AVANTAGES ACCESSOIRES
racontant l’histoire des accusés ; ce qu’on a dit , ce qu’il a pensé, comment il a pris part au jugement , et par quelles raisons il a condamné ou absous. J’ai été surpris plus d’une fois, en Angleterre, en entendant des hommes, d’ailleurs sans étude, distinguer nettement entre les preuves testimoniales et les preuves circonstancielles, et montrer sous ce rapport des connaissances qu’on n’aurait pas trouvées dans une classe bien supérieure chez des peuples qui n’ont pas cette institution. Ainsi, comme culture de l’entendement, comme moyen de former le caractère national et de lui donner une supériorité intellectuelle, le jury me paraît créer une école d’enseignement mutuel, où l’on passe sans cesse de la théorie à la pratique.
5° L’administration de la justice par jury offre encore un avantage général, par sa tendance à prévenir toutes les animosités particulières contre les tribunaux. Le juge ne se montre que comme l’organe de la loi pour en faire l’application ; s’il a bien fait son devoir, il n’a paru que comme défenseur de l’accusé pour faire observer toutes les formes qui le protègent. Dès que les jurés ont prononcé leur verdict, ils se dispersent, il n’est plus fait mention d’eux; aucun ressentiment ne peut s’attacher à eux, et par conséquent l’administration de la justice ne produit jamais les haines et les vengeances qui en sont souvent le résultat dans les pays où tout porte immédiatement sur les juges.
DU JURY
C’est une cause de stabilité dans l’ordre public. Combien dans l’histoire ne voit-on pas de troubles et de révolutions qui ont leur source dans des jugements qui ont révqlté le public ou dans les vengeances des hommes puissants contre des juges inflexibles! S’il arrivait qu’un jury fut convaincu d’une erreur funeste à l’innocence, ce malheur ne serait attribué qu’à l’imperfection des jugements humains , il n’entraînerait aucune conséquence fâcheuse pour l’avenir. Mais que le même fait lût celui d’un tribunal permanent, il ébranlerait la sûreté publique, et l’évènement sinistre restant toujours attaché aux mêmes juges, formerait contre eux un préjugé ineffaçable. On en a vu la preuve - dans la révolution française. Quelques faits malheureux , quelques erreurs des tribunaux , plutôt que des prévarications , avaient tellement jeté la défaveur publique sur les parlements, que le besoin d’une nouvelle justice était un des plus sentis dans l’assemblée constituante, et un des bienfaits qu’elle offrait au peuple pour se l’attacher. Dans les diverses mutations d’autorité en Angleterre, l’ordre judiciaire n’a jamais été renversé; il avait fléchi sans doute selon le caractère des partis et des juges, mais les formes étaient restées à peu près les mêmes : point de jugements par commission, point de tribunaux révolutionnaires. On ne peut douter que le jury ne fût la cause de cette stabilité dans l’ordre judiciaire; le peuple compre-