‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: Discours (volume 3)Chapitre 20 sur 23 · PREUVE QUI EN DÉCOULE EN FAVEUR DE SA MISSION DIVINE · texte numérisé non relu

PREUVE QUI EN DÉCOULE EN FAVEUR DE SA MISSION DIVINE

Pour développer sur ce sujet avec quelque ordre Içs idées des p, 28 et 29,

( i82 ) étudions Moïse dans les trois grands actes de son ministère : la délivrance des Hébreux, le voyage au désert > la législation.

SECTION I

La délivrance.

Moïse étoit chargé de délivrer les Hébreux du joug de Pharaon. Etoit-ce une chose aisée? Pour répondre, considérons les trois acteurs qui sont en scène : le tyran égyptien , le peuple hébreu , Moïse.

Pharaon commande à un peuple nombreux, riche, guerrier. Lui-même porte à un excès surprenant l'obstination et Faudace. Quel ton despotique dans ses réponses! quelle ténacité dans ses idées!

quelle promptitude dans ses mesures !

quelle vigueur opiniâtre dans sa résistance! Les fléaux du ciel le frappent sans le faire céder; tout au plus peuvent-ils

l'étourdir un instant; bientôt le resscvt comprimé se relève, et au milieu de ses champs désolés, de son palais infecté, de sa cour tremblante , tandis que TÉgypte retentit encore du cri de douleur qui Ta traversée , Pharaon s'écrie : Qui est V Éternel y que j'obéisse à sa wix!

Il n'hésite pas à braver son propre peuple. Moïse, les flots de la mer Rouge, et le bras de rÉterriel qui les tient suspendus.

Le peuple hébreu, tant qu'il est en Egypte , ne montre que défiance et mollesse. Ne croyez pas qu'il sache soufirir et combattre pour la liberté. La première condition de son salut est, qu'il n'ait rien à faire pour l'obtenir. Hors de l'Egypte, son histoire ne présente que désobéissances et murmures. La moindre difficulté l'arrête , chaque privation l'abat , la seule vue de l'armée des Égyptiens le consterne , et dans sa route , Moïse

( i84) est obligé de lui faire à tout prix éviter la terre des Philistins, parce que ces six cent mille esclaves aimeroient mieux aller reprendre leurs chaînes sous le fouet de Texacteur , que de se frayer un passage avec leurs armes. Voilà ceux qu'il faut délivrer, malgré eux, des serres d'un peuple guerrier et d^un conquérant opiniâtre. Voyons l'homme qui se charge de cette étrange entreprise.

Il faut distinguer dans Moïse deux époques , et comme deux hommes difFérens. Nous verrons plus loin le caractère qu'il déploie dans le désert, et la raison du changement qui s'opère en lui. Pour le moment, nous ne nous occupons que de ce qu'il étoit au commencement de son ministère , lorsqu'il déli vroit les Hébreux. Il avoitsans doute beaucoup de zèle, de patriotisme et de foi. Voilà des dispositions nécessaires à son entreprise ; mais de quoi servent-elles à un homme mé-

( ï85) diocre? Il avoit, ce semble, plus besoin encore des qualités qui en imposent à la multitude, et qui peuvent dominer les é vénemens. Souplesse et fermeté, courage et présence d'esprit, promptitude et sang froid, voilà les élémens nécessaires à tout conquérant, à tout fondateur d'empire, à tout chef de parti; et voilà aussi, il faut le dire , ce qui paroît manquer complètement à Moïse. Etabli depuis quarante ans dans une terre étrangère, il n'a point acquis par ses talens ou ses services la confiance de ses compatriotes.

Privé de Fart de la parole par une infirmité qui en altère les organes , et par l'embarras, la timidité, résultat nécessaire de cette circonstance, il ne sait point agir sur la foule , saisir un instant favorable et mouvoir les passions à son gré. Il tremble à l'aspect de la mission que Dieu lui confie; il le conjure à cinq reprises d'en charger quelque autre à sa

place. Bientôt, contraint d'obéir , il s'effraie à la première défaite, et croit tout perdu, parce que dès Fabbrd il n'a pas tout gagné. Le peuple lui témoigne son déplaisir par ses murmures et méconnoît sa mission. N'attendez pas que cet étrange chef de parti travaille à le calmer par sa présence, à donner une direction différente à ses passions agitées , à tourner au profit de sa cause cette première crise ; non, il ne sait que gémir, se décourager, se plaindre amèrement devant son Dieu.

