‹ De l'Origine Divine de l'ÉpiscopatChapitre 18 sur 25 · PAROLE · texte numérisé non relu

PAROLE

3 J ad Tim., v, 19, 20.

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pourvoir à l'avenir spirituel de ces communautés non seulement pendant leur vie, mais encore après leur mort, puisqu'ils doivent choisir des hommes capables de bien continuer leur œuvre. Ils ne sont pas apôtres dans le sens rigoureux et propre de ce mot, mais ils ont une mission tout à fait spéciale dans l'église confiée à leur sollicitude, c'est de garder la foi, de veiller sur les autres conducteurs des communautés, d'en établir là où il n’y en a pas encore, de régler l’administration de ces églises, de manière à assurer, après eux, la conservation fidèle du dépôt de la foi, à prévenir et à écarter les désordres qui pourraient apporter le trouble au milieu des chrétiens.

En vérité, n'y a-t-il pas là une organisation ecclésiastique assez bien définie ? une transmission régulière et garantie de la saine tradition par le moyen d’une transmission régulière du pouvoir ? Jésus-Christ a envoyé Paul, Paul envoye Timothée, Timothée établit d’autres noecévreoous qui, à leur tour, devront établir des successeurs : c'est bien le principe de l’autorité qui est ormulé dans la doctrine de l’Apôtre, doctrine en vertu de laquelle tout doit partir de l’activité d’un seul : le mot épiscopal unitaire pour désigner ce pouvoir d’un seul n’est pas inscrit, mais la chose y est, et sans crainte d'aller trop loin, nous pouvons voir dans l’autorité donnée à Timothée et à Tite le type de l’autorité que nous verrons se développer dans les évêques.

Pour expliquer ce pouvoir des deux disciples de saint Paul, on a voulu en faire des délégués apostoliques. « Ils ne se rattachent, dit Réville, à aucune église locale : ce sont donc des itinérants. Ils ne sont pas apôtres cependant, ils remplissent les fonctions d’évangélistes : ce sont les délégués de l’Apôtre, au même titre que celui-ci est envoyé du Christ !. »

1 Réville. Ouvrage cité, p. 276.

Ce que nous venons de dire s'explique beaucoup mieux. croyons-nous, dans le sens d’un pouvoir régulier et transmissible, que dans le sens d’une mission temporaire, comme l’eût été celle de ces délégués, mission qui, de de l’aveu de Réville lui-même, ne se trouve nulle part ailleurs !. S'il fallait admettre ce point de vue, il faudrait admettre que ceux établis par Timothée et Tite, d'après la recommandation expresse de saint Paul. seront aussi des délégués, mais il n’est pas question, dans l'histoire, d’un tel rouage administratif consistant dans la présence de simples délégués qui ont une mission purement temporaire, qui se transportent là où le besoin de leur présence se fait sentir. La mission de Timothée et de Tite est beaucoup plus complète, beaucoup plus considérable : il ne s’agit pas simplement de porter à une communauté des recommandations de l'Apôtre, mais il faut pourvoir à l’avenir d’une église, et cela après la mort de l’Apôtre, qui ne doit pas tarder, comme lui-même le dit à son disciple : même après la mort de ces premiers délégués, leur autorité sera transmise à d’autres et ainsi de suite. N'est-il pas plus conforme à la nature des institutions et au sens des textes eux-mêmes de voir ici le commencement d’un pouvoir régulier, établi par les apôtres, et destiné à assurer le maintien de la foi et de la discipline dans l'Eglise ?

Ainsi s’expliquerait, d’ailleurs, facilement pourquoi les lettres pastorales de saint Paul sont les seules où nous voyons une organisation plus développée : ces lettres étant des dernières de l’Apôtre, précédant de quelques années seulement sa fin, il est tout naturel qu'il y établisse les principes et les organes administratifs qui devront, après sa mort, maintenir l'Eglise : jusque-là, le besoin d’une

1 Réville. Ouvrage cité, p. 282.

DE L'ORIGINE DIVINE DE L'ÉPISCOPAT ee

pareille administration ne s'était pas même fait sentir : les communautés étaient moins développées, l’Apôtre pouvait plus aisément par lui-même s'occuper de la bonne marche des églises naissantes : il pouvait aussi, comme il l’a fait du reste plusieurs fois, envoyer, si besoin était. des délégués, porteurs d’une mission verbale ou écrite. Mais après sa mort, qu'arriverait-il ? Saint Paul annonce déjà qu'il y aura des schismes, des hérésies:; laissera-t-il ces communautés livrées sans défense à l'anarchie ? Non : il leur donne des chefs, deux d’entre eux sont connus : ce sont Timothée et Tite : ce que saint Paul à fait pour eux, ils Le feront pour d’autres et ainsi va s'établir dans l'Eglise le principe de la succession apostolique, principe qui ira se développant à l’époque suivante.

