Cela vient de ce que :
1* Il y en a eu, en effet, peu d'exemplaires d'imprimés. — C'est ce qui arrive pour certains ouvrages auxquels on ne veut pas donner une grande publicité. Nous pourrions citer un Recueil de pièces choisies^ imprimées h Verret, près de Tours, par le duc d'Aiguillon, 1735, în-4«, et portant au bas du titre : A renseigne de la liberté. Ce livre n'aurait été tiré, dit M. Paul Dupont (1), qu'à 7 ou h 12 exemplaires. Toutefois, il ne faut pas toujours accepter sans contrôle les indications qui nous sont données. Ainsi, si Ton en croit Gab. Naudé, dans sa préface des Considérations sur le coup d^Èlat, Rouen, 1650, in-4®, on n'aurait tiré que 12 exemplaires de ce livre. Mais Colomiez prétend, dans son Recueil des particularités (2), qu'il en a existé plus de cent exemplaires.
2* Avant leur dispersion^ certains livres ont été pins ou moins complètement détruits^ soit par accident^ soit par la puissance publique. — Un incendie, par exemple, peut anéantir tout ce qui se trouve dans un magasin. Si l'on a pu sauver quelques exemplaires, ou bien si quelques-uns en étaient déjh sortis au moment du sinistre, ces exemplaires seront infailliblement rares. De même on a vu, en des temps agités, des éditions entières saisies et détruites chez l'imprimeur, et quelques exemplaires seuls échapper par hasard. Ainsi, un pamphlet dirigé contre les Guises et intitulé : Le tigre^ fut saisi par arrêt du parlement en 1560, et complètement détruit, à l'exception d'un seul exemplaire.
3* Ces ouvrages ont été imprimés sur papier de luxe ou sur du vélin. — On ne tire, en effet, ordinairement qu'un petit nombre de ces exemplaires de luxe, h cause du peu de débit qu'ils peuvent avoir : ils prennent alors place presque exclusivement dans des bibliothèques d'amateurs, et il devient ensuite très difficile de les rencontrer.
4'» Ils nont été imprimés quen partie. — Ces lîwes n'ayant pu être mis en vente. par cela même qu'ils n'étaient pas complets, la partie imprimée perd de son prix, et on s'en
(1) Histoire de T imprimerie, tom. 1, p. i87. (1) Colomesii opéra, Hambourg 1709, p. 326,
soucie peu. Toutefois on peut en reconnaître plus tard la valeur, et cette partie, quelque temps abandonnée, ne se retrouve plus aisément.
5* On peut encore placer dans cette catégorie, certains manuscrits originaux^ publiés avant ou après l'invention de rimprimerie. Ces sortes d'ouvrages, le plus souvent écrits sur du vélin et enrichis de miniatures et de lettres ornées ou peintes en or, seront nécessairement très-rares et fort recherchés.
II. — Rareté relative. — Un livre est rare d'une manière relative ^qM^nà il est d une certaine difficulté de se le procurer, bien qu'il y en ait un assez grand nombre d'exemplaires existants.
Cette difficulté vient le plus souvent de la nature de son contenu, quelquefois de sa forme matérielle.
