ARTICLE IV
j^vangile de Jean.
On ferait un volume* de toutes les considérations ou preuves historiques, sur lesquelles repose rauthenticité de cet Évangile. Je mê borne à une seule.^
Pastfeur d'Éphèse, Jean y composa , y répandit son Évangile, puis y mourut à la fin du premier siècle. Tout cela est du moins extrêmement probable. Cette longue carrière, toute remplie par les hautes fonctions de Fapostolat, toute pleine de vertus et de zèle, entourée de vénération et de célébrité, avait multiplié dans
* En effet plusieurs ouvrages ont été consacres à cet unique but.
(83) TÂsie mineure les disciples du saint Apôtre. Ils y étaient encore nombreux cinquante ans après sa mort. Ceux qui avaient reçu jadis ses instructions, fiers de ce privilège, ne né^igeaient pas les occasions de le rappeler. Or, est-il probable , est-il même possible , que dans de telles circonstances , le souvenir de FApôtré étant encore vivant dans son Église, un Évangile supposé eût pu avoir cours sous son nom, au milieu des hommes qui Favaient personnellement connu? Auraiton pu faire recevoir à Éphèse, comme écrite par Jean et pour les Éphésiens, comme publiée chez eux par lui-même, l'histoire que Jean n'aurait pas réellement écrite , et que les Éphésiens rfau- * raient pas réellement reçue ? Par quel prodige cet Évangile apocryphe se trouverait-il reçu, connu, garanti par les disciples immédiats de l'écrivain supposé?
Tel était en eflfet l'état des choses cin-
( 84 ) quânte ans après la mort du fils de Zié-^ bédée. Ce fait est prouvé par Thistoire du second et du troisième siède. Je ne puis donner ici tous les développements de cette preuve, et je me borne à quelques détails particuliers. Au reste, je n'affirme rien dans tout cet article, qui n'ait été bien prouvé et suffisamment éclairci par Olibausem
Polycarpe, évéque de S'myme, et Fapias, évêque de Hiérapolis^ avaient été l'un et Tautre disciples de Jean ; l'un et l'autre vivaient et oiseignaient dans la première partie du second siècle, au sein* de cette même Asie mineure où Jean avait vécu et enseigné. L'an et l'autre connaissaient l'Êvahgile de Jean, étaient entourés d'honunes qui le connaissaient et f admettaient comme eux, et jamais ib n'ont exprimé de doutes sur l'authenticité de cet écrit. Nous^possédons, il est vrai, quelques lignes seulement desécrits
de ces deux Pères , et dans ces quelques^ lignes il n'est point question de FÉvan-* gile de Jean ; mais d'autres indications y suppléent suffisamment. Ainsi par exem-' pie Polycarpe cite la première Epttre de FA pâtre , et suivant Eusèbe, Papias Favait également citée. Or on est en droit d'affirmer qu'il ne pouvait admettre TÉpître, sans admettre aussi l'Évangile du même auteur. Trop d'arguments critiques et historiques lient ces deux écrite l'un à l'autre , pour qu'il soit possible de les séparer. Jusqu'à présent, on a constamment défendu ou nié de concert Fauthenticité de Fun et celte de l'autre.
Il ne s'est encore rencontré personne qui ait cru faisable de les isoler. Ainsi encore, Eusèbe qui connaissait, qui avait étudié soigneusement les écrits de Polycarpe et de Papias r comme ceux de tous les docteurs apostoliques, Eusèbe affirme toujours que tous adipettent l'au-
( 86 ) thentîcité de notre Évangile > qu'elle n'a jamais été contestée.
Irénée, évêque de Lyon, était disciple de Poly carpe; il conservait de son maître un souvenir plein de vénération ; il aimait à rappeler ses enseignements et ses vertus. Eh bien ; ce même Irénée s'étend avec détail sur l'authenticité des Évangiles, il la soutient avec chaleur, il n'a jamais entendu dire qu'un doute ait été élevé contre celui de Jean, dans aucune des Élises disséminées sur la face du vaste Empire romain. Cependant Iré-^ née était eh lutte contre les Gnostiques, et les Gnostiques se servaient de ce même Évangile, en abusaient pour appuyer leurs erreurs. C'est aux Gnostiques que de nos jours on a >voulu l'attribuer. Si done Irénée eût pu avoir quelque doute sur l'authenticité , la divinité de cet écrit, eût-il laissé échapper ce moyen facile de confondre ses ennemis? Poly-
(87) carpe lui-même était leur adversaire, ejt combien cela n'ajoute-t-il pas de force au témoignage négatif que nous avons tiré de son silence? Eût-il donc paisiblement souffert quecçs hérétiques détestés k s'appuyassent du nom de son maître, lui attribuassent un Évangile apocryphe, pour faire remonter jusqu a lui leurs erreurs?
