‹ De l'origine authentique et divine de l'Ancien Testament: DiscoursChapitre 13 sur 33 · DE LA VÉBACITÉ DES ÉVANGÉLISTES · texte numérisé non relu

DE LA VÉBACITÉ DES ÉVANGÉLISTES

Les Évangiles sont authentiques; l'esprit en est convaincu^ mais le cœur pourrait n'être pas encore entraîné* Il faudrait

de plas faire sentir , faire toucher aa doigt et à Foeil, que les ëvangélistes ont parlé dans la droiture et la simplicité de leur âme, qu'ils ont dàt ce qu'ils voyaient et ce qu'ils savaient; qu'ils ont dit la vérité. Ge ne sont guères des témoignages ou desraisonnenients qui atteindront ce but. Pour M^river à cette conviction du cœur, il faut lire les Évangiles, les lire avec attention, en s'arrétant à chaque phrase pour peser la positidn, la pensée , l'impression de l'écrivain , le sentiment et le but du Maître , le rapport avec le peuple, lé siècle, l'entfeprise. Il en résultera une telle démonstration de la candeur et de la véracité des évangélistes, une telle intuition, si j'ose ainsi parler, de leur bonne foi, que certainement rien ne sera plus propre à attacher à nos saints livres les esprits réfléchis et pénétrants. Tout chrétien instruit deiTait faire ce travail par lui-même; mais

tious ne pouvons le faire faire ici à nos lecteurs. Il faut nous borner à rappeler par quelques exemples, les caractères de vérité qu une étude attentive saisit de partout dans ces touchantes histoires; puis dans une seconde section, nous com* parerons celles-ci avec les Évangiles apocryphes, pour faire ressortir de cette comparaison les mênaes ^résultats.

SECTION PREMIÈRE

€arùcieres de vérité des ÊpongiUs,

Je dois d'autant moins m'arrêter à les esquisser d'une manière un peu complète, que mes lecteurs trouveront ce travail tout fait dans Paley. Il emploie trois chapitres* à développer la preuve qui résulte delà candeur des évangélistes,

» Jl« paj^tie, chap. III, lY , V.

dbyGpogle

( i45 ) et de runîformité du caractère de Christ II relève un grand nombre de traits qui démontrent à tout lecteur non prévenu, la fidélité sincère et naïve des écrivains.

Ainsi, ces détails, ces aveux propres à jeter de la défaveur sur leur personne ou leur cause, et qu'on eût certainement supprimés dans une histoire faite à plaisir; ainsi, certains passages qui étonnent au premier coup d'oeil, et qui devaient étonner les Juifs plus encore; ainsi encore, des récits, des actes d'une grande importance, exposés cependant d'une manière incimiplète ou peu claire. L'institution de FEucharistie, par exemple, rjapportée si brièvement, sans détails, sans accompagnement de cérémonies , et même dans Matthieu,* sans Tordre dé la renouveler. Estce ainsi qu'un imposteur l'eût raconté^ lorsque l'Église aurait acquis déjà quel-

* Maith-XXVI, 2C-29.

( i46) que consistant, aurait eu des temples et un rituel? Que Ton remarque encore ces récits, ces mots si naturels , si vrais ! Ou les quatre érangélistes auraient-ils pris ce talent d'une imitation simple et par&ite, qui , regardée d'ordinaire comme un effort de génie, suffit à la gloire de certains écrivains? Ces convenances singulières, mais peu apparentes, entre les faits raccHités, et la situation, Fintention des narrateurs, ces convenances, dont si peu de lecteurs s'avi^nt de tenir compte , et cependant si dignes d'attention , pour qui sait les apprécier. Dans les discours de Jésus -Christ, certains traits généraux qui se retrouvent partout les mêmes , dans le quatrième Évangile comme dans leà trois premi^^, quoique celui*-là parle souvent d'autres temps et d'autres lieux»

et ait choisi dans les paroles du Maître ce qui était d'un genre diflférent et plus relevé. Certaines parties saillantes du ca-

( i47 ) ractère du Sauveur, constamment identiques dans ses quatre histmres^ quoique appliques à d'autres faits. Je ne puis qu'indiquer ces diverses classes d'observations; c'est dans le livre même de Paley qu'il faut les chercher, et j'invite fortement mes lecteurs à le faire» Je me borne ici à essayer le développement de deux portions de nos Évangiles*

Je choisis en premier lieu le sermon sur la montagne, et plus particulièrement les béatitudes par lesquelles il commence.* Je ne crois pas qu'un honmie un peu judicieux puisse lire ce morceau sans éprouver une conviction intime.de la sincérité de l'écrivain. Où donc Matthieu le péager, et même Luc le médecin , auraient-ils puisé cette étév^ion de

( i48 ) pensées , cette profondeur de vues , cette connaissance admirable du cœur hu*main, cette autx)rité de langage, cette philosophie divine, en un mot, qui fait de ce chapitre et dès suivants une chose à part, à laquelle rien ne r^semble dans les livres des homhies? Çest là certaine* ment une œuvre céleste, qui se rend suf-fisammènt témoignage à elle-même.