1** Les livres dont la na/wr^rfc /etircon^mw font la rareté peuvent être :
A. — Les histoires particulières des villes et des provinces^ qui n'intéressent généralement que les habitants des pays dont elles font mention, et qu'on ne peut guère trouver que dans ces pays ;
B. — Les histoires des académies et des sociétés littéraires et scientifiques^ qui ne peuvent non plus intéresser qu'un petit nombre de personnes et ne se répandent pas facilement dans le public ;
C. — La vie des savants^ qui ne contiennent généralement que des particularités assez indifférentes a la masse des lecteurs, et que ceux qui sont eux-mêmes plus ou moins savants possèdent seuls ;
/>. — Les catalogues des bibliothèques publiques et particulières^ et ceux des ventes publiques^ — Les derniers n'ont qu'une utilité fort passagère^ et la vente des livres dont ils contiennent la nomenclature étant faite, on s'en occupe plus, et ils finissent par se perdre. Les autres ont également une utilité fort restreinte, et ils se cachent bientôt dans les bibliothèques. Ils peuvent néanmoins contenir des détails intéressants et curieux. Mais lorsque, ensuite, on veut les retrouver, on rencontre souvent bien des difticultés dans cette tâche ingrate ;
E. — Les livres de pure critique^ qui ne conviennent généralement qu'à peu de personnes : k peine parus ils tombent vite entre les mains de quelques savants de divers pays^ 6t disparaissent à peu près complètement de la circulation ;
F. — Les livres mr tes arts curieux et les beaux-arts^ qui n'ont, en général, qu'un public fort restreint. Si ces livres ont quelque valeur, ils sont vite accaparés par les personnes qui s'occupent des matières qui y sont traitées, et on ne les retrouve bientôt plus ailleurs : sinon, le dédain qu'on en a les fait vite oublier, et Ton ne tarde pas h ignorer en quels lieux se cachent les exemplaires qui en existent ;
G. — Les livres écrits en langues peu connues ou en divers patois, et ceux d'un style macaronique. — Les livres écrits en arabe, en persan, en malais, par exemple, et en d'autres langues encore aussi inconnues dans nos contrées, ne peuvent être du goût que d'un petit nombre de savants, surtout s'ils ne sont pas accompagnés de ieur version. Les patois sont des langages tout a fait locaux, qui deviennent, en quelque sorte des langues étrangères pour ceux qui ne sont pas des pays où on les parle. Les livres qui les reproduisent exclusi-^ vement, ne peuvent par conséquent non plus se répandre beaucoup. Quant a ceux d'un style macaronique, quoiqu'ils témoignent souvent de beaucoup d'esprit,n'obtiennent souvent que peu de faveur, ou du moins n'ont qu'une vogue peu durable: on les délaisse bientôt, et on finit par ne plus les retrouver aisément ;
H. — Les livres qui ont été condamnés pour les matières quils contiennent. — Ces sortes de livres peuvent être dirigés contre la religion, l'état politique, la société ou les bonnes mœurs. Ce sont : tantôt des écrits paradoxes ou hétérodoxes, condamnés par la religion ou même par le pouvoir civil; tantôt des écrits révolutionnaires ou séditieux et agressifs de l'état politique ou social, des satires ou des libelles diffamatoires ; tantôt des écrits obscènes, ou qui traitent des arts supersti* tieux. Ces livres, ainsi poursuivis par la puissance publique^ se cachent nécessairement ; ceux qui les possèdent, loin d'en faire montre, cherchent a laisser ignorer qu'ils les ont entre tes mains.
2» Il y a aussi des livres dont la rareté vient de leur forme matérielle >J)^n% cette catégorie on peut ranger :
il.— Quelques grands ouvrages, tels que les Acta sanctonmj les conciles, la Grande bibliothèque des Pères, la (rallia christiana^ et plusieurs autres grandes collections gé* néralement peu répandues dans la circulation ordinaire et qu'on ne trouve guère que dans la bibliothèques publiques. Ces sortes d'ouvrages, en effet, sont le plus souvent d'un assez grand prix, et n'ont en même temps de véritable utilité que pour les savants. Ceux-ci, plus riches d'ordinaire de connaissances que d'argent, sauront bien les découvrir dans les dépôts où ils se trouvent ;
B* — Les pièces volantes^ qui peuvent ftiire quelque sensation au moment de leur apparition, mais qu'on oublie souvent bien vite, et dont leur peu d'étendue ne permet pas une conservation facile. C'est même heureux encore si^ dans certaines bibliothèques, on en a conservé quelques exemplaires perdus d'ailleurs au milieu d'une foule d'autres papiers et brochures.
