‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: DiscoursChapitre 11 sur 33 · MO · texte numérisé non relu

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quelque circonstance à nous inconnue*

Pilate fit attacher à la croix du Sauveur, un ëcriteau hébreu, grec et latin.

Deux passages de Suétone et Dion Casdus, prouvent que les Romains étaient dans Tusage d'ailîeher près des condamnés le motif de leur supplice. De plus un fragment de Josephe nous montre les autorités juives, promulguant ainsi leurs avis en plusieurs langues,

Jésus^hrist est frappé de verges avant d'être crucifié. — Trois passages de Josephe, et un de Tite-Live nom font retrouver là une coutume romaine.

Jésus'^Christ porte sa croix. — Plutarque nous apprend que ce raffinement de torture était usité.

On rompt les jambes aux crucifiés. — Aurelius Victor, païen, rappelle cette circonstance du supplice de la croix, en louant Constantin de l'avoir supprimé.

Toutes les parties de Thistoire évangé-

liqMe , de nature à foire allusion à la géographie ancienne, aux mœurs ou aux lois des Romains ou des Juife, fourniraient de semblables coïncidences. Je passe à un airfre genre de rapprochements, tiré de la comparaison des auteurs entre eux.

J'emprunte l'exemple suivant à une dissertation du professeur Weber.* Cela pourra faire comprendre jusqu'à quel degré de finesise on peut pousser ce genre de recherches^ sans tomber dans les subtilités. On a remarqué que le nom de Pierre revient plus souvent dans le quatrième Évangile ;^* qu on y trouve sur cet Apôtre plusieurs détails nouveaux, presque tous intéressants, de nature à faire connaître son zèle et sa sincérité.^** Il semble que

* Authentia capitis ultimi Johanms » hujusque Et>anf geUi totiusy etc, Arg, intern» usu çindkata^ à Michaile Wehero^ etc. HalU iSiS.

»* Il s'y rencontre trente-trois fois.

»♦» Voyez, paf exemple * Jean 1 , 48 ; VI , 68 ; XIII , 6- 10, »4» 36, 37J XX, 3, 4; XXI, 7, i5-ao.

Fauteur ait eu pour cet Apôtre une affection particuKère, et qu'il ait mieux connu, plus soigneusement recueilli tous les traits de ce caractère bouillant et loyal, qu'il ait été porté par un secret instinct à les rappeler. Or d'autres indices, non moins^élicats, tirés des divers Évangiles, nous conduisent à croire qu'une liaison pliK intime avait en effet régné entre Pierre et Jean. Déjà les diverses occasions -où ces deux Apôtres réunis à l'autre fils de Zébédée, avaient eu le privilège d'accompagner seuls Jésus , montrent qu'ils devaient mutuellement se mieux connaître. Maïs il y a plus; Jésus-Christ avait envoyé ses Apôtres deux, à deux* comme plus tard encore les soixante et dix disciples;** il semble qu'il voulût attacher à chacun d'eux un conseiller, un frère ^ dont les avis plus éclairés, l'amitié plus

♦Marc VI, 7. *»LucX, i.

( n3) tendre, laideraîent à mieax remplir ^ tâche. Or il est vraisemblable que Pierre et Jean furent ainsi associes : ils vont en-^ semble préparer la Pâque à leur Maître ;' ils le suivent ensemble chezCaïphe;^ ils courent ensemble à son sépulcre;^ ensemble ils nK>ntent au temple pour guérir le boiteux/ ensemble ils paraissent devant le Sanhédrin et bravent sa puissance;'^ Tun et l'autre sont envoyés par les Apôtres à Samarie;^ sur k mer de Tibériade, c'est Jean qui avertit Pierre de l'approche du Seigneur;' et quand Jésus- Christ a annoncé à Pierre une m<M<:

cruelle, celui-ci, au lieu d'être absorbé par cet effrayant avenir, se h^ de demander en parlant de Jean': Et celui-ciy que deif£endra^t-il?,^ Tout cela prouve au moins qu il y avait entre ces Apôtres

* Ldc XXn,8. ^ Jean XVUI, f5. » Jean XX, 2-^ ♦ Act.m, I, II. 5 Act.IV. • Act. Vni, i4- ^ J«a» XXI» 7. * Jean XXI, 21.

plus de rapprochement et plus de sytti* pâthie. Ce fait n*est-il pas en accord avec notre remarque sur le dernier Évangile?