Ne nous en tenons pas à ces généra^ lités, et cherchons à nous rendre raison de l'admiration confuse que ce mor* çeaq nous fait éprouver*

Le premier caractère qui nous y frappe , c'est son opposition avec les maximes ordinaires des Juifs, sa supé-^ ridrité sur leurs dootrines les plus rele<»

vées*

Chez les Hébreux , les oracles de la sa^ gesse et même de la sagesse inspirée , ne dirigeaient guèresles regards des hommes que sur la vie présente; ils proposaient

surtout à leurs espérances une félicité extérieure et matérielle* L'homme heureux, suivant tes Juifs, était celui qui, aimé de nombreux amis, redouté de ses enne*mis, honoré de tous, jouissait de son abondance avec ses enfants, à Fombre de sa vigne et de son figuier; et, rassasié de jours, s'endormait enfin avec ses pères, laissant à sa postérité une mémoire en bé^ nédiction. L'homme sag^ était celui qui pesait toutes ses démarches, devenait par son expérience l'oracle du peuple et le conseiller des faibles, qui réunissait la connaissance des hommes à l'habitude de mœurs graves et polies, surtout à la science de la Loi sainte. Le juste enfiii, était l'homme sincère en ses paroles, équitable en ses projets et droit de cœur, qui marchait en la présence de l'Éternel , rendait à chacun ce qui lui était dû , résistait avec gravité à ses ennemis, et pouvait se glorifier d'être le pied du boi-

( i52 ) dans les hommes bien disposés, des cœurs et des esprits nouveaux»

S'il n'y a rien de juif dans ces doctrines, rien non plus n'y rappelle la sagesse des Grecs. D'ailleurs, chez quels sages de la Grèce, dans quelles bibliothèques, au sein de quelles académies, le publicain de Capernaiim avait -il été s'instruire dans la science du salut ? Non , ce oe sont pas là les paroles d'un Hébreu, ni d'un sage; pas même d'un prophète, Car Jean-Baptiste, supérieur à tous les prophètes, était encore inférieur aux Apôtres, dans le. royaume de Dieu.* Pas même d'un Apôtre; car les Apôtres, instruits par leur Maître , et pleins de son esprit, n'ont jamais cependant égalé son langage. Ce ne sont pas les paroles d'un homme, mais de celui-là seulement qui fut à la fois le Fils de Vhomme et le Fils de Dieu. Cest lui qui jette en ces dis-

* Matth^XI, IX.

( i53) cours les premiers fondements de la sagesse toute divine, qu'il a puisée dans le ^ein du Père , et qo^il vient communiquer à ses rachetés. C'est comme un monde céleste et infini ^ qu'il laisse entrevoir aux Juifs grossiers par-delà leur justice, leur sagesse et leur prospérité vulgaires.

Je remarque ensuite que dès les premiers mots 5 ce dîscoursporte l'empreinte de deux principes fondamentaux de la vertu chrétienne, le renoncement à soimême, la recherche des biens du ciel; principes nouveaux et féconds , auxqudis Jésus -Christ ramène fréquemment ses disciples ,^ et sur l'action desquels il a presque entièrement établi sa morale. Mais, il faut le remarquer; ils ne sont point encore clairement exprimés ici comme ils le furent plus tard; ils ne sont encore que supposés , préparés. Jésus-Christ conduit réellement au renoncement au monde, en ôtant aux prospérités terres-

très k droit de donner le bonheur* En plaçant ce bonheur daM le ciel, il enseigne à ses disciples à y attacher leurs rç- . gards, pendant qulls voyagent encore sur la terre. Mais c'est une impression qu'il cherche à produire, plutôt qu'une doctrine qu'il enseigne. La doctrine viendra plus tard; il ne songe pour l'instant qu'à lui ouvrir.les cœurs. Un jour il ordonnera à ces hommes grossiers de porter leur croix et de le suivre. A cette heure , ce langage ne ferait que les surprendre et les abattre, peut-être les irriter. Il faut commencer par leur montrer que cette croix est légère, et que le ciel, où ils doivent la déposer, est préférable à cette terre où ils plaçaient leur trésor. Il y a dans cette combinaison quelque chose de trop particulier, de trop lié à l'époque du discours, aux vues du Maître, aux dispositions des auditeurs , pour ne pas reconnaître ici la voix de Jésus lui-même. Il

( i55 ) y a dans ce plan trop d'iinitë et trop de prudence , pour y chercher l'œuvre toujours maladroite de Timposture.

Nous devons observer en troisième lieu, dnns ce discours, une connaissance du cœur humain trop profondé, des vues morales et sociales 'tr^p étendues, pour qu on puisse les attribuer à d'autres qu'a Jésus.

Le cœur de l'homme s'effraie d'abord de l'étrange bonheur auquel le Rédempteur veut l'appeler; mais c'est parce qu'il ne se connaît pas lui-même aussi bien que Jésus le connaît. On peut consulter là-dessus l'expérience de ceux qui ont choisi celui-ci pour guide, et que la Providence a appelés à passer par l'épreuve. Ils conviennnent tous que, dès cette vie même, leur foi leur a fait trouver jusque dans ces épreuves, des fruits précieux de la douleur: une paix, un bonheur enfin qu'ils n'avaient garde d'y

( i56 ) soupçonner. Que serait-ce donc s'ils goûtaient déjà les compensations de la vie future! Heureux les affligés^ redisentils après leur Maître; mais qui jamais eût ose le dire, si Jésus ne Teût dit le premier?