C. — ' Les livres de luxe et à figures^ et quelques livres d- antiquité. — Le prix élevé auquel doivent être la plupart du temps portés ces sortes d'ouvrages fait qu'on ne les tire généralement qu'à un nombre assez restreint d'exemplaires. Lorsque ces exemplaires se trouvent placés dans quelque bibliothèque publique ou particulière, ils en sortent difficilement, et s'il en est quelques-uns restés dans le commerce, on arrive malaisément jusqu'à eux.
Art. 2. — RARETé des éditions de certains litres.
n ne faut pas confondre la rareté â*un livre ou d'un ouvrage avec la rareté d'une édition particulière du même ouvrage* Tel ouvrage, en effet, pourra être fort commun et se trouver faci^ ment, si l'on n'a pas en vue une édition plutôt qu'une autre ; mais pour peu que vous spécialisiez l'édition que vous recher^chez, les difBcultés de la rencontrer peuvent surgir devant vous. D'où peuvent-elles venir? C'est ce que nous allons essayer d'exposer le plus brièvement possible. < .
Ce qui fait la rareté d'une édition, c'est •
1® Quelle a été faite sur des manuscrits anciens, — Cette édition ne sera souvent pas la meilleure, scientifiquement parlant ; mais comme elle représentera, en quelque sorte, le manuscrit qui lui a servi de modèle, on croira, sous cette forme, posséder la pensée de Tauteur d'une manière plus intime;
2" QuWte a été faite par quelquun des célèbres imprimeurs des siècles précédents. — Avec quel empressement ne recherche-t-on pas effet, les éditions des Aides, des Juntes, des Torrentins, des Giolito, des Gryphes, des Rouiller, des Etiennes, des Elzeviers^ des Plantins, des Baskerville, des Didot, et d'autres encore ! Le soin que ces hommes remarquables mettaient dans leurs travaux leur a fait une si juste réputation, que les éditions sorties de leurs presses sont toujours préférées des bibliophiles instruits ;
3« Qu'elle a été la première d\me ville, — Le plus souvent, c'est un motif de vanité locale qui fait rechercher ces éditions; quelquefois aussi on y trouve des éclaircissements précieux sur certains points d'histoire littéraire ;
4* Quelle a été faite avec un certain luxe^ ou avec des caractères particuliers et extraordinaires. — C'est ici surtout affaire de curiosité typographique. Mais lorsqu'on rencontre, dans les ventes publiques, quelque édition de ce genre, on se la dispute vivement. Cependant elle ne convient réellement qu'aux bibliothèques d'amateurs ;
5® Quelle na jamais été mise en vente. — Certains livres secrets et qu'on ne lit que sous le manteau, certains autres dont les exemplaires sont destinés aux membres d'une même famille ou k ceux d'une société quelconque^ n'étant pas mis dans le commerce, ne se rencontrent pas facilement. Plus tard, ces ouvrages peuvent être réimprimés ; mais l'édition originale n'en reste pas moins rare ;
6** Qu'elle a été débitée sous un titre différent, — L'ouvrage, ainsi revêtu d'un nouveau titre par un stratagème de librairie, pourra n'être pas réellement difficile à rencontrer; mais, comme on ne le reconnaîtra pas aisément sous cette enseigne trompeuse, l'édition sera, a ce point de vue, justement considérée comme rare (1).
(1) Comparez, pour cette partie, M. Ed. Rouveyre, op» cit. p. 144 et 8uiv.
LES LIVftBS 115
Art. 3. — d« ce qui rekd certaiks livres précibux,
Eïi consacrant cet article aux livres précieux, nous n'entendons éyidemment pas parler de leur valeur vénale absidue^ mats de cette valeur de convention et d'estime, que Ton attache à certains ouvrages pour une raison ou pour une autre. Il en est ainsi de toute chose. Certains objets, indépendamment de leur valeur réelle, considérée en raison du prix de la matière employée et de celui de la main-d'œuvre, acquièrent encore, par une foule de motifs divers, une valeur qui pourrai souvent sembler déraisonnaUe. Ainsi pour les livres, car ils subissent la loi commune des objets dont on a ou dont on recherche la possession.
