‹ De l'origine du langage d'après la GenèseChapitre 2 sur 10 · V. 2 « Il les créa mâle et femelle,,. » Trad. id · texte numérisé non relu

V. 2 « Il les créa mâle et femelle,,. » Trad. id

Quelques hébraïsants concluent de ce passage que la nature humaine a été créée complète; c'est ce que Jean de La Haye nous apprend dans sa Biblia maxima. T. I, p. 17 :

« Ex istà litterà dixerunt aliqui hebrse, quôd à prima formalione natura humana formata est in utruque sexu. » In-folio. 1640.

(3) Gkn. c. IL V 7. « Le seigneur Dieu forma donc l'homme du limon de « la terre, et il répandit sur son visage un souffle de vie et l'honnne devint « vivant et animé. » Trad- de Sacy.

(4) Gen c. IL v 19. « Le seigneur Dieu ayant donc formé de la terre tous « les animaux terrestres, et tous les oiseaux du ciel, il les amena devant « Adam, afin qu'il vît comment il les appelleroit. Et le nom qu'Adam « donna à chacun des animaux étoit celui qui lui convenoit. » Trad. de Sacy.

Si l'on met en regard de ce texte les versets 5, 8 et 10 du cliap I de la Genèse, où il est dit que Dieu nomma la lumière jour et les ténèbres nuit, le firmament ciel et l'élément aride terre, il semblerait que l'homme n'aurait pas été le premier nomenclateur de tout ce qui a été créé, et que Dieu aurait imposé déjà des noms avant lui. Mais dom Calmet fait remaïquerdans son commentaire, tom. I", p 4, que, selon saint Augustin, Dieu lit donner ces noms par les hommes : vocavit autem, dictum est, vocari fecit. Le frère minime Jean de La Haye avait dit avant le savant bénédictin, dans la Biblia maxima, tom. I, p. G : c( Non sic Déus locutus, sed sancivit ut hœc rébus, convcnientia nomina Adam imponoret et û joosteris utercntiir. »

C'est dans le même sens qu'il faut interpréter le mot h(?breu Adam du

amena ensuite la femme^ et l'homme^ en la regardant, s'écrie : Voilà maintenant l'os de mes os et la chair de ma chair. Elle s'appellera « celle qui s'unit à l'homme, » Ischscha (5); et lorsqu'elle eut conçu, il la nomma « celle qui transmet la vie, » Hevah (6).

Ainsi, dès son apparition sur la terre, l'homme est complet et parfait; il fait usage de ses facultés intellectuelles et parle,

verset 2 du chap. V de la Genèse : « Il (Dieu) les créa mâle et femelle ; il les bénit et il leur donna le nom d'Adam au jour qu'ils furent créés. » Ce nom d'Adam, qui paraît être ici un nom propre, est le nom commun de l'espèce humaine, ainsi que le prouve le vers. 26 du chap. I : « Et il dit : Faisons riiommea notre image » Dans ce passage le mot« homme» est la traduction du « terme hébreu « Adam, » — « quoi non est proprium uni homini, sed commune nomen toti speciei, » dit F. Jean de La Haye, dans sa Bibha maxima, t. I, p. 17; et dom Calmet adopte cette opinion dans son Commentaire de la Bible, tom I, p. 12.

M. l'abbé Glaire, dans ses annotations sur le livre des Antiquités de Flavius Jose}ih, fait dériver l'hébreu Adam de l'hébreu Aoama, qui signifie terre. C'est ainsi qu'en latin homo, homme, et humus, terre, semblent aussi sortir de la même racine. De même, le latin homo désigne tout être humain; il est des deux genres et comprend les deux sexes. Cicéron a dit : « homo nata fuerat. » Synonymes latins par Cardin Dumesnil, in-8, 1827, p. 294.