Remarquons encore cette passion du beau moral que le Sauveur allume en nous, et à laquelle il promet la félicité :

Heureux^ dit-il,"^ ceux qui sùntaffamés et altérés de la justice y car ils seront rassasiés! Quel noble élément il donne au bonheur! Gonune il place haut ce fruit divin de la vertu» et combien il élève Thomme appelé à le cueillir ! La prospérité risquait d'en faire un être borné à des jouissances sensuelles et grossières, le premier des animaux; Jésus-Christ en fait un citoyen exilé des cieux, aspirant à y rentrer. Mais ne pré-

♦ Matth. V, S.

( 15? ) tendons -pas tout indiquer en un sujet qui fournit à des méditations toujours nouvelles. Il faudrait un volume pour développer tous les traits d'une haute sagesse 9 tous les mots sublimes que ce discours présente à notre admiration.

Pour moi, je Ta voue, quand je relis ces leçons si pleines de sens et si neuves , si supérieures aux faiblesses de notre âme, et pourtant si bien adaptées à ses besoins; quand à chaque fob je découvre de nouveaux traits de lumière sur le cœur humain, sur le bonheur des sociétés, sur les destinées de Thomme, sur la véritable vertu; quand j'entends le langage notJe, populaire, et plein d'autorité de cet homme, comn^e^ lequel jamais homme ne parla; puis, quand je viens à. me représenter la scèiie champêtre, premier théâtre des pas et des leçons du Sauveur, ces Galiléens attentifs et surpris à l'ouïe de ces paroles dont un

( i58 ) peuple de Socrates aurait seul été digne, et au milieu d'eux ce jeune charpentier de Nazareth , qui à trente ans, confond la sagesse des docteurs, annonce TÉvan^le aux pauvres et instruit le monde; je ne demande rien de plus; cette preuve unique suffit à ma foi. Transporté sur le Tabor avec le fils de Jonas, je contemple, j'entends, j'adore un habitant des cieux , qui , revêtu d'une forme humaine , mais entouré des anges éblouis et prosternés, vient découvrir à la terre ce qu'il pouvait seul lui dire et lui persuader.

Passons à un développement d'un autre genre. Essayons d'analyser ces traits ^Vune vérité naïve ou profonde, dont, sans s'en douter, les évangélistes sèment leurs récits. Nous verrons bien vite qu'ils ont peint d'après nature. Je choisis pour cela le caractère de l'Apôtre Pierre , cet

homme bouillant, indiscret, précipité, mais sensible et sincère. Pour abréger, je me borne à Fétudier dans son abnégation et sa réconciliation.* Nous n'insisterons pas même sur la vérité des détails dans tout ce qui tient aux circonstances (vérité cependant si frappante), et nous nous en tiendrons à celle qui ressort du caractère.**

Au premier coup d'œil , le fait principal du récit semble peu vraisemblable.

Un Apôtre de Jésus , le plus zélé de tous , le renie dès le début; puis , malgré cette faute , il est chargé par son Maître d'un glorieux et important ministère. Mais cette invraisemblance est elle-même un gage de vérité , car comment les évangélistes auraient^ls imaginé une pareille

* Compares pour cela Mattb. XXVI, l)|arc XIV, Luc XXU, et surtout Jean Xin, XVIII, XX et XXI. - ** Une partie des déreloppements qui vont suivre , ont été empruntés à la Caractéristique de Wiemeyer.

( i6o ) histoire ^ Est-ce en présentant le plus ardent, le plus dévoué des comparons du Sauveur, un des plus célèbres prédicateurs de TËvangile sous les traits d'un apostat, que les envoyés de Jésus auraient cru servir leurs intérêts? Non, à coup sûr, ce n est pas là ce qu'un imposteur aurait inventé ; mais l'eût- il fait, il n'eût point inventé du moins ces détails si vrais et si simples dans lesquels, à mesure qu'on les étudie davantage, on reconnaît toujours mieux la peinture fidèle d'une âme impétueuse et sensible.

Le caractère de Pierre se compose de deux principes qui s'y retrouvent toujours. Vivacité d'impressions, qui prévient la pensée, et fait tout céder au premier mouvement; dévouement tendre et ardent au Sauveuré Avec ces deux éléments, toute l'histoire de l'Apôtre est expliquée.

A l'approche de la dernière scène de sa

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vie, Jésus avertit ses disciples des terribles tentations qui vont les menacer, et des honteuses chutes qu'elles entraîneront* Quand cous seriez pouf tous les autres une occasion de chute ^ lui repart Pierre , cous ne le serez point pour moi^ Voilà cet homme, toujours prompt à parler, toujours comptant sur lui-même , çt dupe de son cœur. Il chérit son Maître plus que toutes choses au monde ; il sent en lai-même une puissance de ten^ dresse et de dévouement qui lui semble infinie. Pour lui, Tinstant présent est tout; il na jamais su s'en défier et craindre l'avenir. Jésus -Christ l'avertit qu'il se trompe; il lui donne d'avance des détails précis sur la faute que cette nuit même il va commettre.** Mais en vain; la parole même de celui qui sait tout ne peut l'effrayer. Quelque chose lui crie

* Marc XIV, 29-31. *♦ /i»/V/., 3i.Luc XXII.3i,52*

qu'il aime trop Jësus pour Fabandonner j croire possible ce qu'on lui prédit, serait déjà être infidèle. Puis, cédant sans réflexion à Finfluence de Fheure tardive , de la fraîcheur et de Fobscurité, il s'endort. Et cependant Jésus dans une tristesse mortelle^ a dit : Demeurez ici et çeillezy^ et une seconde, une troisième fois, Pierre retombe dans lé même appesantissement, malgré Favis répété du Sauveur. L'imprudent ! Gomment ne succomberait-il pas à l'heure du danger, lui sur qui Fimpression présente a autant d'empire, qui sait si peu craindre le pé« ril , lorsqu*il ne frappe pas ses yeux et n'émeut pas encore son cœur !

