‹ De l'origine du langage d'après la GenèseChapitre 3 sur 10 · DE T/ORIGÏNE DU LANGAGE · texte numérisé non relu

DE T/ORIGÏNE DU LANGAGE

Est-elle en contradiction avec ce qu'enseigne la philosophie moderne? Je n hésite pas à répondre négativement. En effet, que s'est-il passé? L'homme primitif est mis en rapport avec le monde extérieur, avec les êtres auxquels il a mission de donner un nom. Ceux-ci ont produit sur ses sens des impressions; les impressions ont, par la perception et le sentiment, engendré l'idée, et l'idée a fait jaillir au dehors, par l'organe vocal, le signe ou le mot.

Écoutons maintenant ceux qui, en France, ont le mieux observé l'esprit humain :

« La voix, dit M. E. Géruzez (8), c'est le phénomène ou le corps de la pensée, c'est l'âme objectivée. Si l'on veut réfléchir au langage intérieur, à la méditation, opération pendant laquelle les mots se présentent à l'esprit sans l'intervention des organes vocaux, on sera forcé de reconnaître que la pensée, en se repliant sur elle-même, conserve sa forme, et que par conséquent le langage n'est pas simplement signe, mais phénomène de l'acte intellectuel. Dans l'union de la parole et de la pensée, la fatalité se montre en première ligne; elle est au fond des choses; la liberté ne domine que dans les détails. L'homme ne pouvait pas ne pas parler, il pouvait seulement parler de diverses manières : la voix est l'expression nécessaire de la pensée, la volonté intervient seulement dans les modifications de la voix. Il se pouvait que telle ou telle modification du son fût le signe de telle ou telle modification de l'âme ; mais il ne se pouvait pas que la voix ne fût pas le symbole de toutes les modifications de la pensée.

c C'est dans ce sens que le langage est d'origine divine. »

Suivant M. Théodore Jouffroy (9) :... « Le signe est un in-

(8) Nouveau cours de philosophie, par M. E. Gérusez, professeur agrégé, 1833, in-8, p. 129 à 130.

(9) Nouveaux mélancjes philosophiques, par Théodore Jouffroy, publiés par Ph. Damirou, 1842, in-8, p. 366.

g DE I/ORir.INK DU lANGACK

termédiaire entre deux termes : l'un toujours le même, l'intelligence, l'autre multiple et variable à l'inûni, la chose signifiée; et sa fonction est de désigner, de faire concevoir le dernier de ces termes, c'est-à-dire la chose qu'il signifie, au premier, c'est-à-dire à l'esprit, pour lequel il la signifie.

« Telle est, dans sa plus grande généralité, la nature du signe, telle est aussi sa vertu.

V II suit de là qu'entre le signe et la chose signifiée, il doit y avoir un rapport; car pour qu'un signe ait la vertu de révéler à l'esprit telle chose plutôt que telle autre , il faut qu'il existe entre cette chose et lui une relation spéciale qu'il n'a pas avec toute autre chose.

« Et comme cette relation spéciale est la seule circonstance qui donne au signe sa vertu, c'est-à-dire qui le fasse signe, il suit de là que ce rapport est nécessairement perçu par l'esprit quand il comprend le signe, autrement l'esprit ne pourrait découvrir que c'est telle chose, et non point toute autre, que le signe désigne.

« Il y a donc nécessairement entre tout signe et la chose qu'il signifie un rapport, et l'intelligence du signe ne peut être que la perception claire ou confuse de ce rapport par l'esprit. »

Ainsi, l'homme a trouvé en soi-même la puissance de donner un n€m à tout ce qui l'entoure ; mais ce à quoi il faut renoncer, c'est de rechercher par quelles lois tel son a désigné tel objet plutôt que tel autre, comment tel signe correspond à telle chose signifiée. « La faculté particulière à l'homme primitif, » dit M. Max Millier, « au moyen de laquelle chaque impression du M dehors avait son écho dans l'âme humaine et y recevait son « expression phonétique, doit être acceptée comme un fait pri- « mordial, au delà duquel il n'y a pas à remonter (10). »

(10) La science du langage.

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M. Renan, en citant dans son livre de l Origine du Langage les versets 19 et 20 du chapitre ii de la Genève (H), fait remarquer qu'on expliquerait tout au plus par ce passage la formation du dictionnaire, mais non celle de la grammaire. Toute autre explication ne nous paraîtrait même pas possible. En effet, la présence des animaux ou I3 monde extérieur, agissant sur les sens de l'homme, ne pouvait faire naître en lui que des notions d'attributs, et ces notions n'ont pu se traduire au dehors que par des signes ou des mots désignant des attributs. L'ensemble de ces mots, correspondant aux idées perçues par les sens, a formé le vocabulaire primitif. Mais la grammaire n'a pas la même origine; elle n'est pas le produit de l'action du monde physique; elle est l'œuvre interne des facultés intellectuelles, « car elle existe essentiellement dans l'esprit, auquel elle offre la manière de lier les mots pour exprimer et concevoir des idées, )) ainsi que M. G. de Humbolclt l'a fait observer à M. Abel Rémusat (12).

