‹ De l'Origine Divine de l'ÉpiscopatChapitre 23 sur 25 · MARIO · texte numérisé non relu

MARIO

2 Duchesne. Lib. Pontif. T. I. Introd., p 1v et 1x.

3 Harnack. Die Chron. der altch Litter., p. 149 et suiv.

reste plus. dès lors, entre la liste du catalogue Libérien et celle d’Eusèbe qu’une différence de chiffres relativement à quelques papes, différence qui s'explique facilement par la manière de transcrire les dates en lettres grecques ou latines !. Harnack croit que cette liste, supposée venir d'Hippolvte, a été employée par Eusèbe dans sa Chronique et dans son /Zistoire ecclésiastique, et que Jules lAfricain s’est aussi appuyé sur elle pour établir le synchronisme des pontificats et des règnes des empereurs. De plus, dit-il, Hippolyte aurait confectionné sa liste, non d’après une tradition orale, mais en s’aidant d'une source plus ancienne ?.

Nous avons déjà dit un mot de saint Irénée, dans la seconde partie. [Il avait dressé une liste des évêques de Rome précisément afin de montrer à ses lecteurs la continuité de l'enseignement apostolique, assurée par la continuité de la succession des évêques sur le siège de Rome. Cette Liste allait de Linus jusqu'à Eleuthère. Il y mentionne la succession des papes en insérant, suivant le cas. quelques notices biographiques #. Aïnsi, il identifie le pape saint Lin avec le personnage du même nom mentionné dans la seconde épître à Timothée : il parle de la petite révolution survenue à Corinthe sous le pontificat de Clément et de la lettre écrite par ce dernier. Dans d'autres endroits de ses écrits, 1] nous a laissé quelques détails intéressants sur les hérésies de son temps, sur son maître Polycarpe, évêque de Smyrne, sur la dispute paschale *, Toutes ces données semblent indiquer qu'à l'époque où écrivait Irénée il n'y avait pas de doute sur leur exactitude.

! Pour Evariste 11) au lieu de (H) ou bien XIII au lieu de VII: de même pour Alexandre (11) au lieu de (1).

? Harnack. Die Chron. der alt. Litler., p. 157.

EMITEN MA UVAHEL AL SI MEUSÈbE IH MEN 6:

InEUSÈD., HE, v,124

Mentionnons ici encore l'ouvrage d'Hégésippe, aujourd'hui perdu, mais dont il nous reste quelques fragments conservés par Eusèbe. Que cet auteur ait vraiment dressé une liste des évêques de Rome, pendant son séjour dans cette ville, Harnack en doute ! : et de fait, Eusèbe n’a pas trouvé cette liste ou, du moins, ne l’a pas reproduite : mais son but était bien de montrer aussi dans la suite continue des évèques venant des apôtres un gage du maintien de la bonne doctrine : à cet effet, il s'était enquis un peu partout de la succession des évêques et des anneaux par lesquels elle se rattachait aux origines ?. Pour qu'Hégésippe eût l’idée de faire ce travail, il fallait bien que la succession épiscopale existàt non seulement à Rome. mais encore ailleurs. De fait, nous avons vu plus haut qu'Eusèbe donne des listes pour Alexandrie, Antioche et Jérusalem, listes qu'il a empruntées à des écrits antérieurs. S'il n’a pas. pour d’autres villes, des listes aussi étendues et aussi complètes, il ne laisse pas de mentionner dans la suite de son histoire une foule d’évêques dans différentes villes.

Après la courte notice consacrée plus haut à Hégésippe. Eusèbe parle d’un autre évêque célèbre à cette époque. Denys de Corinthe, dont il a eu les lettres entre les mains *. L'une de ces lettres était adressée aux Athéniens : Denys leur reprochait d’avoir un peu dégénéré depuis leur évêque Publius “. Il y faisait mention de Quadratus qui succéda à Publius ; il y rappelait aussi que Denys l’Aréopagite, le converti de saint Paul, fut le premier évêque d'Athènes. Dans une autre lettre de Denys de Corinthe à l'Eglise de Gortyne, il loue grandement l’évêque Philippes. Enfin,

1 Harnack. Die Chron., p. 180-184.

MEUSeD EEE, IVe:

3 Eusèb., H. E., IV, 23.

* Hégésippe mentionne aussi ce Publius, év. d'Athènes. Voilà donc deux auteurs différents qui concordent sur le même point.

dans une lettre à Soter, évêque de Rome, il rappelle que. dans son église de Corinthe, on lit chaque dimanche la lettre écrite par saint Clément.

À propos de la controverse pascale, Eusèbe nous donne une liste des évêques de Smyrne. A la tête des évêques d'Asie se trouvait Polycrate. Il écrivit au pape Victor une lettre conçue en termes véhéments pour montrer sur quels témoins s’appuyait la coutume asiatique. I cite saint Jean, saint Polycarpe. et il ajoute : « Pourquoi parler de l’évêque Sagaris qui souffrit le martyre à Laodicée ? Pourquoi citer Papirius, et Meliton qui repose à Sardes? Tous ont célébré la Pâques le quatorzième jour. gardant fidèlement la règle qu'ils avaient reçue. Je ne fais que suivre la tradition venue de mes ancêtres, car sept de me parents furent évêques f. »

N'est-ce pas là un témoignage en quelque sorte officiel sur l'existence d’une succession épiscopale dans une de ces nombreuses églises d'Asie ?