L'instant décisif arrive. Pierre, encore troublé par le sommeil, mais retrouvant dans son souvenir le vœu de défendre son Maître, n'ayant du reste, ni bien

» Marc XIV, 54-41.

( i63) entendu ses ordres, ni bien compris ses intentions, toujours impétueux et dévoué, Pierre, voyant des ennemis, tire répée, s'élance et firappe au hasard.* D'autres disciples, aussi zélés, peut-être, mais plus réfléchis, commencent par demander à Jésus-Christ : Seigneur ^ frappe" rons-nous de Vépée; çoyanty dit St. Luc, ce qui allait arriver** Pierre, qui ne voit et n'attend jamais, a frappé avant que Jésus ait pu répondre. Mais Jésus dit à Pierre : Remettez votre épée dans le fourreau; ne boirai-je pas le calice que mon Père m'a donné à bùire ? Et il guérit sous ses yeux la blessure que le glaive vient de faire^ Ce miracle inattendu, cette défense étrange, quel eflFet durent-ils produire sur cet homme bouillant, qui n'avait encore rien écouté et rien saisi ? C'est le Maître lui-même qui

♦ Jean XVffl, lo. *♦ Luc XXII, 49.

( 164 ) lui interdit d'agir et se livre aux baur^ reaux. Jésus est lié, on Temmène, il ne veut pas être défendu. Gela ne dtit-il pas tout confondre , tout obscurcir dans cette tête où les impressions tenaient toujours lieu d'idées» où Tart de peser les limites et de distinguer les nuances était inconnu?

Jésus ne veut pas être défendu , on Temmène, il est captif, il le veut ainsi. Tout ce qu'il y avait eu de positif et de clair dans les projets de Pierre, lui doit manquer à la fois. Jusqu'alors, être fidèle à son Maître, le suivre en prison et à la mort, signifiait pour lui, le défendre et combattre à ses côtés. On l'en empêche , et y ne sait plus quel est son devoir. La fidélité passive, inerte et humiliée^ à laquelle il est maintenant appelé, n'était point entrée dans sa tête. Plus de combats, plus de victoires, plus de règne prochain ; aucun de ces prodiges par lesquels il attendait sans doute que les

( i65 ) ennemis du Messie allaient être con* fondus. Au lieu de ces belles images qui faisaient bouillir son sang et doublaient son ardeur 9 des fers , un tribunal, des juges furieux et triomphants, l'opprobre et la mort, voîlà ce qu'il entrevoit main* tenant dans Tobsçurité de ses pensées.

Que fera-t-il? A défaut d'idées claires et de projets fixes , sop cœur le conduit , il suit Jésus,

Il suit Jésus, mais non plus comme il avait cru le faire, animé panses regards, marchant à ses cMés , et en face de la récompense; non plus avec gloire, espoir et courage , mais de loin , accompagné du seul Jean, dans les ténèbres, en évitant les regards de la horde farouche.

C'est par faveur, et presque à la déro* bée qu'il est admis dans Tenceinte du pa* lais,* Pour un tel homme, cette manière

( i66) de suivre et d'entrer est dëjà une dissimulation, j'ai presque dît, une infidélité.

€e n'est pas tout: à chaque instant, quelque circonstance nouvelle vient encore affaiblir cette âme incertaine , la remplir peu à peu de contrainte et de terreur.

L'obscurité de U nuit, la lueur des flambeaux et des feux, ces huissiers, ces prêtres farouches qui arrivent à la file, comme Jes vautours à l'odeur du carnage, les jactances brutales de subalternes empressés à partager Içs passions de leurs maîtres , chaque instant , chaque objet, chaque mot trouble et affaiblit toujours xm peu plus cet homme ardent, si peu en garde contre son impression première et son imagination. Le ressort de son âme est brisé, son intelligence est obscurcie, il se cherché sans pouvoir se reconnaître et se recueillir. Maintenant quand une voix inconnue viendra lui demander brusquement : N'étais -tifi pus

( i67 ) açec cet homme? que fera-t-il, €t qui le rappellera à lui-même ? Les huissiers qui ont saisi son Maître l'entourent, et Fépée qui a frappé Malchus , encore sanglante, porte témoignage à son côté.

D'où lui viendront, dans cette cris^, la justesse de vues et le calme, nécessaires pour distinguer entre la prudence et Tapostasie, pour reprendre, une fois qu'il faut parler, le courage de le faire avec hardiesse, lui qui depuis une heure s'étonne, se tait et s'effraie? Si du moins il pouvait rencontrer, dès cet instant, le regard de son Maître, et si cette figure noble et mélancolique venait lui rappeler ses engagements, ou seulement si c'était à une voix plus grave, devant le Sanhédrin assemblé qu'il eût à répondre, la solennité de, cet appel réveillerait sans doute sa conscience, et lui servirait de point d'appui pour s'élancer hors de l'atome. Mais une servante, une femme im-

portune et causeuse dont il faut se débarrasser! Avant d'avoîr rëfléchî, il a, comme toujours, cédé à Fimpulsion de Finstant et de la circonstance. Femme^ je n*en suis point.

