ARTICLE II
Naiurc et forme des récits.
La ccmiparaison des Évangiles et des apocryphes sous ce nouveau point de vue , aest pas moins frappante que sous le premier» Au reste, ces deux parties du parallèle qui nous occupe, quoique réelleti^nt distinctes, ont beaucoup d'analogie.
11 est dans les récits évangéliqUes certains caractères, qui Iqs distinguent des livres humains, et qui sont des traces aaillantes et souvent remanluéès >de leur
( 192 ) véridique et céleste origine. Rappelonsles en peu de n^ots.
Les évangëlistes nacccH-dent rien à la curiosité. Toujours ik vont au fait et à Futile, ils tendent au but de la révélation.
Ainsi tous gardent un silence presque jabsolu sur Tenfance et la jeunesse du Sauveur, sur sa vie privée. Ils ne s'inquiètent pas d'exciter la curiosité , et nVnt aucune envie de la satisfaire.
Ils rapportent tout avec la mên^ simplicité, le même calme; j'ai presque dit, la même indifférence. Ils ^nt vu des miracles , et ils les racontent , mais sans réflexi<Mi« comme une chose ordinaire, connue, et à laqudle Jésus les a accoutumés. Ils aiment ce Maitre, et ils le prouvent, mais ils ne parlent point de leur affiM^tion; ils savent bien que ce n'est pas d^eux et de leurs sentiments que le lecteur a affaire. Ils ont entendu les discours de Jésus et ils les répètent, n^is
( '93 ) presque mécaniquement , et quelquefois comme s'ils ne les avaient pas compris.
Ils se soucient peu de laisser des vides dans leurs récits, d'appeler des objections , d'étonner ou de choquer. Cela ne les regarde pas. Ils n'écrivent pas leurs mémoires, ils n'écrivent pas un livre, ils ne sont p^ auteurs , en un mot Témoins naïfs et sincères, ils se contentent de déposer.
En revanche, ces dépositions simples et sans fard, sont tout empreintes de l'exactitude minutieuse, propre au témoin oculaire et fidèle. Quelque incomplets que puissent être leurs récits, les évangélistes y insèrent, et souvent en abondance, les petits détails qui, dans leur souvenir, entourent les faits à raconter. Souvent, il est vrai, ces détails paraissent inutiles, maïs qu'ils sont importants comme gages de naturel et de vraisemblance ! Les auteurs ne les rapportent
( 194 ) pas pour amuser les autres ou pour ùàre montre de ce qu'ils savent ; on le sjent si bien en' les lisant! Ce$t simplement par exactitude et par droiture. Ils ont vu , entendu le fait ou la leçon , avec cet entourage de circonstances, dont il faudrait quelque ^rt ou quelque travail pour le séparer; or ce n'est pas là leur tâche; ils rapportent simplement ce quHls ont retenu, et comme ils l'ont retenu ; conune ils croient encore le voir ou i'entendre.
Aussi quelle foi n'inspirent pas ces récits!*
Enfin ces narrations si sincères et si peu travaillées, se trouvent en un* accord remarquable avec les faits et l'histoire. Nulle part des anachronismes ou des méprises. Les écrivains n'étaient paç
'*■ Voyez, par exemple» Jean II, les noces de Cana. Les remarque3 cpe je viens de faire s'appliquent en entier aux circonstances du dialogue et du miracle ; rersets6-io.
( 195 ) savants , mais ils étaient vérîdîques. Us n ont guère parlé que de ce qui s'était passé de leur temps et. sous leurs yeux ; aussi ne s'y sont-ils jamais trompés.
Tels sont les caractères ordinaires des récits évangéliques. Maintenant, plaçons en regard les apocryphes historiques; chose bien digne d'attention! ils nous présenteront tous et partout les caractères opposés. Cette opposition une fois reconnue, la conséquen(^e en faveur des Évangiles sera facile à tirer.
