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bruit vague et ce murmure incertain qui naît d’un mensonge artificieusement répandu et légèrement adopté ; j’entends une opinion constante qui se formé dans le calme et la réflexion , après que les hommes sages ont pu se faire écouter , quand les faits ont été recueillis, publiés, vérifiés, discutés par les parties intéressées ; et c’est pour assurer le triomphe de la sanction populaire, qu’il faut la mettre en état de résister aces cabales qui prennent faussement son nqm. L’imposture politique parle au nom du peuple, comme l’imposture religieuse parle au nom de Dieu.
A toutes les précautions de forme qu’on peut donner à ce pouvoir de destituer, on doit en ajouter une autre qui réduit le danger à son moindre terme. Un acte de cette nature , n’étant point fondé sur un jugement, ne doit entraîner pour le juge ni la perte de son salaire ni l’exclusion future du même emploi ou de tout autre. L’inimitié personnelle contre un juge ne cherchera pas à le priver de son emploi en lui laissant sa fortune et même en créant par la persécution un intérêt en sa faveur qui peut le ramener en triomphe à la même dignité.
Si, malgré toutes ces précautions, il se présentait quelque cas de destitution non méritée, cet abus ne me ferait pas renoncer aux avantages de l’amovibilité : mieux vaudrait exposer un juge à souffrir par la faute de ses commettants, que d’exposer ses
AMOVIBILITÉ
commettants k souffrir par son inconduite : la situation du juge en sera peut-être moins agréable; mais cette nuance d’incertitude dans son état peutelle avoir un effet fâcheux sur sa probité? Non sans doute ; car, quoique l’intégrité ne puisse pas lui donner une sécurité absolue, elle sera toujours sa meilleure sauvegarde.
Mais je m’arrête à dissiper des craintes que je ne partage point. Je ne saurais voir dans le peuple ce monstre sauvage toujours prêt à dévorer ceux qui le servent. Ses détracteurs ne cessent d’alléguer les injustices des Athéniens et de quelques autres démocraties; mais dans ces gouvernements, qui n’étaient que des essais de législation formés sur des expériences très limitées, avait-on des assemblées représentatives ? Connaissait-on ce mode universel de publicité, si favorable à l’instruction , si propre à faire agir une nation de concert ? Dans le temps où les Athéniens se montraient si cruels et si injustes, les Denys et les Ataxerxès l’étaient-ils moins ? Peut-on comparer les violences des républiques d’Italie à celles des princes de la même époque et de la même contrée? Nous avons vu, en France, les plus affreux excès d’anarchie; mais argumenter des fureurs d’une révolution contre tout pouvoir populaire, ce serait argumenter d’un Néron, d’un Caligula, d’un Christiern, contre tout gouvernement monarchique. Considérons les deux éléments politiques qui ont tout changé dans
DES JUGES
le gouvernement national, la représentation et la publicité. Voyez l’Amérique, où l’ascendant populaire domine dans toutes les élections et dans tous les conseils, et demandez si l’histoire de ses trente républiques vous présente un seul fait de violence, ou même d’injustice, de la part de la nation con* tre ceux qui l’ont gouvernée.
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