S'étonneràit-on maintenant que cette première faute soit deux fois répétée, que dis- je, aggravée? que le malheureux Pierre eii vienne bientôt aux affirmations, aux parjures?* Mais, une fois tombé dans le précipice, où aurait-il pris la force d'en sortir? Le trouble même de sa faute, en augmentant son agitation, devait ajouter à sa faiblesse et l'enfoncer toujours plus avant dans le gouffire. Pour l'en retirer il faudrait une main secôural^le , et il est seul avec les odieuses images de cette horrible nuit.

Cependant son cœur aime toujours Jésus, et à Tinstant où il se sera reconnu, il re-

* Mare XIV, 70, 71.

(i69) deviendra lai-mêiïie. II ne sera besoin pour cda, ni de châtiments» ni de ireproches. Les paroles même seront superflues» ciur son cœur lui en dira bien plus qu elles ne peuvent expriniiar. Un regard de Jësu$ sufiîra à cette âme tendre, ardente et mobile. Il sort, il plewe, et à force de douleur et d'amour , il a déjà expié sa £aute. Un regard ! Voilà donc ce qui triomphe de ses frayeurs et de ses faiblesses! Admirable dénouement» trop rablime de sentiment et de vérité pour être Tinvention d'un imposteur.

Allons maintenant chercher Pierre au bord de la mer de Tibériade, dans le cha^ pitre* par lequel St. Jean termine son Évangile. Là nous pourrons admirer toujours davantage Tinimitable vérité de ce caractère» encore le même^ quoique modifié par la douleur et la honte.

♦ Jean XXI.

( ^jo) ' Pierre est occupe à la pêche , lorsqu'il entend ces mots que Jean lui adresse :

Cest le Seigneur.* Le Seigneur qu'il a trahi et auquel il avait juré dévouement fusqu'à la mort II est là ! lés Apôtres sont là , le Seigneur va parier ; que dira-t-il ? Oh ! comme cette âme tourmentée doit être suspendue entre Tespérance et la crainte^ la honte et Famour ! et avec quelle simplicité naturelle et vraie, le liaïf récit de FévangéUstc laisse voir ces impressions!

Cest le. Seigneur; et aussitôt Pierre s'est élancé dans les ondes du côté où est Jésus. C'est vers lui que son premier mouvement l'entraîne, mais plus que jamais le respect se joint à l'amour , et Pierre a repris son vétemait en se jetant dans les flots. Jésus témoigne un désir, «t déjà, le premier de tous, Pierre a traversé l'onde, est remonté dans la barque, vou*

» Verset y.

(i70 lânt prouver son zèle, et n^osant parler.

Lui, qu'autrefois rien ne pouvait retenir, dès qu'il avait à exprimer un sentiment ou un doute! Comme il faut que la pensée de son crime remplisse et oppresse son coeur!

Jésus parle : alors commence cette scène sublime, où sans un seul mot de reproche, par une simple question trois fois répéta, le Sauveur trouve moyen, en même temps, de rappeler à son disciple toute sa faute, de le punir en paraissant ne plus croire à son amour , de lui faire exprimer toute Tardeur de son repentir, ^t de hii révéler son pardon.* Mais ce que notre but nous appelle à remarquer ici, ce sont les réponses de TApôtre , toujours sincères, ardentes comme jadis, mais pour la première fois timide et contenues. Âh ! si avant sa

( 17^ ) chute, Jési^ eût trois fois de suite para douter de sa tendresse » avec quelle véhémence fougueuse et précipitée ne se fût^il pas Justifié! Mais à présent, honteux y huniilié , tournienté , il ne peut plus que se débattre séus ce châtiment bien amer, car il est mérité. Il en ap* pelle à la toute-^sdence de son Maitre, pdur attester ce que ses paroles seules n ont plus le droit de persuader. Sei^ gneur ^ Ui connais toutes choses ^ tu sais que je t'aime!* Voilà qui est simple , voila qui est vrai^ voilà bien le cœur humain, et surtout le cœur de FApôtre, voilà le langage de la natiare , et non pas celui 4e la fiction !

Hé bien! cette scène si remarquable par le cl^angement opéré chez Pierre, finit par un trait d'une nature moins relevée , qui nous montre ce caractère encore le

♦ Verset 17,

(«73) même qu^àutrefois. Jésus annonce à son Âpâtre le martyre, et lui dit : Suis-moù Pierre semble y faire à peine attention ; la seuk réponse qu'il fasse à la prédiction* du Fils de Dieu, lui promettant une mortsan^nte comme l'occasion de réparer son crime, c'est une question déplacée au sujet de TApôtre Jean; un de ices mots irréfléchis qui lui échappèrent plus d'une fois : Et celui^ci^ Seigneur^ <fue deçiendra^-il ?* et dans cet instant isolennel , son indiscrétion lui mâ*ite déjà une parole sévère de Jésus. — Un pareil trait, n'est-il pas à lui seul un gage suffisant de vérité?

Nous avons examiné un discours et un caractère^ choisis presque au hasard dans nos Évangiles. Nous aurions pu tirer les mêmes conséquences des narrations

» Veriet ai.