Nous n'avons rien dit des textes où saint Paul parle de l'institution des épiscopes et des prêtres !. Cest qu'il est bien diflicile d'en déduire une conclusion certaine qui permette de dire qu'il y a là un évêque unique assisté d'un collège de prêtres : les termes ici encore semblent s'appliquer aux mêmes personnages du moins dans la lettre à Tite : après avoir dit à son disciple d'établir dans les villes des avso6vregous, saint Paul ajoute : dei yàe vor nioxonor dvéyainror sb, etc. Et c'est pourquoi les auteurs indépendants de la tradition catholique ont dit que, même dans les pastorales, il n'y a que deux degrés de la hiérarchie et qu'il n’y est pas question d’un épiscopat unitaire. Cependant, ferons-nous remarquer, les offices de Tite et de Timothée, comme nous l'avons dit, sont bien ceux d’un personnage unique ayant une place tout à fait à part dans la communauté, jouissant d’une autorité qui n'appartient qu'à lui seul. De plus, ajouterons-nous. en recommandant à son disciple Tite d'établir dans les principales villes des

1 J ad Tim., 11, 1-2 et ad Tit., 5-7.

nosobvregovc, comme il l’a fait lui-même : Sicut el ego desposui tibi : saint Paul ne semble-t-il pas indiquer par là que Tite doit pourvoir à l'institution d’un chef unique dans chaque église locale importante, telle que devait l’être l'église d’une grande ville : ainsi s’expliquerait peut-être plus facilement cet emploi du singulier qui intervient immédiatement : « Si quis sine crimine est. oportet enim episcopum (ad Tit., 1, 5-7). Gette dernière raison semble même assez décisive à Réville pour supposer qu'il y à eu passage de l’épiscopat plural à un épiscopat unitaire. « On n’en garde pas moins l'impression, dit-il, que ce double emploi du singulier n’est pas l'effet du hasard. Pourquoi, en effet, le rédacteur de la première lettre à Timothée aurait-il parlé de l’épiscope en tant que catégorie, tandis qu'il parle des diacres, des veuves, des presbytres au pluriel? Le seul passage où 29e66vre0os soit employé au singulier ([ ad Tim., v, 1) est justement celui où ce mot signifie homme âgé. (Il est, en effet, en opposition avec juvenes). T faudrait de bonnes raisons pour contester l’interprétation naturelle d’après laquelle l’auteur ne connaît qu'un épiscope par communauté !. »

Sans vouloir nous déclarer d’une façon aussi décisive. nous croyons que ces raisons ne sont pas à dédaigner : mais il nous suflit d'avoir vu le rôle attribué à Tite et à Timothée, pour que nous puissions dire : Les lettres pastorales nous révèlent une organisation plus précise que les autres écrits de saint Paul : elles nous montrent à la tête de deux grandes églises un chef unique ayant la charge de transmettre cette fonction à des successeurs, ainsi que de l'instituer dans les autres églises qu'il fondera. Que le titulaire en charge s'appelle êxiçronos où npec@iTegoc, cette dénomination n’est pas essentielle pour nous : la mission

! Réville. Ouvrage cité, p. 301

dont il est revêtu nous autorise à dire que nous ne sommes plus ici en présence de communautés dirigées par un collège de prêtres, mais bien par un chef unique de par l’institution apostolique.

Il nous resterait encore à parler brièvement de l'épitre de saint Pierre et de l’Apocalypse : mais les données présentées par ces deux écrits sont si courtes, si peu précises que nous ne pouvons pas en déduire de conclusion bien ferme pour notre travail. Dans la première épitre de saint Pierre, le mot énioxonos pour désigner le chef de la communauté est réservé au Christ qui est appelé le berger et le surveillant des âmes (I Pet., 11, 25). Le seul endroit où il soit parlé des conducteurs de la communauté est le suivant : « J’exhorte les presbytres qui sont parmi nous, moi qui suis leur ovunçeo6utegos : paissez Le troupeau de Dieu (éxioxonoèvreg), surveillant non par contrainte, mais avec bonne volonté f. »

Nous nous trouvons ici en face d’un passage analogue à celui des Actes (xx. 28). Ici, comme dans les Actes, ces conducteurs de communautés sont appelés zpe06vreoo et ils ont la charge d’éxioxoneir, ils sont les bergers du troupeau. Le terme zçe06vregos ne permet pas de, conclure que nous ayons devant nous de simples prêtres puisque l’apôtre saint Pierre se désigne lui-même sous ce titre. D'autre part, nous voyons par la charge qui leur est assignée que leur rôle ne se réduit pas à une pure prééminence morale comme le serait celle qui découlerait de l’âge ou de l'ancienneté au service de l’Eglise, mais qu'elle comporte des fonctions de surveillance, de direction, d’administration : on ne s’expliquerait pas, en dehors de cette idée, les avertissements donnés par saint Pierre qui les met en garde contre l'ambition, l’avarice, les abus de

OIRAPEL LV, 0e

pouvoirs. Toutefois, on ne peut pas décider, par la simple étude du texte, si ces directeurs de communautés forment un collège de prêtres qui remplacent l’Apôtre auprès des fidèles, ou si ce sont réellement les évêques attachés à chacune des églises auxquelles s'adresse la lettre du prince des apôtres.