On pourrait peut-être tirer une preuve nouvelle du témoignage d'une autre secte, qui naquit également en Asie, au moment de la mort de Polycarpe. Je veux parkr de» Montanistes qui s'appuyaient, comme les Griostiques, sur TÉvangile de St. Jean ; mais je ne puis tout dire, et je passe à une secte bien différente qui rejetait au contraire tous les écrits de FApôtre d'Éphèse. Il semble que le témoignage de cette secte bizarre soit une objection à notre thèse; toutefois la nature de ses attaques et de ses motifs nous fournit
(88) tellement un argument victorieux ; elle nous découvre en tffFet la faiblesse et la partialité de ces impuissants adversaires 9 les seuls qui dans les temps an-* cîens aient cru possible de repousser rÉvangile de Jean.
tes Alogesj c'est ainsi qu'on les nommait, formaient une secte à peine connue, qui n'a eu aucune durée, aucune importance. On a vu qu'Eusèbe et Irénée n'en avaient jamais entendu parler. Ennemis des Montanistes, ils Rejetaient l'Évangile de Jean, mais par des motifs purement dogmatiques, pour triompher plus aisément de ces sectaires. Ce que l'amour de la vérité, le respect pour la mémoire et la mission de TApôtre avaient interdit à Polycarpe et à Irénée, les Aloges plus passionnés, moins instruits, étaient entraînés à le faire. Poussés par le même esprit de dispute, ils allaient jusqu'à nier tous les dons du Saint-Esprit, et comme
ils excluaient de la foi la croyance ad divin Défenseur promis par Jésus, ils ex^ cluaient du canon les livres où il était plus spécialement annoncé. Agissant par de tels motifs, ces sectaires mériteraient par cela seul peu d^attention. Lors même que pour nier le quatrième Evangile, ils se seraient appuyés sur des arguments historiques et sur des objections spé-^ cieuses, leurs raisons seraient toujours fort suspectes^ Mais ils ne pouvaient pas même donner quel^iie apparence à leurs attaques* Ce que l'on en connaît, prouve qu'ils ne tiraient aucune objection de l'histoire, et qu^îls ne s'appuyaient sur aucun doute antérieur; que de plus ils avaient trouvé pour se défendre, des difficultés purement critiques, les plus misérables qui se puissent imaginer. C était en général des différence entre St. Jean et les autres évangélistes, dans l'ordre de* faits racontés. Après avoir examiné leurs
objections, on ne peut le nier^ de teb ad^ versaires valent des défenseurs*
ARTICLE V* Canon évangélique.
Après avoir indiqué quelques-unes deê premières traces historiques de nos É van* giles isolés, redierchdfis celles de la collection entière.
Dès la fin et même dès le milieu du second siècle, les témoignages détaillés et positifs arrivent en abondance. Irénée, Clément d'Alexandrie, Tertullien, par* lent du canon évangélique comme d'un recueil généralement et dès longtemps admis, véi^ré, du contenu et de Tauthenticîté duquel personne n a jamais eu, ne pourrait avoir la pensée de douter.
