‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: Discours (volume 3)Chapitre 21 sur 23 · LOIS MORALES DU PENTATEUQUE · texte numérisé non relu

LOIS MORALES DU PENTATEUQUE

La preuve que ces lois fournissent en faveur de Fancien Testament a été à peine indiquée p* 33. J'ajoute ici quelques remarques générales sur cette parlie de la législation.

ï. Ces lois sont dignes d'attention par la pureté de mœurs qu'elles tendoient à établir. Les peuples voisins des Hébreux, rÉgypte et Canaan, étoient plongés dans des désordres afireux, du tableau desquels je ne veux point affliger mes lecteurs. Ceux à qui les auteurs latins ont appris à connoître la honteuse dépravation de Rome sous les empereurs, sétonneroient d'avoir encore ici d'odieuses découvertes à faire, et de trouver des crimes presque inconnus aux plus

corrompus des Romains, consacrés en Egypte par le culte des dieux. Pour écarter des Hébreux cette contagion pestilentielle, Moïse emploie les défenses, les châtimens et les précautions. Il réussit; et son peuple est peut-être demeuré parmi toutes les nations anciennes, la plus pure de toutes ces infamies. On n'a pas rougi cependant de reprocher aux lois de Moïse, précisément ce qu'elles a voient si heureusement et si soigneusement prévenu ; c'est qu'il fut un temps où tout étoi t regardé comme légitime et décent, dès qu'il s'agissoit de jeter quelque ridicule sur la révélation : sacrifices humains , crimes repoussés par la nature, barbaries de toutes espèces, on ne craignoit pas d'imputer indirectement aux institutions mosaïques , ce qu'elles repoussoient avec le plus de force. On savoit bien que les lecteurs nourris de ces dégoûtantes railleries , n'iroient guères étudier l'ancien Testament pour en apprécier la valeur.

On fera, peut-être, à la législation deg Hébreux une objection mieux fondée en apparence. On s'étonnera qu'un législateur divin, ait encore laissé subsister tant d'usages peu dignes de la sainteté suprême, la polygamie, le divorce; qu'il ait fait à son siècle d'aussi tristes concessions , et que ses lois entrent si fréquemment dans des détails réprouvés par notre délicatesse. Je renvoie ceux que peine cette objection à ce qui a été dit p. 37 — 39, et j'ajoute trois réflexions.

D'abord Moïse n'accorde à la grossièreté de son temps, que ce qu'il eût été inutile de lui vouloir refuser ; si l'on pense qu'avant le siècle du christianisme, et l'épuration opérée par ses doctrines dans les affections et les idées, il eût été possible d'abolir et la polygamie, et le divorce; qu'avec une rigueur aussi peu préparée, les lois de Moïse se fussent soutenues cinquante ans après sa mort,

OU même jusqu'à la fin de sa vie , on ne connoît ni les Hëbreux, ni leur siècle, ni les mœurs de Torient.

Ensuite Moïse ne fait réellement des concessions de ce genre qu'au profit des mœurs , qu'afin d'extirper plus sûrement des désordres plus graves, avec lesquels il ne peut y avoir de traité. De plus il le fait toujours de manière à modifier, à restreindre, à détruire avec le temps ce qu'il est pour le moment obligé de laisser subsister. 11 permet la polygamie , mais il la borne; il assure les droits de toutes les épouses et de tous les enfans ; il place sous la protection de la loi, la mère et les fils que délaisse l'injuste fantaisie de l'époux.

11 permet le divorce, mais il l'entoure d'usages et de formalités, dont Futile lenteur prévient l'irréflexion et apaise la colère. Il interdit ces divorces momentanés, qui trop souvent chez les Orientaux, insultent au lien conjugal , et joints

à la polygamie , font de Tunion la plu^ sainte 9 un profane trafic. Jusques dans la loi qui permet le divorce, on s'aperçait en un mot, que Moïse respectoit le mariage, et cherchoit à faire comprendre à son peuple la sainteté de ce lien.

Si Ton compare enfin, avec les concessions de Moïse, les lois et surtout les mœurs de Mahomet, les habitudes et les opinions de tous les peuples orientaux anciens et modernes , on s'étonnera de la hauteur à laquelle le chef des Hébreux s'élève au-dessus d'eux tous. Lui seul interdit, et spécialement aux rois, le luxe des harems; lui seul repousse ces hommes dégradés dont la jalousie des despotes imagina de s'entourer ; et en interdisant cet aflteux usage , il écarte avec soin tout ce qui peut le propager, en faire seulement naître la pensée.

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