ARTICLE II
Évangile dé Marc.
Cet Évangile , moins complet et moins
èomme je le pense , et comme je crois ravoir démontré autre part, cette erreur est facile à expliquer, et sans grande importance. Si, comme Olshausen l'affirme, c'est au contraire la vërilë, cette vëritë ne nuit en rien à l'autbenticité de cet Évangile» et noûs pouvons admettre avec plus de confiance encore le témoignage de ceux qui affirment à la fois et cette vëritë, et cette autlienticité. Voyez mon Essm d'une Introduction critique etc^y p. 25i- 255. J'étais alors plus pro^ioncë que maintenant contre! la possibilitë que Matthieu eût aussi écrit en héBreu, Ge^ pendant alors comme à prësent, la chose qui me pa-^ raissait surtout certaine et importante, c'est que dans tous les cas l'Évangile grec ëtait un ouvrage original
(74) original que les autres, a dû laisser moins de traces dans les monuments de Tan* cienne Église. Seul entre les quatre his* toires du Sauveur, cet Évangile n'était exclusivement préféré par aucune secte particulière, et ne représentait aucune tendance religieuse.* Peut-être est-ce pour cela qu'il n'a été l'objet ni d'altérations graves, ni de citations fréquentes ou fort anciennes. Voici cependant un témoignage remarquable qui lui est rendu par un disciple immédiat de Jésus- Christs
Papias , disciple de St. Jean et évêque d'Hiérapolis, connut en Asie deux disciples du Sauveur, Âristion et Jean le Prêtre. Il tâcha d'en tirer le plus de détails possibles sur Jésus et sur les Àpô« très, puis il déposa ces récits dans un livre dont Eusèbe nous a conservé queU ques fragments. Il y en a un de relatif à St.
* Voyez la note, p. 98.
(75) Marc ; je le traduis littéralement : « Voici $ dit Papias, ce que le Prêtre disait : Marc , étant devenu l'interprète de Pierre, mit soigneusement par écrit tout ce dont il se souvenait; il ne mit pas cependant en ordre les discours et les actions de Jésuschrist, car il n'avait pas été disciple du Seigneur; il ne lavait point suivi, mais seulement, comme je Fai dit, il avait accompagné Pierre, qui faisait des instructions suivant le besoin , et non sous forme d'un arrangement régulier des discours du Seigneur. On ne peut donc faire de reproches à Marc, d'avoir écrit ainsi certaines choses, comme Pierre les avait rappelées. Le seul soin auquel Marc s'attacha, fût de ne rien omettre de ce qu'il avait appris, et de n'y rien changer.»
On objectera peut-être que ce récit nous est parvenu par le ouï -dire d'un homme peu édairé ,* et qu'il renferme
* Papias.
( 76) des dioses bien vagues , ou même proba^ blement inexactes. Sans vouloir nier ou discuter ces assertions, je crois cependant avec Olshausen,, qu'on peut tirer d'ici les conclusions suivantes :
i^ Nous avons un témoignage précis en faveur de FÉvungile de Marc, et ce témoignage remonte jusqu'au temps des Apôtres.
2^ Ce témoignage ne repose pas sur une tradition vague, mais sur Tassertion d'un homme connu, désigné par son nom, présenté comme garant de son dire, et autant que noqs pouvons en juger, témoin impartial.
3® Si l'on révoquait en doute le récit de Jean le Prêtre, ce témoignage prouverait encore au moins qu'au temps de Fapias, l'Évangile dç Marc était généralement connu; en d'autres termes, qu'an premier tiers du second siècle, on n'avait pas de doutes sur son authenticité.
ARTICLE ÎIÎ.