Voilà ce qu'est Moïse ; qu'attendre d'un pareil libérateur? Entraîné, peut-être, par un patriotisme irréfléchi , dans une entreprise au-dessus de ses forces, il ne réussira qu a irriter le tyran, qu'à mécontenter ses concitoyens dont il aiu'a rendu par le fait la servitude plus pesante, qu'à s'affliger d'avoir fait du mal à ceux qu'il aime , en voulant leur faire du bien. C'est ce qui arrive en effet ; on

( i87 ) ne voit pas comment avec aussi peu de ressort dans le caractère , de souplesse et d'activité dans l'esprit, il pourroit, je ne dis pas amener à bien la révolution sainte qu'il ose entreprendre , mais seulement lui procurer un succès momentané. Elle a été cependant glorieusement terminée cette audacieuse entreprise; les Hébreux sortirent d'Egypte peu après la tentative infructueuse que nous venons de rappeler; ils en sortirent pressés, conjurés par les Égyptiens et par Pharaon lui-même , chargés des dons de leurs oppresseurs ; est-ce donc bien là ce même Pharaon, ces mêmes Hébreux, ce même Moïse que nous venons de contempler? — Oui, ce sont les mêmes, et un acteur divin est nécessaire pour expliquer la fin brillante de ce drame. Un Dieu seul pouvoit le dénouer.

SECTION U

Le voyage.

Dans ce second période de son minis' tère , Moïse montre un caractère un peu .différent. Il a plus d'intelligence, de fermeté, de confiance en Dieu. Au fond il est toujours le même , et il est aisé de retrouver dans Fhistoire de sa vieillesse le même penchant au découragement et à la défiance , le même mélange de zèle et de foiblesse, de dévouement et de timidité, qui avoient caractérisé son âge mûr et sa jeunesse. Cependant, je le répète , on s'aperçoit aussi de quelque accroissement de confiance et de fermeté; il compte davantage sur l'événement, sur Dieu , sur lui-même ; les murmures l'affligent autant, mais l'efifraient moins.

Ce phénomène est digne de remarque ; au milieu de périls nouveaux, extrêmes, avec un tel peuple à conduire, et chez

un chef de quatre-vingts ans, ce n'ëtoit pas à un progrès dans ce sens que nous devions nous attendre. Tout homme impartial verra, je pense, avec assez de probabilité dans ce changement, le résultat et en même temps la preuve des prodiges, que Moïse s'étonnoit lui-même de pouvoir opérer.

D'autres circonstances de ce voyage nous prouvent bien jJus fortement encore rintervention divine. Tout y est singulier. Moïse n'y fait rien comme un chef ordinaire. Dès l'abord, au lieu de suivre le rivage de la mer, pour passer d'Egypte en Canaan, il s'éloigne du but et de la route. Il vouloit, et nous avons dit que cela étoit nécessaire, éviter le pays des Philistins , pour épargner tout combat à ses foibles soldats. Mais quelle voie prend'il pour les sortir à la fois de crainte et de danger ? Il prolonge leur séjour en Egypte dont il failoit se hâter

( I90 ) de fuir; il les éloigne de Canaan où ils tendoient à arriver; il les retient derrière la mer Rouge qu'ils n'avoient aucun moyen de franchir , il les renferme à Pihahiroth (*), dans une étroite enceinte de montagnes, entre la mer et un défilé.

Ce passage périlleux offiroit à Pharaon un moyen trop certain en apparence de les soumettre de nouveau, pour qu'il ne se hâtât pas de venir l'occuper. C'est ce qui arrive. Le tyran triomphe : les Hébreux s'épouvantent En eflfet, un miracle seul ppuvoit les sauver. Si le miracle n'est pas arrivé, que l'on explique, non seulement le salut des Israélites, mais encore et surtout la conduite de Moïse.

Une fois en Arabie, que fait-il encore?

Il reste quarante ans dans ces régions dépouillées, où de rapides caravanes n'échappent qu'avec peine à l'influence

C) Exod.XIV, I— 5.

( 19» ) meurtrière de la soif, de la faim , des sables, et du vent du désert. Il parcourt, il croise dans tous les sens cette plaine aride et sauvage, si redoutée des voyageurs; on diroit qu'il craint d'en sortir. Si Ton admet que Dieu lui-même présidoit à la marche des Hébreux et pourvoyoit à leurs besoins , je crois deviner le but de ce Dieu. Je vois qu'il vouloit laisser tomber dans les sables de l'Arabie cette génération énervée , à laquelle lamaison de sen çitude elle-même n'avoit pu faire désirer la liberté , ni les prodiges de l'Egypte inspirer de la confiance. Je vois qu'il élevoit sous les tentes d'Israël une nation nouvelle, qui, dès l'enfance, accoutumée aux privations, aux fatigues, aux combats et à la discipline , devoit avoir toute la force nécessaire pour la conquête de Canaan. Mais «i Ton veut que ce plan, au lieu d'être celui du Dieu d'Israël, soit celui d'un simple homme, d'un

Moïse octogénaire, il devient dès lors inexplicable. Comment donc ce Moïse faisoit-il subsister au milieu du désert cette inmiense armée de vieillards, de femmes, d'enfans et de lâches? Où trouver d'ailleurs le conquérant, le fondateur, qui consente volontairement à retarder de quarante années raccomjdissement de son projet favori, en d'autres termes qui préfère le laisser imparfait , et qui s'arrange à mourir en route ! Lorsque Colonab eut découvert le continent inconnu, objet des travaux et des souffrances d'une vie toute pleine de génie et de dévouement, qui lui eût sérieusement proposé de croiser un demi siècle sur ses bords avant d'y descendre ? Non ; ce n'est pas ainsi qu'agissent les hommes :

ils sentent qu'un lointain avenir ne leur appartient pas, et ils sont trop impatiens du succès pour le renvoyer aussi loin. Cette conduite ne convient qu'à