On voit par leurs écrits, que de TAfrique à la Gaule, de Rome à la Syrie, de l'Asie mineure à TÉgypte , que partout en un
(90 mot où le Christianisme avait répandu ses Églises , ce recueil était le même et le seul ; ce qui le fait nécessairement remonter à Torigine de la diâusion de la foi, c'est-à-dire à celle du Christianisme même. D'ailleurs dans une autre hypothèse, il faudrait que nos quatre Évangiles eussent été choisis de préférence à d'autres, d'après une décision positive et publique, par une autorité assez puissante pour faire admettre universellement son choix» Or, on ne peut trouver aucune trace de cette décision et de cette autorité ; on ne saurait à quelle époque et dans quel lieu les placer. On est conduit forcément à l'idée que le canon est aussi ancien que les Apôtres, qu'il s'est formé tout seul, par la réunion naturelle des écrits historiques dus à eux ou à leurs compagnons, que ces éorits, par le seul fait de leur oçigine connue, se trouvèrent placés à part de tous les Évangiles apo-
Cryphes^ de tous les écrits profartes, fuient comparés^ rapprochés, réunis par les fidèles r sans décision et sans eflfort*
Le témoignage dlrénée, en particulier, mérite de nous arrêter un instant. Les qualités de ce témoignage, en effet, et celles du témoin, sont tout ce que nous pouvons demander. L'écrivain est bien instruit , ses assertions sont claires et développées#
Si nous considérons le témoin, Irénée était le plus ancien des trois hommes que j'ai nommésé II était le disciple d^ Polycarpe, disciple à son tour de St Jean, et même encore d'autres Apôtres.* Il avait parcouru les Églises de da moitié du monde chrétien ; il était né et avait été élevé en Asie, il était évêque dans les Gaules, il avait été en mission à Rome.
Si nous examinons le témoignage,**
♦ C'est ce que prouve Olshausen.
** On trouvera dans Paley, T. I, p. »i2-îiS, Tex-
(93) Irénée dëclare dans les termes les plus forts, et avec tous les développements désirables, qu'il y a quatre Ëvangiles authentiques, ouvrages des Apôtres, et de leurs compagnons d'œuvre. Il prétend même prouver qu'il ne peut y en avoir ni plus ni moins, comme il n'y a que quatre points cardinaux. Il nomme ces quatre Évangiles, il raconte en détail comment et par qui chacun fut rédigé ; ilfait de la réunion des quatre un tout unique et divin, auquel, ainsi que nous, il donn£ le nom générique d'Évangile.
« La certitude relative aux Évangiles est si grande, dit^il, que les hérétiques euxmêmes leur rendent témoignage, et s'ef-»
forcent de 3'en servir pour appuyer leurs doctrines. » Puis après avoir dit que les Ebi(mites s'appuient sur Matthieu, les
trait ou la traduction de ^elques-uns des principaux passages d'Irënëe à ce sujet.
(94) Cérinthiens sur Marc,* Marcion sur Luc et Valentin sur Jean, il conclut comme nous Favôns fait, que notre foi à Tauthenticité de ces quatre livres doit être iné* branlable, puisque nous avons pouir nous jusqu'au témoignage des adversaires.
Avant Irënée, même avant le milieu du second siècle, nous pouvons trouver des indices décisifs de Texistence du canon. Je me borne à en indiquer deux.
I. Les écrits de Justin -Martyr nous fournissent le premier. Ce philosophe converti florissait avant le milieu du second siècle; il est cité par Irénée comme tm auteur déjà ancien. Il avait connu par lui-même les usages ecclésiastiques d'une grande partie de l'Empire; en eflfet, il
* Il a étë (Ut plus haut que rÉyangîle de Marc n'avait été prëfëré par aucune secte. Ceci ne contredit pas cette assertion, car les Cérinthiens ne paraissent pas avoir formé une secte proprement dite, et s'ils ont eu cpielqne prëfërence pour Marc, cette préférence n'avait rien d'exclusif.
