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§ II. Des moyens de déiaeber les paye» des livres.
Il y a d abord, ici, une remarque importante k faire. Lorsqu'on a un livre dont un certain noml^e de pages ont des tacbes qu'on veut enlever, comme il faudra généralement un lavage quelconque, il ne sera guère possible de mener à bien l'opération sans dérelier le volume, ou sans le débrocher, s'il n'est que broché. Dans ce dernier cas, le dommage ne sera pas grand : les taches une fois enlevées, on fera relier le volume, ce qui n'en sera que mieux. Dans le premier cas, et si surtout la reliure est bonne et vaut la peine d'être conservée, on se résoudra difficilement à ce sacrifice. Cependant si les taches sont en assez grand nombre et assez importantes, il faudra bien en prendre son parti. Mais alors quelques précautions sont nécessaires pour ne pas endommager le livre lui-même. Pour cela, voici comment on pourra procéder.
Si c'est une reliure a dos brisé, il faut d'alwrd couper le plus adroitement possible, avec la pointe d'un canif, les nerfs de chaque côté du volume, a l'endroit où ils rejoignent les cartons. Puis, forçant un peu ces cartons, qui ne sont plus retenus par les nerfs, on les sépare facUement du volume luimême. Prenant alors celui-ci, on étend sur le dos une couche assez épaisse de colle de pâte et on l'y laisse séjourner quatre a cinq minutes. La colle forte qui est au-dessous se trouvant ainsi ramollie, on sépare facilement les cahiers les uns des autres, en coupant a mesure les nerfs et les fils de la couture.
Si, d'ailleurs, on a pris quelque précaution dans ce travail de désagrégation que nous venons de mentionner, la reliure que l'on aura retirée ne sera nullement abîmée, et si eUe a quelque valeur et qu'on y tienne beaucoup, un relieur un peu habile parviendra encore k la replacer et a rétablir le volume dans son ancien état.
Lorsque le volume a dérelier est a dos non brisé, la difficulté est plus grande ; mais, avec un peu de patience, on y arrive également. Seulement la reliure devra être absolument sacrifiée. Il faut d'abord enlever complètement les cartons, en coupant les nerfs et les charnières de chaque côté du volume.
On ramollit ensuite le plus possible la peau qui recouvre le dos, en y étendant, comme précédemment, une couche assez épaisse de colle de pâte, et en Vy laissant quelque temps. Alors, si cette peau n'est pas trop épaisse, on pourra Tarracher assez facilement du volume, sans endommager celui-ci. Sinon, il faudra Tamincir d abord avec un canif bien tranchant, traiter ensuite par la colle de pâte, et faire la séparation comme ci-4essus. Puis on désagrégera les cahiers comme il a été dit plus haut.
Lorsqu'on a ainsi dépareillé le volume à nettoyer, il faut séparer d'abord les feuillets tachés, et mettre ensuite ensemble ceux qui, ayant des taches de même nature, doivent être traités par le même procédé.
Les taches qui peuvent endommager les feuillets des livres sont de plusieurs sortes. On peut les ramener à deux grandes classes : les taches maigres et les taches grasses. Voici rapidement les moyens les plus pratiques d'enlever les unes et les autres.
h Taches maigres. — On appelle taches maigres, en général, celles qui sont produites par l'eau, par la poussière, par l'humidité, l'encre ordinaire, la dissolution de quelques sels.
1* Taches de pomsière. — Lorsque les taches de poussière et autres semblables sont assez légères, il suffit souvent d'un coup de gomme ou d'un peu de mie de pain pour les enlever. Si les taches sont plus importantes et que ce premier moyen ne suffise pas, on prend un peu de terre bolaire blanche en poudre fine, que l'on tamise sur les endroits tachés, de manière a en avoir a peu près l'épaisseur d'un centime. On place ensuite dessus une feuille de papier, et on met le tout sous presse pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, il est rare que toutes les taches ne soient pas enlevées par la terre bolaire. S'il en restait encore quelques-unes, on répéterait l'opération, et l'on pourrait être alors assuré d'un succès complet.
Dans le cas où il n'y aurait que quelques taches, qui ne fussent point d'ailleurs dans le fond du volume, on pourrait même, sans dérelier celui-ci, en opérer le nettoyage.
2* Taches de b(me, — Pour enlever ces sortes détaches.
on étend une gelée de savon bien également sur les endroits tachés, et on l'y laisse séjourner pendant trente a quarante minutes, suivant la force des taches. On trempe ensuite la feuille dans Teau claire ; puis, après Favoir étendue sur une table bien propre, on enlève légèrement le savon arec un blaireau bien doux ou une éponge fine : toute la boue disparait en même temps. On pose une seconde fois la feuille dans Teau claire, pour la débarrasser des derniers globules de savon. On la laisse égoutter un peu ; on la presse légèrement entre deux feuilles de papier buvard, et on achève de la laisser sécher doucement a l'ombre et dans un endroit sec.
