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« désirent voir la vérité : nous pouvons énumérer tous « ceux qui ont été établis par les apôtres comme évêques « pour leur succéder jusqu'à nous : nous pouvons montrer
«qu'ils n'ont ni connu ni enseigné les idées étranges de « ces hérétiques ! ».
lertullien exprime la même pensée dans son traité de Préæscriptionibus : « Que les hérétiques, dit-il, veuillent « bien nous donner l'origine de leurs églises, qu'ils dérou- «lent sous nos yeux la liste de leurs évêques. se dévelop- « pant, dès le commencement, par une suite régulière, de « telle sorte que le premier ait été établi par un apôtre, ou «un homme de l’âge apostolique resté en communion « avec les apôtres. Car c'est ainsi que les Eglises qui se « disent apostoliques montrent leurs listes épiscopales : « c’est ainsi que l'Eglise de Smyrne montre saint Polycarpe « établi par saint Jean, et celle de Rome saint Clément « institué par saint Pierre : les autres Eglises peuvent « aussi montrer ceux que les apôtres leur ont donnés pour « évêques.
« Que les hérétiques en fassent autant. Leur doctrine. « comparée avec celle des apôtres, fera voir, par ses diffé- «rences et ses contradictions, qu'elle n'est ni des apôtres, « ni de leurs disciples ?. »
Les deux écrivains, on le voit, font appel aux mêmes principes : ils constatent que les apôtres. ou leurs disciples immédiats ont voulu transmettre aux hommes une doctrine vraie et uniforme. Comment ont-ils procédé ? Ils se sont donné des successeurs. ce sont les évêques. Ceux-ci ont donc existé. dès l’âge apostolique, puisqu'ils ont succédé aux apôtres : ils ont été établis pour conserver fidèlement la doctrine révélée et ils devaient à leur tour se choisir des
1 Jren. adv. Hæres., Lib. I, ©. 11.
2 Tertul. De Præscrip., ©. XXxII.
successeurs capables de garder ce dépôt de la foi sans altération.
Le principe de la succession apostolique, d'après saint Irénée et Tertullien, date donc des apôtres ; il fait partie intégrante des vérités que ceux-ci ont enseignées ; il apparaît comme un organe essentiel dans linstitution de l'Eglise, puisque celle-ci, fondée par Jésus-Christ pour donner aux hommes la vérité révélée, ne réalise bien ce but qu'au moyen d’une succession régulière d'évêques, successeurs des apôtres.
Pourrait-on dire que, soit Tertullien soit saint Irénée parlent des émgxono sans vouloir en faire des évêques ? Sans doute, chez ces deux écrivains, on trouve l'expression noesBiregos appliquée aux évêques : mais d’une identité de noms, il serait faux de conclure à l'identité des fonctions, vu que nous avons des témoignages formels montrant que l’un et l’autre distinguent fort bien entre l’évêque et le simple prêtre. Pour saint Irénée. cette différence existait déjà au temps de saint Paul: il déclare que dans le clergé réuni à Millet par l’apôtre (Act. Apost. xx), il faut voir les évêques et les prêtres d'Ephèse et des villes voisines f. Tertullien affirme aussi la supériorité de l'évêque sur le prêtre, en faisant remarquer que le droit de conférer le baptême appartient au souverain prêtre qui est l’évêque : et après lui, aux prêtres et aux diacres avec la permission de l’évêque ?.
Tertullien et saint Irénée ne se contentent pas de nous dire que les évêques ont été établis par les apôtres pour leur succéder : ils s'offrent à prouver leur assertion en mettant devant nous les listes des évêques dans les prineipales villes. Nous avons déjà entendu Tertullien : écoutons
1 Iren. adv. Her., lib. III, ce. x1v, n° 2.
2 Tertul. De baplismo, ©. xvrr.
aussi saint [rénée : «Il serait trop long de prendre les « listes de toutes les Eglises. Il en est une qui surpasse «les autres par son antiquité et sa célébrité, celle fondée «à Rome par les apôtres Pierre et Paul. En montrant la «tradition reçue des apôtres, tradition qu'elle a gardée « Jusqu'à nous par ses évêques, nous pouvons réfuter tous « ceux qui om recueilli une doctrine fausse.
« Les apôtres ayant fondé l'Eglise, remirent la charge « de la gouverner à Linus : après lui, en troisième lieu, « vient Clément qui recut l’épiscopat des apôtres et qui a « VÉCU avec eux !{ ».
À cette époque, et même antérieurement, les principales Eglises dressaient les listes de leurs évêques, montraient comment ils remontaient jusqu'aux apôtres : elles comprenaient toute l'importance de la succession apostolique : elles semblaient pressentir déjà les attaques qui devaient s'élever, bien des siècles plus tard, contre la hiérarchie.
