‹ De l'Origine Divine de l'ÉpiscopatChapitre 16 sur 25 · PAC ADO. VI · texte numérisé non relu

PAC ADO. VI

2 Idem, vin, 17.

DE L'ORIGINE DIVINE DE L'ÉPISTOPAT ÿ

de Paul et de Silas !. Nous Les voyons encore figurer dans la réunion de Jérusalem qui trancha la question des observances de la loi mosaïque ?.

Qui étaient ces anciens? D'où venaient-ils ? Quelles étaient leurs fonctions ? C'est ce que l’auteur des Actes ne dit pas. Tout ce que nous pouvons en conclure pour le moment cest qu'ils ont une place à part, ils sont distincts du reste des fidèles : ils forment une sorte de conseil, mais leur autorité est toujours subordonnée à celle des apôtres.

Un personnage a pris une place spéciale dans l'Eglise de Jérusalem, c'est saint Jacques, le frère du Seigneur. C'est à lui que saint Pierre, sorti de prison, fait annoncer sa délivrance Ÿ: au concile de Jérusalem, il est seul à prendre la parole après saint Pierre, et c'est lui-même qui fait adopter la résolution dispensant les chrétiens des prescriptions de la loi mosaïque *; c'est à lui que saint Paul se présente à son arrivée à Jérusalem et c’est chez lui aussi que les seniores se réunissent à cette occasion ©. Dans la lettre aux Galates, saint Paul dit que, sauf Pierre, il n’a vu aucun des apôtres, excepté Jacques 5. Enfin, dans la même lettre, les députés de Jérusalem viennent de la part de Jacques 7. Il est donc incontestable que ce personnage joue un rôle important dans cette communauté, qu'il y occupe une place spéciale.

Comment faut-il comprendre et expliquer cette prédominance ? D'aucuns n'ont voulu y voir qu'une simple

‘1 Act. Apost. xI, 30 DV SE ON AIPRE dem

4 Idem, x, 13-22.

5 Idem, xxi, 18.

6 Ad Gal. 1, 19.

1 Tdem, xx, l2:

prééminence morale. « Rien, dit de Pressensé, n’est plus facile à comprendre. Sa parenté avec Jésus-Christ avait un prix infini aux yeux des premiers chrétiens qui ne se croyaient pas obligés de refouler les sentiments naturels et indestructibles du cœur humain. Le caractère de saint Jacques, sa piété, la forme même quelle avait revètue, tout contribuait à grandir son influence à Jérusalem. Il n’est pas nécessaire, pour expliquer cette influence, de recourir à une investiture apostolique. Il est probable qu'il a obtenu cette considération par le seul ascendant de sa piété. Hégésippe déclare nettement qu'il avait déjà participé au gouvernement de l'Eglise avec Pierre et Jean : son droit était égal au leur et pour l'exercer, il n'était besoin ni de hiérarchie, ni de succession apostolique !. »

Cette idée est aussi celle de Réville : « Dans les Actes, dit-il, il n’est pas fait la moindre allusion à la fonction épiscopale de Jacques. Les fidèles de Jérusalem devaient être amenés facilement à voir dans la personne de leur chef le véritable grand prêtre. Bien plus, ce chef était le propre frère du Messie, l'héritier de ses droits. On sait, par l'exemple de l'Islamisme, quelle importance ces questions de parenté et de consanguinité possèdent aux yeux des populations sémitiques. lorsqu'elles craient que le Prophète, le Messie ou le Mahdi est apparu. »

Les chrétiens de Jérusalem se plaçaient à un point de vue national juif, bien étranger à l'Eglise ultérieure ?.

Aux probabilités qu'invoque de Pressensé, nous nous permettrons d'opposer d’autres considérations qui ont plus de poids à nos yeux. Comme Hégésippe le fait remarquer, saint Jacques avait participé au gouvernement de l'Eglise parce qu'il était un des douze apôtres.