Evangile de LuC*
Comme FÉvangile de Matthieu, TÉr vangîle de Luc présente en faveur de son authenticité, la préférence exclusive d'une secte hérétique, et l'opinion générale de TÊglise orthodoxe. Seulement comme les Marcionites ne remontaient pas jusqu'aux Apôtres, leur témoignage a beaucoup moins de force que celui des Nazaréens, Il ne prouve au fond , que la conviction de leur chef, homme auda* cieux et savant, et la croyance universelle de ses contempoiains*
La secte des Marcionites était en tout dipposée à celle des Judaeo- chrétiens* Marcion repoussait noa seulement la loi, mais encore la révélation juive. Il attaquait tout l'Ancien Testament, et il ex* ciuai t du Nouveau tout ce qu'il ne pouvait
( 78 ), plier à sa doctrine. Tandis que Matthieu avait été l'Apôtre des Hébreux, tandis que son Évangile insiste surtout sur les œuvres et robéissance, et qu'il fut, par cette double raison , préféré des portions de l'Église qui conservaient au Christiatianisme une couleur judaïque et légale , Paul, qui avait été l'Apôtre de la vocation des Gentils et de la justification par la foi, fut en pjœ gicande vénération chez les Chrétiens qui exagéraient la tendance opposée. Aussi Marcion prétendait-il que tous les Apôtres , sauf Paul , avaient altéré la doctrine de leur Maître, et n'avait-il adopté pour sa secte, que le seul Évangile de Luc , disciple de Paul. Cet Évangile adressé à un Romain, écrit, à ce que l'on croyait, sous les yeux de Paul et au sein de cette célèbre Église de Rome, si énergiquement prévenue par rÉpître et la prédication de Paul, contre la justification judaïque; cet Évangile
(79) i^tait bien celi;ii que Marcion devait préférer. S'il rejetait les autres, cependant il ne nia jamais leur authenticité , et c'est là par conséquent un éclatant témoignage qu'il leur rendité II les rejetait uniquement comme opposés à la doctrine véritable, c^est-à-dire à la sienne propre.
U poussa plus loin encore cette singulière prétention à décider souverainement en matière de foi. Sans attaquer ni l'authenticité, ni l'intégrité du seul Évangile qu'il daignait admettre, il se permit d'en retrancher audacieusement ce qui ne lui convenait pas. Il en raya presque tous les passages qui contredisaient ses dogmes nouveaux; il en laissa subsister quelques-uns qu'il pouvait tordre, ou il tordit ceux qu'il n'osa retrancher.
Puis réunissant à dix Épîtres de St. Paul, cet Évangile ainsi modifié,* il fit du tout
♦ Cest ce qu'on nomma dans le temps VEvangile de Marcion* Que rÉyangile connu sous ce nom, ait été
un Nouveau Testament de son choix, et le donna à se» disciples , comme la seule Bib^ sur les enseignements de laquelle ils dussent régler leur croyance.
Nous indiquerons dans un autre article, le témoignage réel que Marcion rendit par-là au canon évangélique ; it n'est ici question que de St. Luc, et il résulte assez évidemment de ce qui précède > que Marcion regardait son hîs-, toire du Sauveur comme authentique.- L'audace avec laquelle il en retranchait quelques mots est une tout autre affaire, et n'infirme en rien le témoignage dont je parle. Cest de L'opimon historienne de Marcion , de Topinion générale de son
réellement composë^ àe la sorte , c'est ce qui a étë ni^ par quelques adversaires de Tauthenticité^des Evangile». Mais ik n-'auraient pu combattre ce fait, sans quelquesfortes méprises maintenant cclaircies. Olshausen vient de démontrer la véritable origine de TÉvangile de Mar* cion arec la dernière évidence , mais il n'est pas possible d'engager mes lecteurs dans c^s longs et minutieux detaiU»
temps , qfu'il s'agit ici. C'est là-dessus que ce témoignage clair et positif est fondé.
Or ce témoignage remonte au moins à Tan i4o, car déjà avant cette époque, Marcion , fils d'un évêque de Sinope , était arrivé à Rome, chassé et excommunié par son père, et dix ans après, sa secte était déjà répandue, et son prétendu Nouveau Testament adc^té de ses sectateurs.
Pendant que Marcion rendait de la sorte témoignage à FÉvangile de Luc, tout en en abusant, TÊglise universeUe le recevait aussi , mais le traitait avec plus de respect. Nous le prouverons plus loin, en parlant du canon évangélique. Contentons-nous d'affirmer d'avance, que les documents les plus anciens de l'histoire de l'Eglise, les citations d'kénée dans la seconde moitié du second siècle, comme celles de Justin dans la première, nous montrent l'Ëvangile de Luc admis sans
contestation dans toutes les ÉgKses connues.
Ce témoignage, joint à celui des Mar-* cionites, me parait avoir toute la force désirable»