(193) celui qui est « patient parce qu'il est ëtemeL »

Je vais plus loin : Quand on pourroit expliquer la conduite de Moïse sans l'intervention de la Divinité, auroit-on expliqué pour cela la soumission du peuple à ce bizarre projet? Comment cette nation si prompte à la révolte et toujours prête au murmure, souffre-t-elle que son chef lui refuse arbitrairement l'accès à la terre du repos, et que, parvenue jusqu'à la frontière, on l'empêche cependant d'y entrer, avec le projet avoué de l'ensevelir dans le désert ? Gomment ne contraint-elle pas son conducteur à la tirer enfin de ce vaste tombeau , soit pour entrer en Canaan, soit pour chercher une autre demeiure, si la terre de la promesse est d'un accès trop difficile , fallût-il même retourner prendre le joug des Pharaons? N'a-t-elle donc pas déjà plus d'une fois regretté les jouissances

( 194 ) sensuelles et faciles que lui laissoit l'esclavage ? Cette singulière docilité du peuple me paroît prouver deux choses:

D'abord, que le séjour du désert étoit adouci par les bienfaits de Dieu» que ce Dieu se chargeoit de nourrir et de soutenir Israël au milieu de ces sables meurtriers. Ensuite, que la route étoit indiquée par une main divine , et que le peuple recevoit l'ordre de la marche, non pas de Moïse seul , mais de cette colonne de nuée et de feu, qui, signe de la présence divine, reposoit sur le Tabernacle à la vue de tous leâ enfans de Jacob.

Plus nous examinons la conduite de Moïse au désert, et plus elle nous fournit de remarques du même genre. En voici une , dont je suis singulièrement frappé. Moïse, ce chef choisi de Dieu, dont la main partage les eaux du fleuve > obtient du ciel la victoire , ou appelle

( 195 ) k foudre sur les rebelles , Moïse , qui ne peut, ce semble, conduire le peuple que par Fenthousiasme de la confiance et par la soumission de la terreur, ne se contente pas cependant de lui raconter ses propres hésitations et ses premières foiblesses ; il lui confesse de plus, de vive voix et par écrit, qu'il vient de pécher comme conducteur d'Israël et comme envoyé du Très-Haut; qu'une punition sévère lui est infligée , qu'il lui sera refusé d'amener son entreprise à sa fin!

Chose étrange ! comme si ce n'étoit pas assez des défiances et des reproches répétés des Hébreux, Moïse cherche-t-il donc de gaîté de cœur à en provoquer de nouveaux? Veut-il donc abattre toute confiance chez le peuple , en lui anhonçant qu'il l'abandonnera bientôt, au moment même de la crise? La présence du chef que Dieu exauçoit toujours et qui commandoit à la nature , ne devoit-elle

( i96 ) pas être précisément à cette époque encore plus nécessaire? Il faut donc reconnoître que cet homme simple et droit, raconte sans artifice tout ce qui se passe, et tout ce qu'il sait. Il n'est donc pas un imposteur qui, pour arriver à ses fins, se targue d'une prétendue mission céleste.

Il est réellement l'envoyé de Dieu. S'il nel'étoitpas, il seroit évidemment aussi peu capable de feindre ce divin ministère, que de le remplir.

SECTION m.

La législation.

Ce dernier acte du ministère de Moïse nous prouvera, comme les deux précédens, et d'une manière analogue, que l'œuvre du conducteur d'Israël étoit réellement l'œuvre de Dieu. Nous ne pouvons développer ici les principes, le but, les ressorts admirables de la législation

( 197 ) mosaïque. L'espace hous manqueroit; nous en dirons seulement quelques mots dans les chapitres suivans (*). Pour le

{*) Aucun ouvrage, à ma connoissance , n'a encore développe, en français du moins , le véritable esprit de la législation mosaïque. Le seul travail complet, profond et judicieux qui existe sur ce sujet est le Mosaisches Recht de Michaëlis; mais six volumes allemands» écrits d'une manière assez diffuse , pleins de lourdes et immenses digressions, trouvent chez nous peu de lecteurs; et des divers littérateurs qui ont entrepris de faire passer cet ouvrage en français, aucun n*a persëvërë.

M. Pastoret a fait un livre intéressant sur Moïse considéré comme législateur et comme moraliste % mais ce n'est guères qu'une description ëlégante de l'extérieur, et pour ainsi dire du matériel de la législation. Les vues secrètes du législateur, ces ressorts cachés qui, dans toutes les institutions politiques, et dans celles de Moïse surtout, jouent un si grand rôle, c'est ce que l'auteur ne dévoile point et n'a pas même eu en vue de rechercher.

