‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament, discours (volume 2)Chapitre 14 sur 24 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

LE rEHTATSUQUE EST l'oUTEAGE DE MOÏSE.

La nature des cinq livres du Pentateuque nous a conduits à les regarder comme l'ouvrage , non seulement d'un contemporain de Moïse , mais de Moïse lui-mémé. (Voyez p. lo — 12.) Cet argument se fonde premièrement sur le but et

l*esprit de chacun de ces livres ; secondement sur les indications indirectes que ces ëcrits nous donnent relativement à la position y aux habitudes ^ aux connoissances de leur auteur.

SECTION L

La Genèse nous présente , dans les onze ^ premiers chapitres , l'imposant tableau de Torigine des choses. C'est en quelque sorte le vestibule du grand édifice des ré* vélations» la base sur laquelle toutes doivent reposer , mais ce n^est pas là le but spécial du livre entier. La seconde partie nous offre ça et là quelques précieux documens sur les peuples voisins et parens des Hébreux , mais ce n'est encore là qu'un objet très -secondaire.

L'écrivain paroit avoir eu devant les yeux, en rédigeant cette seconde partie, un dessein fort divers et plus important.

On voit sans peine qu'il vouloit animer

( 67 ) les Israélites à la conquête de la Pale^^ tine, par une histoire dont toutes les circonstances, soigneusement rassemblées, étoient de nature à leur inspirer le courage et Tardeur. En effet, que trouvonsi)Ous de plus saillant dans la seconde partie de la Genèse ?

Nous voyons FÉtemel faire spéciale^ ment choix des ancêtres du peuple hëbreu, les distinguer de tous les autres hommes , eux et leurs descendans, par de magnifiques promesses et de hautes des* tinées. Les Hëbreux apprenoient ainsi qu'ils ëtoient le peuple ëlu; ils apprenoient à compter toujours et sans bësiter sur la faveur divine.

Nous voyons le pays de Canaan assigné d'avance aux Hébreux dans la personne de leur père Abraham. Ses enfans ont pendant cinq siècles ce pays en perspective. Toutes leurs espérances s'y rattachent, toutes les promesses de Dieu

s'y rapportent C'est pour faire un pre-»

mier acte de possession qu'Abraham reçoit Tordre de quitter sa patrie. Jacob ne peut en sortir ou y rentrer, sans que Dieu lui rappelle sur la frontière, l'heure promise où les Cananéens disparoitront devant les Hébreux (*) ; Joseph et son père, au lit de mort , ordonnent à ceux* ci d'y transporter leurs cendres , quand cette heure impatiemment attendue aura sonné. Les Hébreux apprenoient ainsi qu'ils marchoient à une conquête cer^ taine ; que la terre où ils alloient entrer à main armée , leur appartenoit réellement depuis des siècles , qu4Is étoient envoyés de Dieu pour venger sur les Amorrhéens des iniquités parvenues à leur comble.

Nous voyons FÉternel exercer les Patriarches à une confiance aveugle et sans limites en sa sagesse et sa bonté. Sans

(»)GeD.XXVm,io-.i5; XXXn,22— 3o;XXXV.

9— i5;XLVI,i-.4.

cesse il met cette confiance à Tépreuve pour la récompenser aussi-tôt. Abraham voit sa femme et sa belle-fille languir dans une longue stérilité ; plus tard il est appelé à chasser l'un de ses deux fils et à immoler Tautre , et cependant une voix divine lui* a dit , lui répète • encore que sa postérité sera aussi nombreuse que le sable de la mer. Il le croit , et la promesse est accomplie; sa foi dissipe les menaces et les obscurités de l'avenir ; son inébranlable confiance est le fer conducteur qui toujours éloigne la foudre, et fait trouver au Père des croy ans un abri tutélaire auprès de son Dieu. Les Hébreux apprenoîent de la sorte à obéir en aveugles à leur céleste Souverain , sans se laisser jamais effrayer par les apparences ; ils apprenoient à compter sur un miracle plutôt que de se défier de Dieu , à étouffer jusqu'aux sentimens de la nature, plutôt que d'hésiter jamais.

