CHAPITRE VI
PREUVES DE L^INxiCRIxi (*) DE L*ANCIEN TESTAMENT.
Nous trouvons déjà des preuves de cette mtégrité dans ce que nous avons dit p. i5 — 15, du Pentateuque samaritain, et dans les détails ,que nous venons de donner sur des églises juives, dispersées en Asie dès les temps de Tère chrétienne.
Le Pentateuque samaritain découle d'une source spéciale; il nous représente bien le texte qui, lors du schisme, étoit entre les mains des dix tribus; les manuscrits de ce Pentateuque ont été soigneusement coUationnés; ils nous donnent, à de lé-
(*y Conservation à Tabrî d'altérations graves.
( i47 ) gères diffërences près, fe même texte que Thébreu. La démofistratioii qui en résuite n'est-elle pas complète?
Quant aux Juifs de la Chine et du Ma* labar, la preuve quils fournissent n'e^ pas aussi forte, parce que leurs manuscrits sont moins bien étudiés, et parce que leurs synagogues ne sont pas restées depuis des milliers d'années, sans conmiunication avec les Juife d'Europe, comme celles des Samaritains. Mais cependant, s'ils ne nous assurent pas un argument dé* cisif en faveur de l'intégrité, ils nous ofirent au moins une préscmiption d'une grande force.
Au reste, des argumens plus directs sont à notre portée. Us exîgeroient seulement des développemens scientifiques, que l'on ne s'attend point à rencontrer ici. Je veux me borner à rappeler les deux preuves indiquées p. 22. Ce sont la multiplicité .des versions anciennes
( i48 ) qui ont reproduit l'ancien code, et le soin des Juifs pour nous le transniettre et nous le conserver. Ces preuves ont ceci de remarquable, qu'outre Tintégrité de Tanôien Testament, elles démontrent encore la protection spéciale dont la Providence Ta couvert. Dieu ne vouloit pas seulement que les oracles précurseurs du Christ nous parvinssent dans leur pureté, il vouloit de plus que nous ne pussions pas même douter de leur origine antique et par conséquent divine. Il vouloit que, le voyant lui-même en quelque sorte veiller à leur conservation, nous crussions les recevoir immédiatement de lui comme les Juifs, en dépit de la distance des siècles et des lieux.
I. L'ancien Testament a été traduit dans un grand nombre de langues, mais les seules versions dont nous voulions
( i49) parler ici», sont celles qui remontent à Tère chrétienne ou environ. A cette grande ëpoque, presque tous les livres de Fancienne loi avoient été traduits en chaldéeH) poàr Tusage des Juifs d'orient auquels le véritable hébreu devenoit toujours plus étranger; en ^c, pour Téglîse juive d'Alexandrie, qui le connoissoit moins bien encore. Us le furent peu après en syriaque pour les chrétiens d'Édesse et de Nisibe, Ces trois versions se sont conservées; nous en possédons des copies et des éditions nombreuses, et sauf quelques diversités sans importance , elles nous représentent le même texte , les mêmes livres , les mêmes oracles, et les mêmes phrases. Cependant éd; accord n'est point le résultat d'une intention des interprètes, ou d'une fraude des savans. Ces tiroîs soeurs , une fois swties du sein de leur mère commune, ont été séparées pour toujours
( ^5o ) par les événemens, et par une rivalité qui subsiste encore. La version chaidëeniie, soigneusement conservée et con^ sultëe par lesllâ>reux^ est restée inconnue aux chrétièm pendaxrf: les premiers âges de Féglise » et v^est eptre leurs main^ que depuis deux à trois sdèdest* Les chrétiens de Syrie ne connoiâsoient ^ères plus la version grecque, que les Grecs ne connoissoient la syriai^ue; la version grecque, propagée dans l;out l'occident, traduite à son tour en latin, et devenue sous cette seconde forme, Tobjet du respect exclusif de Téglise romaine , h'avoit garde de rien emprunter aux autres , que les Occidentaux d'ailleur$ ne connoissoient point. Le concert de ces trois témoins est donc d'autajot plus remarquable qu'ils n'ont jamais pu s'entendre, que ces versions étoient la propriété d'églises rivales et de religions ennemies, l'ouvrage d'adversaires acharnés.
de cbrétiais et de juifs, de chrétiens d'orient et de chrétiens d'occideot , de Juifs de Palestine et de Juifs d' Alexandrie. Elles s'accordent cependant entre elles. Elles nous donnent donc avec certitude le texte antique et vrai de Tancien Testament 9 tel qu'il existoit avant Jésus-Christ.