3* Taches de rouille et taches d'encre ordinaire à écrire. — Nous réunissons ces deux sortes de taches, parce qu'on peut employer le même procédé k leur égard.
Le traitement le plus facile et le plus simple dans les deux cas est celui a l'eau de javelle (dissolution de chlorure de potasse dans l'eau). Voici comment on opère.
Il faut avoir d'abord une bassine assez large pour pouvoir y étendre commodément les feuilles, et dont le fond soit percé d'un trou, que l'on ferme au moyen d'un bouchon ; l'on aura en même temps une presse ordinaire, et de telles dimensions qu'entre ses montants on puisse placer la bassine. On étend alors dans celle-ci les feuilles à détacher, et l'on y verse une quantité suffisante d'eau de javelle étendue de deux fois son volume d'eau, pour que les feuilles soient bien baignées. On les y laisse tremper pendant environ une demi-heure. Puis on met la bassine sous la presse, on fait couler le liquide dans un vase, et, laissant l'orifice inférieur ouvert, on presse de manière qu'il ne reste plus dans les feuilles que le moins de liquide possible. On desserre alors, et l'on met les feuilles dans une autre bassine remplie d'eau propre, où on lee laisse baigner pendant une heure ; puis on les remet sous presse comme il a été dit plus haut. Cette dernière opération doit se répéter deux ou trois fois, pour que Teau propre achève de faire disparaître les dernières traces de taches, et empêche le papier de conserver l'odeur de l'eau de javelle. Lorsqu'on est arrivé à un résultat satisfaisant, on achève de faire sécher les feuilles en les étendant à l'ombre et dans un endroit sec. En général, du reste, lorsqu'on a fait subir au papier un lavage
quelconque, il faut éviter de le faire sécher trop vite, sans quoi il se boursouffle.
4^ Taches (f humidité. — Dans la plupart des cas, il suffit d'un bain d'eau bouillante pour les faire disparaître. Si ce moyen ne suffit pas, on les traitera par Teau de javelle, comme, dans le cas précédent, les taches de rouille ou d'encre a écrire.
Remarque, — Dans les deux cas mentionnés ci-dessus, l'emploi de l'eau de javelle aura souvent fait perdre au papier son encolle et en même temps sa fermeté. Il serait bon, alors, de pouvoir lui rendre un peu de corps au moyen d'un nouvel encollage. Voici comment on peut y arriver.
L'encollage peut se faire d'abord a chaud. Pour le préparer, on fait bouillir ensemble pendant une heure, au bain-marie, pour un litre d'eau : 6 gr. d'alun cristallisé, 8 gr. de colle de poisson et 1 gr. de savon blanc. On passe ensuite au tamis, et on verse la colle dans une bassine semblable a celle dont il est parlé plus haut. On y place alors les feuilles les unes après les autres, en ayant soin qu'elles s'imprègnent toutes parfaitement. On met le tout sous presse, et l'on fliit ensuite sécher comme plus haut.
Il y a aussi une autre espèce d'encollage qui se fait à froid, et qui a cet avantage, qu'on peut le préparer d'avance pour s'en servira quelque moment qu'on en ait besoin. Il suffit de verser 10 grammes de gélatine blanche dans un demi-litre d'eau chaude, et de laisser refroidir. Cette colle peut alors se conserver facilement dans une bouteille, jusqu'au moment de s'en servir.
Il y a bien encore d'autres procédés. Mais ce dernier, qui est extrêmement simple, suffit parfaitement, en particulier pour les cas imprévus.
IL Taches grasses. — Parmi les taches grasses, celles auxquelles les livres sont le plus exposés sont les taches de suif, de stéarine ou de graisse, les taches d'huile, celles produites par l'attouchement des doigts, ou le maculage produit par l'encre d'imprimerie. Voici les moyens les plus simples de les faire disparaître :
1* Taches de suif , de stéarine ou de graisse. — Pour enlever ces sortes de taches, on les recouvre d'un papier brouillard, et
Ton passa dessus un fer à repasser que Ton a fait chauffer légè-» rement. Quand le papier brouillard s'est imprégné du corps gras, on le change, et on répète l'opération jusqu a ce que les taches soient suflisamment enlevées. Après cela, on passe, des deux côtés de la feuille, aux endroits tachés, un pinceau trempé dans Tessence de térébenthine chauffée au bain-marie jusqu a rébuUition. Enfin, pour rendre au papier sa blancheur, on passe légèrement, aux endroits qui avaient été tachés, un linge fin imbibé d'esprit de vin rectifié, et chauffé également au bain-marie.