Les apocryphes semblent destinés tout entiers à satisfaire ces passions curieuses, pour lesquelles nos évangélistes ont si peu fait. Évangile de Marie, Évangile de l'Enfance, Protévangile, Évangile de Thomas, Évangile de Nicodème, tous à cet égard n'ont qu'un hut^t qu'un esprit.
Us sont pleins de ces détails inutiles et curieux que nos évangélistes ne donnent point , et que lès esprits indiscrets leur
( 196 ) voudraient demander* L'histoire de Tenftince de la vierge Marie; de nombreux détails sur celle de Jësus-Christ, sur sou voyage en Egypte, sur Zacharie; le récit de ce que faisait Tâme divine de Jésus dans le ciel, pendant que son corps restait cap-^ tif dans le tombeau, voilà ce qu^ils rapportent de préférence, ce qu'ils ont pour but de rapporter. Ils n'y joignent rien d'édifi^t, rien d'utile. Nos Évangiles, cependant, n'ont pas tout dit; ils n'ont, fait l'histoire que de quelques parties du ministère de Jésus, Il est sans doute une multitude de leçons et d'actes de notre Maître, à jamais perdus pour nous, et que le chrétien pieux: se surprend quel^ quefois à regretter avec trop de viva-r cité. Hé bien ! paç un seul de ces précieux débris n'a été recueilli dans les apocry-^ phes. Us semblent n'avoir eu de place que pour des niaiseries curieuses , absur-* des ou grossières* Les traditions qu'ils
( ^97 ) rassemblent, et dont ils ont été incontestablement lev héritiers, nWaîent rien conservé sans doute de plus intéressant et de plus véridique. Quelle démonstration de la tendance naturdle à Fhomme , du moins aux hommes de ces siècles et de ces contrées, et de ce qu'auraient été nos Évangiles, si ces hommes les eussent écrits de leur chef!
Si du choix des tiairations nous passons au ton des narrateurs , même contraste encore; Il n'y a dans ces écrivains ni simplicité, ni oubli d'eux-mêmes, ni naturel dans les détails , ni exactitude et précision dans les récits, mais un mélange continuel de prétention, d'affectation et d'enflure orientale,* puis un soin
* Quelques exemples feront mieux sentir cela que tontes les assertions. Dans le Protërangile (cliap* lU), Anne, mère de Marie, gëmit d'être stérile, prie et pleure sous un laurier. Levant les yeux au ciel, elle apertoit un nid de moineaux dans les branches, et cette
( «98 ) vkible de prévenir les objections et les obscarités , et l'ambition de raconter plus
image de maternité redoublant sa douleur, elle éclate de la sorte. en plaintes : «Malheur k moi! à qui puis- je me comparer? Je ne puis me comparer aux bètes des champs, car les hétes des champs sont fécondes devant toi» o Seigneur! »
« Malheur h moi ! à qui puis-je me eompareri ^ ne puis me comparer à ces eaux, car les eaux mêmes sont fécondes devait toi, o Seigneur! »
«Malheur à moi! à qui puis-je me comparer? Je ne puis me comparer auxyagues de la mer; car eesragues^ calmes ou agitées , renferment des poissons dans leur sein, et te louent, o Seigneur! »
« Malheur à moi! à qui puis-je me comparer? Je ne puis même me comparer à la terre ; car la terre donne ses fruits et te loue , o Seigneur ! >»
Voici un petit morceau encore plus curieux : (Evangile de rEnfance,*XXI, 9-21 ) Jésus-Christ à Tâge de douze ans, dans le Teniple, explique aux docteurs la Loi et les Prophètes. « Alors un astronome qui était présent, demanda au Seigneur Jésus s'il avait étudié Vastronomie. Le Seigneur Jésus répliqua et lui dit le nombre des sphères et des corps célestes , comme ausii leurs aspects triangulaires, quadrangulaires et hexagonaux; leurs mouvements progressif et rétrogrades; leurs grosseurs et leurs divers pronostics , et d'auties
( Î99 ) ckirement, plus complètement, et plus élégamment ce que les bateliers de Galilée n^ont pas su si bien dire. Puis enfin d'indécentes niaiseries , un commérage grossier et sans but, mis à la place des simples, naturels et chastes récits de nos Évangiles.*
Les apocryphes historiques abondent en anachronismeseft en méprises, et des
choses ^e U. taison de rbomme n'a {amais pu âëcon-i vrir. »
Vient ensuite un savant qui demande à Jésus s*il a ëtudié la physique. « Jésus répondit en lui expliquant la physique et Is^ métaphysique ; ce qui est en-deçà des forces de la nature et ce qui est au-deU ; les facultés du corps humain, ses humeurs et leurs effets; le nom-* bre de ses membres, os, veines, artères et nerfs; les difiEereuts tempéraments , chaud et sec , froid et humide, et leur nature ; comment Tàme opère sur le corps ; ses di£P<^rentes sensations et facultés , etc. »
* Voyez, par exemple, chap.X et XI du Protévan* giie , de longs détails sur l'ëtonnement causé à Joseph et à Anne, par la grossesse imprévue de Marie. Des indications plus saillantes me seraient faciles, mais je lés épsrgne à mes lecteurs.