Notons aussi la manière de citer les noms ou la durée des épiscopats d’après les règnes des empereurs. Quelques exemples sufliront à en donner une idée : « La troisième année du règne de Trajan, Clément mourut, laissant le pontificat à Evariste. À Jérusalem, Jude succédait à Juste. A la même époque, on voyait, en Asie, Polvcarpe, disciple des apôtres, qui fut placé à la tête de l'Eglise de Smyrne : Papias. évêque d'Hiérapolis, homme éloquent et versé dans la science des Ecritures : Ignace, qui fut, après l’apôtre Pierre, le second sur le siège d’Antioche ?. » « La douzième année de Trajan, mourut Cerdo, évêque d'Alexandrie, qui eut pour successeur Primus. À la même époque, Alexandre succédait à Evariste, sur le siège de

1 Eusèéb., H. E., v, 24.

2 Euséb., H., E., 111, 34-36.

NRA 7e. 1 Ey )n ÿ PET ( F à \ DE L'ORIGINE DIVINE DE L'ÉPISCOPAT 95

Rome : il était le cinquième à partir des apôtres Pierre et Paul #. » Nous jugeons inutile de multiplier les citations de ce genre qui se rencontrent en foule sous la plume d'Eusèbe; nous en trouverions de semblables dans d’autres écrivains.

Il n'est pas étonnant que les chrétiens, dans le développement de l'histoire ecclésiastique, aient tenu compte des dates fixant les règnes des empereurs : c’est à ces dates que se rattachaïent les principaux événements qui signalent les origines de l’Eglisé : naissance et mort de Jésus-Christ, destruction de Jérusalem, supplice des apôtres Pierre et Paul. Aussi, dès le second siècle, cette manière de dater les événements est-elle reçue non seulement pour l'histoire politique, mais pour des faits n'ayant trait qu'à la vie en quelque sorte intérieure. Saint Justin nous dira que Simon le Magicien est venu à Rome sous l’empereur Claude ? ; Hégésippe place la lettre de Clément au temps de Domitien * : saint Irénée racontera que l'apôtre Jean a composé son Apocalypse vers la fin du règne de Domitien et qu'il a vécu jusqu'au temps de Trajan *. Les chrétiens, on le conçoit sans peine, ont dû noter aussi que tel ou tel évêque avait vécu sous le règne de tel ou tel empereur.

Il y a, dès les premiers siècles, un système de chronologie encore plus intéressant pour nous, c’est celui qui consistait à marquer certains événements d'après les pontificats. Saint Irénée rapporte que, sous Clément, une sédition éclata à Corinthe et que l'Eglise de Rome envoya une lettre à celle de Corinthe ÿ.

Dans le fragment de Muratori, nous trouvons la mention

LAUSED.ÉR R 2v, Le

2 Apol., 1, 26.

Dans Eusèb., H. E., 11, 16.

AnITen 1190, SHUIL 9,14 [rent 57e.

9h DE L'ORIGINE DIVINE DÉ L'ÉPISCOPAT

suivante : « Pastorem nuperrime temporibus nostris in «<urbe Roma Herma conscripsit, sedente cathedra urbis «Romæ Ecclesiæ Pio episcopo fratre ejus !. » D’après saint Irénée. Valentin vint à Rome sous le pontificat d'Hygin : il était dans toute sa force sous celui de Pie: il y resta jusqu'au pontificat d'Anicet ?. Un écrit anonyme du troisième siècle, qui a été conservé par Eusèbe, s’exprime en ces termes : «Ils prétendent (ce sont les hérétiques contre lesquels l’auteur s'élève) donner la vérité telle qu'elle a été enseignée et reçue par les apôtres et par les anciens : ils osent dire que la doctrine s’est conservée intacte jusqu'au pontificat de Victor, qui fut le treizième successeur de saint Pierre sur le siège de Rome, mais que cette vérité s’est altérée sous Zéphirin, successeur de Victor Ÿ, » Hégésippe avait déjà écrit : « L'Eglise de Corinthe resta dans la vraie foi jusqu'à Primus, évêque de cette ville, avec qui j'eus l’occasion de m'entretenir lorsque j'allai à Rome. Arrivé dans cette ville, J'Y séjournai jusqu'à Anicet. dont Eleuthère était diacre. Anicet fut remplacé par Soter. auquel succéda Eleuthère lui-même !. »

Or, si on y fait attention, on voit que toutes ces dates, qui vont Jusqu'au troisième siècle, se rapportent aux évêques de Rome: que même les écrivains étrangers racontent des événements en fixant la date d'après les pontificats romains, et quelques-unes de ces citations sont jointes à des listes épiscopales.

De l’ensemble des témoignages recueillis dans la tradition jusqu'au troisième siècle, il se dégage, nous semblet-il, une conclusion inéluctable : c'est que l'épiscopat a été considéré, dès les premiers siècles, comme une institution

1 Murat. Fragm., 73.

à Iren., 11t, 4.