(ij) Gen c. II, v. 23 - « Alors Adam dit: Voilà maintenant l'os de mes os et la chair de ma chair. Elle s'appe.lera d'un nom qui marque l'homme, parce qu'elle a été prise de l'homme. » M. deSacy fait remarquer que l'hébreu Ischscha ne peut pas bien se traduire en françiiis. La Vulgate le traduit eu latin (»ar virago. « Ischscha » est un nom féminin, dit l'abbé Glaire, formé du masculin « Isch », qui veut dire l'homme ou la créature raisuimable du sexe masculin, en latin vir. — Vir se dit par apport au sexe, c'est l'homme, l'époux ; ce mot latin ne peut pas avoir un sens général comme homo, qui peut signitier l'espèce humaine. Il n'a pas d'équivalent féminin comme en hébreu . M . René Bedel a traduit Ischscha par épouse, dans son dictionnaire français-hébreu, 1861.

(6i Gen., c. III, v. 20. — « Et Adam donna à sa femme le nom d'Eve, parce qu'elle étoit la mère de tout les vivants . » Trad. de Sacy.

La Vulgate dit : « quod mater esset cunctorum viventium; » il faudrait donc traduire, comme l'a fait D. Calmet: « parce qu'elle devoit être la mère de tous les vivants »

Les Septante traduisent hevah ou uayvah, dont la racine signifie « respirer » par ^.tn, la vie. Mais l'iiébreu a un sens plus énergique, il renferme l'idée de transmission de la vie. V. D Calmet, t. I, p. 41.

sans avoir passé par le mutisme et le bégaiement de l'enfance. Sa parole est spontanée ; elle n'est pas le résultat d'une délibération, ni d'une convention, ni de l'invention. L'homme parle en vertu des lois qui ont présidé à l'organisation spéciale de l'être qu'il tient de la puissance créatrice, et sans qu'il y ait eu, après sa création, une révélation ou une nouvelle intervention de la divinité pour lui communiquer la parole (7).

Telle est la tradition conservée par la Genèse sur l'origine du langage.

(7) « Qui doute, dit Quintillien, que les hommes n'aient reçu la parole de celui dont ils avaient reçu l'être, et même aussitôt qu'ils l'eurent reçu ? — Nam eut dubium est quin sermonem ah ipsâ rerum naturâ geniti protinûs homines acceperint? » Lib III, cap. n.

— Assurés que nous sommes que Dieu avoit créé l'homme avec toutes les perfections qui appartiennent à sa nature ; nous ne devons pas douter que l'homme n'eût reçu de Dieu le don de la parole même au moment de sa création » Traité des langues par Fraiii du Tremblay, I70f», p. 18.

« Si l'homme d'aujourd'hui reçoit la parole comme l'être, s'il ne parle qu'autant qu'il entend parler, et que le langage qu'il entend parler, si même il est physiquement impossible qu'il invente de lui-riiême ce qui peut être démontré par la considération des opérations de la pensée et de l'organe vocal, il est nécessaire que l'homme du commencement ait reçu ensemble l'être et la parole. De Bonald, du Divorce, p. 85.

— « Nous admettons,^ ce qui, je crois, n'est plus guère douteux pour personne, que la faculté de parler, que le langage n'est ni une révélation, ni encore moins une convention, mais un instinct que Dieu nous a donné, un instinct aidé par la raison, une puissance de notre âme et de nos organes, qui, mieux que toute autre peut-être, témoigne de l'intime union de l'âme et du corps, une sorte de sixième sens à la fois physique et moral. » Traité de la formation des mots dans la langue grecque, par Ad. Régnier (de l'Institut), 18ja, in-8, p. 0.

— « Cette création (d'une langue) n'est point l'œuvre d'une invention arbitraire, le produit artificiel du besoin que l'homme éprouve de communiquer avec son semblable : c'est la conséquence d'une faculté toute spontanée, intimement liée à notre organisation morale. Le langage est le résultat d'un instinct qui s'est manifesté, au plus haut degré, dans les premiers temps de l'apparition de notre espèce sur la terre. 11 fut l'œuvre d'une puissance créatrice qui a été se perdant de plus en plus L'homme primitif a créé spontanément le langage, autrement dit sa langue, sans effort et sans réflexion. » La terre et l'homme, par Alfred Maury (de l'Institut); 1861, p. 393.

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