Par quels procédés a été créé le vocabulaire? M. Ch. Nodier (13), M. Renan (14) et d'autres linguistes croient que les

(11) Gen. c. ir, V. 19 ; — Jéhova, ayant formé de la terre tous les animaux des champs et les oiseaux des cieux^ les amena vers l'homme, pour que celuici vît comment ils les appellerait, et tous les noms que l'homme leur donna, ce sont leurs noms. — V. 20. Et l'homme donna des noms à tous les animaux, aux oiseaux des cieux et aux bêles des champs; mais nul ne fut trouvé semblable à lui. » Traduct de M. Renan. Origine du langage.

(12) Lettre à M. Abel Rèrnusat sur la nature des formes grammaticales en génrral et sur le génie de la langue chinoise en particulier, par M. G. de Humboldt. Paris, 1827, in-8, p. 9.

(13) Notions élémentaires de linguistique.

(14) De l'origine du langage, in-8, 3^ édit., p. 133.

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sons primordiaux de rhorame sont produits par imitation des sons ou des bruits de la nature. Quelques philosophes^ parmi lesquels il faut placer Coudillac, pensent avoir découvert l'origine des mots dans l'interjection ; mais M. Max Millier n'accepte en aucune façon ni Tune ni l'autre de ces hypothèses.

« On suppose, dit-il, que l'homme, étant encore dans l'état de mutisme, entendit les cris des oiseaux et des animaux, le mugissement de la mer, le bruissement de la forêt, le murmure du ruisseau, le souffle de la brise et le grondement du tonnerre.

11 s'efforça d'imiter ces bruits, et, trouvant que ces cris imitatifs étaient utiles comme signes des objets qui les avaient suggérés, il poursuivit cette idée et élabora le langage. Cette doctrine fut dévelopoée et défendue avec grand talent par Herder(l5).

«... Quand le linguiste soumet à un examen attentif tous les mots qui sont censés avoir été formés par l'imitation de certains sons, il trouve que le nombre des onomatopées véritables est fort restreint, et il ne tarde pas à arriver à cette conviction, qu'encore qu'un langage aurait pu être composé en reproduisant les innombrables cris et bruits de la nature, néanmoins toutes les langues qui nous sont connues décèlent une origine différente

«... Il n'est pas douteux qu'il n'y ait dafls toutes les langues des interjections^, dont quelques-unes peuvent devenir tradi-

(15) Voir, sur les opinions de Herder, l'opuscule de M. Steinthal : Der IJrsprung der Sprache « Herder lui-même, après avoir été le vigoureux défenseur de la théorie de l'unomatopée, et avoir obtenu le prix offert par l'Académie de Berlin pour le meilleur essui sur l'origine du langage, renonça ouververtement à ce système sur la fio de sa vie, et se jeta de désespo r dans les bras de ceux qui regardaient le langage comme ayant été révélé à l'homme par un miracle. » Max Muli.eu — J. G. Herder était le premier prédicateur de la cour de Berlin. Son mémoire, qui a été couronné par l'Académie de B rlin, a été inséré par extraits dans les mémoires de cette savante compagnie, année

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tionnelles et entrer dans la composition des mots; mais ces interjections ne se trouvent que sur les confins du langage véritable. Le langage commence là où finissent les interjections. 11 y a autant de différence entre un véritable mot tel que « rire » et l'interjection ah 1 ah I entre « je souffre » et l'interjection aie ! aie I qu'entre le verbe « éternuer » et l'acte involontaire ou le bruit de l'éternueraent. Nous éternuons, nous toussons et nous crions de la même manière que le font les animaux ; mais si Épicure nous assure que nous parlons de la même manière que les chiens aboient, c'est-à-dire y étant poussés par la nature, notre expérience nous dit que cette assertion est erronée.