(95) était né en Palestine, il était allé à Alexandrie, il écrivit à RomeetàÊplièse, il avait parcouru l'Italie. Il connaissait donc les trois principales Églises de cette époque, Rome, Alexandrie, Éphèse^Il parait avoir eu des rapports personnels avec les principaux docteurs de sontemps, conune Polycarpe, Marcion, Tévêque de Rome Anicet. Il devait en conséquence être instruit .mieux que personne des opinions régnantes sur les Évangiles et le canon. Il sera donc intéressant d'étudier son témoignage sous ce point de vue. Il est vrai que nous avons conservé bien peu de chose de lui ; mais les exprein sions d'Eusèbe qui connaissait ses ou* vrages, pourraient à elles seules y sup« pléer. Elles prouvent en efiet que les écrits de Justin avaient pour base notre Écriture-Sainte, telle que nous Fadmet-^ tons et la révérons nous-mêmes. Il y a plus : les fragments qui nous restent de
(96) ees écrits, nous donnent des renseignements très^lairs, et suffisamment positifs. Justin parle souvent des Mémoires des Apôtres^ comme de livres qui contenaient Thistoire de Jésus^, et servaient au culte publie. Les adversaires de Faur tfaenticité de nos Évangiles , ont voulu voir là des livres tout diflférents.Un exanaen impartial eût prévenu cette mé^ prise. Suivant Justin, ces mémoires avaient plusieurs auteurs, car il dit quelque part en en parlant : « Ceux qui nous ont raconté la vie de notre Seigneur Jésus-Christ. » Parmi ces auteurs, il y avait au moins deux Apôtres, car ailleurs il dit: «les mémoires qui ont été écrits par des Apôtres. » De plus il associait nécessairement à ceiax'Ci au moins deux compagnons d'Apôtres , car il dit encore ailleurs r « écrits par des Apôtres et par leurs compagnons. » Justin parle autre part de ce qui est écrit dans XÈçangile^
<97) et enfin , il nous montre lif i-même Tideiltité de ces deux expressions, en disant ailleurs encore : «iiw Apôtres ^ dans les ménK)îres qu'ils ndus ont laissés, et que ViM nomme Évangiles. » Comment douter après cela qu'il ne connût et n'admît notre canon ëvangélique?*
Nous poumons anriver encore par ime autre voie au même résultat. Si nous cherchons à découvrir ce que renfermaient les mémoires des Apôtres, par les citations qu'en fait Justin, nous y reconnaitrona nécessairement nos Évangiles.
Nous retrouverons de la sorte environ trente fragments de nos quatre histoires
♦ La siDgalarité de ce titre : Mémoires des Apôtres (ÀTro/xViifJiOVfVfXetTet), donné à nos Évangiles par le seul Justin, peut aisëment s'expliquer. Justin était philosophe , élève d'une école grecque , nourri de la lecture des disciples deSocrate.Un reste de pédanterie littéraire lui a fait designer l'histoire de Jësus-Christ écrite par seft Apôtres en quatre Évangiles , par un titre semblable à celui que portait l'histoire de Socrate ëc|:ite en quatre livres , par son disciple Xënophon.
( 98 ) ' de Jésus-Christ 9 fragments bien identiques et quelquefoisL composés de plusieurs versets.
Que si dans les passages, tirés de Mat^ thieit» Ton s'étonnait de rencontrer quelques diversités, il faudrait se rappeler que Justin était Samaritain dé naissance, que rhébreu était sa langue maternelle, qu'il avait dû lire FÉ vangtle de Matthieu en hébreu, tel qu'il était dans les mains des lïazaréens ses seuls dépositaires , et qu'à cette époque les altératieins par lesquelles ceux-ci le défigurèrent plus tard, commençaient, déjà à s'v introduire.
II. Le second indice que nous avons dessein de présenter ici, résulte d'une combinaison assez neuve des témoi** gnages et de l'histoire. Ce rapprochement est l'ouvrage d'Olshausen.
Dans une discussion, ou, nous ne pouvons le suivre, il a montré que vers l'an i4oou i5o, plusieurs docteurs célèbres,
( 99 ) savants, différents d'opinions et de patries, étaient réunis à Rome. A cette époque^notre canon évangélique y était décidément reçu, et cependant ces docteurs n ont point réclamé contre Tauthenticité des Évangiles; au contraire, ils se sont accordés à la reconnaître, quoique des intérêts de secte ou d'opinion dussent porter plusieurs d'entre eux à la combattre. Cet accord d'hommes qui ne se sont entendus sur rien d'autre, prouve la conviction universelle , ancienne , éclairée des Églises diverses auxquelles ils appartenaient, et dont quelques-uns d'entre eux étaient les conducteurs. C'étaient d'abord Anicet, évêque de Rome , Polycatpe de Smyrne, disciple, comme nous l'avons dit, de Jean et d'autres Apôtres; Justin, dont nous venons de parler, qui appartenait à l'Église de Palestine et avait visité celle d'Alexandrie; ensuite deux hérétiques également
( lOQ )
célèbres, mais d'opinions très-différentes^ Marcion de Sinope» viUe du Pont^ et Va* lentin d'Alexandrie. Ces cinq personnages étaient nés avant la mort de St. Jean, et si le canon n'eût pas été cru authentique dans les diverses Églises dont ils étaient les élèves, ce n'est pas sur le seul témoignage de celle de Rome , que quatre d'en^ tre eux 9 disciples et docteurs des Églises c^^Orient, l'eussent tout à coup admis.
