‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: DiscoursChapitre 12 sur 33 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

Preuve indirecte.

II y a un fait reconnu par tous ceux qui se sont occupés d etuiUer les livres antiques , c'est qu'on n'y peut jamais tout éclaîrcir, La présence de quelqueS obscurités , et par cela même la possibilité défaire encore quelques objections, n'est donc pas un argument suffi^nt contre leur authenticité*

Toutefois la nature et le nombre de ces objections toujours insolubles, doivent avoir un grand poids dans la dis* cussion de cette authenticité. Si elles sont un peu multipliées, si elles portent iur des points essentiels, surtout si les méprises qu'elles prétendent découvrir, sont dénature à prouver non l'ignorance, mais la fraude des auteurs; si enfin les recherches savantes et successives aux-

quelles elles donnent lieu , les confirment au* lieu de les affaiblir, il est impossible qu'elles n'ébranlent pas fortement noire confiance. Mais si elles portent sur des minuties, sur des faits accessoires; si ces objections une fois admises, se trouvent amener des difficultés nouvelles , plus grandes que celles dofit on se choque; si elles sont en très -petit nombre, si en mettant tout au pis , dles devaient s'expliquer par Terreur des écrivains, mieux que par leur imposture; si enfin elles soutiennent mal la di^ussion, ne peuvent devenir la base d'aucune hypothèse, et engendrent toujours de plus grandes obscurités , alors bien loin de fournir un motif de révoquer en doute rauthentîcité discutée, elles forment réellement en sa faveur un argument assez fort, quoique indirect.

C'est cet argument que nous appelorns maintenant en témoignage de l'authen-

( ^^9 ) licite des Évangiles^ On comprend que nous pouvons seulement l'indiquer; c'est ici surtout que le développement exigerait des détails sans 6n.

L'authenticité des Évangiles a été exposée à deux classes d'attaques critiques tout à fait distinctes : les objections des incrédules et les hypothèses des érudils.

Toutes deux nous fournissent réellement L'argument indirect dont j'ai parlé.

Les incrédules ont fait contre nos Évangiles des objections positives , fondées sur des méprises qu ils y ont cru découvrir. Il reste peut-être trois de ces objections qu'on a expliquées d'une manière assez probable, mais auxquelles on n'a pu faire de réponses décisives. Toutes trois sont rehitives seulement à la chronologie des Évangiles, ou plutôt du seul Évangile de St. Luc. Quand on accordé-

rait à toutes trois rimportance qu'on a cherché à leur donner» et qu'elles sont loin d'avoir, il en résulterait contre cet évangéliste, et contre cet évangéliste seul , qui écrivait, cotnme on sait, plus de trente ans après Jésus-Christ, un soupçon d'ignorance des datqs et de confusion des temps j mais nullement de fraude et de mensonge. Les trois autres Évangiles n'en seraient pas atteints,* et l'authenticité de celui de St. Luc n'en serait point ébranlée non plus; ses droits à Tinspiration en matière historique, pourraient jseuls en souflrîr. Je le demande maintenant à tout hoomie un peu exercé à la critique : des objections aussi pauvres ,

* On trouvera ces trois objections dansPaley , II* partie, à la fin du chap» VL II en ajoute encore une qua> trième, qui porterait sur St. Matthieu ; mais elle deviendrait tellement absurde» dès qu'on voudrait y voir autre chose qu'un quiproquo de noms, que je n*âi pas cru devoir en tenir compte»

( i3. ) ne sont-elles pas un véritable triomphe pour cette authenticité, contre laquelle on les a élevées.

Depuis une trentaine d'années deis critiques allemands et anglais ont mis au jour un grand nombre d'hypothèses successives sur Forigine des Évangiles. Us ont attaqué leur authenticité t non point en général par des objections positives, mais par des suppositions ingénieuses, présentées avec beaucoup de savoir et d'esprit. Ils ont déployé un talent quelquefois très-remarquable, à inventer des explications nouvelles de l'existence de ces livres, à parer de quelques couleurs spécieuses leurs rêves scientifiques, à déguiser les côtés faibles des frêles édifices qu'ils avaient mis leur amour propre à construire. Grâce à la nouveauté de leurs idées , et à un talent souvent très--

( i32) distingue» ils ont fixé les regards des savants 5 et des cris d'admiration se sont fait entendre dans quelques pays, ou plus exactement dans quelques universités. — Que les chrétiens qui tiennent à nos Évangiles se rassurent. Ces saintes histoires, objets de notre vénération, et qui disent tant de choses au cœur de qui sait les lire , n'ont pas été plus ébranlées pf(r ces singuliers théologiens , que par les faibles esprits forts du siècle précédent.