Évangiles authentiques pouvaient seuls y échapper. Ces histoires mensongères présentent des traces continuelles d'opinions ou d^usages admis du temps de leurs auteurs, mais inconnus du temps de Jésus -Chîrist, et quelquefois , plusieurs siècles après. La Vierge y est nommée Notre-Dame et Ste. Marie.* Elle intercède auprès de %,xin Fils pour ceux qui l'invoquent elle-même, et elle leur promet le pardon. Le signe de la croix est pratiqué;** on garde les reliques de Jésus et on leur rend un culte ;*** cellesci font des miracles, ou du moin$ les langes de Fenfant Jésus et l'eau dont il a été lavé, guérissent chaque jour des malades et chassent des démons.**** On pourrait attribuer , peut-être , à de
* Éf^n0. de tEnf,^ I> 11-17. ** Épang, de Nicodème, XII, 24. »** Épong. de fBnf,^ II, i-Sj IH.
♦»♦♦ ihid.^ VI, 16, 17; K-xni.
secrètes vues ces anachronismes> et les croire faits à dessein , pour appuyer certains usages ou certaines doctrines ; cnais voici une véritable méprise historique , qui décidément est du fait de Tignorance des écrivains. Le chapitre III de l'Évangile dç Nicodème est tout entier emprunté à nos Évangiles, sauf un seixl verset ,* destiné sans doute par Tauteur à éclaircir ce qui lui paraissait obscur. Il est piquant que ce verset, seule chose .qu'il ait ajoutée de son propre fonds, trahisse une entière ignorance de Tétat politique et même de la religion et des lois des Juifs, au temps de Jésus-Christ C'est dans le récit de la plainte à Pilate et de rinterrogatoire de Jésus : « Nou^ n'avons le pouvoir de faire mourir personne », disent les accusateurs dans St.
Jean** et dans Féçri vain apocryphe. Mais
» Verset 5. *♦ Jean XYHI, 3i.
ce dernier» au lieu de voir dans ces pa* rôles la perte de Tindépendance des Hébreux, n'a su les expliquer que par le sixième commandement II en a conclu, à ce qu'il paraît, que la loi de Moïse interdisait la peine de mort, et trouvant d'ailleurs que le silence dePilate, en cette occasion, n'était pas bienséant ou pas vraisemblable, il met dans sa bouche cette réponse, qui du reste, irait mieux dans celle d'un rabbin : « Ce commandement : Tu ne tueras points vous regarde , mais ne me regarde pas. »
ARTICLE m.
Leçons et exemples de vertu.
Nous devons nous attendre à trouver ici l'un des plus importants critères de la divinité de nos Évangiles. Une religion divine doit avant tout exciter les hommes à une vertu divine. On sait en
gros comment les Évangiles remplissent cette tâché , maïs on ne le saura bien qu'après les avoir compares aux apocryphes , ehcore sous ce point de vue.
