‹ De l'Origine Divine de l'ÉpiscopatChapitre 24 sur 25 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Au terme de cette étude, il ne nous reste plus qu'à résumer les développements que nous avons donnés.

Dans le principe, les apôtres ont exercé par eux-mêmes toutes les fonctions que nécessitait l'administration de l'Eglise : nous les voyons prêcher, baptiser, tenir les réunions eucharistiques. Mais pour suffire aux nombreux besoins de ces communautés, qui vont grandissant chaque jour. ils sont obligés de se donner des aides : ce sont les duxovor et les noso8vreoou. Quelle était la nature de .ces derniers ? Si l’on peut admettre qu'il n’y eut d’abord, au-dessous des apôtres, que de simples prêtres réunis en collège, chargés surtout de préparer les nouveaux fidèles, de les instruire, on ne tarde pas à reconnaître parmi ces personnages, appelés nçe0617eçor où encore émoxomui, quelques-uns qui sont supérieurs aux autres.

Ce fait. qui se manifeste surtout à l'époque où les apôtres commencent à disparaitre, n’est pas encore bien clairement exprimé dans leurs écrits. On aperçoit cependant une différence dans les pouvoirs et les fonctions, une supériorité d'un seul par rapport aux autres, mais cette différence n'a point encore passé dans les termes.

Vient le second siècle qui s'ouvre avec les lettres de saint Ignace. Par elles, un jour nouveau est jeté sur la question. Déjà, la leftre de saint Clément à l'Eglise de

Corinthe nous avait permis d’entrevoir cette lumière. La Didaché, sans être bien explicite, avait montré que, du moins, elle ne présentait rien qu'on. pût faire valoir d'une manière certaine dans un sens contraire.

Avec saint Ignace, nous voyons non seulement la distinction des fonctions, mais encore celle des noms qui les désignent. C’est une hiérarchie à trois degrés qui se développe sous nos veux : au sommet, l'évêque, tenant la place de Dieu ; puis, les prêtres, qui sont comme le Sénat apostolique ; en dernier lieu, les diacres. Les termes avec lesquels saint Ignace parle de cette organisation ne permettent pas de douter qu'elle n'ait existé auparavant : ce n'est pas quelque chose de nouveau qu'il nous offre : il ne fait que constater et recommander les institutions existantes.

Si l’épiscopat recoit, dans la suite. un certain développement, si son caractère se définit d'une façon plus nette, si ses pouvoirs sont mieux marqués, il n'y aura cependant rien de nouveau dans la doctrine établie. Des changements pourront s’opérer dans la manière de présenter les choses : mais ils n’atteindront point les organes eux-mêmes.

On a pu imaginer les hypothèses les plus diverses pour expliquer la facon de parler de saint Ignace et pour combattre les conclusions qui en découlent : ces hypothèses, inventées pour le besoin de la cause, ne tiennent pas devant une critique sérieuse. Quelques-uues se détruisent d’elles-mêmes. Elles contredisent trop ouvertement le: langage clair des écrivains pour qu'on ne les regarde pas comme suspectes. Elles méconnaissent le but de Jésus- Christ dans l'institution de l'Eglise, et le caractère de Stabilité qu'il a voulu donner à son œuvre: elles réduisent celle-ci à n'être plus qu'un produit de circonstances fortuites. Enfin, elles outragent le caractère de sainteté qui à été reconnu aux hommes dont l'Eglise s’honore :

PEAR sie : | ceux-ci ne seraient plus que de vulgaires ambitieux, usurpant sans pudeur une situation qui ne leur est pas due et ne craignant pas de chercher, dans une prétendue institution divine, une confirmation de leur usurpation. Nous avons pu nous convaincre, du reste, que saint Ignace n'est pas le seul à nous dépeindre l’épiscopat sous ces traits. En parcourant les ouvrages du second et du troisième siècle, nous avons rencontré partout la même doctrine : des écrivains, tels qu'Hégésippe, Tertullien, Origène qui n'avaient pas revêtu les fonctions épiscopales, sont venus confirmer Ce que nous savions et ajouter une nouvelle pierre à l'édifice construit par leurs prédécesseurs. Dès cette époque. la hiérarchie ecclésiastique fonctionne avec la conscience de sa force et de son autorité ; encore un demi-siècle, les persécutions auront cessé, un empereur chrétien prendra place sur le trône des Césars : la religion chrétienne va s'affirmer officiellement et l’épiscopat va acquérir dans le monde civil une position éminente. Terminons par ces réflexions du P. de Smedt ! : « Les hommes de génie, fondateurs d’une nouvelle et grande institution qui doit durer et se développer après eux. ont soin d'en combiner tous les rouages avec une attention minutieuse, de manière qu'ils puissent fonctionner en quelque sorte d'eux-mêmes en vertu du mouvement reçu. Tout au moins confient-ils la continuation de leur œuvre à des disciples d’un esprit éminent, qui ont bien su se pénétrer de la pensée du maître et sont capables de Ia réaliser pleinement.

Et Jésus fonde une institution qui doit embrasser l'humanité entière et demeurer debout jusqu'à la fin des

1 De Smedt. L'organisation des Eglises chrétiennes au IIIe siècle. Compte rendu du Congrès scientifique international des sciences catholiques de Paris, 1891, p. 93.

104 DE L'ORIGINE DIVINE DE L temps. Il en confie la direction aux mains d'hommes orossiers et ignorants : il en greffe l’organisation sur celle d’une société religieuse imprégnée d'un étroit esprit national, et il abandonne au temps et aux conditions si multiples et si variées des milieux où elle doit se développer, le soin de modifier cette organisation, de manière qu'elle réponde parfaitement aux besoins de la nouvelle société répandue par tout l'univers et dans tous les siècles. Etla transformation s'opère insensiblement, sans secousses, sans révolution ; elle se perfectionne toujours sans jamais faire un pas en arrière, pour arriver à Ce mécanisme si complexe dans ses détails, si simple dans son harmonie, que nous admirons aujourd'hui dans la constitution hiérarchique de l'Eglise catholique. * C'est que Jésus-Christ demeure toujours vivant dans son Eglise, c'est que son Esprit repose toujours sur ceux qui tiennent visiblement sa place parmi les hommes et qui, sans en avoir le plus souvent conscience, ne font rien que sous l'impulsion et la direction de ce divin Esprit. En vérité, l'étude de ce développement si merveilleux devrait suffire, me semble-t-il, à tout homme que n'aveuglent pas d'invincibles préjugés. pour s'écrier, dans un élan de fervente admiration : Digitus Dei est hic. » |

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