Ainsi donc le but de la Genèse est celui-là même que le législateur a dû nécessairement se proposer. Entre le dessein de l'une et la pensée de l'autre , il règne une telle harmonie , que ces deux conceptions indiquent évidemment un seul auteur.

Dans les trois livres suivans, nous trouvons également le plan et le sceau de Moïse. Le vrai point de vue de V Exode est dans un rapport intime avec la législation. Ce livre a pour idée première de fonder et d'affermir les pièces princi^ pales de cette législation, sur la grande délivrance politique dont les Hébreux vènoient d'être honorés. L'écrivain leur raconte, leur rappelle les plaies de l'Egypte , le passage de la Mer Rouge , les miracles du désert , et il unit si étroitement avec ces glorieux et toùchans souvenirs la fête de, Pâques, l'institution du Sabbat, le renouvellement de l'alliance ,

(70 le solennel renoncentient à Tidolâtrie , les dix préceptes fondamentaux et leur commeiKtaire , les pompes et les rites du culte de Jého va , qu'il en résulte l'obligation sacrée, ou plutôt la nécessité absolue de l'obéissance, pour quiconque a été le témoin ou l'objet de ces miraculeuses faveurs. — - N'étoit-ce pas là aussi le but de Moïse, et l'un des plus sûrs moyens d'atteindre ce but?

Le Léçitiqve n'est pas le livre du peuple , mais celui des prêtres. Il rassemble à leur usage, sous une forme plus méthodique et plus complète , le code de la fpolice , du culte et des mœurs* Ce livre sera donc probablement l'ouvrage du législateur qui a choisi les prêtres pour leur confier précisément cette tâche, et ^4

qui ne leur donnoit nulle part ailleurs les instructions nécessaires pour la remplir.

Le livre des Nombres ne peut avoir été écrit que dans le désert, par le chef

: •if-

(70 du peuple ou par ses ordres. Il porte l'empreinte évidente de ce long et vague période qui s'étendit de la seconde à la trente-neuvième année de la sortie d*Egypte : temps de privations et de murmures , mêlé de voyages et de séjours , sans but déterminé , sans route fixe , et même sans beaucoup d'événemens remarquables. Ce livre renferme, dans un ordre purement chronologique , la simple collection de toutes les pièces importantes qu'il convenoit à l'autorité de conserver , comme réglemens de police , nouvelles institutions légales , procès-verbaux des dénombremens ou des dons 5 récits des faits saillans et isolés.

Quant au Deutéronome ^ il est encore plus évident que Moïse en est Taiiteur , et je n'ajoute aucun développement à ce que j'ai dit, p. ii. Quels raisonnemens d'ailleurs pourroient convaincre celui que la lecture du livre ne convaîncroit pas?

(73) Le but et Tesprit du Pentateuque nous rappellent donc nécessairement Moïse , et nous montrent en lui Fëcrivain que nous cherchons à découvrir.

SECTION IL

La réunion de connoissances et d'habi« tudes intellectuelles que le Pentateuque prouve dans son auteur, nous conduit à la même conséquence.

Tout indique chez l'écrivain une éducation soignée , des comioissances étendues. Ce n est point ici un honune du peuple, de pêcheur devenu Apôtre, qui, sans art, sans instruction, sait écrire des vérités sublimes en langage vulgaire, mais demeure toujours étranger aux let« très profanes y et à la science. L'auteur du Pentateuque est un homme instruit; il soigne la forme et le fond de son, histoire ; il recueille les détails historiques ,

(74) généalogiques, géographiques , qui sans être essentiels à son but, peuvent rendre son livre plus clair et plus utile ; il compose des hymnes qui portent l'empreinte de son génie autant que de sa piété; il rédige la Genèse , d'après d'antiques documens, avec soin et méthode, ainsi que l'ont prouvé les recherches des érudits.