Mais il va sans dire d'abord que, parmi les motifs qui, pour nous, ajoutent du prix aux livres, comme a la généralité des choses, il en est un que nous écartons, parce qu'il est trop personnel. De même, en effet, que Ton tient d'une manière particulière aux portraits des meinbres de sa famille, ou a cer* tains meubles qui ont appartenu à ses ancêtres, au point qu'on ne les livrerait pas pour des s(Hnmes relativement très fortes et hors de toute proportion avec leur valeur réelle ; de même^ s'il s'agit de livres, nous ne prendrons pas, pour mesure de leur valeur^ celle que pourraient y attacher, soit les descMdants des auteurs eux-mêmes, soit seulement le» descendants de ceux qui les ont Icmgtemps possédés.
Mais, indépendamment de cette valeur particulière d'estime et d'affection a raison des personnes, certains livres peuveM être regardés comme précieux pour différents motifs. Le pri»cipal et celui que l'on peut considérer comme le plus déterminant, est sans contredit la rmreié elle-même, dont nous avons parlé ci-dessus, et qui peut provenir de différentes causes. NOUS' ne reviendrons pas ici sur ce qui a été dit plus haut. Cependant, bien que cette cause soit la plus ^néraJe, et que les autres se Iknt le plus souvemit avec elle, il en est quel* ^lesHuies qu'il &ut distinguer et sur lesqudles U importe d'appeler un moment Tattention» Dans ce nombre, nous placions :
* U Le mom de cettmm imprimeurs, sur lies pressf^s <te qiiî
ont été tirés les livres préférés. Ainsi, les éditions des Aides, des Juntes, des Elzéviers, des Didot, et celles de quelques autres imprimeurs encore^ sont particulièrement recherchées, et atteignent, dans les ventes, des prix très élevés ;
2o La date de V impression. — Les livres remontant aux premiers temps de Timprimerie (nous ne parlons ici que des livres imprimés) ont le privilège d'exciter la convoitise des bibliophiles. Les incunables proprement dits et les premiers livres imprimés dans chaque ville, outre qu'ils sont généralement très rares, sont en même temps des témoins de la naissance et des premiers progrès de lart, et Ton en poursuit la possession avec une passion que comprennent seuls les vrais bibliophiles;
3© Le chiffre de tel ou tel personnage auquel les livres ont appartenu. — On attache, en effet, toujours un très grand prix aux ouvrages provenant de la bibliothèque des Grolier, des de Thou, des Granvelle, des Colbert, et d'autres personnages renommés pour leur goût et pour leur attention a ne posséder que de beaux et de bons volumes ;
40 Enfin, la matière traitée dans les. livres^ — Vexécution typographique, — la présence de planches ou gravures signées de grands maîtres, et d'autres motifs encore, aussi nombreux que les caprices individuels des hommes, peuvent faire, d'un livre que beaucoup seraient tentés de négliger, un livre d'une valeur extraordinah*e. Heureux, en ces choses, celui dont la bourse sera k la hauteur de sa passion ! Mais heureux plus encore celui dont la passion sera guidée par un jugement sûr ! Bibliophiles soyons, mais non bibliomanes !
F. — Du COLLATIONNEMENT DES LIVRES.
Cette opération, assez longue et ennuyeuse, peut avoir pourtant de grands avantages. Elle permet de reconnaître si un livre que l'on vient de recevoir est complet, si toutes les gravures s'y trouvent et sont bien a la place qu'elles doivent occuper, si le livre est en bon état, s'il n'y a point de mouillures, de piqûres, etc. Mais quel procédé peut-on employer pour faire ce travail rapidement et sûrement k la fois? Il faut *
ici distinguer les différentes espèces de livres qui nous viennent sous la maiiN: livres modernes ou livres anciens, livres reliés ou livres brochés.