On peut, d^eiîtrée, faire quelques remarques générales sur les aggressions dont il s'iagit.

1** Malgré leur zèle pour leurs hypothèses, malgré Timmense savoir qu'ils avaient acquis sur Fhbtoîre et la critique des Évangiles, les savants dont je parle, n'ont pu trouver contre leur authenticité aucune objection directe qui méritât d'être relevée. Je le répète; ils n'ont nul-

lement rëussî à rendre cette authenticité improbable , même en apparence ; à peine y ont ils travaille. Ils semblaient n'aspirer qu'à rendre piquantes et vraisemblables, des hypothèses aussi nouvelles qu'étranges*

2^ De plus, ces hypothèses eussent-elles été vraies , nos Évangîlesr ne seraient plus tods authentiques, sans-doute ; mais ils seraient encore anciens, îfe seraient en grande partie composé» d'après les écrits ou les leçons des auteurs dont ils portent les noms; nos faiseurs d'hypothèses étaient trop savants pour oser aller plus loiii; aussi n écrivaient-ils pas en général dans un esprit d'hostilité. Plusieurs d'entre eux ne prétendaient point rainer par-là l'autorité des livres qu'ils attaquaient. Tout en les déclarant non :iuthentiques, ils ne les accusaient ni de supposition, ni d'imposture; quelquefois même ils reconnaissaient et vénéraient

( '34 ) de bonne foi leur divine origine, sans s'inquiéter de se contredire.

3^ Les auteurs de ces systèmes ont renoncé aies appuyer sur des témoignages historiques, et en effet, tous auraient été contre eux. Cette concession seule est déjà une défaite.

4^ Plusieurs d'entre eux, enfin, semblent envisager leurs hypothèses comme des théories sans application , tant ils les oublient dans la pratique. Après avoir cornbattji dans leurs prolégomènes Fauthenlicite d'un Évangile, dans le commentaire qui suit, ils n en supposent pas moins cette authenticité, et là, semblent souvent la Croire certaine.

Laissons maintenant ces considérations générales, et traçons une. rapide esquisse de cette singulière crise scientifique, que la réunion du savoir à Terreur, de la critique au sophisme, que le contraste de la gravité de la matière et de la lé-

( i35 ) gèrelë de la conduite, ont rendue si curieuse et si triste à observer.

Elk n'a point été marquée par un progrès de clarté, de vraisemblance, de certitude enfin, dans la succession et dans la discussion des hypothèses proposées. Il n'est point arrivé ce qui arrive toujours quand de vieilles erreurs tombent devant des lumières nouvelles , et sous les coups d'un véritable savoir.

On n'a point vu les premières conjectures s'éclaircir, se rectifier et se lier peu à peu par Texaraen, jusqu'à ce^ue toujours plus probables et plus solides, N elles prissent enfin la forme de théories régulières et de faits positifs. On n'a point vu les témoignages anciens recheirchés et découverts à cette occasion, s'appuyant et s'expliquant mutuellement, se combiner d'eux-naêmes avec les observations critiques, pour répandre tout à coup une Itimière imprévue

sur les points douteux* On na point vu les hypothèses, devenant toujours plus complètes , mieux concilier les faits opposes , et les réunir à la fin en un seul corps, plus clair, phis simple, plus naturel que tout ce qut avait précédé. C'est ainsi pourtant que la vérité se découvre; en critique et en liisloire, c'est à ces traits qu'on recoimait.son approche, — Ici , la marche a été précisément inverse; au lieu d'aller dû moins probable au plus probable, de là diversité à raccord,la discussion a fait passer les hypothèses en question, du brillant à l'obscur, du naturel au forcé, de l'unité à la multitude.

Un système ingénieux fut mis au jour sous le nom d! Èi^migile primitif * 11 ad^

♦ Ce système ëtait destiné à expliquer les rapports et les dissemblaoees qui régnent entre les rëcîts parallèles des divers Évangiles. L'explication ëtait facile à donner: les évangélistes se sont copies souvent, mais pas tou* jours. Des buts direrl, de nouvelles luinières, la re-

( i37 ) mettait un Évangile unique et inconnif dont personne. n'avait jamais entendur parler, et qui devait être la véritable source de nos trois premiers Évangiles.

Le célèbre auteur* de cette chimérique hypothèse avait réussi à lui donner quelque chose d'assez spécieux; son nom, d'ailleurs, aurait suffi pour lui donner com's; aussi attîra-t-elle promptement l'attention de sa nombreuse école. Elle pénétra même en Angleterre, où un prébt la reproduisit en la modifiant. Maïs ce succès appela la discussion. Jusques là adroitement laissés dans l'ombre, les côtés faibles de l'hypothèse frappèrent

cherche d'une plus granide exacHto^, Ipa ont oondaita à modifier souvent , même ce qu'ils transcriraient. Mais cette solution ëtait trop simple , et Ton en voulait de plus neuves et de plus savantes.