Ne Iais$e-t41 pas entrevoir Une harmonie réelle entre les diverses parties de l'histoire évangélique? N*indique-t-îl pas que plus on examine à fond nos Évangiles, et plus on y découvre les caractères de la bonne foi? et en même temps, fie nous montre-t-il pas avec une probabilité nouvelle TApôtre Jean, comme fauteur de la quatrième des biographies de Jésus?

Certainement, ces indices ne sont pas sans force, et pourtant ils sont trop peu saillants pour avoir été insérés à dessein et par un imposteur, dans Thistoire évangélique; mais c*est précisément pour cela même qu'ils exciteot l'intérêt, et qu'ils peuvent devenir les éléments d'une démonstration solide.

ARTICLE ir« Preuve iiegatÎTe.

Quand, examiné avec soin et dans ^eë moindres détails, un écrit né présente ni anachronisme , ni méprise dans les récits d'événements contemporains; quand rérudition et la critique n'y peuvent découvrir aucun indice d'âges plus modernes y son authenticité est certaine , du moins s'il s'agit d*qn ouvrage historique* La critique a trop de ressources, pour qu'un livre supposé puisse résister aux investigations successives d'hommes savants, qui le comparent tour à tour avec les livres de la même époque, avec les monuments plus anciens et avec les faits plus récents, qui l'explorent sous le point de vue des temps, des moeurs, des lieux et de la langue, qui, venant les uns après les autres, recommencent toujours cet

( 116) examen avec une sagacité, une ai*(ïedi* et une érudition nouvelles. L'expérience le prouve, et Ton peut aâirmer qu^aucune imposture historique n*a pleinement réussie Les plus adroites ont fini pai* pa* raitre grossières/ Je ne puis ici donner le catalogue de tous les exemples que je pourrais citer. Je préfère en mettre un seul, avec quelque détail, sous les yeux de mes lecteurs ; il est d'autant plus sail« lant que le livre dont il s agit, se donnant pour une prophétie, et non pour une histoire, pourrait souvent confondre les temps, sans exciter de soupçon.^^

* Les historiens et les poètes anciens ^ qtielque ha." bîles qu'ils fussent, ont toujours laisse échapper des méprises de ce genre , quand ils parlaient de temps fort antérieurs. Ainsi dans TÉnëide (chant VI» vers 366®), Tombre de Palinure dit à inée i Portai recuire VeUnos^ Candis que la ville et le port de VeUa ne furent construits que six cents ans après Ënée, par ServiusTulUus. Voyes Aulu-Gelle, 'Noct, Attîc.^ liv. X, ch. i6*

^* Tout ceci était déjà sous presse quand IM. le pasteur

(117) Le livre apocryphe qui dans nos Bibles porte le nom de quatrième d'Esdras, est exclus du canon par lesÊglîses romaine et

Moulinié a publie sa Notice sur les livres apocryphes de TAncien Testament. J'j ai m arec regret qu'il ja« ^eait tout autrement iV Esdras^ Gomme il n'entrait pas dans son plan de discuter les objections critiques» d'une si grande forée, qu'on peut ëlever contre l'authenticité de ce livre» il n'a pu changer mon opinion. Il ne trou* ▼era donc pas mauvais que j'j persévère» puisque d'après les principes qu'il énonce (p. 167), et que j'ai mis en pratique dans plus d'un endroit de cet écrit, « dana une Église qui ne reconnaît pas ses docteurs comme in^ faillibles , il y a pour chaque individu plein droit à l'examen, » D'accord avec M. Moulinié sur l'inopportunité de la suppression des livres apocryphes par les Sociétés bibliques» je m'éloigne beaucoup de lui quant aux mo^ ti£i» et je crois qu'il serait facile d^ démontrer par la critique l'origine tout humaine de ces livres, dont M. Moulinié incline à défendre la canonioité, et par des argu* ments presque uniquement dogmatiques, f&fiis si jamais j'entreprenais de le réfuter» ce serjût d'une manière directe, et avec les égards dus à l'auteur; aussi je serais désolé qu'on put soupçonner dans eemorcean le dessein de le faire par une voie détournée et peu convenable* Or je dois être à l'abri de tout soupçon de ce genre , car depuis que j'ai eu connaissance de l'opinion de M. Moulinié» par le fait» je n'ai pas changé un mot à cet article.