Les Évangiles apocryphes ont ëté écrits les derniers. Leurs auteurs connaissaient les Évangiles canoniques^ prétendaient à les imiter, se disaient chrétiens. Quand ils auraient fidèlement retracé les sublimes beautés des leçons et de la vie de Jésus et des Apôtres , leurs ouvrages ne seraient [ias pour cela dignes de la même admiration ; les Évangiles auraient toujours eu l'immense supériorité de dire les premiers, ce que les autres n'auraient fait que répéter. Nous pourrions même croire d'avance cette dernière tâche assez facile. Hé bien non!
ces écrivains n'y ont pu réussir. A plus forte raison n'auraient-ils pu inventer ce qu'ils n'ont pas su redire.
Que trouvons-nous donc d'utile et de
(^04) ban , dans ces U vres qui se donnent pour riiistoire de Jésus » Touvrage de ses Apôtres, le dépôt de la lumière du monde?
Rien ! Absolument rien pom* Tédification :
voilà le plus tranchant peut-être des caractères, par lesquels ils se distinguent de nos Évangiles. Les auteurs n'y ont pas pensé, ils n'étaient occupés que de satisfaire une ciu*iosité tout humaine.
En second lieu, ces livres ont défiguré le caractère de Jésus. Ils en ont fait, tantôt un être vaniteux qui se plaît à faire montre de son pouvoir et de sa science, qui enseigne la physique, la métaphysique et l'astrologie, au lieu d'annoncer la bonne nouvelle; tantôt une divinité cruelle qui se venge sans miséricorde et sans justice. Horribles détails, sur lesquels je répugne à revenir!
En troisiènfie lieu ces écrits laissent percer de partout, au lieu des vertus divines que le Christianisme inspire, les
( ^o5 ) passions humaines que coflfiprenaient trop bien les auteurs. Il n*y a rien d'élevé» rien de grand, rien de pur, rien de sensible et de doux dans Fesprit qui les inspire. L'âme est froissée en retrouvant le nom divin du Sauveur constamrrieut mêlé à des idées , à des récits^ à des ac-r tes indignes de lui; c'est comme une dissonance perpétuelle qui déchire le cœur, au lieu de la céleste harmonie qui, dans nos Évangiles, entoure le Dieu manifesté en chair. Tantôt des fictions indécentes, des détails grossiers, trahissent des esprits peu chastes. Nous y reconnaissons des Orientaux, dont le Christianisme n'a pu sanctifier entièrement le cœur amolli, mais non les Apôtres, dans l'âme desquels il semble que l'Esprit de leur Maître n'ait jamais laissé reposer une pensée impure. Tantôt l'avidité humaine se montre à nu dans la prétendue histoire de celui qui n'eût pas un lieu où reposer
sa tête. Il semble , dans lés écrits apocryphes , que Marie trafiquât à prix d'or des miracles de son fils, tant rhîstorieii se plaît à parler des riches présents qui les récompensaient. Enfin les seules ver-^ tus que paraissent connaître ces écrivains, sont Jes vertus orgueilleuses que Jésus est venu détrôner, et les vertus monastiques, que de leur temps TÉglise chrétienne con^mençàit à emprunter aux païenne
Combien ce contraste rend nos Évangiles vénérables pour le lecteur qui sait penser! Où donc ont-ils pris ces traits si purs, si doux, si simples à la fois et si sublimes, dont ils revêtent la vertu chrétienne? Ce n-est point là une œuvre brillante qui attire les regards, et éblouisse du premier coup d'oeil; mais elle touche profondément le cœur; elle fait plus, elle le change! Le vulgaire la méconnaît, peutêtre ; mais l'homme sensible , l'homme éclairé, l'âme noble, l'aiment et l'àdo-
( 207 ) rent, et ils s'attachent d'autant plus à cet admirable idéal, qu'ils sont plus sensibles , plus ëclairés , ou plus généreux. Il y avait l'infini entre cet idéal et les hommes grossiers chargés de le retracer.
