DOIT-ELLE ÊTRE RENDUE
créer des tribunaux extraordinaires , des commissions juridiques, d’évoquer des causes à son conseil , de suspendre ou changer le cours de la justice.
Laissez cette maxime aux avocats du pouvoir, ils sauront bien qu’en faire, elle ne sera pas stérile entre leurs mains
La notion que le roi est la source de la justice est un reste de la barbarie féodale , une branche de cet arbre qui a porté tant de poisons, et que,
pour sa gloire éternelle, l’assemblée constituante •
a détruit jusque dans ses racines. •
Sous le régime féodal, il était naturel, il était .*•.* ’• convenable que la justice fût administrée au nom du roi , puisque le roi montait sur son tribunal , et rendait la justice en personne. Cette fonction lui convenait alors d’autant mieux que dans ces siècles d’anarchie, il avait presque seul la puissance de faire respecter ses décrets , et encore ils ne étaient , . ♦
' L’histoire de Louis XIII nous montre dans un exemple frappant combien cette maxime protégeait la fausse conscience de ce roi dans des actes de despotisme et des usurpations de pou- a ^ voir. Sollicité par le premier président du parlement de renvoyer une affaire à cette cour pour qu’on procédât contre l’accusé d’après les règles de la jurisprudence et les lois de la monarchie. «Je ne le veux pas , » répondit le roi • «vous faites « toujours les difficiles ; ilsemble que vous vouliez me tenir en « tutelle, mais je suis le maître et saurai me faire obéir: c’est « une erreur grossière de s’imaginer que je n’ai pas le pou- « voir de faire juger qui bon me semble , où il me plaît. »
Hist. de la Fronde par M. de Saint-Aulaire. T. T , p. 26.
l4 AU NOM DE QUI LA JUSTICE
pas toujours. Le chef dont l’étendard était suivi dans les combats était leseul homme dont on voulût écouter la voix durant la paix. Dans les courts intervalles d’une guerre à l’autre, la principale occupation du roi était d’accommoder des différents entre ses vassaux et de rendre la justice. La législation était presque nulle ; on n’avait rien de ce qu’elle demande, ni lumières, ni prévoyance, ni loisir, ni pouvoir. Le besoin du moment décidait de tout, les jugements étaient arbitraires , l’administration , se réduisait presque à rien dans un temps où il n’y avait ni revenu public , ni armée permanente , ni marine, ni colonie, ni liberté dans les villes et dans les campagnes, où des maîtres gouvernaient à leur gré des esclaves.
Mais quand la législation et l’administration devinrent plus compliquées , et surtout quand le progrès des richesses et des jouissances appela dans les cours la mollesse et le plaisir, les rois parurent plus rarement sur leur tribunal ; ils se firent suppléer par de grands juges qui décidaient tout r eux-mêmes, mais qui continuèrent à mettre eu avant le nom du roi. L’emploi de ce nom était convenable , puisque les juges , choisis par le prince, agissaient comme ses substituts.
Aujourd’hui, s’il prenait fantaisie à un roi de reprendre ce poste ^si long-temps abandonné, les Français ou les Anglais le souffriraient- ils ? Non, sans doute; ils sont trop éclairés. La cour est la