Un ouvrage tout moderne sur la législation mosaïque {Loi de Moïse ^ par J. Salvador.}, a fait quelque sensation et obtenu assez d'estime ; mais il ne remplit pas davantage le vide dont je me plains. L'auteur, à la fois défenseur de Moïse et adversaire de sa mission divine ,

( '98 ) moment , je suppose reconnu que cette législation étoit habilement conçue et très-propre à remplir son but. C'est im

8*est placé sur un terrain difficile à défendre. J'ose croire que tout lecteur, verse dans ces matières, trouvera comme moi dans ce livre, d^abord, en ce qui tient an dessein général de la législation mosaïque, un système peu philosophique, arrange d'avance, auquel l'auteur asservit souvent les faits, et immole par fois la clarté, même le bon sens ; puis dans ses efforts pour éliminer toute intervention divine du ministère de Moïse, des invraisemblances assez choquantes pour se réfuter ellesmêmes ; puis enfin dans Texposë détaillé des lois mo« saïques, quelques remarques pleines de justesse ,et de vérité, sur la nature, les effets ou les ressorts de la législation» Mais ce ne sont que des observations isolées , ou plutôt mal réunies par un Ken vicieux ; l'ensemble réel n'est qu'entrevu.

Le succès de ce livre pourroit bien , outre le mérite qu'il a réellement, tenir à une autre cause encore. II est venu à propos pour satisfaire un besoin intellectuel. Les plaisanteries à la Voltaire sont usées et dégoûtent. La génération actuelle veut du sérieux en matière de croyance, et quelque chose qui satisfasse le sentiment reb'gîeux. Ce sentiment se réveille partout chez les incrédules eux-mêmes , mais les esprits ne sont pas en*

( ^99 ) fait que mes lecteurs ne peuvent faire difficulté de m'accorder. S'ils en doutoient, ils n'auroient qu'à réfléchir à la durée de ces lois et aux effets qu'elles

core ëclairës. On a contre la rëvëlation des préjugés qu'on ne veut pas , ou peut-être qu'on n'ose pas secouer. En attendant on youdroit mieux connoltre cette rëyélation ; on est porté à lui accorder au- moins un certain degré de respect ; on se doute que l'ancien Testament, comme le nouveau» renferment de belles choses oubliëes» calomniées parla génération précédente; on veut en un mot, examiner arec un ton grave et des formes décentes » admirer même , sans toutefois se compromettre, et sans se faire accuser de superstition ou de préjugés. Dans cette disposition de certains esprits» un livre qui» sans faire de Moïse un envoyé de Dieu , sans demander la croyance aux miracles de l'ancienne loi» la faisoit cependant respecter comme une belle œuvre humaine, associée à la science, amie de la justice , protectrice de la foiblesse et de la liberté , un livre de ce genre, écrit avec soin, rédigé avec talent, avoit tout ce qu'il falloit pour être bien reçu. On ne peut donc s'étonner qu'on ne lui ait pas demandé un compte bien exact de ses raisonnemens et de ses assertions.

ont produits. Cela supposé , j'ai quatre remarques à faire.

Moïse connoissoit, sans doute, les usages égyptiens , hébreux , arabes ; il auroit pu , sans le secours de l'inspiration divine , les employer plus ou moins heureusement dans sa législation nouvelle.

Mais il nous faut ici toute autre chose, et c'est le talent de choisir , de combiner, d'inventer pour Tavenir, que son œuvre dénote. Les institutions qu'il donne aux Hébreux sont créées pour eux , préparées pour leur postérité, adaptées à leur future patrie. Si elles sont basées sur les habitudes et les mœurs du peuple tel qu'il existe , elles n'en sont pas moins évidemment destinées à le transformer en un peuple nouveau. Si elles font reconnoître un peuple né en Egypte ^ elles indiquent plus clairement encore un peuple qui n'y doit jamais rentrer. Elles portent en un mot l'empreinte de com-

( ^oi ) binaisons profonde^f et de vues éloignées , et lorsqu'elles font des emprunts aux lois égyptiennes , te n'est jamais qu'avec des modifications aussi importantes qu'habiles. Or Moïse avoit-il par lui-même , à un degré suffisant, les connoissances et les facultés que cela suppose? Voici un fait qui me semble décider la question : Quand Moïse se vit au milieci du désert , à la tête du peuple, chargé de la triple tâche de l'enseigner, de le juger et de lé conduire, il ne sut point s'aviser par luimême de la simple et facile organisation , qui pouvoit lui en fournir les moyens*. Il pensoit assez faire en y dévouant sa personne et son temps. Assis en plein air, il écoutoit, il jugeoit, il enseignoit toute la journée ses six cent mille soldats, leurs femmes et leurs enfans, épuisant ainsi ses forces sans suffire aux besoins.