Toute Tbistoire de la première Église prouve que les choses ne se passaient pas de la sorte. « Si le canon évangélique , dit à cette occasion OIshausen, avait été l'ouvrage ou la propriété 4'unç Église ou d'un parti, il e§t impossible que les autres se fussent accordé^ à l'admettre.
Comment les Marcionites ou les Ortho* dpxes, par exemple, aqrai^nt-ils reconnu les livres des Valentinjens ? les livres sur lesquels ceux-ci fondaient leurs doctrines? Comment les Alexandrins;, le^
( *oi) Syriens et les Asiatiques, eussent-ib acy cepté des Évangiles venus de Rome , sans s*assurer auparavant de leur authenticité? Ce recueil eût-il été facilement introduit en Asie, si les disciples de Jean n'eussent été certains , si les Églises de cette province n'eussent bien sûrement connu que l'Évangile placé dans ce recueil sous le nom de Jean, était en effet son ouvrage? Rome eût- elle admis le canon, si ses chrétiens eussent appris de leurs pères que Luc n'avait poitià^ écrit d'Évangile, ou en avaifcécrit un différent?
Si les fidèles de Syrie, de Palestine, d'Alexandrie, eussent entendu dire la même chose au sujet de Matthieu, aurait-on pu leur faire aisément adopter le recueil imposteur, où un autre livre eût été revêtu de ce nom vénérable? »
Je m'arrête, et me borne à rappeler encore une fois, que ce qui précède ne renferme pas , n'indique pas à beaucoup
près toutes les preuves historiques de l'existence et de Tadmission universelle du canon évangélique au second siècle.
Je n'ai point parlé de Tatîen, Cefee, Ptolémée, Héracléon, Basilides, Isidore, etc.
Je crois cependant en avoir assez dit pour convaincre tout homme impartial et éclairé. Je m'en suis tenu dans ce chapitre aux seules recherches historiques, et cependant je me crois déjà en droit d'affirmer^ avec les défenseurs du Christianisjme, ^e rauthenticité des Évangiles est prouvée.
SECTiON TROISIÈME.
Preuoes critiques.
Je range sous trois chefs les preuves critiques que je dois exposer ou indiquer ici. Preuves posîtii^es^ ou coïncidences qui confirment directement Tautheuti-
( io3) eîtë des Évangiles.* Preuve négatipe^ tirée de Fabsence d^anachronismes et de méprises. Preuve indirecte résultant de la faiblesse des objections. Quant- à la preuve de sentiment , tirée de la candeur des écrivains et du naturel de leurs ré* cits , je la renvoie à la section suivante^ où les mêmes développements seront mieux placés.
ARTICLE î* Preuve posltÎTe*
Ce ne sont pas des démonstrations ré«> gulières que Ton attend ici. Les coin* cidences critiques auxquelles cet article est consacré, consistent dans des rapports
* Dans cette seetion je joins les Actes aux Évangiles. En effet, c'est là anssî l'ouyrage d*un ëvangéliste ; c'est la seconde partie d'un Évangile, et la suite ile l'histoire commencée. L'authenticité de tous ces li^es , oh jets des mêmes raisonnements, doit être prouvée de la même manière*
(io4) minutieux et singuliers, entre le livre dont on discute Tauthenticite , et les mœurs contemporaines, les faits rapportés par l'histoire, le style d'autres écrits du même auteur* Des rapports de ce genre ne forment pas à eux seuls une preuve rigoureuse, mais ils sont un indice de vérité qui satisfait l'esprit et écarte les soupçons; cet indice est d^autant plus digne d'attention, que la coïncidence est moins saillante, car alors il devient bien plus improbable qu*u« faussaire s'en soit avisé. Quand , en ouvrant ie livre apocryphe, dit le quatrième d'Esdras, je lis dès les premiers versets le nom et la généalogie du grand personnage auquel il est attribué, cela ne prouve absolument rien pour l'authenticité du livre ; car s'il est supposé , le premier soin du faussaire aura dû être de chercher à persuader par-là son mensonge. Mais quand, presque au commen-
( io5 ) cernent de St. Matthieu,* je vois Joseph ' craindire d'aller en Judée parce qu'Archélaiîs y régnait, sans que l'historien sacré nous explique seulement la raison de cette crainte; quand j'apprends ensuite par l'histoire profane, que ce prince peu connu se rendit odieux à ses sujets parsal)arbarie, je suis nécessairement frappé de ce rapport qui n'a point l'air d'avoir été préparé, et je me sens disposé à la confiance pour l'historien. Cette confiance devra être plus forte encore si la coïncidence est moins,évidente, et demande plus de travail pour être aperçue.