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grecque comme par la nôtre. Tombé dès long-temps dans robsciirité , il n a guères attiré Tattention des éradits, et le meilleur moyen de savoir son histoire, serait d'en faire soi-'même l'examen critique.

Je vais l'essayer ou du moins le commencer, et je prie mes lecteurs de le faire avec moi.

Dès le premier verset, Fauteur est i^mmé Esdras le Prophète , titre assez naturelen apparence, quand il s'agit d'hommes inspirés écrivant des prophéties; cependant ce titre est déjà pour nous l'occasion d'un doute. Nous voyons en effet dans les écrits authentiques d'Esdras, qu'il ne prît jamais ce titre, etqu'on ne le lui donna pas. Il fut nommé docteur habile, scribe exercé, mais jamais prophète. Dans le reste du premier chapitre, si l'on en excepte le dernier verset, rien ne confirme bien positivement ce premier doute, et tout aurait

(119) pu sortir de la bouche d'Esdras. Toutefois , au lieu des leçons fortes et directes qu'on devait attendre d'un prophète 9 on remarque ici une affectation singulière à imiter d'autres écrivains, à rappeler à tout propos et sans but l'histoire miraculeuse des premiers Israélites. Or il se trouve que la plupart des livres apocryphes supposés sous les noms d'écrivains sacrés, offrent le même genre de remplissage, et les soupçons en sont nécessairement augmentés. Voici quelque chose de plus : aux versets 89 et 40, l'auteur fait Fénumërationdes douze petits prophètes.

Or Malachie par lequel il termine, ne commença soniiiinistère qu'un quart de siècle après la niort d'Esdras. Dès lors nous sommes certains qu'Esdras ne peut avoir écrit ce livre, et que le titre cache une fraude. Qu'on le remarque, cependant cette méprise, quoique décisive, n'est point grossière; un imposteur, même

habile, pouvait fort bien s'y laisser surprendre, s'il n'avait pa3 une connaissance approfondie de la chronologie hébraïque.

En eflfet Esdras et Malachie avaient tous deux exercé leur ministère au retour de la captivité ; quelques siècles après , leurs deux âges devaient se confondre assez aisément, etlopinion générale qui faisait d'Esdras l'ordonnateur du canon de F Ancien Testament, tendait à faire croire qu'il en avait été le dernier écrivain.

Le chapitre second nous donnera des clartés plus positives. D'abord nous le voyons comme le premier, plein d'emprutits faits aux prophètes* Un trait du verset 3i, nous confirma encore dans la conviction quel ouvrage ne peut être authentiqne. Esdras y parle d'une révélalion qu'il a reçue sur le mont Horeb. Il a pu paraître assez naturel à un auteur peu instruit, et étranger à la géographie orientale, de fa|re initier Esdras à sa mis-

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sîon, aux lieux même où Moïse avait reçu la aenne. Mais Esdras ne peut avoir côtoyé la mer Rouge en allant dTÂssyrie en Palestine t et son histoire nous montre qu'avant ou après cette époque , il ne peut pas mieux avoir visité cette mer et le mont Horeb,

Depuis ce verset à la fin du chapitre , Timposture se trahit toujours plus ouvertement» L'auteur veutj prédire Jésus- Chrîst, et il le fait avec trop de clarté pour n'être pas suspect. Il parle en termes exprès du Sauveur, du royaume des cieux, des élus revêtus de vêtements blancs ; il va jusqu'à nous montrer ^ nous nommer le Fils de Dieu, distribuant des palmes et des couronnes à ses martyrs. Ce n'est pas ainsi que les prophètes annonçaient l'avenir, toujours mêlé pour eux de quelques obscurités. Dès lors nous acquérons la certitude que l'auteur était postérieur à Jésus-Christ, et chrétien lui-même. Si

nous étudiions de même le reste du lîvre^ nous y découvririons aussi aisément, que cet auteur écrivait dans un temps de persécution, pour rassurer les fidèles, après les douze Césars et les premiers déchirements de l'empire , assez long-temps après Jésus-;€hrist«