‘ De Pressensé. Le siècle apostolique, l'e période, p. 215 et suiv. 2 Réville. Les origines de l'Episcopat, p. 84 et suiv,

Ce dernier point ne peut souffrir de difficulté après le témoignage de saint Paul qui dit dans sa lettre aax Galates : « Je restai, à Jérusalem, quinze jours avec Pierre : des autres apôtres, je n'ai vu que Jacques, le frère du Seigneur !. »

Or, par le fait même de sa dignité d'apôtre, saint Jacques possédait des pouvoirs très étendus, plus considérables même que ceux, plus tard, attribués et reconnus aux évêques. Pour devenir évêque de Jérusalem, saint Jacques n'avait pas besoin, ainsi que le dit de Pressensé, d'une investiture apostolique : l'épiscopat était contenu dans l'apostolat des douze : par le fait qu'un apôtre s’attachait à une ville, qu'il v établissait sa résidence, qu'il v dirigeait une communauté, qu'il y pourvoyait à l'enseionement des fidèles, qu'il y célébrait le sacrifice eucharistique, assisté ou non par un conseil d'anciens, il devenait le chef de cette CHU DNA Ante, ce que plus tard on a appelé l'évêque.

Or, c'est ce que nous voyons réalisé dans la personne de saint Jacques. Tandis que les autres apôtres se dispersent pour aller prècher l'Evangile dans le monde entier, lui reste à Jérusalem, il s'occupe de cette communauté, il y apparaît toujours comme le chef incontesté : il en est le novectus ; Cela suffit pour que nous ayons le droit de voir en lui un évêque ?.

1 Ep. ad Gal. 1, 18,519.

2 Notre argumentation repose sur ce fait que saint Jacques, en qui nous voyons un évêque de Jérusalem, n’est autre que saint Jacques l’apôtre, fils d’Alphée.

Le Nouveau Testament ne connaît pas trois personnages du nom de Jacques, mais deux seulement qu’il distingue suffisamment pendant leur vie, tandis qu'après la mort du premier Jacques, frère de Jean ou fils de Zébédée, mort arrivée en l’an 41 ou 42, il n’en connait plus qu’un, qu’il appelle : Jacques, fils d’Alphée, ou Jacques, frère du Seigneur, ou Jacques sans autre désignation,

La Tradition vient confirmer cette manière de voir elle nous dit que saint Jacques a été évêque de Jérusalem. Cest ce qu'Eusèbe affirme en termes formels dans son histoire ecclésiastique : « Cet apôtre, du nom de Jacques, frère du Seigneur, surnommé le Juste, à cause de ses vertus est, d'après les historiens, le premier qui ait occupé le siège de Jérusalem. » Voici ce que dit saint Clément au sixième livre de ses Hypotvposes : « Après l'Ascension

(Cf. Marc, xv, 40; Act. Apost. 1, 13; xIx, 2 coll. Act. Apost. xur, 17; lee LAS tadiGal Tr AS Er 2 MIA COL ETC) ES ALTUMRAU dit positivement que Jacques, fils d’Alphée. cité comme apôtre, n’est pas différent de Jacques, frère du Seigneur, puisque parlant de saint Jacques qui faisait partie du collège apostolique, il appelle : Jacobum, fratrem Domini.

Quant à la désignation de frère du Seigneur qui lui est donnée, il n’y a pas lieu de s'étonner. On sait qu’en hébreux, l’oncle appelle son neveu HN édskpoc ; c’est ainsi que Lot est appelé, à diverses reprises, frère d'Abraham, bien qu’il ne fût que son neveu. (CÉ Gen. x1u1, 8; xIV, l4, coll. eum Gen. xt, 26, 27.) Ce même mot désigne encore d’autres parents, des cousins (Cf. Num. xvr, 10); il a un sens encore plus étendu ; on s’en sert pour exprimer que homme dont on parle appartient à un peuple de même race (Cf. Num. xx, 14) (Pour cette question, consulter Vigouroux. Les Livres saints et la Critique ralionaliste. Paris 1891. Tom. V, p 402 et suiv)