Quant à l’Apocalypse de saint Jean, si nous le citons en passant, c'est pour mentionner l'opinion de ceux qui voient dans les anges des églises les évêques des églises : c’est le sentiment de Winterstein : « Dans les anges de l’'Apocalypse, dit-il, aussi bien que dans Diotrephès dont parle saint Jean, il faut reconnaître des évêques, car le mot &yyehos aussi bien que celui d’apôtre a été employé pour désigner l’évêque !. »

Il est bien vrai que ces anges désignent des hommes pris en particulier et non pas, comme l’a dit de Pressensé, « la personnification symbolique d’une église ?, » car, ils doivent veiller sur les doctrines annoncées, éloigner les séducteurs *, ils sont responsables du mal qui arrive, comme aussi ils sont loués du bien qui s’y fait. Toutes ces attributions, réservées à un homme seul, conviendraient bien à un évêque. En l'absence de preuves plus décisives, obligés que nous sommes pour le moment de nous en tenir au texte lui-même, nous n'oserions trancher la question ; nous nous rangerions plus volontiers à l’idée de M. l'abbé Duchesne qui dit : « L'opinion qui y voit (dans les anges de l’Apocalypse) des évêques est loin d'être admise par tout le monde, elle ne ressort du texte que si on l'éclaire par la tradition postérieure #, »

1 Winterstein. Ouvrage cité, p. 23.

de Pressensé. Le siècle apostolique, 2e période, p. 429.

8 Apoc., It, 14, 15, 20.

* Duchesne. L’épiscopat dans les lettres de saint Ignace. Origines chrétiennes. Leçons d’hist. ecclés. lithogr.

En terminant cette première partie, résumons brièvement les conclusions qui nous paraissent découler légitimement de l'étude des textes. De la simple dénomination sous laquelle sont désignés les chefs des églises, roscBregoc, ënisxonoc, nous n'avons pu déduire qu'il s'agisse là d'évéques dans le sens propre du mot, parce que ces termes, ainsi que nous l'avons vu, s'appliquent aux mêmes personnages : toutefois, nous trouvons dans les fonctions attribuées à ces personnages par les derniers écrits du Nouveau Testament, une distinction qui permet de conclure à l'existence d'un chef unique dans les principales communautés. Nous disons, dans les derniers écrits, c'est-à-dire, dans les lettres pastorales : car, pour les premiers, la distinction n'y est pas marquée d’une façon assez précise : la raison, crovons-nous, en est bien simple. Les évêques unitaires n’existaient pas encore, le besoin ne s'en faisait pas sentir. Les communautés alors étant peu étendues, le nombre des fidèles assez restreint, l’Apôtre pouvait suffire à l'administration de ces églises locales, en se faisant aider par des diacres pour les œuvres de bienfaisance, et par un collège de prêtres : lui s’en allait prècher plus loin, mais restait en relations avec ses premiers convertis, soit par des délégués, soit par ses lettres.

Il ne faut pas oublier non plus qu'aux premières années de prédications apostoliques, le Saint-Esprit faisait beaucoup plus sentir son influence directe, ainsi qu'on le voit, par le nombre des prophètes, des thaumaturges dont nous parlent les écrits du Nouveau Testament. Cette abondance de charismes s'explique bien alors, parce qu'il fallait donner à l'Eglise naissante un développement prompt et encourager les nouveaux fidèles, besoins qui ne se firent plus sentir aussi vivement, lorsque, dans la période suivante, le nombre des fidèles se fut déjà accru notablement.

Dans cette première période, pouvons-nous encore

ajouter, l’Apôtre qui avait fondé une communauté ne pouvait pas immédiatement mettre à sa tête le premier chrétien venu et lui laisser une autorité exclusive : nous voyons par les lettres pastorales combien de qualités sont exigées de ceux que Tite et Timothée doivent ordonner : un tel ensemble de qualités nécessitait une préparation assez longue.

Pour ces différents motifs, on s'explique donc assez bien que, sauf à Jérusalem, où nous voyons la communauté dirigée par un chef unique dans la personne de saint Jacques, les autres communautés n'aient eu l'épiscopat unitaire que, vers la fin de la première période apostolique, à l’époque où les apôtres disparaissant devaient pourvoir à l'avenir des communautés quils avaient fondées. Cest ce que nous voyons dans les lettres pastorales : l’apôtre saint Paul, après avoir établi deux de ses disciples comme chefs d’une communauté, leur transmet les idées qui doivent les diriger dans l’organisation et l'administration des futures chrétientés.

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