Voîl^ ce qu'un examen rapide «t superficiel nous fait apercevoir dès le début de ce livre apocryphe* €roit-on possible qu'un examen approfondi, savant, minutieux, et cent fois repris par des critiques de toutes les opinions et de tous les âges, eût pu ne rien dévoiler d'analogue dans les Évangiles, s'ils n'étaient pas authentiques? Leiieu, le temps, dont ces livres nous tracent l'histoire, augmenteraientencore Tinvraisemblance de cette supposition. 11 n'est peut-être pas dans les • temps ^iciens une époque et un pays auxquels il fût plus difficile d'accommoder •exactement une histoire inventée après

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coup; eir efiet, il n'en est point peutêtre, où des conquêtes et des révolutions successives aient introduit phis de chan* gements dans les mœurs y lés lois , le gouvernement et le langage y des changements aussi rapides y aussi passagers, aussi divers. J'en donnerai un seulexem* pie y tiré de la famille des Hérodes,

Cette dynastie se compose de sept princes , non pas uniquement fils les uns des autres, mais aussi frères et neveux* Tous sept, répartis entre quatre générations seulement, ont quelque part au pou* voir pendant le court espace d'un siècle ou un peu plus. Qu'il sera aisé de les confondre ! Quatre d'entre eux ont porté le même nwn, celui d'Hérode, et deux autres celui d'Agrîppa ; ce qui a dû faciliter encore lés méprises. Ils ne se succès dent point dans un ordre régulier, mais ils régnent tantôt deux ensemble , tantôt trois, tantôt un seuL Les uns ont le titré

( 1^4) de rois, ks autres celui de t^trarques^ d'autres ont successivement tous les deux.

Leur enapire varie sans cesse comme leur titre , et cela, il importe de le re- Inarquer, sans conquête vsans éclat, mais di'après la fantaisie de Cësar., d'apte»

quelque édit^ qui ne peut laisser comme des victoires, de profondes traces dans le souvenir des homi?(ies et dans leur^ livres, Ces'chaiigements ont lied pendant la vie d'un même roî, comme à lavénement d'uq ^nouveau. Tour à tour ces princes commaudent h Ja Judée tout entfère^ à une «enle province, à une seule ville , au tehiple ^seulement ; ou même ils n'ont qu'un titre honorifique sans pouvoir; quelquefois et^, ils sont envoyés en exil , ou tenus en prison. Une génération perd lempîre qu'une autre avait acquis, puis la suivante le retrouve, mais avec des combinaisons nouvelles , après i^es interrègnes^ avec de$ changements

de capitale et de provinces. Enfin, pomr embarrasser encore plus cette singulière dynastie, avec ces sept princes, se trouvent dans rhistoire trois princesses du même sang, qui épousent tantôt Tua il'entre eux, leur frère ou leur oncle, tantôt un souverain étranger, tantôt un gouverneur romaii^ Elles passent fré-' quenHnent de l'un à Tautre de ces époux, et elles occupent aussi quelque place dans les événements de leur règne. Quel dé^ dale ! et comment un auteur non contemporain eût-il pu réussir à s'en tirer? Si la critique est venue a bout de sortir de ce labyrinthe, c'est à Taide de longues recherches, c'est en étudiant, en comparant avec un soin tout particulier les auteurs profanes qui ont parlé de cette époque; c'est avec cette science méthodique, patiente et subtile qui est le propre des siècles modernes seulement. Mais certes, personne ne croira volonties»

( 1^6) qu'un imposteur» écrivant de &ux Évangiles au second siècle, eût pu réussir à mettre fréquemment en scène ces petits princes, sans se tromper jamais sur le titre , le pouvoir, lliomme ou le moment* — Eh bien, il se trouve que dans quinze endroits des Évangiles ou des Actes, il est parlé de quelqu'un des membres de cette dynastie, et en tout de neuf d'entre eux; un seul n'est mentionné nulle part»

Or qes quinze passées ne présentent pas la moindre méprise; quelquefois même ils font preuve d'u^e exactitude, qui tiendrait du prodige, si noç livres n'étaient pas contemporains*

Je livre avec confiance ce résultat aux gens accoutumés aux études hîstoriques, et capables d'apprécier ce genre de preuves.

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