‹ De l'organisation judiciaire, et de la codification, extraits de divers ouvrages de Jérémie BenthamChapitre 103 sur 139 · III. La nature humaine est essentiellement la · texte numérisé non relu

III. La nature humaine est essentiellement la

même partout : mais elle présente aussi partout des variétés accidentelles. Supposez le meilleur code auquel l’esprit humain peut atteindre dans son état actuel, il ne pourrait être appliqué à différents peuples qu’avec différentes modifications.

Voilà un des résultats les plus utiles de l’ouvrage de Montesquieu : mais, indépendamment des exagérations où il s’est laissé entraîner, par exemple, sur l’influence du climat, il n’y a point de fil qui puisse conduire l’esprit à travers toutes ces causes de diversités, qu’il se complaît à multiplier ; on voit toujours ce qui doit séparer, et jamais ce qui doit réunir ; il présente toutes les législations comme isolées et comme devant toujours l’être.

Qu’a fait Bentham pour aider les législateurs à surmonter ces difficultés d’applications temporaires et locales ? Au moyen d’une savante analyse , il a classé toutes les circonstances qui influent sur la sensibilité des hommes et qui la modifient selon

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les temps et les lieux; le climat, les races, la reiligion,la civilisation, le gouyernement, les habitudes antérieures, etc., etc. Ici, les causes softt distinctes , la confusion disparaît ; avec ce tableau sous les yeux, le législateur a un guide , et pour mieux dire, une route toute tracée. Il voit le fonds commun de la nature humaine et la cause des différences occasionelles.

Et pour joindre l’exemple à la théorie, l’auteur, prenant pour type son code pénal adapté à nos mœurs européennes , a supposé sa translation au Bengale; et il a indiqué, dans chaque titre, les modifications qu’il devrait subir pour être approprié à un pays si différent des nôtres.

IV. Bentham trouvant que le champ de la législation n était que trop vaste, n’a point cherché à en sortir; mais il l’a mesuré dans toute son étendue. Dans le plan d’un code universel, il a assigné à chaque classe de lois sa place et sa relation avec l’ensemble; c’est une carte générale distribuée en provinces. Il n’y avait jamais eu, avant lui, de description complète et régulière de la science.

Chacun sait comment Montesquieu passe rapidement d’un sujet à l’autre, comme il promène ses lecteurs et les fait aller, à vol d’oiseau, du Nord au Midi, de l’Occident en Orient, divisant tellement les matières, qu'aucune n’èst traitée dans son ensemble et 11e forme un corps. Lorsque j’ai voulu réunir tout ce qui appartenait, dans Y Esprit des

lois, à la procédure et aux preuves judiciaires, j’ai eu à le parcourir presque en entier ; et la richesse qu’on lui suppose disparut quand ces fragments furent rapprochés : c’est que le défaut d’arrangement semble multiplier les objets, et donne un faux air d’abondance.

V. Bentham ne voyant ni but, ni limite, ni utilité à mettre à contribution tous les voyageurs et tous les historiens , pour y trouver des traits particuliers bien ou mal appliqués, des anecdotes piquantes et suspectes, des passages isolés dont on fait. tout ce, qu’on veut, cherche sa force et son appui dans les principes incontestables de la nature humaine : il analyse les peines et les plaisirs , les motifs, les dispositions, le fort et le faible des sanctions naturelle, morale, politique, religieuse. Il donne les règles les plus simples pour apprécier la gravité de chaque délit, et il jette une lumière toute nouvelle sur la loi pénale.

Montesquieu ne semble occupé, dans la variété de ses lectures, qu’à chercher des traits singuliers pour prouver son système de distinction et de séparation , ne voulant jamais voir ce qu’il y a de commun au genre humain ; mais s’attachant à ce qui établit des différences, les races, les classes, les gouvernements, les religions, les institutions locales. Les hommes ne sont pas, à ses yeux, une seule et même espèce; le climat suffit pour en faire 'des êtres divers. Il n’y a pas de peuplade barbare

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ni de coutume bizarre dont il. ne se serve avec plaisir pour justifier cette diversité qu’il veut voir partout, et pour repousser la notion d’un principe unique et universel.

VI. Enfin vous avez, dans Bentham, un système, un principe de raisonnement évident en lui-même, qui ramène toutes les controverses d’opinion à un point où elles peuvent toujours avoir une issu.e. C’est une concordance établie entre tous les êtres pensants.

Dans Montesquieu, point de système; car c’est n’en point avoir que de vous renvoyeç à trois prétendus principes, très mal définis, très mal nommés, qui se contrarient, et qui font naître sur la convenance des lois une perpétuelle confusion codées. Bien loin d’avoir créé -l’art de la législation, il l’aurait rendu impossible.

Mais Montesquieu a-t-il voulu donner un traité sur l’art de la législation ? Son titre même n’annonce-t-il pas un autre objet? Je l’ignore; mais n’importe ; aussi long-temps que le public le considère comme un guide, comme un oracle, il est bon de montrer qu’il n’a point fait ce qu’on lui attribue; il est bon de montrer ce quil y avait à faire après lui. Tant qu’on se fait une fausse idée de la nature ou de la valeur de son ouvrage, il en résulte deux graves inconvénients, l’un de laisser subsister une mauvaise école, l’autre d’empêcher de recourir à une meilleure. ' ' «

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