Leurs contemporains niêmes, qui possédaient nos Évangiles , ne purent probablement en embrasser toute la grandeur, mais la postérité, à mesure qu'elle s'éloigne et s'instruit, en saisit mieux toute la divinité ; ainsi perfectionné pat le Christianisme auquel il doit toujours de nouveaux progrès, le monde trouve danà les lumières mêmes qu'if en reçoit, les moyens de le mieux comprendre.
C'est à nos Évangiles seuls qu'est due la gloire d'un but constamment utile et édifiant C'est là seulement que tout tend à la sainteté et à la régénération de l'homme, que tout l'élève, que tout le purifie, que rien n'est destiné à amuser sa curiosité ou à flatter ses passions.
C'est à nos Évangiles seuls qu'appar-
( :io8 ) tient le caractère de Jésus-Christ, type de la vertu chrétienne, admirable harmonie de douceur et de dignité, de rai* son et d'amour, de prudence et de simplicité! Où vit*on jamais tapt de dévouement joint à tant de calme, et une aussi héroïque vie si fortement empreinte de sagesse et de bon sens? Mais aussi cette grandeur, dépourvue de pompe et de brillant, et voilée sous de si humbles traits, n'est pas aisément saisie par des hommes peu développés. Pour Tadmirer dignement, il faut déjà réunir à un notable degré l'élévation des sentiments aux richesses de la pensée, et j'ai pre^sque dit, à la pureté du goût.
Loin donc, bien loin de nos Évangiles, ces apocryphes absurdes et menteurs, qui , écrits après eux , au sein du Christianisme , quelquefois par des hommes habiles, n'ont pourtant su que défigurer ce qu'il leur suffisait de transcrire! Us
sont Toeuvre de Thomme avec sa corruption et ses faiblesses ; mais nos Êvangi* les sont l'inspiration de celui qui est Es* prit et Véritéi
ARTICLE ÏV.
But des auteurs.
L'homme qui livre au public ses pensées , y a toujours été décidé par un motif jde quelque puissance. En d'autres termes y il a un but dont son écrit portera Tempreinte, fût-ce malgré lui, et dont la recherche aidera puissamment à ap-^ précier l'écrivain et Touvrage. En étudiant le livre sous ce point de vue, nous, parviendrons à connaître Fauteur bien mieux qu'il ne pense* Tantôt nous le verrons aspirer aux succès du génie, tantôt simplement aux petites jouissances de la vanité , quelquefois céder seulement au besoin impérieux de donner un corps à
ses pensées et une veix à ses sentimenti^.
11 veut tantôt répandre une idée, tantôt miner un abus, tantôt ébranler une doctrine. Souvent, avec un talent perfide, un écrivain imposteur déguise sa marche, insinue ce qu'il n'ose dire, et pose des principes dont les lecteurs tireront la conséquence* Il soulève en passant, avec utie indiflférence aflFectée, la question qui lui tien des germes que ront pas de féc( Fauteur ait écrî science , par zèl motif; toujours •vre, et s'il a voi traits emprunté pénétrant il s'est telle étude, app aura d'importar si nous les oppos
Il serait facile , il serait même amu-
sant de rechercher dans chacun de ceux:ci les traces mal déguisées du but tout humain de l'imposteur. Tantôt c'est une doctrine particulière qu'il a voulu fondfer, une vertu monastique à laquelle il a voulu concilier le respect ; assez sou- •^ent c'est une objection qu'il a voulu écarter de nos Livres Saints. Plein de zèle poiir la foi chrétienne, il semblé s'être figuré , chose étrange , que parce qu'elle était divine, il fallait pour la défendre, se hâter d'employer la fraude.
