DES ANNEAUX A SIGNER
Dès que l’écriture fut employée pour expédier des ordres ou pour consigner des conventions, on eut besoin de garantir l’authenticité de ce qu’on écrivait. Cette nécessité suggéra l’idée et amena l’adoption à peu près générale, d’abord chez les Orientaux, d’un signe propre à chaque particulier. Ce signe , gravé ordinairement en creux ou en relief sur le chaton d’un anneau, porté au doigt, parlait, lorsqu’on le voyait apposé , avec toute la force probante attachée au caractère dont était revêtu celui qu’il personnifiait.
« L’usage de ces anneaux, disent les savants auteurs du Nouveau Traité de diplomatique , t. IV, p. 3 , remonte au delà de trois mille ans. Peu de nations qui ne s’en soient servies. » On le trouve en effet chez les Égyptiens, les Perses et les Hébreux. Pharaon donna son anneau à Joseph pour lui transmettre son autorité (1) ; Aman signa du seing du roi l’arrêt d’expulsion des Juifs (2) ; Jézabel apposa l’empreinte de l’anneau d’Achab au bas d’un ordre supposé qu’elle écrivit en son nom (3).
Des nations orientales l’usage de l’anneau à signer s’étendit aux Grecs et aux Romains. Les Romains appelaient cet anneau annulas ou annulus signatorius, pour le distinguer des simples bagues, et les Grecs Sax-ruXto? ou <rppa ?(?. À Rome, la gravure du chaton et l’empreinte qu’elle donnait portaient le nom de signum , signe , seing.
Tout citoyen romain avait son anneau et son signe propre. L’anneau d’or, d’abord marque distinctive des sénateurs, des patriciens et des chevaliers, devint dans la suite commun à tous les ingénus.
(1) Tulit annulum de manu sua et dédit in manu ejus. (Gen., 41.)
(2) Esther, 3, 10.
(3) Scripsit itaque litteras ex nomine Achab et signaTit eas annulo ejus et misit ad majores natu et optimates qui erant in civitate ejus, et habitabant cum Naboth. ( Reg ., 1. III, c. xx, v. 8.)
Ali MOYEN AGE 3
Le droit de le porter fut même étendu aux femmes et aux affranchis par une novelle de Justinien (4).
Les chatons des anneaux à signer affectaient toutes les formes imaginables et représentaient des sujets de toute nature : des noms, des devjses, des maximes, des personnages allégoriques, des portraits, des animaux, des monogrammes. Celui de Darius représentait un aigle tenant un dragon dans ses serres (5); celui de César, une Vénus. La plupart des chatons étaient gravés en creux pour donner une empreinte en relief ; les autres étaient faits pour être trempés dans l’encre et produire une empreinte imprimée.