‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: Discours (volume 3)Chapitre 11 sur 23 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LE ^ENTATEVQUE EST AUSSI ÀNOEll QUE LÀ LÉGISLATION.

Deux des preuves indiquées p. 5 et 6 exigent quelques développemens:

L Le style de Thistorien sacré change d'une manière sensible, à mesure que le récit se rapproche du siècle de Moïse.

Tout semble indiquer alors un auteur contemporain. Partageons , sous ce point de vue, l'histoire du Pentateuque en trois parties.

Les onze premiers chapitres de la Genèse en formeront une. Nous y trouverons une narration incomplète et rapide, qui supprime beaucoup d'événemens intermédiaires et de circonstances accès-

(55) soires; la forme du rëeit rappelle souvent ces courtes inscriptions confiées au marbre 9 pour conserver à la postérité quelle connoissance des faits importans. Tout indique en un mot une bis* toire rédigée d'après des documens anciens et concM*

L'histoire des ancêtres des^ l^reux remidit le reste du premier livre du Feùr tateuque* EUe est bien plus rapprochée de la législation par le ten^ et surtout par le sujet; aussi peut-on s'apercevoir qu^elle forme un tout complet» animé , suivi y où les circonstances intéressantes ne s(H;it point omises » où les détails oiseux ne scmt point cmiservés. Telle doit être ime histoire nationale , écrite peu de siècles après les événemens » alors que les souvenirs, les monumens, les récits précieusement conservés dans chaque famille, rendent encore importante et popdaire la tradition des temps passés*

: Dans une histoire entièrement contemi poraine , on doit s'attendre à quelque chose d'un peu différent. Les couleurs sont plusvraîes, les tours plu&vifs^^ patrpe que Fécrirain a vu, senti, éprouva luimême, pArce qu^il n^a aucun effort d'iiitôgination à faire, pour se mettre àla place des acteurs; leis'détaib sont plus nombreux etpîns^^ développés, parce qu'ils lui sont tous ccmnus. !is ne sont pastoujbiurs bien choisis, paix^ qu'il est mauvais juge de leur mfluencè sur les ëvénemens à- venir, «t de leur importance relative aux yeux de la postérité. La succession et l'enchaliiement des .£aits sont quelquefois moins clairemeiit exposés, parce que Fauteur hésite perpétuellement entre l'ordre rigoureusement chronologique, et celui dans lequel ces faits Font frappé, dans lequel ils lui paroisserit: avoir inr flué les uns sur lès autres, parce que la nature ou la vivacité de ses imt)ressiQns

(57) le trompent souvent sur la gravité des événemens ou sur leur mutuelle dépendance. Or tel est précisément le caractère de la partie histori<|ue des quatre deniers livres du Pentateuque.

Pour se faire une idée plus nette de ces différe^ices entre les trois sections de rhistoire mosaïque y on fera bien de corn* parer ensemble quelques fragmens de chacune. On pourra prendre dans la première, par exemple, le discours mystérieux de Lémec à ses femmes, Gén. IV , 2,3 j z^i l'enlèvement d'Hénoc indiqué en un seul verset , V , 24 ; ou Thistoire de la tour de Babel, XI, i — 9; dans la seconde, la victoire d'Abram, XIV; Thistoire d'Agar , XXI, 14—^21 ; ou le sacrifice dlsaac, chap. XXII. Les différences entre la seconde et la troisiènie sont moins tranchées; on les apercevra cependant sans peine en comparant entre eux d^ sujets analogues, par exemple : la voca-

.( 58 ) tîon d'Abram, Gen. XII, i — 9, avec la mission de Moïse, Exod. III et IV; la catastrophe de Sodome, Gen. XIX, avec la dernière plaie deFÉgypte, Exod. XI etXII.

IL La manière dont Tauteur présente la législation, sert encore à prouver l'ancienneté du Pentateuque. Nous avons ici quatre remarques à faire.

L'histoire de la législation comprend un espace de quarante années. Durant ce période, les lois furent quelquefois modifiées par le divin législateur, suivant les circonstances et le temps. Si l'écrivain du Pentateuque eût vécu plus tard, eût-il connu, eût-il conservé autre chose que ce qui étoit resté finalement en vigueur? Eût-il du moins rapporté la première forme de la loi d'une manière absolue, sans laisser soupçonner aucune restriction possible ? En voici un exem-

(59) pie : Lé vit. XVII, 1—^9, (c'est-à-dire dans un code , et non dans une histoire, ) il est ordonné , sous peine de mort, de ne tuer aucun animal pour la consontunàtion du peuple, autrement que sous forme de sacrifice à FÉternel , et à l'entrée du tabernacle. Le peuple étoit campé dans le désert, la loi étoit importante (*) et d'une exécution facile. Quand après quarante années, le peuple fut près d'entrer dans le pays de Canaan, Moïse révoqua cette loi impossible à exécutai dans une vaste contrée et chez un peuple agriculteur.

Le Pentateuque ne manque pas de donner la loi nouvelle (Deut. XII, i5, 20.) comme il avoit donné la première.