«... Si les éléments constitutifs du langage étaient ou de simples cris, ou des imitations des bruits de la nature, il serait difficile de comprendre pourquoi les bêtes ne posséderaient pas le langage. Non-seulement le perroquet, mais l'oiseau moqueur et beaucoup d'autres oiseaux, peuvent imiter avec une exactitude frappante les fons articulés et inarticulés ; en outre, il n'est presque pas d'animal qui ne puisse faire entendre quelques interjections, telles que hiss, bêê, etc. 11 est manifeste également que, si la faculté d'avoir des idées générales est ce qui établit une parfaite distinction entre l'homme et la brute, un langage qui serait formé d'interjections ou par l'imitation des cris des animaux ne pourrait prétendre en aucune façon à être le signe extérieur de cette prérogative distinctive de l'homme. Tous les mots, sinon plus tard, au moins à leur création (et c'est là le seul point qui nous intéresse), auraient été les signes de perceptions individuelles, et ne seraient arrivés que graduellement à exprimer des idées générales (16). Or, une telle hxpothèse est directement opposée au fait que nous révèle l'analyse du lan-

(16) PoTT, Etym. Forsch., U, 172.

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gage conduite d'après les principes de la philologie comparée (17). »

En effet, quand on analyse les langues connues, on découvre que tous les mots dont elles sont formées peuvent être réduits à de simples radicaux ou racines, c'est-à-dire à un élément tellement indécomposable, que si on en enlevait encore le moindre fragment, la racine ne serait plus racine, et le mot qui lui doit la naissance disparaîtrait. Or, toute racine a, ainsi que nous l'avons dit et que nous allons le démontrer, un sens concret; eUe correspond à une idée générale et l'exprime. C'est ce que prouve l'analyse des noms imposés, suivant la Genèse, par l'homme primitif aux êtres avec lesquels il a été mis en contact; et ces noms, que nous citerons pour exemples, nous les empmntons à l'hébreu et au sanscrit, car ce sont les langues où les racines ont été le mieux constatées.

Ainsi, CHAMEAU signifie en hébreu « porter, » gàmâl. C'est, en effet, l'animal qui porte et transporte les grosses marchandises du déseri. On dit qu'il peut porter des charges pesant de cinq à six cents kilogrammes. Aussi est-il surnommé en Orient « le navire terrestre. » C'est donc l'idée générale de « porter » que le sémite a attaché à la qualification de gâmâl, devenue pour lui le nom du chameau. Cependant, Samuel Bochart (18) la fait dériver de l'hébreu gàmàl, qui veut dire « récompenser, rendre la pareille, » parce que le chameau, ainsi que le mulet, a, suivant Valraont de Bomarc (19), de la rancune; il devient dangereux pour ceux qui le mènent pendant qu'il est en rut; il se souvient alors du mal qu'on lui a fait, et lorsqu'il peut e^aisir son ennemi, il l'enlève avec les dents, le laisse retomber à

(17j Max iMuli.f.r, La science du langage, irad. par MM. Georges Harris et Georges Penut, Inédit, iu-8, p. 4oO à 4Gt>.

(18) Hierozùicon, 3« édit. in-folio, t. II, p. 74. Leyde, 1692. (liJj Bict. raisonné univ. d'hist. nuiur. 17G7 t. il, p. 9.

terre et le foule aux pieds jusqu'à ce qu'il soit écrasé. Isidore de Pelouse (20), saint Eustac' e (21) et saint Chrysostôme (22) ont dit : « Vous vous souvenez des injures com'iie les chameaux. »

Dans l'Inde, c'est l'idée de grand nriarcheur qui s'attache au chameau, et ce quadrupède a été nommé en sanscrit « kramaila. » On dit qu'il y a en Afrique de petits dromadaires qui parcourent jusqu'à trois cents kilomètres par jour. Leur allure est le trot, parfois ils prennent le galop. — Le sanscrit « At«maila » a pour racine « cri » (aller, marcher) ; d'oia le lalin ijradi^ avancer; gradus, pas (23). La lettre « r » a disparu dans les langues dérivées, parce qu'étant considérée comme semivoyelle, elle était prononcée d'une manière toute particulière, et cette prononciation ne s'est pas maintenue.

L'idée de rapidité a donné naissance au nom du cheval en hébreu et en sanscrit. Les mots « pharas^ recheb, sus, » par lesquels les Hébreux ont désigné le cheval signifient a prompt, vite, essoufflé, parcourir l'espace, char; » et les mots sanscrits « açva, » d'oij le latin eguits, cheval ; « çapala, » qui a produit le kavi kapata, cheval, et « pêlin, » autre nom du cheval, signifient aussi (( rapide, n

L'ane était, pour les Sémites, l'animal rouge ou le rouge « chamor, » parce qu'en Orient, dit Bochart, la plupart des Anes sont rouges ; l'ânesse était l'animal aux oreilles, « athon. » M. René Bedel explique « athon » par oreille (24) ; Bochart le fait dériver de « ethan, » constance ; ce serait l'animal patient, endurant la fatigue. M. Pictet (25) croit que les noms européens de l'âne, asinus, 6-kç. esel, etc., ont été empruntés à 1 hé-

(20)Ii6. Il, epist. I3o :

("21) Hexaëmeron, p. 39.

