PREMIÈRE PARTIE
Organisation des communautés aux temps apostoliques
En commençant son étude sur le problème dont nous cherchons la solution, Réville s'exprime de la manière suivante ! : « Jésus de Nazareth a fondé une religion, il n'a pas créé d'Eglise nouvelle. Il n’a pas songé, un instant, à remplacer, par de nouvelles institutions ecclésiastiques, celles du judaïsme de son temps : la Synagogue, le Temple. |
A quoi bon? ces institutions ont besoin seulement d'être réformées par l'infusion d’un esprit nouveau : Jésus cherche à débarrasser la Synagogue de son étroitesse et de son formalisme, mais nulle part, nous ne trouvons le moindre souvenir d'une tentative quelconque pour lui substituer un culte ou un organisme ecclésiastique ditférent. Qu'importent à Jésus, ce grand idéaliste, les formes extérieures du culte, qu'importent les dispositions organiques de la société religieuse pourvu que les cœurs soient remplis de l'amour de Dieu ?
Le silence des évangiles sur les principes de Jésus, en matière de constitution ecclésiastique, ne saurait, donc être attribué aux lacunes de la tradition qu'ils ont enregistrée. Il ne peut étonner que ceux qui n'ont rien compris
1 Réville. Les origines de l’Episcopal, p. 24 et suiv.
à l’histoire évangélique ou qui voient le Christ à travers les préjugés de leur dogmatique. Ils ne nous rapportent rien, parce que Jésus n’a rien enseigné en ces matières ; vieille vérité qu’il est indispensable de rappeler au début d’une enquête sur la formation du gouvernement ecclésiastique, parce qu'elle condamne sans appel toutes les théories qui font remonter jusqu’au Christ lui-même les principes de telle ou telle institution ecclésiastique.
« Quant aux apôtres, reçurent-ils de lui une fonction ecclésiastique ? On n’en trouve aucune trace. Les instructions que leur donne Jésus ne visent en aucune façon la constitution d’une Eglise !. »
Nous ne dirons pas que Réville ait vu les choses à travers les préjugés de sa dogmatique, car il n'en a point. mais nous croyons bien qu'il les a considérées à travers les préjugés du rationalisme. Il serait trop long de le suivre sur ce terrain, du reste, notre but est tout autre; mais quand on fait de Jésus un idéaliste, semblable à d’autres illuminés que l’histoire nous présente, quand on ne voit dans les évangiles que des ouvrages d'auteurs accommodant les faits à leurs idées, quand on écarte, comme il le fait, les textes clairs et formels sur l'autorité donnée à saint Pierre ?, nous comprenons que l’auteur ne puisse voir aucune trace de constitution ecclésiastique, qu'il ne considère la mission de Jésus-Christ et celle des
1 Réville. Ouvrage cité, p. 27.
2 Math., xvi, 13-20, voir l’explication qu'en donne Réville dans son ouvrage, p. 31 et suiv. : « Les versets 18 et 19, dit-il, appartiennent à une couche secondaire de la tradition évangélique. Ils représentent une tradition judéo-chrétienne inspirée par le désir de fortifier l'autorité de l’apôtre Pierre. Ils ne peuvent pas être authentiques sous leur forme actuelle : mais il est possible qu’ils soient le développement ou l’altération de quelque parole primitive dans laquelle Jésus reconnaissait en Pierre le premier, en date, de ses véritables disciples. »
apôtres que comme une œuvre d'assainissement moral n'ayant aucun lien avec une organisation sociale.
Pour nous, qui n'avons pas les mêmes raisons que Réville d'admettre dans les évangiles un mélange de traditions à tendance, il nous semble que l'Evangile déjà nous montre dans Jésus-Christ lui-même le fondateur d'une société organisée.
Dans le passage même que nous avons sous les veux, Jésus déclare formellement, de la manière la plus explicite, qu'il veut fonder une Eglise !. Cette Eglise nous représente une demeure bien organisée ayant un fondement inébranlable. Cette Kglise, il la compare encore à une cité dont l’apôtre Pierre possèdera les clefs 2. Il suffit de se rappeler les usages anciens ponr savoir que la remise des clefs donnait à celui qui les recevait tout pouvoir sur la ville. Et qu'on ne dise pas qu'il s’agit uniquement du royaume des cieux, Car, au même endroit, nous voyons que saint Pierre exercera un pouvoir souverain sur la terre puisque ses décisions, ses lois seront ratifiées dans le ciel #.
En d'autres endroits encore, le Sauveur compare son Eglise à une maison, à un royaume qui est bien uni, à un troupeau dirigé par un pasteur : il nous donne donc l’idée d'une organisation au sein de cette Eglise qu'il vient fonder.
Il est vrai que les évangiles sont sobres de détails sur la constitution de l'Eglise : mais nous pourrions trouver, dans d’autres documents émanés des apôtres eux-mêmes: des notions plus complètes, plus explicites sur l'organisation de cette société.
C'est l'étude de ces écrits que nous allons maintenant entreprendre.
1 Math., xvi, 18, ædificabo ecclesiam meam, 2 Idem, 19.
3 dem.
Comme le christianisme naissant s’est affirmé dans deux milieux différents, en terre juive et en terre païenne, nous devons, pour plus de clarté, considérer l’action de l'Eglise, son organisation sur ce double terrain : nous parlerons donc, dans un premier chapitre, de l'Eglise de Jérusalem ; dans un second, des Eglises fondées hors de la Palestine !.
1 Nous avertissons le lecteur que nous ne nous arrêterons pas à discuter l'authenticité et l'intégrité des écrits du Nouveau Testament que nous aurons à citer : nous supposons ce travail fait. D’assez éminents exégètes ont victorieusement accompli cette démonstration : nous nous en tenons à leurs conclusions