Il serait alors, en effet, toujours plus étrange qu'un imposteur l'eût mise à des^ sein dans son livre , tandis qu'il était peu probable qu'on Yy remarquât jamais. Le chapitre septième de St. Luc, par exemple, nous parle d'un miracle opéré par Jésus-Christ dans la petite ville de Naïn ,
* Matth. 11,22.
mais il ne nous dit point où elle est si-tuée. Les auteurs profanes nous apprennent qu'elle était mir la route de Capernainx^ à Samarie , à peu près à égale distance d^ ces deux villes. Josephe nous rapporte de plus que les Galiléens, en allant à Jérusdem pair Semarie, devaient passer par Naïn» Si maintenant nous recherchons dans le récit de St, Luc tout ce qui pourrait être en accord ou en ccmtradiction avec ces renseignements, nous découvrirons par le verset i que Jésus- Christ vendait probablement de Capernaum, et par le verset 1 7 qu'il approchait de la Judée ; accord vraiment remarquable, et en même teihps difficile à apercevoir. S'il Y a quelque chose d'évident dans ce chapitre, c'est que Férangéliste n'a pas eu la plus légère intention de tracer l'itinéraire de Jésus-Christ, et c'est en quelque sorte malgré lui que nous en avons découvert les points principaux.
( 107 ) San§ doute de telles Coïncidences ne sont pas des preuves complètes, j'en suis déjà convenu.Chaque argument critique, pris à part, ajoute seulement un degré de probabilité à Tauthenlicité du livre, et ne donne point la certitude. Mais si ces indices de sincérité viennent h se multiplier, à se combiner, à 8*éclaircir et se fortifier mutuellement , il n'en est plus de même. Alors, en effet, il devient absurde d'expHquer tout par Thabileté d'un faussaire ou par le hasard. Le nombre de ces coïncidences peut devenir assez grand, leur concours assez remarquable pour rendre cette preuve la plus persuasive de toutes. C'est ainsi que dans l'esprit d'un tribunal éclairé, les incidents qui viennent à jeter sur le délit un jour imprévu , la physionomie , le ton des témoins ou de l'accusé, pèsent souvent plus encore que les témoignages, parce que tous ces éléments de convie*
( io8 )
tion sont moins facilement accessibles h Timposture» Aussi est*il peu de preuves qui fassent généralement plus d'impres^ sioti sur les hommes savants^ et judir cieux^ que les preuves critiques. Or quel livre eut jamais autant que les Evangiles ce genre de preuve en sa faveur!
Lardner, Paley, Michaëlis^Hug, ont développé cette classe d'arguments et recueilli nombre de ces coïncidences.
Mais fa matière n'est pa^ épuisée; on en rassemblerait facilement bien d'autres, ne fût-ce qu'en fouillant dans les dissertations et les commentaires. Je vais en citer un très -petit nombre ^^ seulement pour faire mieux )uger la nature et Tefficaee de ce genre de démonstration.^
Je commence par en emprunter à Paley deux ou trois, relatives à la passion de Jésus-Christ.*
* Voyez encore ceRes qui ont étë indi(|uée8 au cou^ mcncement de cet ouvrage, p* i3*i5»
Suivant les Évangiles, le souverain sacrificateur qui préside à la concfamnation de Jésus-Christ se nomme Caïphe; à la même époque Pilate est gouverneur romain. L'historien Josepbe confirme ce fait sans s'en douter} il raconte en pas* sant rélévation à la sacrificature d'un certain Joseph , aussi appelé Cmphe; puis immédiatement après, il rapporte que Pilate devint gouverneur. Plus tard il nous apprend la destitution de Pilate, et peu après encore celle de Caïphe. Donc suivant lui Caïphe fut souverain sacrificateur avant l'arrivée de Pilate , et il ne cessa de l'être qu'après Texil de ce procurateur.'
Deux personnages différents, Anne et Caïphe , portent en même temps le titre de Grand-Prêtre; cela peut étonner : mais Josephedonne quelquefois ce même titre à plusieurs personnages à la fois. Dès lors il faut bien croire que cela tenait à