OUI
Après cette comparaison , où l’on ne verra peut-
être qu’une prévention pardonnable à lediteur de Bentham , je ne me refuserai pas le plaisir de professer sans enthousiasme une grande et sincère admiration pour Montesquieu. Par le nombre d’idées neuves et utiles qu*il a disséminées dans son ouvrage, par les discussions qu’ira fait naître, d a été le bienfaiteur de toutes les nations. Il a tiré l’Europe de cette espèce de léthargie où elle était tombée sur l’étude philosophique des lois : il a délivré la Science de l’empire exclusif des juris-r consultes, et il en a inspiré le goût à une multitude de personnes qui étaient rebutées par le jargon technique le plus répulsif qu’on puisse imaginer. Tous ces répertoires de la pédanterie ont été fermés pour jamais. Il a fait plus encore, il a créé ses successeurs, et peut-être même celui qui a le plus agrandi la sphère de la législation et qui a le mieux déterminé ses limites.. •
Les brillants avantages de MÔntesquieu lui appartiennent en propre, et ne, se communiquent pas. C’est le charme de son esprit, c’est une foule d’heureuses expressions qui restent dans la mémoire. Ce sont des maximes profondes qu’if rend avec une précision et une vivacité remarquables; de riches tableaux historiques qui forment de V Esprit des Lois une espèce de musée , et enfin , d’inépuisables ressources pour amuser ses lecteurs et les tenir dans une espèce de surprise continuelle
Ô02 MONTESQUIKO ET BENTHAM.
Bentham n’a point aspiré à ces moyens ingénieux (le plaire : il traite son sujet pleinement et de bonne foi , sans ornement étranger et sans digression. Mais quand on a saisi son principe et sa méthode de raisonnement , on peut s’en servir comme lui-même , et l’appliquer à de nouveaux sujets: il communique son art, il vous met en possession de l’instrument qui lui a fait faire ses découvertes. Montesquieu est bien dangereux pour ses imitateurs. Bentham sera toujours utile aux siens : c’est peut-être à ce trait qu’on peut distinguer les produits de la science d’avec ceux de l’esprit et de l’imagination. L’inventeur se dépouille lui-même en faveur de tout le monde. Les diamants de Montesquieu restent dans son écrin ; l’or de Bentham entre dans la circulation générale.
APPENDICES
APPENDICE PREMIER