11 fallut que son beau-père Jéthro lui

apprit ce qu'il y avoit à faire (*). Il lui donna Fidëe d'ëtablir une hiérarchiede subalternes 9 qui, touchant d'un coteau peuple, et de l'autre au chef, feroît constamment coDMnuniquer celui-ci avec la nation 9 assureroit à chaque portion de celle-là une protection plus réelle, et au conducteur du peuple une autorité plus efficaccEt cette idée si naturelle,ou toute autre organisation du même genre , ne s'étoit point présentée à Tesprit de Moïse!

sans doute parce qu'elle n'avoit point de rapport avec les habitudes égyptiennes.

Et ce seroit lui qui , nouveau Lycurgue, auroit inventé , sans le secoiu^ du Très- Haut, la législation juive, cette machine si puissante à la fois dans ses forces, et si ingénieuse dans leur équilibre ! cette oeuvre de génie, toute calculée pour un long avenir, destinée à enraciner les Hébreux dans le sol de Canaan par leurs

C) Exod.XVin,i3-î7.

habitudes et leurs besoins , à les éloigner à jamais des goûts de TÉgypte ! . . • . C'est lui qui auroit imaginé d'unir la force religieuse à la force politique, de manière à ce qu'elles se soutinssent Tune l'autre sans jamais s'entraîner ou se combattre ! Ce seroît là un véritable paradoxe , difficile à persuader. Ainsi donc , plus nous avançons dans rexanrien.du ministère de Moïse, et plus des difficultés insolubles s'entassent sur l'hypothè$e incrédule , qui veut faire de cet homme extraordinaire un imposteur habile, donnant les inspirations de son génie pour celles de la Divinité.

Mais encore, comment Moïse a-t-il obtenu la soumission du peuple aux lois qu'il lui impose ? Ces lois n étoient pas faites pour lui plaire. Si elles lui assuroient des propriétés, des mœurs et des fêtes, il devoit y voir avant tout d'intolérables gênes et d'éternelles privations;

et dans le culte, et dans la vie civile, et dans la vie donniestique , et dans les relations sociales, et dans les entreprises militaires, commerciales ou agricoles; partout ce ne sont que restrictions, penchans comprimés, joug pesant et nouveau. Voilà pourtant ce qu'il falloit.substituer aux vieilles habitudes puisées dans l'exemple de l'Egypte et de Canaan. Ah!

pour soumettre volontairement un tel peuple à de telles lois, il falloit plus qu'un homme , plus que Moïse ; il falloit le désert, Sinaï, la colonne de nuée et la voix de Dieu. Il falloit que , nourri , eonduit par le Très-Haut, le peuple se trouvât placé de manière à.n'avoir point de volonté propre , à ne pouvoir ni examiner, ni délibérer, ni choisir; à recevoir comme un bienfait et en même temps comme une nécessité, tous les ordres comme tous les dons de cette main divine!

Quelques-unes de ces lois sont tout à fait inexplicables , si Moïse étoit un imposteur, car elles sont de nature à supposer le concours et la garantie d'une Providence particulière. Dans quelques cas j en effet, il faut que Dieu lui-même s'engage à sanctionner et à rendre exécutable la loi; si non, elle va ébranler la foi du peuple et faire soupçonner le législateur d'imposture. Je pourrois citer plusieurs cas de ce genre ; je me borne à un seul.

Tous les sept ans les terres dévoient rester sans culture. Ce n'est point ici le lieu d'examiner les motifs politiques^ agricoles et religieux de cette institution bizarre en apparence. Je me borne à ce fait : Moïse promet, de la part de Dieu, qu'il n'en résultera jamais de disette; que, malgré la double dîme dont les terres étoient chargées, le surplus des récoltes précédentes pourroit suffire

à la consommation de deux ans(*). Uexpërîence ne pôuvoit-elle pas immédiatement le démentir, si le Dieu qui fait prospérer les fruits de la terre n'eût été d'accord avec lui? Bien plus; voici qui rend cette réflexion plus frappante encore : le peuple auquel s'adressent cette promesse et cette loi , est un peuple nomade et pasteur > qui n'a point acquis de science et d'habitudes agricoles ; dont l'inexpérience ou la paresse pourroient facilement, à elles seules , faire craindre long-temps encore les disettes dont Moïse le déclare à Fabri.

Si nous examinons enfin les institutions de Moïse relativement à lui-même, et aux avantages qu'il auroit pu tirer de sa prétendue imposture , elles ne nous surprendront pas moins.

Toute imposture a un but, et un but

(*) Lévit, XXV, ai.

( ^07 ) plus ou moins intéressé. On trompe pour l'argent, pour les jouissances, ou pour la gloire. Si , par une combinaison bizarre , lamour des hommes est jamais entré pour quelque chose dans une fraude, nul doute que même alors, on n'ait su concilier au moins les intérêts de son amour-propre avec ceux du genre humain. Si Ton trompe pour faire triompher ses opinions ou son parti , on peut quelquefois oublier ses intérêts pendant la lutte , mais on s'en souvient après la victoire. Règle générale : un imposteur ne s'oublie pas long-temps. Or Moïse s'est oublié, s'est oublié jusqu'au bout; et cependant point de milieu : Si Moïse n'est pas un prophète divin , il est un imposteur, dans toute la force du terme.