Pour les livres modernes, s'ils sont brochés et absolument neufs, c'est-k-dire non coupés, il suffit le plus souvent, ayant placé le volume devant soi, de lever successivement^ de la main droite, chaque cahier, et, en même temps qu'on fait une inspection rapide des pages que Ton tourne, porter son regard au bas de la première page des différents cahiers, pour voir si les signatures se suivent bien. Lorsque louvrage est en plusieurs tomes, le numéro du tome se trouve en face de la . signature, au bas de la même page et à gauche. 11 est nécessaire que l'attention se porte en particulier sur ce point, pour n'être pas exposé à voir dans un volume un cahier remplacé par le cahier correspondant d un autre volume. Pour une raison analogue, il est bon de faire attention également aux titres courants qui se trouvent au haut des pages, afin de s'apercevoir d'une erreur dont on voit quelquefois des exemples, et qui consiste à placer dans un livre un cahier appartenant a un autre. S'il n'y a pas de titre courant, il suffit de voir si les premiers mots de la page de droite suivent bien les derniers de la page de gauche. Après cette première inspection, si le volume doit contenir quelques gravures ou cartes hors-texte, on se porte directement aux pages où elles doivent être, ce qui est souvent indiqué par une note soit au commencement soit k la fin du volume, ou bien au haut ou au bas des cartes ou gravures elles-mêmes.
S'il s'agit d'un volume relié ef dont lés tranches soient bien nettes, que ce volume soit moderne, ou qu'il soit ancien mais paginé suivant l'usage moderne, on lève facilement, avec le premier doigt de la main droite, chaque feuillet, pour le reporter sur le côté gauche, où la main gauche le reçoit et le retient. On s'aperçoit ainsi aisément si toutes les pages se succèdent régulièrement et s'il n'y a point de défauts. Pour s'assurer que les gravures et les cartes hors-texte, s'il doit y en avoir, existent réellement et sont bien placées, on pourra faire comme précédemment, ce qui sera toujours plus sûr et ne demandera pas beaucoup plus de temps que de tout faire en une fois.
Sî le volume 'a collationner est broché, mais coupé, ou si, étant relié, les tranches n'en sont plus assez nettes pour être levées facilement une a une avec le doigt, on peut les lever au moyen d'une pointe quelconque, un canif, une aiguille, une épingle, que Ton tient de la main droite. Piquant légèrement chaque feuillet avec cette pointe, ce feuillet s enlève assez pour pouvoir être reçu aussitôt de la main gauche, et rinspection se fait sans peine de la manière que nous avons dite.
Mais il peut arriver, surtout pour les livres qui datent des premiers temps de l'imprimerie, qu'il n'y ait ni chiffre de pagination, ni signature, ni réclame. Dans ce cas, si on le peut, le mieux est de comparer le volume k un autre exemplaire du même ouvrage, que l'on sait complet, ou bien, si un registre (registrum ckartarum) accompagne le livre, d'en suivre les indications. Si ces moyens manquent, il faut absolument s'assurer, par la lecture des derniers mots d'une page et des premiers mots de la page suivante, qu'il n'y a' pas de lacunes.
Quel que soit d'ailleurs le moyen employé, il est nécessaire de noter, au cours du travail, les irrégularités qui peuvent se présenter. Si rien de particuKer n'est a signaler, le livre est inscrit a son rang sans observation. Dans le cas contraire, s'il est possible de le renvoyer au libraire qui l'a fourni et de te remplacer, il faut le faire ; sinon, il faut noter, en tête du volume, les irrégularités qui s'y trouvent, et faire aussi mention de ces irrégularités sur le registre d'entrée-inventaire et sur te catalogue méthodique.