De ce fait bien établi, tombe l’objection de M. de Pressensé : « On s'appuie, dit-il, dans une note à la page 215, pour assimiler Jacques, frère du Seigneur, à Jacques, fils d’Alphée, sur ce que ce dernier étant évidemment parent de Jésus-Christ par sa mère (Joan. x1x, 25), ce nom de frère aurait pu lui être donné par extension de terme. On invoque aussi Gal. 1, 19, où Jacques, frère du Seigneur est mis au rang des apôtres.

Ces raisons nous paraissent faibles : c’est évidemment une raison dogmatique qui à poussé à détourner le mot &dekgôç de son sens naturel : quant à la désignation d’apôtre, appliquée par saint Paul, il n’y à là aucune difficulté, une fois que l’on admet l'élargissement graduel des notions sur l’apostolat.

La plus ancienne tradition, dit-il encore, est dans le sens de notre opinion ; elle présente saint Jacques comme le propre frère du Seigneur. Eusèbe (H. E 11, 23) est aussi explicite que possible sur ce

(= A PE EN 4 CR AE NS D MTE TOME . Ne er AUS AE Ven Re ON ER br:

du Sauveur, bien que Pierre, Jacques et Jean eussent été tous trois préférés aux autres, ils ne revendiquèrent point pour eux la gloire de la primauté, mais ils établirent comme évêque des apôtres, Jacques surnommé le Juste. Or, il existait deux personnages de ce nom : celui-ci, qui fut précipité du haut du Temple et achevé par un foulon et celui qui eut la tête tranchée par Hérode et qui était frère de saint Jean. C'est du même saint Jacques, surnommé le Juste, que saint Paul fait mention lorsqu'il dit : Des autres apôtres, je n'ai vu que Jacques, le frère du Seigneur !. »

On a cherché à infirmer le témoignage de la Tradition en faisant remarquer, d'après l'historien Hégésippe, que Siméon est le premier qui soit nommé évêque. Voici les paroles de l'historien cité par Kusèbe : « Après que saint Jacques, surnommé le Juste, eut été martvrisé, Siméon, fils de Cléophas, désigné par la voix de Dieu, fut nommé évêque : tous le choisirent parce qu'il était parent du Seigneur. Un certain Théobutis, qui avait été, avec raison, écarté de l’épiscopat, commença alors à semer le trouble dans la communauté ?. »

Or, Hégésippe ne dit pas que Siméon ait été le premier revêtu de la dignité épiscopale : il constate et raconte simplement, qu'après la mort de saint Jacques, Siméon a

point. Jacques, dans son épitre, ne se donne aucune qualification apostolique. Jean déclare que les frères du Seigneur n'avaient pas cru en lui, alors que Jacques, fils d’Alphée, était au rang des apôtres. Enfin, dans les Actes (1, 13, 14), les frères du Seigneur sont positivement désignés à côté des apôtres, par conséquent, distingués d'eux. »

Ce que nous avons dit, et les explications données par Vigouroux, suffisent pour expliquer les allégués de M. de Pressensé.

Eusèbe. H. E., liv. Il, 23, d’après Migne. Patrologiæ cursdus completus : patr. græcæ, tom. XX.