Ce procédé peut être également employé pour &ire disparaître les taches de cire à cacheter, bien que celles-ci rentrent plus particulièrement dans la classe des taches maigres.
2* Tacites d'huile, — On forme une bouillie pas trop épaisse composée de : 500 gr. de savon, 300 gr. d'argile, 60 gr. de chaux vive, et d'eau en quantité suffisante; on étend une petite couche de cette bouillie sur la tache, et on l'y laisse pendatit un quart d'heure environ. On trempe ensuite la feuille dans un bain d'eau chaude ; puis on la retire et on la fait sécher lentement.
On peut aussi se servir du procédé suivant, que Ion emploie pour les taches produites par l'attouchement des doigts.
3* Taches produites par Vatlowlpement des doigts. — Ces s(»rtes de taches sont quelquefois assez tenaces. On parvient cependant génémlement à s'en rendre maître de la manière suivante. On étend sur les taches une couche de savon blanc en gelée, et on l'y laisse pendant quelques heiu'cs. On enlève ensuite le savon avec une éponge fine trempée dans l'eau chaude, et toute la crasse disparait le plus souvent en même temps. Si ce traitement ne suffisait pas, on pourrait remplacer le savon en gelée par du savon noir ; mais il faudrait avoir soin de le laisser peu de temps sur le noir d'impression, qui pourrait se décomposer et couler, ce qui produirait plus de mal que de bien.
4<^ Taches d'encre d'imprimerie. — Pour enlever autant que possible ces sortes de taches, le mieux est de prendre un peu de mie de pain, dont on forme de petites boulettes, et d'en frotter légèrement les endroits salis. Il est rare cepen-
DES SOINS A DONNEH AUX UVBES 169
daot qu'on arrive k un résultat complètement satisfaisant, surtout si le maculage est assez fort. Aussi nous répétons ici le conseil que nous avons déjk donné, qu'on prenne la précaution de ne jamais faire relier de livres trop fraîchement imprimés ; du moins, si Ton est quelquefois obligé de le faire, il faut recommander au relieur d'interfolier les cahiers avec du papier serpent avant le battage, pour éviter que fencre d'imprimerie ne se décharge des pages lune sur Tautre.
§ III. Des moyens de remédier aaiL piqûres de veiNi, auTL déeiilrares ou aam eassures dans le papier.
Un livre portant des piqûres de vers, des déchirures ou des cassures dans le papier, est certainement bien malade, et il est fort difficile de faire disparaître complètement ces défauts. Cependant, avec un peu de soins, on parvient encore k réparer le mal d une certaine façon, pourvu toutefois que les piqûres, déchirures ou cassures ne soient pas trop importantes.
S'il s'agit de déchirures ou cassures^ on tâche de trouver, parmi de vieux papiers, quelque morceau de même couleur et de même grain que ceux de la feuille à réparer ; l'on en coupe une petite bande de quelques millimètres de largeur et un peu plus longue que la réparation a faire. Puis, ayant préparé de la colle d'amidon mêlée avec un peu de colle de poisson et de chaux de coque d'œufs pulvérisée, on étend une petite couche de cet enduit sur la bande que l'on a découpée, et on ajuste celle-ci sur la cassure ou la déchirure, en rapprochant le mieux possible les deux parties. Ensuite, on pose sur le tout une feuille de papier blanc, et l'on presse un peu avec le bout du doigt, pour faire adhérer. Quand la colle commence a sécher, on passe un couteau d'ivoire en appuyant un peu plus fortement pour rendre l'adhérence aussi complète que possible. On laisse alors sécher parfaitement. Enfin, avec un grattoir bien tranchant, on enlève l'excédant de papier que l'on a collé en grattant légèrement, jusqu'à ce que le papier reprenne partout la même épaisseur. Si l'on a opéré avec précaution, il sera assez difficile de découvrir le défaut corrigé.
Pour remédier aux piqûres de vers, on s*y prend d une façon analogue. Ayant choisi du papier de même grain, de mémo force et de même couleur, on en coupe un morceau un peu plus grand que la partie a réparer. On Tenduit de même colle et on l'applique de la même façon, en ayant soin que les trous (Je vers soient bien couverts. Lorsque le collage est fait et bien sec, on gratte encore l'excédant, comme plus haut, en passant aussi le grattoir, du côté opposé au collage, sur le bord des trous de vers : le papier reprend ainsi une épaisseur uniforme.
Ces divers procédés de réparation que nous venons d'indiquer ne sont sans doute pas les seuls que l'on pourrait employer, et il peut y avoir, dans tel ou tel cas particulier, bien des recettes qui se disputent la préférence. Mais nous avons cru devoir nous en tenir ici a ce qui était absolument indispensable pour le but que nous nous étions proposé. L'expérience, du reste, sera, en cette matière comme en beaucoup d'autres, le meilleur maître a suivre.