Presque toujours, emporté par une curiosité tout humaine, il a voulu la satisli donner un aliment, raditions populaires jur sa vie. .
des apocryphes se-
le à notre but. Ce ne
mais nos Évangiles
que nous avons en vue d'approfondir. Il
suffit donc d'avoir rappelé le caractère
constant des uns ^ pour faire ressoirtir Ul sincérité du but des autres. Or c'est ici le triomphe de nos Évangiles ; et plus cet exanaen sera sérieux > plus ceux qui le feront seront exercés et habiles; plus, je ne crains pas de Taffirtner, éclatera le caractère divin de ces livres. J'en ai as* sez dit plus haut pour le prouver, et il n'est pas nécessaire de reprendre la question sous cette face nouvelle^ Je demande seulement pour conclure et résumer ridée de cet article : A quoi ressemblent-ils, ces livres où Texamen le plus attentif ne saurait découvrir aucune vue humaine, ni passion à flatter, ni curio* site à satisfaire? ces livres qui ne dissimulent rien, n'affectent rien, n'insinuent rien ? ces livres évidemment étrangers à tout ce qui touche les écrivains ordinaires, mais qui, au milieu de cette noble indifférence^ sont constamment dominés par un but unique et sublime, la régë-
nération des hommes? Noble résultat^ dont ils s'efforcent d'approcher à chaque page et à chaque ligne. Us annoncent la bonne noui^elle et ne s'inquiètent de rien autre. L'amour miséricordieux de rhumanité spuffirante et corrompue ^ YoiHi le principe divin dont ils sont le produit y et aucun alliage impur ne se mêle à ce céleste élément. Ce seul caractère ne suffirait- il pas à nous convaincre de leur divinité?
Le quadruple parallèle que je viens d'esquisser, prouvera beaucoup, j'ose le croire, aux yeux de Fhomme sincère et sensible. S'il n'y trouve pas une démon^ stration ri^ureuse, il y puisera cepen^dant cette conviction morale , qui persuade le cœur en même temps que la raison.
Mais que penser, après cet examen, de ces aveugles ennemis de la foi, qui ont voulu mettre sur la même ligne les
apocryphes et nos Évangiles? SatK avoir ëtudië, sans avoir lu, peut-être, ni les uns ni les autres, malgré la critique et Thistoire, ils ont osé attribuer les mêmes droits aux uns et aux autres. Pour expliquer la préférence accordé^ à nos quatre Livres Sacrés , ils n'ont voulu trou- V€fr d'autre cause que le hasard ou la superstition. Juges aveugles ! où donc étaient leur science et leur bonite foi!
L'homme savant et impartial n'a pas besoin ^jans doute de comparer les Évangiles aux apocryphes pour admirer les premiers; l'étude de l'histoire et celle cïe la critique lui suffisent pour les croire authentiques. Cependant, dès qu'il a mis les uns en regard des autres , l'opposition est trop étonnante pour ne pas en être frappé , et l'œuvre de Dieu ne peut plus se cQpfondre avec celle des hommes. Il croyait aux Évangiles, il s'imaginait peut-être connaître et-sentir leur beauté;
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mais le contraste de tant de souillure et de tant.de pureté, de tant de faiblesse et de tant de grandeur, de tant de sagesse et de tant de folie , la fait bien plus vivement resplendir à ses yeux. Il sent la foi pénétrer dans tout son être, son cœur bat de cette pure joie qu^excite la claire apparition d'une importante vérité, et plein de reconnaissance, il s'écrie avec TApôtre : Je sais en qui foi cru!"
* On s'ëtonnera peut-être que dans ce qui précède » «j'aie pris mon terme de comparaison parmi les apocryphes postérieurs aux Évangiles, et non parmi les apocryphes contemporains. Ceux-ci n'auraient-ils pas ëtë plus curieux à étudier , et l'argument tiré de leur opposition , ne serait-il pas bien plus décisif?
Mais ces écrits sont trop mal conservés pour pouvoir être appréciés avec quelque exactitude. ïloas en possédons quelques phrases, et voilà tout. De plus, ce ne sont réellement pas des apocryphes; car rien ne prouve qu'ils soient Vouvrage de la fraude , et qu'on ait voulu tromper sur le nom de leurs auteurs. Or, s'ils sont Tceuvre de la bonne foi, ils ne^euvent faire ressortir par le contraste celle des évangélistes.
Enfin, sous d'autres points de vue encore, ce con^
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