Toutes les institutions de Moïse ne sont pas son ouvrage. Souvent il ne fait qu'ériger en droit, avec quelques modifi-

(*) Elle étoit importante pour prévenir les sacrifices qu'aujoie"ht ofîerts aux idoles, chacun chez soi, les imitateurs de l'Egypte ou de Canaan.

cations importantes, les anciennes coutumes des Hébreux. On ne manque guères alors de s'en apercevoir au ton de rëcïivain. On ne k voit jamais insister sur les détails d'une loi déjà connue par un l(Hig usage ; il se ccmtente de déclarer qu'elle doit, ou comment elle doit être exécutée. Les institutions nouvelles au contraire, sont exposées dans tout Jiear développement ; elles sont entourées de tout le cortège de précautions , de moyens d'exécutions, de motifs, dont le législateur pense avoir besoin pour les faire observer. Ne résulte-t-il pas de cette différence, que la rédaction du code a été faite au moment précis où il étoit mis en vigueur ? S'il étoit en eflfet l'ouvrage d'un éqrivain plus moderne, pourquoi présenteroit-il d'une manière si diverse les lois qui remontent à Moïse, et celles qui lui sont antérieures ? Quelques sièdes après lui, les unes et les autres n'é-

toient-elles pas des parties semblables d*un même tout, reçues des Hébreux aux mêmes titres ? des institutions pareilles, également respectables, et souvent également négligées.

Si le rédacteur du Pentateuque eût été postérieur à Moïse, il est impossible que ce livre n!eût de quelque manière porté Tempreinte du siècle où il àuroit été composé. Comment croire , par exemple , que s'il avoit pris naissance sous David ou ses successeurs, l'écrivain n'eût pas laissé voir par quelque endroit qu'il vivoit sous des monarques hébreux , qu'il avoit connoissance de leurs usages, que Jérusalem étoit leur résidence ^ le centre des honneurs , des richesses et de la gloire nationales. Eh bien, le Pentateuque ne ptésente aucune trace de cette nature. Il y est fort question d'Hébron ou de Sichem, mais presque point de la future capitale de David; on n'y peut découvrir Tidée

de rois hébreux que dans sept versets du Deutéronome (*) où le législateur prévoit que la nation pourroit un jour en placer à sa tête. Partout ailleurs, rien nenré-veille la pensée. On se pcfcsse d'eux dans Tordre judiciaire comme dans l'administration; on ne songe à eux ni pour la guerre, ni pour la paix.

La quatrième remarque n'est guères qu'une application spéciale de la précédente. Le législateur s'attend à des désobéissances ; il prévoit que ces institut ions seront bientôt altérées , mais la manière même dont ces livres l'annoncent, prouve que leur auteur ignorait encore la nature de ces altérations. Il y a un contraste frappant entre l'histoire de la législation, qui suppose que telle loi sera toujours observée , et l'histoire du peuple , qui nous apprend qu'elle ne le fut jamais ; — ^ — . . ^ ^ ^

(*) Deut. XVU, 14 — 20.

(63) il en résulte la preuve morale que la rédaction de la première est antérieure non seulement à la seconde , mais encore aux faits que celle-ci rapporte. Si fauteur du Pentateuque en effet eût été postérieur à Moïse , ou bien il auroit voulu faire le tableau fidèle des institutions de son temps , ou bien il se fût proposé de ramener la législation à sa forme primitive. Or sûrement, lequel de ces deux projets qu'il eût formé , il auroit fait autre chose que le Pentateuque. Dans le premier Cas , il eût exposé la constitution mosaïque telle qu'il la connoissoit, telle que son siècle Ta voit faite, et non telle que Moïse l'avoit donnée. Il eût donc omis celles de ses lois qui survécurent peu au législateur; il n'eût, par exemple , guères parlé de la loi du Jubilé si prômptement tombée en désuétude.

Cette n^me loi cependant , et plusieuns autres dans le même cas, occupent uiie

(64) très-grande place dans le livre du Pentateuque conune dans le plan de Moïse; elles dén^ntent par conséquent tout à fi^it cette première supposition* Dans la seconde, voulant ccmibattre les abus nouvellement introduits, Fauteur eût au contraire spécialement insisté sur* les lois que le peuple né^g^oit, et que sa fraude pie auroit eu pour but de restaurer. Il eût cherché, par exemple, ^ extirper le culte des hauts lieux, cette plaie toujours ouverte de la religion et de la patrie. Or le Pentatei^que se contente de défendre soigneusement d'avance tout culte étranger au tabernacle. Il est cependant impossible , dans le cas supposé, qu'à une époque plus récente, json auteur ne fût entré dans d'autres détails* Il auroit rappelé sans doute, que ni l'élévation des collines, ni l'épaisseur des bois^ ni les anciens souvenirs d'une apparition, d!un miracle, ne sursoient pour moti-

Ver l'institution d'un culte nouveau } if eût nommément interdit les plus renommes de ces hauts lieux; il eût déclaré que Dieu avoit mis son n6m et sa gloire à Jérusalem, il eût ordonné aux adorateurs de s'y rassembler. Ainsi , dans toutes les suppositions 9 il n^eût pu demeurer indiffèrent au;^ modifications introduites dans le cUlte postérieurement à Moïse ; il eût nécessaiirement d^tà ce sujet quelque chose de moins que le Pentateuque, ou quelque chose de plus.

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