Ce n'est pas comme à Numa , une fraude unique et légère, destinée à assurer un bienfait, que nous avons à lui reprocher; mais une suite de fourberies, dont

plusieurs seroient atroces; une dissimulation profonde, déloyale, perfide, sanguinaire, continuée pendant quarante ans. Si Moïse n'est pas un prophète divin, il n'est plus le sauveur du peuple, mais son tyran et son meurtrier. Eh bien, je le répète, cet imposteur barbare s'est toujours oublié lui-même, et son désintéressement personnel, de famille et de caste, est un des traits les plus extraordinaires de son administration.

Quant à sa personne , il doit mourir dans le désert ; n ne connoitra jamais le repos, Fabondance et les fêtes qu il assure à ses compatriote^ ; il ne partage avec eux que les fatigues et les privations ; il a de plus qu'eux ses inquiétudes sur leur sort, le spectacle de leurs désobéissances, et le perpétuel supplice de leurs murmures.

Quant à sa famille , il n'appelle point

( 209 ) ses fils à lui succéder; il les relègue sans distinctions et sans privilèges dans les rangs obscurs des enfans de Lévi; ils restent même en dehors de la famille sacerdotale. DiflFérent de tous les autres pères y on ne voit jamais Moïse les placer en vue de la nation, leur fournir l'occasion d'acquérir quelque gloire ou quelque faveur. Samuel, Héli, abandonnent à leurs fils une partie du pouvoir paternel, leur permettent même d'en abuser, mais les fils de Moïse seront dans le voyage, les simples portefaix du Tabernacle , comme tous les autres enfans de Kéhath; s'ils osoient jamais soulever les voiles étendus sur ces meubles sacrés, dont ils doivent supporter le fardeau, la mort seroit leur châtiment.

Quant à sa caste , on accuse souvent Moïse d'avoir établi une théocratie au profit des prêtres; de leur avoir appris à gouverner despbtiquement en abusant

du nom révéré de Jéhova. A entendre les incrédules , à lire leurs ouvrages même les plus modemes(*), on croiroit que toute la richesse et la puissance étoient remises entre les mains des sacrificateurs. Autant vaudroit, en vérité, accuser Cicéron d'avoir conspiré avec Catilina ! Les auteurs de ces inculpations si étranges, quoique si fréquemment répétées, ontils donc lu Moïse ?

La législation mosaïque étoit une théocratie , il est vrai , car le Dieu dlsraël se donnoit pour Fauteur des institutions

(*) Voyez, par exemple, Reynier, Économie pu^ hlique Et rurale des Arabes et des Juifs, Cet aateur , respectable du reste à tant de titres, comme homme, comme sayant et comme ëcriyain, a eu le tort de juger le Pentateuque , non d'après le Pentateuque même, mais d'après les commandemens d*homme^ par lesquels les rabbins Tont défigura ; quelquefois aussi d'après les usagés modernes des Orientaux. Arec ces élëmens erronës, il a pu prêter à Moïse une théocratie absurde et avide , en contradiction avec le Pen< tateuque et l'histoire.

politiques comme des institutions religieuses , afFermîssoit les unes et les autres par son autorité, et s'engageoit à les sanctionner dans Favenir en punissant les infracteurs. De plus , il se réservoit d'administrer Fétat dans les temps difficiles, non par les sacrificateurs héréditaires, mais par des Juges, ou chefs politiques, tirés de toutes les tribus , soutenus par sa puissance , animée de son esprit.

Mais loin de donner tout pouvoir aux prêtres, ce Dieu monarque et son ministre Moïse, avoient confié la chose publique à des magistrats civils et judi^ ciaires placés à côté, ou au-dessus du sacerdoce; ils avoient de plus, conservé au peuple des droits tellement étendus, que de nos jours il n'oseroit pas plus y prétendre qu'on ne consentiroit à les lui accorder. Les institutions mosaïques avoient enfin opposé de telles barrières à l'ambition des descendans d'Aaron, qu'ils

ne pouvoient abuser de leurs droits , qu'ils n'en ont jamais abusé, du moins la corporation sacerdotale (^) ; non jamais , j'ose l'affirmer. Le sacrificateur Abiathar(**) a pu entrer dans une conspiration bientôt réprimée, mais la corporation n'y est pour rien ; le grand sacrificateur reste fidèle, et le sang d'Aâron ne sauve pas le coupable. Joad (***) a pu replacer l'héritier légitime sur le

{*) Je parle seulement, qu'on veuille bien le remarquer, des temps où rinspiration prophétique et les institutions de Moïse régnoient encore chez les Hébreux. Peu après la captivité , lorsque le sacerdoce se trouva seul, sans les lois et les prophètes qui lui servoient auparavant de contrepoids, lorsqu'il fut de plus le seul point de ralliement des sentimens patriotiques et des passions nationales, qu'il ne trouva plus d'opposition au-dedaos et de guide religieux au-dehors* il devint réellement ce que les corporations sacerdotales deviennent toujours, quand elles sont laissées à leur pente naturelle. Je prie instamment qu'on veuille bien se souvenir de cette restriction toutes les fois que je prends la défense des prêtres hébreux.