3 Anonym,. dans Eusèb., H. E., v, ?8.

# Hégésippe dans Eusèb., H. E., IV, 22.

apostolique et, par conséquent, une institution essentielle à l'Eglise. Les évêques y ont loujours occupé une place prépondérante : dans les différentes églises, on a pris soin d'établir l'ordre de succession dans lequel ils ont gouverné depuis les apôtres. Nous possédons encore trois ou quatre listes pour plusieurs églises, et ces listes remontent au milieu du I° siècle. On peut établir qu'un évêque a régné en même temps que tel empereur : qu'il y avait tel évêque dans telle ville, et tel autre dans une autre ville. Lorsqu'un

évêque meurt. on mentionne soigneusement qui lui à

succédé et quelle a été la durée du pontificat. L'évêque occupe une place en vue, si bien que l’on s’habitue à dater les événements d'après les pontificats, comme on les date d'après les empereurs et les consuls. Les écrivains, les apologistes font appel aux évêques précédents, afin de soutenir la vérité. et personne ne songe à récuser un pareil témoignage.

Comme le fait remarquer l'abbé Duchesne !, nous ne voudrions pas aftirmer que toutes les dates, surtout pour les premiers évêques, soient absolument exactes : les différences qui se trouvent dans quelques catalogues semblent indiquer que des chiffres ont pu être altérés. Mais les noms des papes et des évêques, l'ordre de leur succession, la durée approximative de leur pontificat. la date de leur entrée en fonctions. à quelques années près : voilà autant de données qui se retrouvent chez plusieurs écrivains et qui nous permettent de conclure que vraiment il y a eu des évêques dès telle époque, dans telle église. et que. par conséquent, en remontant, on peut arriver jusqu'aux apôtres. Aussi Lightfoot, après avoir examiné les listes des évêques de Rome, n'hésite pas à dire que ces listes, à partir de saint Clément, vers l’an 88, par consé-

1 Duchesne. Lib. Pontif. T. I. Introd., p. GGxLvIr.

Je

quent, lui paraissent dignes de foi: bien plus, que Linus et Anacletus ont déjà été évêques unitaires.

Comment expliquer, d’ailleurs, si l’épiscopat unitaire n'a commencé à Rome que vers l’année 160-170, ainsi que le veut Harnack ; comment expliquer, dis-je, qu'à cette époque précisément, il existe des listes qui le fassent remonter jusqu'à Linus, c'est-à-dire un siècle plus haut ?

Harnack prétend se tirer de la difficulté par une explication assez banale : « Celui qui à dressé la liste est parti de cette conviction que l'Eglise de Rome avait toujours conservé fidèlement la doctrine apostolique. Pour le prouver, il devait montrer qu'il n'y avait jamais eu dans cette communauté de rupture avec le passé, qu'elle n'avait jamais été soumise à des éléments étrangers (nous dirions aujourd'hui à des intrus). Le meilleur moyen d'y arriver était d'établir une liste ininterrompue de chefs dont les noms étaient connus et estimés f. » à

Mais cette explication ne résout pas la question. Car, comment l'écrivain a-t-il pu, à cette époque. dresser cette liste d'évêques unitaires ? Comment, s'il y a eu plusieurs chefs ensemble auparavant, plusieurs listes portent-elles cependant les mêmes noms et dans le même ordre ? Pourquoi n°v a-t-il aucune mention de plusieurs chefs ou d’un collège de directeurs à la tête de la communauté ? Pourquoi n'est-il jamais parlé de ce changement, certes, très important? Pourquoi mentionne-t-on un évêque et constamment un seul, non seulement à Rome. mais à Antioche, à Alexandrie, à Jérusalem, à Ephèse, à Corinthe et dans beaucoup d’autres villes dont on trouverait les noms dans l'histoire ecclésiastique d'Eusèbe ? Partout, en effet, c’est toujours un évèque qui est cité ; on indique, à l’occasion d'un événement, un évêque dans telle ville, un

‘ Harnack. Die Chron. der altch. Litter. T, I, p. 197.

autre dans telle autre : on cite le successeur ou le prédécesseur, et tout cela le plus simplement du monde, sans se mettre en frais de documents pour établir l’origine apostolique de lépiscopat. tant la chose est supposée connue et naturelle. Il ne suflit pas, croyons-nous, pour répondre à ces questions, de dire qu'on à dépeint le passé avee les couleurs du présent, qu'on à transporté aux premiers siècles de l'Eglise des préoccupations qui ne sont venues que plus tard, ef qui ont pu montrer, en effet, l'importance d’un épiscopat unitaire. Jésus-Christ, fondateur de l'Eglise, savait probablement les institutions qui lui étaient nécessaires. Si les écrivains du second ou du troisième siècle nous représentent l'Eglise sous telle forme, avec tels ou tels organes, c’est qu'ils ont eu cela sous les veux : ils n’ont pas eu besoin de faire des efforts prodigieux d'imagination pour les inventer : ils ne se sont pas crus autorisés à réformer l'Eglise et à faire mieux que l’Artiste divin. |

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