Ce qui donne à ces deux témoignages une valeur toute spéciale, c'est la nature des circonstances au milieu desquelles ils se sont produits. Saint Irénée et Tertullien ont à lutter contre des hérétiques, à défendre contre eux la vraie foi, la vraie doctrine : pour prouver qu'elle est dans leur Eglise, ils font simplement appel à ce fait, que. chez eux, il y a toujours eu une transmission régulière d'évêques qui ont été institués précisément pour garder la vraie foi. Or, si ce principe eût été nouveau, si l’épiscopat n'avait pas été considéré, déjà à cette époque, comme le gardien de la doctrine révélée, en vertu de l'institution divine, les hérétiques n'auraient-ils pas facilement battu en brèche un tel système de défenses ? N’auraient-ils pas montré la fausseté du principe sur lequel reposait toute l'argumentation ? Si les listes auxquelles saint [rénée et
1 Ad. Her., lib. I, c. x.
Tertullien en appellent n'avaient pas été reconnues dans l'Eglise, les hérétiques n’auraient-ils pas pu démolir cet étalage si pompeusement dressé? Cependant, point de réclamations de ce genre. Nous verrons, au contraire, dans les siècles suivants, des hérétiques chercher à circonvenir les évêques et le pape lui-même, afin d'appuyer de cette autorité suprême leurs propres erreurs. Un tel silence de leur part prouve donc bien la solidité du témoignage apporté par Tertullien et saint Irénée en faveur de l'épiscopat et de son institution divine. Si l'argument négatif a quelque valeur, c’est bien, nous semble-t-il, dans le cas présent.
Clément d'Alexandrie
Le témoignage de cet écrivain occupe une place spéciale, étant donné qu'on a voulu voir, dans l'organisation de l’antique Eglise d'Alexandrie, des preuves contre la thèse que nous soutenons. Voici les paroles du célèbre écrivain : « Dans l'Eglise, les degrés successifs des diacres. des « prêtres et des évêques me semblent une imitation de la « hiérarchie angélique ! ». A un autre endroit de ses écrits. il fait remonter à saint Jean l'institution de plusieurs évêques en Asie-Mineure. Lorsqu'il raconte l’histoïre de ce Jeune homme qui, ayant été confié par saint Jean à un évêque, trompa la vigilance de son maître et devint chef de brigands, il met sur les lèvres de l’apôtre les paroles suivantes : « Æpiscope, redde nobis depositum quod ego et « Christus tibi commendavimus, sub testimonio Ecclesiæ «cui præsides ? », Le témoignage de Clément d'Alexandrie
! Clém. Aiex. Stromala, lib VI, e 1x.
1 Clém. Alex . Quis dives salvetur, e. XL.
qui nous ramène à la fin du premier siècle, nous montre quelle était, au moment où il écrivait, la tradition de son Eglise : on admettait que, dès le premier siècle, il n'y avait à la tête de chaque Eglise qu'un évêque ; on admettait de plus que, par rapport à l'Asie-Mineure, une semblable institution était l'œuvre des apôtres.
Nous pourrions pousser plus loin cette étude des auteurs ecclésiatiques et faire appel aux témoignages du troisième siècle, en particulier de saint Cyprien ; mais un travail de ce genre nous semble superflu, car nos adversaires euxmêmes n'hésitent pas à avouer que déjà avec saint Irénée et certainement avec saint Cyprien l’épiscopat unitaire est reconnu comme une institution établie.
Si nous jetons maintenant un coup d'œil en arrière sur cette série d'écrivains du second siècle, nous pouvons affirmer en toute confiance, comme nous l'avons insinué au début de la seconde partie, que la question fait, pendant ce temps, un pas immense.
Les données encore vagues des dernières lettres de saint Paul s'éclairent d'un jour nouveau. Nous voyons des auteurs écrivant dans les dernières années du premier siècle, ou dans les premières du second siècle, nous parler d'une Eglise avec une hiérarchie à trois degrés ; ils nous présentent cette organisation comme étant une institution apostolique et divine. Saint Clément, saint Ignace, saint Irénée, Tertullien. Hégésippe, Clément d'Alexandrie ont parlé devant nous : ces héros du christianisme sont venus déposer au tribunal de l'histoire; nous les avons interrogés et tous ils ont répondu, sans la moindre hésitation, que les apôtres ont établi les évêques, qu'il n’y en a qu'un dans chaque Eglise. que les évêques sont supérieurs aux prêtres de par l'institution apostolique. Ils nous ont présenté cette vérité, comme admise au sein des Eglises : ils ont expliqué quelle est la nature de leurs fonctions : ils ont montré le
raison d'être d'une semblable organisation, raison qui n'est autre que la nécessité de garder intact le dépôt de la révélation. ce qui ne peut se faire, disent-ils, que par une succession de pasteurs légitimes remontant jusqu'aux apôtres : ils ont déroulé devant nos yeux les listes qui nous montrent un évêque à la tête de chaque communauté.
Tel est la tableau d'ensemble qui se détache du second siècle. Pour en faire mieux ressortir certains traits, pour confirmer l’idée principale qui s'en dégage, nous allons encore, dans les quelques pages qui vont suivre, invoquer le témoignage de la tradition.
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