(**) I Rois I, 7. (*»♦) 2 Rois XI.

( ^i3 ) trône, mais encore ici Taction et Tinfluence de la corporation ne suffisent pas pour expliquer la révolution politique (*).

Tout indique , un cas isolé , extraordinaire. Si le trône n'eût pas été occupé par une étrangère et par une fenune odieuse; si, en un temps de confusion et d'anarchie , le sacerdoce n'eût pas été le représentant naturel et le seul appui de l'opinion nationale; si l'armée n'eût pas été disposée à renverser l'usurpatrice (**); si enfin l'enfant roi ne s'étoit pas trouvé , par la nature même des choses, sous la tutelle des mains sacerdotales qui lui avoient conservé la vie, Joad, loin de réussir à délivrer son pays, n'eût même osé l'essayer. Je le répète encore avec

(*) Il va sans dire que si Ton veut bien juger cette révolution, c'est dans la Bible même, et non dans un€ tragédie, «juelque admirable que celle-ci puisse èire, qu'il faut Tëtudier,

(*♦) 2 Rois XI, 4-9.

( ^'4 ) la plus entière conviction : des sacrificateurs ont pu sortir individuellement de leur place, mais la, caste y est toujours restée, et quand l'équilibre a été rompu , il l'a été à son désavantage et par l'accroissement de poids des élémens opposés. Je veux parler de Finstitulioii des rois héréditaires. Peu après rétablissement de la monarchie , l'influence des prêtres s'affoiblit; ils perdirent celle-là même que Moïse leur avoit destinée. Ces respects populaires qui s'attachent à Topulence, aux pompes extérieures et aux dignités , passent dès-lors aux chefs héréditaires du royaume et de l'armée; l'autorité niorale et religieuse devient le partage des prophètes divins, protecteurs des opprimés, fléaux des prêtres courtisans et des rois oppresseurs, ministres pauvres et souffirans du Dieu qui les envoie, sans caste, sans intérêt temporel, sans lien commun, sans

autre force qu'un cœufr généreux ,^ une voix sincère , leur dévouement sans bornes au devoir, leur inaltérable patience dans les persécutions. — Puissance réelle sans doute,, quoique tout indirecte et morale , mais puissance sans danger pour Fautorité temporelle , et qui ne doit pas être confondue avec l'autorité régulière, héréditaire et organisée des sacrificateurs (*)• Nul doute, j'en conviens vo-

(^) M. B. Constant a fait plus d'une fois cette mëprise. Quelquefois ilparolt distinguer, il est vrai, les prêtres des Prophètes; mais souvent aussi, il les confond, et après avoir dépeint les dangers des rois, menacés par les envaliissemens d'une caste, il cite en exemples les résistances légales de prophèites isolés. Cette fréquente équivoque nuit à la défense des hommes qu'il accuse , et S9ns elle , M, B, C. n'auroit probablement pu se faire illusion sur la position sociale du sacerdoce hébreu. Il faudroit pourtant s'entendre, Les hommes qui, depuis Moïse à Malachie, Jugés, Voyans ou Prophètes, se disent envoyés de Dieu, ne sont pas des prêtres. .Geuxr ci ne prëtendoient point habituellement à l'inspiration divine comme ceux-là. En revanche, les prêtres formoient une caste héréditaire, tandis que les envoyés de

lonliers, que celle-ci n'eût bientôt pesé sur la nation et sur ses chefs , si le législateur n'eût prévenu ce danger; mais il

tHeu étoient des hommes isoles. Les uns et les autres, quoique serrant le même Dieu, sont en opposition fréquente. Les prêtres s'occupoient de l'extërieur du culte, etles Juges de Tadministration, les Prophètes de la correction des mœurs. Quand les envoyés divins ëtoient juges et chefs militaires, ils ont contenu l'ordre sacerdotal ; quand ils ont ëté dé simples prophètes , ils se sont élef es contre le culte sacerdotal mis à la place des vertus; et quand les prêtres ont été des courtisans riches et adroits, ils se sont toujours montres les ennemi» des Prophètes. Les uns et les autres ne peuvent donc être dénoncés et condamnés en commun. Maintenant lesquels accuse-t-on d'accaparer un pouvoir monstrueux, .e£Erayant pour les rois , oppressif pour la nation ? Les prêtres?— Le ùàt prouve qu'ils ont presque toujours obéi , jamais dominé : Moïse y avoit pourvu. La caste,* toujours contenue, s'est «ncore affoiblie avec le temps ; les Lévites tomboient dans la misère , et les sacrificateurs se sont fait courtisans pour être quelque chose.— Les envoyés de Dieu?— Os ne formoient aucune corporation, ils n'avoient rien d'héréditaire; ils appartenoient à toutes les tribus. L'Esprit de Dieu les alloit chercher à leur pressoir comme Gédéon, ou au tnilieu des troupeaux comme Amos* Avantla monarchie.