( il4) et des fails, de ces récits si naturels et^ dramatiques > dont ces livres abondent* Mais il fallait nous borner. Nous aurions pu les ouvrir au h^ard et puiser dans la première page offerte à nos regardsfj'en appelle à quiconque a su les lire. — Maintenant, s'il se trouvait un hoipaœe sincère qui pût dire encore t Ce langage est celui de rimposture , ce serait à mes yeux une espèce de monstruosité morale , et je n'aurais rien à répondre, ne me trouvant avec un tel adversaire, ni langage ,^ ni pi:inçipes CQmmuns.i

SECTION SECONDE

Comparaison de nos Épongiles aoec les Uore»

apocryphes du Nouveau Testament

Les beautés naturelles et vraies ne $on|; pas d'ordinaire les mieux appréciées. Là où tout est harmonie, simplicité» vérité»

( »75> ôucune partie plus saillante n'éveille Tat* lention distraite , et il faut un goût sûr^ un esprit pénétrant, une âme élevée > pour saisir tout le prix d'une telle uniformité. L'expérience confirme cette vér rite de cent façons diverses. L'archî' tecture grecque frappe bien moins un homme simple, que ne ferait un monu^ meiit gothique , et les vers de Racine semblent aux commençants faciles à faire, {Hrécisément parce qu'aucun défaut n'y rappelle la difficulté vaincue. Ou je me trompe-fort, ou une illusion dumémç genre, empêche souvent d& découvrir ks divines beautés de nos Évangiles.

Ce qui les' distingue le plus de tonales écrits humains, c'est d'abord leur har^ monie avec le coeur et les besoins de Thonune, non pas de l'homme d'un peur pie oa d'un siècle^ mais de celui de tous les. pays et de tous les âges; non pas du Juif seulement, de l'Européen ou de l'In-

( 176) dien , mais de lliomme en général, ^ssez développé pour sentir , assez i^erfectionné pour aspirer à s'éloigner de là brute et à se rapprocher de Dieu. G^est encore leur entière simplicité, exempte de faux brillants et d'efforts ; leur grandeur , dont les principaux élénients sont la pureté et la vérité. Mais ce sont là des beautés que les lecteurs ordinaires aperçoivent à peiné; il faut, pour les saisir, Fhabitude de réfléchir et d'analyser. Pour peu qu'on soit capable de sentir quelqtie chose , on s'aperçoit bien que l'Évangile est propre à nous consoler, à nous instruire, à nous âevér , qu'il est fiait pour notre cœur en un mot ; mais on ne songe pas combien il est merveilleux que cet Évangile soit également fait pour le cœur des hommes de tous les temps et de tous les lieux; que des Orientaux, des Juifs, des gens du peuple aient écrit non comme le faisaient et l'aimaient les Orientaux ^

< Î77 ) les Jui& et les gens du peuple , mais comme cela convenait à la fois pour eux, pour nous etpourlQus. Voilà le prodige qui est sous nos yeux, et que nous ne savons pas voir» Un contraste nous aidera peut-être à le faire, et ce contraste, les apocryphes du Nouveau Testament nous le fourniront

Deux à trois sièdes après nos Évangiles, FÊglise fut inondée d'une masse d'écrits imposteurs ^ mis sous le nom des Apôtres, et donnés pour être leur ou* vrage* Ces faux Évangiles étaient Tœuvre d'hommes élevés dans le christianisme, ils étaient composés en présence et à l'imitation des Évangiles véritables^ Ils ont dû par conséquent emprunter ^quelques-unes de leurs beautés. Cependant, malgré les efforts des écrivains, la différence est telle, qu'elle suffit, j'ose l'affirmer, à prouver la divinité des histoires authentiques du Sauveur. C'est en

plaçant ces écrits les uns à câté des act^ très 9 que nous discernerons clairement le langage de la vérité de (^Ilu de rîm-^ posture. Une circonstance particulière donnera plus d'intérêt et de force à cette conclusion. Ces, apocryphes, ceux du moins où nous puiserons de préférence ^ paraissent fréquemment le fruit de trar ditions populaires sur l'enfance dte Jésus- Christ, sur sa mère et ses proches. Nous y trouverons ainsi, non l'ouvrage d'imh posteurs individuels , mais le résultat de l'imagination, des opinions, des préjugés du temps, l'ouvrage successif et en quelque sorte national des compatriotes ou des contemporains du Sauveur. Nous y verrons en d'autres termes de quoi nos Évangiles eussent été infailliblement remplis s'ils n'eussent été divins. Or, tant de traits des passions et des imperfections humaines se montreront dans les apocryphes, que l'absence de tous ces défauts

( ^79 ) nous fera toucher au doigt dans nost Évangiles leur étonnante sublimité , et nous montrant les apocryphes dans la £ange, nous fera découvrir tout à coup les Évangiles dsùis les deux»

Cette comparaison ne pourra être fort ^léveloppée» Nous Tesquisserons sous quatre rapporte.

i^ Relativement à Temploi du pou^ voir miraculeux.

û^ Relativanent à la nature et à la forme des récits.

3^ Relativement aux leçons et aux exemples de vertu.

4® Relativement aux vues de l'écrivain et aux tendances de l'écrit.

AaTICLE I.

Emploi du pouvoir miratculeux*

L'homme a un penchant naturel pour le merveilleux, mais ce penchant est soumis à une double loi , dont Tin-

floeiice est facile à observer dans le^ fictions littéraimu On aime le merveilleux entouré d'appareil et d'éclat. Sans cette condition, il ne satkfait plus Timagination, la raison r^rend sa force et le repousse. En second lieu > Fhomme aime dans le merveilleux Tusage qu'M . en pourrait faire , s'il lui était donné d'en disposer. Cest au service de son avidité, de sa curiosité 9 Je son ambition , qu'il souhaiterait le mettre. Aussi cjuaiid il l'introduit dans ses livres, c'est toujours en y laissant la profonde empreinte de quelq^i'une de ce$ trois passions, en même temps que le reflet des gerâts, vdes préjugés sous l'empire desquels l'écrivain a vécu.