II. De ces trois versions, la grecque (connue sous le nom de version des septante), fut long-temps presque seule en usage chez les chrétiens. Elle étoit mise par les fidèles de Constantinople et d'Egypte, au-dessus même de Toriginàl hébreu dont ik ignoroient presque-rexistence. Sous sa forme latine , avons-nous dit, et sous le nom de Vulgate y elle régnoit sans partage sur l'église d'occident. Si pendant qu'elle étoit seule connue du Nil à la Tamise et du Pont-Ëuxin au Tage , le texte hébreu et sa version
( i52) chaldéenne, ignorés des chrétiens et mal connus des Juifs , se fussent perdus, qu'en fût-il résulté pour la religion ? Que l'authenticité des oracles sur lesquels s'appuie le Christianisme , n'auroit eu pour garans que les chrétiens eux-mêmes ; qu'on eût pu traiter ceux-ci de juges partiaux, de dépositaires infidèles, et que l'incrédulité avide d'objections , les eût un jour accusés d'avoir eux-mêmes fabriqué les antiques prophéties dont leitt religion se targuoit, prophéties que quinze siècles d'ignoi^nce et de disputes , leur auroient bien pu donner le désir, le besoin et l'occasion d'inventer. Cette objection eût été grave , mais Dieu luimême s'est chargé de la prévenir. Pendant ces quinze siècles , les Juifs conservoîent le code hébreu , et quand le mcmient fixé par la Providence est venu , sans en abandonner la garde, ils Tout laissé lire aux chrétiens. Ceux-ci y ont
( i53 ) trouvé des armes puissantes, qui tiroient ime force nouvelle des mains dans lesquelles elles ëtoient déposées, ces mêmes oracles qu'ils révéroient depuis quinze siècles, quelques-uns encore plus clairs et plus décisifs. Pendant quinze siècles, les Juifs seuls Tout étudié, ce texte , Font copié, analysé, et enfin imprimé.
Ils ont veillé sur ce précieux dépôt avec la persévérance obstinée, la passion d'un avare qui garde son trésor. Qu'on en juge par les détails suivans. Du troisième au onzième siècle, deux académies juives, établies Tune à Babylone, Fautre à Tibériade, n'ont pas cessé de s'occuper du code hébreu;' non pas de son sens ou de ses préceptes, mais de sa forme, des mots , des lettres dont il étoit composé. Pendant huit cents ans, il s'est trouvé des savans nombreux et célèbres, qui , dans deux académies , ont dévoué leur existence à compter et décrire ces
( >54 ) lettres et ces mots, à distinguer les consonnes, les voyelles, les accaas, combien d'une espèce, combien d'uiie autre y.
à retourner de toutes manières leurs fastidieux et insignifians calculs. Nous les possédqps encore, ces calculis; et qui auroit la patience de les vérifier, y trouveroit peut-être la preuve mathématique de rintégrité du texte hébreu. Ce travail n'excite sans doute que le rire de mes lecteurs. N'oublions pas cependant que si cette gigantesque niaiserie des anciens rabbins, étoit parfaitement inutile à leurs contemporains et à leur église, Dieu vOMloit qu'elle fût garant à la nôtre de leur fidélité vigilante quoique machinale, à préserver l'intégrité de l'ancien Testament. Qui oseroit maintenant douter de l'authenticité des oracles, dont de tels hommes ont été constamment les dépositaires? Qui oseroit supposer qu'ils oitf; falsifié ce livre dont ils semblent
adorer les momdres iotas^ et qu'il^font falsifié contre leur intérêt prc^ire > en faveur de cette Église chrétienne qui les persécutoit et qu'ils abboirent? Non; Dieu n'a pas voulu qu'un homme sensé pût mène croire une tellç falsific^tipp possible.