3 Eusèbe. Ouvrage cité, Liv. IV, 22.

été choisi pour occuper le siège de Jérusalem. Bien plus, comme le fait remarquer Hilgenfeld, réfutant l'opinion de Lœning, Hégésippe mentionne Siméon comme le second évêque établi à Jérusalem. « Lœning. dit Hilgenfeld #, combat l’épiscopat de saint Jacques : il ne reçoit aucun titre, précisément parce qu'il ne remplissait pas d'office : de fait seulement, les chrétiens se soumettaient à son influence, Siméon est le premier qui soit désigné comme évêque. Gela est faux d’après Hilgenfeld, puisque Hégésippe dit que Siméon fut le second établi pour gouverner PESTE

« Qu'il n'y ait pas eu de chef dans la communauté de Jérusalem, dit encore Hilgenfeld, c’est ce qu'Hégésippe ne donne pas droit de supposer. Eusèbe n’en sait rien non plus, puisque, à différentes reprises. il désigne Siméon comme évêque de Jérusalem, mais après saint Jacques #. »

Winsterstein expose aussi dans le même sens, et d'une manière plus explicite, la situation de cet apôtre : « Dès l’origine, compagnon et remplaçant des apôtres, par le fait qu'aucun de ceux-ci ne put séjourner à Jérusalem, il est devenu le chef particulier de cette communauté. Les fonctions qu'il remplit sont analogues à celles qui, plus tard, échurent à la charge épiscopale. Bien que dans les Actes et les lettres de saint Paul, il ne soit jamais nommé évêque, cependant, la situation qu'il oceupe a une grande similitude avec celle d’un homme revêtu de la dignité épiscopale. Sa signification dans l'histoire de l'organisation ecclésiastique est surtout dans ce fait qu'il a eu des

‘ Hilgenfeld. Die Verfassung der christ. Urgemeinde in Palæstina, dans Zeitschrift für wissenschaflt. Theol. 1890, p. 105.

3 Eusèbe H. E. IV, 22. Voici les termes dont se sert Hégésippe : noir 6 ex eïov aùrod Jiuewv 6 Toù Kiwnà xabioruru ênisxonoc. êy TOOËOEVTO RAYTEG EVE ÊvTa TOù Kvotov dertepov.

s Hilgenfeld. Ouvrage cité, p. 111. Eusèbe. H E zr:', 11, 22, 32.

DE L'ORIGINE DIVINE DE L'ÉPISCOPAT à

fonctions officielles, dans un cercle d'actions déterminé : de là résulte qu'on peut voir en lui le premier évêque !. »

Tel à été, autant que permettent de le conclure les quelques documents de l'Ecriture Sainte et de la Tradition, tel a été l’état de la première communauté fondée à Jérusalem, parmi les Juifs, tel a été le rôle joué par saint Jacques au sein de cette communauté, rôle qui est celui d’un chef unique, ayant une charge déterminée, rôle qui ressemble beaucoup à celui qui, plus tard, sera rempli par les évêques : bien que Réville dise qu'il n’y ait aucun lien historique direct entre la situation de Jacques à Jérusalem et l’épiscopat chrétien ?.

Ce qui s’est fait à Jérusalem s'est-il accompli ailleurs ? De la constitution donnée à cette Eglise pouvons-nous conclure qu'il en a été de même ailleurs ? Le P. de Smedt le pense : « Dès lors, dit-il, il est extrêmement probable que les autres Eglises, successivement fondées, ont dû recevoir un évêque semblable. L'organisation de l'Eglise de Jérusalem leur a naturellement servi de modèle. De plus, si les apôtres ont jugé à propos d'en établir un à Jérusalem où ils résidaient encore, à plus forte raison, durent-ils avoir soin de garantir la stabilité des autres Eglises en mettant à leur tête des hommes sûrs, choisis parmi leurs disciples, qui fussent leurs intermédiaires auprès des fidèles. Ainsi Tite en Crète, Timothée à Ephèse, les sept anges de l’Apocalypse #. »

Avant de nous prononcer sur la justesse de ces conclusions, nous croyons opportun d'étudier les sources qui nous parlent des Eglises fondées en terre païenne.

1 Winsterstein. Der Episcopal in den drei ersten christ. Jahrhunderten, p. 6, 8.

2 Réville. Les origines de l'Episcopat, p. 87.

3 P, de Smedt Organis. des Eglises. Revue des quest. histor., p.342.

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