Or, on ne remarque rien de semblable dans le merveilleux des Évangiles. Sauf lin très -petit nombre d'exceptions, le pouvoir miraculeux y est dénué d'appareil. Il émeut le cœur, mais il laisse Tima-

( i8i ) glnation assez calme* II tend à sauver^ à consoler, à pirouver^ jamais à anuiser ou à éblouir* Aussi les contemporains dé Jésus n'en ëtaient-ils qu'^ moitié si^tis^ faits. Ces lépreux guéris, ces paralytiques relevés, ces morts réveillés, tous ces prodiges bienfaisants et modestes excitaient la reconnaissance des objets immédiats du Henfait , mais les Pharisiens et la foule ne se convertissaient pas, et demandaient^des signes iiu ciel.

Ce n-est pas tout Dam le merveilleux du Nouveau Testament, on ne trouve aucune trace de ces posions qui ne man* quent guère de laisser sur rœuvre de rhomme leur trace souillée. Rien pour Tambition, rien pour la cupidité ! Les miracles de Jésus-Christ sont des bienfaits sans doute, mais ces bienfaits ne sont jamais dangereux poiir la vertu. Si en multipliant les pains il excite un instant Tavidité d'une foule grossièire , il se

dérobe en hêàe à sed empressements > et il la i^pousse bientôt par de dures vérités i ailleurs, il a refusé de métamorpfaosef des pierres en pain pour abréger ses propres souffrances; il ne descend point de la croix, comme les railleries de ses en*nemis Vy provoquaient ; les vent» et la mer lui obéissent , mais $st vie entièrev ccMnme ses leçont, n'en appellent pas moins ses sectateurs à Thumilité, à la simplicité, à. la nK>dération^ Rien sur^ tout pour la curiosité ; le Sauveur cherche au contraire^ la mortifier et à la détruire. Celui qui lit dans les cœurs et dails Favenir, n'abcorde jamais un mot aux vœux dé cette passion*

Là encore , les miracles ont en général un caractère de gravité, de dignité» de décence qu on devait peu s'attendre à rencontrer chez des Juifs. Rien n'y messied au Fils de. Dieu. Les contemporains pouvaient bien ne pas comprendre tout

( i83 ) ce qa^il y araît de beau dans la simpli-' cité sensible et sublime avec laquelle if dit à Lazare : Sors dehors j au lépreux^; Je le ceux 9 sois nettoyé ^ ou au brigand:

Aujourd'hui tu seras at^ec moi. Mais a»

bout de dix ^ huit siècles, ce ton et ce langage paraissent plus grands qu'au pre^ nûer jour. Le philosoplie qui Riëdite,le littérateur qui compare , le théologien qui analyse, y trouvent toujours pkis le cachet de la Divinité. Si nous ne savons pas toujours lapercevoir^ c'est faute de réjQexion* Cest surtout par l'absence du contraste qui aurait détaché ces nobles scènes du fond vulgaire avec kquelnous sommes tentés de les confondre , et ce contraste, nous le trouvons dans les apo^ cryphes.

Ici nous retrouverons en eâfet l'empreinte ordinaire de l'homme, et le genre de merveilleux qui lui flîûL Cependant ayons soin de le remarquer : cette em-

( i84) plainte serasingulièrement diminuée par rimitation des Évangiles canonique, sous Tinfluéuce desquels ces infidèles histoires devaient pris naissance. Elles ont dû en conserver jusqu'à un certain point le caractère et Tesprit, car c'est encore Jésus 9 sa nière et ses Apôtres qu'elles prétendaient dépeindre. Nous n*y trouverons donc p^j comme dans le second livré des Maéoabées/ des cavaliers célestes revêtus d^or et de feu» mais bien des malades, guéris et des morts resrascités; car, encore une fois, les autews voulaiait seulement compléter nos£ vangîles, à l'aide de traditions populaires.

Cependant l'iniaginatioti , les faiblesses, les passions de ces écrivains se trahissent de partout dans leui^ écrits.

Pour le prouver, nous n'aurons que l'embarras du choix ^ et nous nous contenterons de quelques traits généraux.

♦ Cliap. m, 24-27; V, 1-4.

pi:

Le caractère saillant et universel de tous les apocrypiies du Nouveau Testa^ ment 9 c^est Tentassement de miracles inutiles, souvent ridicules ou grossiers 9 en rapport avec le goût des Juifs ou l'imi^ination des Grecs » mais indignes du Sauveur 9 ou du moins fort éloignés de la simplicité sublime de son histoire. Les apocryphes entourent, par exemple, la naissance, Fenfance, les fiançailles de la Vierge, d'imitations travesties des prodiges de la Bible ^ principalement de ceux qui accompagnèrent la naissai^ce et Fenfance du Sauveur/ Un miracle est nécessaire pour donner un époux à Marie ; Joseph est Choisi a>mme Âaron par la végétation miraculeuse de sa baguette, et une colombe, le Saint r.Eâprit, sans douteuse place sur lui pour le désigner.^*

* Vojes VÉium^le de Marie et le Protévan^iîe de Jacques^ tout entiers. .

