DES MONOGRAMMES
On entend par monogramme un caractère factice formé des lettres du nom d’un individu. Le monogramme tient plus du dessin que de l’écriture ; il se devine plutôt qu’il se lit, suivant l’expression de Symmaque (1).
L’usage du monogramme est fort ancien. Plutarque et Symmaque en font mention. L’empereur Justin, ne sachant pas écrire, fut le premier, au rapport de Procope, qui l’employa (2). 11 se servait pour le tracer d’une grille dont il suivait les contours avec le calame. Théodoric, roi des Ostrogoths,
(1) Cupio cognoscere an omnes obsignatas acceperis co anulo , quo nomen meum magis intelligi quam legi promtum est. (Symmacus, 1. II, epist. xxi.)
(2) Hist. Arc , c. mi.
usait du même procédé pour apposer son seing manuel. Les papes, primitivement, les empereurs et les rois signaient au moyen du monogramme.
Dans les diplômes et les chartes, le monogramme est généralement désigné par les mots : monogramma et caracter nominis. Quelquefois cependant on le trouve appelé signaculian.
Parmi les rois mérovingiens, il n’y eut que ceux qui ne surent pas écrire qui se servirent du ftionogramme, tels que Clovis II et III (3). Charlemagne, le premier, en introduisit l’usage constant, usage qui persévéra jusqu’à Philippe 1Y. Avant son élévation à l’empire, il ne signait que d’une simple croix. Le premier aussi, il introduisit l’usage des monogrammes cruciformes (4). On doit donc considérer comme apocryphe le monogramme de Clovis I er publié par Étienne Pérard (5), et c’est avec raison encore que M. Benjamin Fillon (6) fait remarquer que celui de Dagobert, reproduit par Montfaucon dans ses Monuments de la monarchie française (7), ne peut être que l’œuvre d’un faussaire.
(8) V. Mabillou, p. 377, pl. xvm.
(4) V. pl. iv, n° 1, son monogr., et, n»« 2 et 3, ceux de Conrad et de Louis d’Outremer.
(5) Recueil de plusieurs pièces curieuses servant à l'histoire de Bourgogne, p. 21.
(6) Considérations historiques et artistiques sur les monnaies de France, p. 52, note.
(7) Tome I", pl. xti, n° 6.
Ali MOYEN AGE 27
Les rois de la troisième race laissèrent à leurs chanceliers ou à leurs notaires le soin de tracer leur monogramme, se bornant, eux, à inscrire un Y dans le losange central des monogrammes cruciformes (8). Mabillon, en signalant cette lettre, se demande quelle est sa signification. Est-ce l’Y symbolique de Pythagore, ou bien une simple marque abréviative d’approbation? Ya, en anglais et en allemand, veut dire oui. Charlemagne, qui aimait à parler quelquefois le tudesque, l’a-t-il imaginée (9)?
Très-souvent le monogramme du même souverain n’était pas tracé d’une manière identique par les scribes chargés de l’apposer. Sa force probante ne consistait pas dans une forme déterminée, il sulflsait que toutes ou la plus grande partie des lettres du nom royal entrassent dans sa composition (9 bis). On peut comparer comme exemple les monogrammes de Louis le Débonnaire (F. pl. iv, n°‘ 4 et 5) tracés sur deux diplômes de l’an 824 conservés aujourd’hui à la Bibliothèque impériale (10).
(8) V. pl. iv, n°< 1, 2 et 3, les seings de Charlemagne, Louis d’Outremer et Conrad; et pl. un, n°* 7, 9; pl. xxxn, n° 4; pl. mm, n°* 1 et 2; pl. xxxrv, n 0 ' 2, 3, 4 et 5; pl. xxxv, n“ 1, 2 et 3; pl. xxxvi , n°> 1 et 2; pl. xxxvn, n« 1 et 4.
(9) De re diplomatica, p. 157.
(9 bis) Peut-être aussi que ces variations introduites dans les monogrammes avaient pour but de dérouter les faussaires.
(10) Chartes originales de Cluny, n“ 9 et 10.
La signature en monogramme ne fut pas exclusivement employée par les papes, les rois et les empereurs , car on connaît des seings manuels de cette nature tracés par des évêques, de grands feudataires, voire même de simples abbés (11) et des notaires impériaux (12).