Voyez, sur VÉvaTtgU^ primitif ^ les excellentes thèsea de Me le professeur Munier (alors étudiant en théolor gie). Genève 1819.

* Eichhorn»

( i3f8 ) tous les yeux ; il fallut la retravailler^ et à chaque brèctie nouvelle, ses fauteurs pensaient y retnëdier au moyen d'une hypothèse de plus, entée sur les précédentes. De corrections en corrections, Fensemble , toujours plus forcé, eut bientôt perdu le peu de vraisemblance qu'il avait Cependant, animés par cette discussion, les doetçurs contemporains se jetaient sur cette matière avec un zèle qui semblait tenir de la passion ou de la mode. Occupés à faire, défaire et refaire des systèmes, et n'étant jamais d'accord; toujours commençant par renverser avec succès ce que d'autres avaient élevé, et finissant par tenter en vain de construire à leur toi»r, ébranlant tantôt l'autorité des trois premiers Évangiles en bloc , tan^ tôt celle de chacim des quatre tour à tour, défendant celui qui venait d'être attaqué, pour attaquer aussitôt celui qui venait d'être défendu, se disputant avec la même

( i39 ) ardeur, la même faiblesse» et souvent le même oubli des doeuments historiques»

sur Tordre dans lequel nos Évangiles avaient été écrits et sur d'autres questions accessoires» ils ont donné au monde savant un spectacle singulier, suffisant pour prouver au moins que la vérité n'était pas avec eux. Mais au milieu de tous cea jeux d^esprit» la science» le bon sens et la bonne foi réunis ont fini par se faire entendre. Dès le commencement»

d'ailleurs » plusieurs érudits s'étaient jetés dans la mêlée» les uns pour donner des explications sensées des difficultés dont on s'embarrassait» les autres pour réclamer en faveur de cette authenticité affermie sur tant de preuves» et si vainement révoquée en doute. Plus tard» ils ont presque réussi à terminer le combat:

ils ont découvert, ils ont fait voir que les. plus marquants de leurs advei^aires avaient défiguré bien des faits, déguisé

c iAo y

Bien des cîi'constances , laissé dans Fom-' bre bien des témoignages. Ik ont raniené la discussion aux points par lesquels elle aurait dû commencer. Hug en interrogeant la critique , Olshausen en faisant parler Fhistoire, Hemsen et bien d'autres en discutant spécialement Fauthenticité du quatrième Évangile, tous en consultant le gros bon sens, qu a force d'esprit on avait terriblement froissé, ont décidé la Question pour presque tous ceux qui n'appartenaient à aucune école , el n avaient pas un parti pris. Maintenant leurs ouvrages subsistent, leurs découvertes se répandent, la lumière reparaît et rétablit Tordre dans le chaos. Bientôt les attaques de ces docteurs irréfléchis, n*auront eu d'autre effet que d'afifermir l'authenticité des Évangiles sur des bases nouvelles et plus solides, parla discussion même que ces attaques avaient provoquée. C'est à ces a agressions que noua

( i4i ) . ckvoti8 dès à présent une conviction plus éclairëe, des découvertes et des arguments nouveaux , ^t quelques livres excellents où ils sont contenus. Âvais-)e raison de dire quet^es objections menaçantes nous fournissaient une véritable preuve, dont les défeilseurs des Évangiles avaient droit de s'emparer?

Quiî Ton réunisse maintenant les preuves critiques que nous venons d'indiquer, aux pi^uyes historiques dont nous avons présenté plus haut quelques-unes, et nous aurons en faveur de Tauthenticité des JÈvangiles, un corps de démcmstration qui doit suffire, je pense^ à toutes les intelligences,^ à la plus éclairée, à la plus exigeante^ à la plus méthodique, comme à la plus simple. Je ne sais pas voir ce que le chrétien, docteur ou simple fidèle^ mirait droit de demander de plus.

Nous n'avons rien dit cependant encore ^s caractères de candeur et de bonne

( i4^ ) foi, en d'autres termes, des preuves de sentiment qui abondent dans nos Évan* giles. Nous ^n parlerons dans le chapitre suivant; remarquons seulement ici que les preuves directes de la véracité, de la crédibilité , de Fintégrîté , de la divinité de ces livres, prouvent également leur authei^cité, puisqu'elles la supposent. C'est un surcroît de démonstration , dont nous n'avons pas cru avoir besoin, mais qu'on pourra cependant déduire en partie de la suite de cet ou* vrage.

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