Cet homme étoit donc un homme éclairé , il n'étoit point étranger aux lettres , il mettoit du prix au savoir.

Ce même écrivain connoit à fond Fhistoire des Patriarches , Torigine des Hébreux et celle du monde. Toute la Genèse le prouve; l'inspiration divine sans doute lui a été donnée pour entreprendre et épurer son travail, mais ainsi que les ÉVangélistes de la nouvelle alliance , c'est par des moyens humains que Fauteur paroit instruit. U étoit donc un Hébreu , et un Hébreu distingué.

II ne connott pas seulement l'histoire

ancienne de son peuple; il connoit, il raconte avec détail toutes les circonstances de la révolution récente qui brisa le joug de l'Égyptien. U a tout vu , tout sa» les faits privés comme les faits publics, les pensées comme les faits. Il étoit donc un des principaux auteurs.

U connoit la législation comme celui qui Ta conçue; son livre est le seul dé* pôt chargé de la transmettre aux Hébreux, et nous tie la connoissons nousmêmes que par ce livre. U faut donc qu'il soit ou le législateur, ou le confident intime de ses desseins et de se$ pensées.

II connoit les mœurs 'et les lois de VÈ^ gypte , mieux qu'on ne devoît l'attendre d'un simple Hébreu. On s'étonne de retrouver dans ses écrits des indications exactes sur les finances, le conmierce, le culte , l'état militaire et les usages civils des Égyptiens; indications d'autant

(76) plus remarquables que Fauteur ne songe point à les donner, et qu'une lecture réfléchie les fait seule apercevoir : Téloignement des Égyptiens pour la vie pastorale et la profession de berger , la loi sévère qui repoussoit tout étranger de leur table , la préférence qu'ils donnoient aux die vaux sur les chameaux , Fabandon du commerce qu'ils laissoient tout entier aux peuples voisins , Fimpôt foncier sous forme de dime, Fexemption accordée aux terres des prêtres , et miUe autres circonstances semblables , ce sont là autant de détails que la Genèse et l'Exode (*) pr&entent en abondance au critique investigateur; tandis que sans songer à la Bible, Fantiquaire de son côté, fes^Tetrouve aussi dai^ ses vieux monument et ses anciennes histoires.

{*) VoyeK encore p* 7S 9 la tradaction d'une note d*£iohhoni.

Coïncidence remarquable , que chaque recherche nouvelle rend plus complète et plus certaine. L'auteur du Pentateuque avoit donc v^cu en Egypte, probablement auprès des dépositaires de la science et du pouvoir , c'est-à-dire à côté des prêtres et de la Gouir.

Enfin ce même homme connoissoit d'autres nations encore que les^Égyptiens^ et les Hébreux. On peut lire dans les Chapitres X , XXV et XXXVI de la Genèse les documens qull avoit recueillis sur l'origine et la dispersion, de tous les peuples alors connus, en particulier sur les divers descendans d'Âbraliam. Il raconte d'où ces grandes familles se sont formées , quels étoient les noms, les titres et les généalogies de leurs chefs, la position géographique de leurs diverses tribus. A cette époque, de telles connoissances ne s'acquéroient que par des voyages. Il avoit donc visité ces peuplades

( 78 ) ismaélites, madianites, iduméennes ; il avoit séjourné au milieu délies; il y avoit rassemblé ces doeumens relatifs à leur histoire , qui plus tard furent insérés dans la Genèse (*). Rapprochons mainte-

(^) Je demande la permission d*in8ërer ici la traduction d'un fragment d'Ëiclihorn sur l'authenticité des <juatre derniers livres du Pentateuque. Ce morceau complétera nos réflexions , et il semble fait pour int^ resser et persuader à la fois mes lecteurs.