Tavoit prévenu, et jamais caste sacerdotale ne fut mieux contenue, que les prêtres de cette théocratie tant calomniée.

Qu'on en juge par les détails suivans :

juges militaires , ils faisoieot le contre-poids nécessaire de l'autorité sacerdotale. Plus tard , orateurs pauvres et désintéressés , ils formoient , dans un royaume absolu, la seule opposition légale et protectrice. En même temps, loin d'aider les prêtres à affoiblir les rois, comme on le penseroit peut-être , ils soutenoient par le fait les rois et le peuple contre les envaliissemens des prêtres, puisqu'ils censuroient avec courage les désordres de ceux-ci, et rabaissoient l'importance du culte extérieur» Je le demande donc' encore à M. 6. G., où voit^il chez les Hébreux la puissance antisociale dont il se déclare l'ennemi, et qu'il définit de la sorte : «Cepri< vilége exclusif de pouvoir, de sciences, de lumières, de prédications et d'autorité, qui est pour la majorité de l'espèce Humaine un arrêt de proscription , une condamnation à 'l'ignorance, à l'abâtardissement et à la servitude. (T. II, p. 471,) » Puissance odieuse, qu'il vient combattre au nom du sentiment religieux lui^ même, en quoi certes il rend service à la religion comme à la liberté; mais qu'il combattroit bien mieux, en évitant de faire tomber ses coups sur les innocens comme sur les coupables.

Moïse avoit donné aux prêtres lapmssanoe des lumières et des vertus, mais aucun secret à conserver , aucune fraude savante à transmettre a leurs enfans; ni hiéroglyphes , ni mystères, S'ils gardoient le dépôt des livres saints , le peuple étoit tenu comme eux, de les lire et de les enseigner.

Il leur avoit donné une grande influence morale sur Fopinion, mais aucune part directe dans le gouvernement; des fonctions judiciaires dans les objets de culte et de police, mais nécessairement contenues dans leurs bornes par la rivalité des juges laïcs , chargés de toutes les autres affaires ; par rautorité suprême d^une cour mi-partie qui jugeoit en dernier ressort.

Il leur avoit donné des fonctions augustes et spéciales que les pères transmettoientà leurs fils, à Fexclusion de tous les autres enfans d'Israël , mais au-

cun privilège lëgal. L'injustice et Timmoralité étaient punies chez eux comme chez tous, et par les mêmes juges.

Il leur avoit donné, au mohis à leur chef, le droit de consulter TÉtamel par un rite particulier; mais cela n'avoit lieu que dans des circonstances graves, et , à ce qu'il paroît , à la demande de Tautorité politique; les autres prêtres, et le grand sacrificateur lui-même, dans les autres cas, n ont aucune prétention à l'inspiration divine. Que devenoit d'ailleurs ce privilège, quand à côté de ceux qui en étoient revêtus, s'élevoient de toutes les conditions sociales , des propliètes dé-»

voués , qui parloient à toute heure et à tout le monde au nom de TÉtemel?

Il leur avoit donné des revenus abondans, pour soutenir la dignité de leur place et la pompe du culte; mais point de capitaux, point de terres, aucun moyen d'amasser des trésors, de gagner

le peuple, et de changer la constitution.

Seuls de tous les Hëbreux» ces hoiximes dont on exagère la puissance, n'avoient point d'héritage en Israël! et cependant Israël sortoit de FÉgypte , où il avoit vu les prêtres posséder en propre un tiers des campagnes; il étoit accoutumé à ce privilège, il eût sans doute trouvé naturel que le législateur nouveau le lui imposât. Où donc trouver une caste sacerdotale moins dangereuse pour la liberté publique et pour le gouvernement!

Où trouver surtout un désintéressement plus complet que celui de Moïse! N'estce pas là le caractère de Fhomme droit, qui veut le bien général et non son intérêt propre; de Fhomme docile qui obéit à Dieu sans résistance et sans calcul?

Quand je viens à méditer sur ces différentes idées, quand je réfléchis sur tout le ministère de Moïse , sur sa vie ,

sur sa mort , sur son caractère , sur ses facultés et ses succès, il en résulte pour moi la conviction la plus intime qu'il étoit renvoyé de Dieu. Si vous n*en faites qu'un législateur habile, qu'un Lycurgue ou qu'un Numa , ses actions deviennent incompréhensibles; on ne trouve plus en lui les affections, les intérêts, les vues qui expliquent d'ordinaire le cœur humain. La simplicité, l'harmonie, la vraisemblance de ce caractère si naturel s'évanouissent ; elles font place à je ne sais quel assemblage incohérent de dévouement et d'imposture , d'audace et de ti-^ midité, d'incapacité et de génie, de barbarie et de sensibilité. Non! Moïse étoit inspiré de Dieu, il a reçu de Dieu la législation qu'il transmet aux siens; ces cinq livres où il la dépose avec leur histoire , ont bien été écrits sous la garantie de ce Dieu; ils renferment bien sa Parole.

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