♦♦ È9ans. de Mariey V et YL Frotivang, VIII, 1 1.

(.86) Jésus à peine né, fait un discours à sa mère * xpour lui apprendre son nom y et lui^xposer son oeuvre. Plus tard les jeux de FËnfant divin sont des miracles ; Far* gile pétrie sous sa main s^ànitne, il s'amuse à créer, à faire marcher, manger et vder des moineaux au commande^ menh** En conséquence, il passe pour sorcier. On peut ouvrir le livre au hasard, la première page trouvée présentera ràrement quelque trait de ce genre, et peut-être quelque scène moins digne encore de figurer dans l^istoire d'un Être saint et pur.

En second lieu nous rencontrons fréquenrnient dai» tous les apocryphes le merveilleux d'apparat, ce merveilleux éblouissant et inutile, fréquent dans les fictions humaines , mais rare dans le Nou^

* Évang, de VEirfanee^ I» 3»

♦» Jhid., XV, 1-4-^

veaa Testament L'imagination otienr taie a inspire bien des pages des écrits imposteurs que nous examinons, et cer^ tains passiages rappellent bien plus les Mille et une Nuits que les Évangiles. Une lumière plus ëdatante que le soleil remr plit la caverne où Jésus-Christ vient de naître/ Le saint Enfant désenchanta uo jeune homme changé en mulet^*"^ punit «^camarades de jeux de leurs malices, en les changeant momentanément eacher vreaux;*** sa sueur fait sortir de terre un arbre à baume,**** et quand, trente ans plus tard, il parait devant Pilate^

9- Et*ang. de tEnf,^ I, 3» lo. En Palestine les carvernes natareUes on artificielles sfryaîent soareot dV' tables et dliabitations. Allieure qu*il est, on montre encore aux étrangers une caverne de Nazareth ycomnoe ajaat été la demeure de Joseph et de Marie.

** Èvang, de VEnf.^ VII. Ici la ressemblance avec les contes arabes est frappante ; il n*j manque pas même le mariage au dénouement.

♦*♦ Èpang, de rEf^f.^XVU. **♦♦ U^., VIIL, tié

( i88) leê étendards romains s'inclinent d'euxmêmes pour Fadorer.*

Joignons à cela les nombreux exempies du merveilleux effi*ayant^ toujours dier aux hommes ignorants qui aiment à y puiser des émotions violentes. Les histoires de démoniaques, comme oi| peut le deviner 9 tiennent une grande place dans les apocryphes , mais n'y sont pas racontées d'une manière aussi simple que dans les Évangiles. Tantôt Satan suce le sang de ses victimes comme un vampire;** tantôt en forme de serpent il vient dormir sur leur sein.*** Chassé souvent par la présence des langes miraculeux de Jésus-Christ, une fois il s'enfuit en forme de corbeau,**** et une autre fois ces langes le couvrent d'une pluie de feu.*****

* Épong. deNicodême^h

•• Épang. de (Enf., XIU, *. ♦»* /^ii^» VI, 1 1 , i2. ♦»»* ibû/., IV, x5. **»f» Ibid,^ XUI, 17, 18.:

(i89) Enfin si nous avons retrouva dmis les écrits apocryphes le mauvais goût des Juifs et rimagination des Orientaux ^ nous ne manquerons pas non plus d'y rencontrer les traces des passions humaines, la curiosité, la vanité, la ven^ geance* Sans doute, à cet égard , coynnie aux deux précédent», l'imitation «kis Évangiles a pr&ervé les apocryphes de quelques-unes des honteuses extravagances , dont sans cela leurs pages eussent été couvertes. U n'y avait pas moyen , ce senible , de fair^ de Jésus un thaumaturge cupide ou orgueilleux* Mais n'importe ; pri^ vés du secours divin, les biographes apocryphes n'ont pas su comprendre et retracer son caractère* Tout est humain , ç'ert-à*dire, tout est vain et intéressé dans les traits ajoutés àjson histoire parles tra^ ditions» Je me borne à un trait tellement odieviXj que j'oseà peine l'écrire. Le chrétien qui a senti son cœur s'émouvoir à la

( ïgo )

pensée de Tamour de son Maître , peut* il sans frémir répéter de pareilles horreurs!... Jésus enfant fait tomber mort à ses' pieds *iin de ses compagnons qui dérange ses^ jeux, un autre qui Ta heurté sans dessein 9 puis un maître d*écôle (pii Fa justement puni»** Insensés, qui avez cru relever la grandeur du Fils dé Dieu , en le revêtant de cette dignité féroce, il vous dirait avec bien plus d'indignation encore qu'aux fils de Zébédée : Vous ne swez de quel esprit cous êtes animé^!*''*

Sice n'est pas là Tesprit de FÉvangîle, eii revanche c'est bien celui de Thomme, dé l'homme passionné, mettant sa grandeur dans le pouvoir et la vengeance , voyant dé la bassesse à supporter et à pardonner, de Thomme de l'Orient, ju-

* Ét'ang, de VÈnf.^ XIX, 20-24. *♦ là/d.^XX^ i3t€. •*♦ Luc IX, 55.

( ^9» ) géant Dieu d'après ses sQUverains. Si nos Évangiles étaient Fouvrage de rhomme, voilà donc probablement sous quels traits ils nous présenteraient la vie du Maître doua: et humble de cœur! N'estce pas là une preuve qu'ils sont réellement Tœuvre de Dieu?

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