«Si quelipe chose peut invinciblement démontrer à un ami de la vérité , la haute antiquité de ces livres , c'est assurément l'assemblage de ces traits nombreux d'une vérité minutieuse » qu'un imposteur n'eèt jamais su retrouver plus tard. Je veux en recueillir ici deux ou trois, seulement pour en donner quelque idée. Les derniers livres de Moïse supposent évidemment beaucoup de choses que de son côté l'histoire nous a

transmises sur les anciens Égyptiens, fls avoient en horreur les sacrifices sanglans, Exod. VIII, 22; c'est l'eau du Nil qui les abreuvoit d'ordinaire, Exod. VII, 18; les coups mortels étoient chez eux punis de morts , Exod. H , 1 5; l'étude de la nature étoit réservée à une seule classe d'hommes habiles , prétendus enchanteurs , Ëxod. VU, Vlil, 14. I4 'Egypte £ivoit une caste militaire et en même temps une armée toujours prête à marcher , Exod. XIV , 6. Les pierres précieuses étoient gravées

(79) nant les unes des autres ces données diverses. Nous y trouverons d'abord la preuve complète de Tanciennetë du Pentateuque. L'écrivain , avons-nous dît , est en effet un Hébreu , un acteur de la révolution , né en Egypte , ayant visité

en creux, comme ï^od. XXXVIII, 9*^ 1 1 . . . . Un écri-

Tain moins familiarisé ^e Moïse avec l'histoire d'Egypte eât-il pu comparer l'ancienneté d'Hébron avec celle de Tanis {*) ? Un auteur plus moderne eùt^il pu parler avec autant d'exactitude de la future conquête de Canaan? Il'eftt-il point inséré quelque part Tordre de détruire les temples des idoles? Les Cananéens n'avoient que des autels et des bocages « et c'est toujours te que Moïse suppose. . . • Comme on voit dans ces livres le progrès des connoissances et de la civilisation ! Dans la bénédiction de Jacob» le Patriarchç célèbre le bonheur de Zabulon qu'avoisii^era la riche et commerçante capitale des Sidoniens. Dans le cantique de Moïse , le poète a quelque chose de plus à dire à la même tribu , et il fait allusion au verre que les Sidoniens tiroient du fleuve Bélus, etc. (Eîchhom, Ëinleitung in das A^ T., 3.^ édition, § 442* Note.)

(*^ Sichhorn tombe ici daag la méprise relevée par M site- Brun, {^Précis if géographie universelle, t. I, p. t6y^ et rend par Tanii, -e nom hébreu ^ui indigne r'cUékn^nt Héliopolia , ancienne capitale de l'Egypte.

les diverses peuplades du désert. Il y a plus, et d'après ces seuls indices nous pouvons 9 avec une extrême vraisemblance, prononcer que cet écrivain n'est autre que Moïse lui-même. Nous savons tout ce qu'eut d'extraordinaire la vie de celui-ci , et toutes les circonstances saillantes de cette vie correspondent précisément aux faits que nous venons de rap* peler. Moïse instruit à la cour de Pharaon , chef de la révolution politique , législateur des Hébreux, Hébreu lui^néme bien supérieur à ses compatriotes en savoir et en lettres , avoit séjourné chez les nomades de l'Arabie depuis l'âge de quarante ans à celui de quatre-vingts , avant l'époque où il a pu composer le Pentateuque. C'est de retour dans les mêmes lieux qu'il a dû le rédiger quelques années plus tard. Ne sommes-nous donc pas autorisés à croire qu'en eflFet il en est bien l'auteur; et si nous réunissons à cet argument celui qui est développe

dans la première partie de ce chapitre , ne pourrons-nous pas regarder ce fait comme démontré ?

Au reste ces deux premiers chapitres, et les idées énoncées, p. 5 — 1 5, ne renferment qu'une portion bien petite , et une esquisse bien légère des ai^umaos qui militent en faveur de Taulhenticité du Pentateuque. Cependant, tels qu'ils sont,»

il nous semble qu'ils peuvent suffire à convaincre un homme de lionne foi.

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