(22) In sermon. ni;-A avx/j.ov; édit. Savil,, t. VII, p. 333 :

(23) PoTT, Etym. Forsch., t. 1, p. 20o, i" édit.

(24) liid. franc, hébr., par René Bedel.

{tli) Les origines indo-européennes, pp. 333 et suiv.

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breii « athon. » Mais M. Kalt^cliraidt (26) leur donne pour racine le sanscrit « ad, ^ manger, parce que l'âne est facile à nourrir et man^e tout ce qu'on lui présente.

Le MULET est chez les Hébreux « pêrêd, » le séparé, celui qui ne peut s'unir à ses semblables {pêrêd de parad, séparer, s'éloigner). En Europe, il est qualifié par un sobriquet, « le parleur, » idu sanscrit « jnaly » discourir ; c'est l'animal qui pousse des cris.

Le BŒUF de l'hébreu est l'apprivoisé, « èlif, êlêf ou alef, » pris isolément; collectivement, c'est le laboureur, « haqar, » Chez rindo-Européen, il est le producteur; c^v bos^ ^ouç^kuh^ koe, etc., dérivent, suivant Eichhorn, du sanscrit « gâ^ » produire, faire naître. M. Pictet, au contraire, fait sortir ces noms européens de la racine sanscrite « gu ou ghû^ qui signifie « résonner, retentir, beugler. »

L'éléphant, suivant Pott (27), est le bœuf de l'Inde, « e/e/ hindi, » nom emprunté à l'hébreu et au phénicien. Le sanscrit ne présente pas de racine pour former ce nom.

Pour les Hébreux, « Rahhas ou rahhaç^ brebis, et pour les ancêtres des Européens, le sanscrit u aivi, n mouton, exprimaient l'idée de pitié ; parce que cet animal, si doux, si délicat, n'existe pour ainsi dire que par les soins et la protection de l'homme. Pour les races latine et germanique, le mouton est le châtré, et ce nom est dérivé de l'italien molto, qui est dérivé du latin muiilus, mutilé. L'ancien haut allemand scaf , scaff, scaap^ scaph; l'anglo-saxon, sceap^ scaep^ scepe, scepa, sceop; l'aiiglais, sheep; le hollandais, schaop ; le flamand, schaep; l'allemand moderne, schafet schaaf, tous noms issus de la racine sanscrite « cap, » couper, tailler, traduisent cette môme idée de castration. La racine sanscrite « ivri^ n couvrir, a pro-

(26) Sprachvcrgleichendes Worterbuch, \° Esel,

(27) Etym Forsch.,t. I, c. lxxxi.

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duit le sanscrit « urâ, » laine ; d'où le latin aries, bélier, et le germanique « ram, » aussi bélier. {Ram est probablement pour «mm, comme p^v est pour «/sniv.)

En hébreu, la chèvre a reçu son nom « ëz, » de l'idée de force « az, » fort, robuste, \igoureux. Ua auteur a dit (28) : Caprœ sunt ovibus robustiores ; mais c'est le mâle qui a toute la vigueur. L'idée d'agilifé lui a donné son nom en sanscrit « aga, « l'animal agile ; de la racine ak ou ag, » faire aller, mouvoir, suivant Rapp (29). Mais Pott se demande (30) si le latin agere, ne dérive pas de la racine sanscrite « adsh, » aller. Le BOUC, pour le Sémite, est un poilu, hérissé, couvert de poil, « scahhr ou scyahr, » Pour l'Indo-Européen, c'est un criard ; de la racine sanscrite, « bukk, » glapir, crier, aboyer, d'où le sanscrit « bukka, » qui a produit l'anglo saxon biœc, l'anglais buck, le hollandais, le flamand et le danois bok, l'allemand et le suédois bock, le français bouc, l'espagnol boque, l'italien becco, le gallique bwch, le breton buch.

Le CHIEN est en hébreu le dévoué, « celeb, » de leb, » brûler, cœur. En indo-européen, c'est le coureur, « çwan ou çwana, n de la racine sanscrite « cw, n aller, être rapide, ou, suivant .1. Grimm, de la racine sva, qui a la même signification. Mais Kaltschmit et Pictet préfèrent expliquer l'origine de ce nom par la racine sanscrite « kwan, » sonner, pousser des clameurs. ' Le PORC, en hébreu « chazir, » signifie le voyant, celui qui a bon œil {chazag, voir). Pourl'lndo-Européen, c'est l'animal fécond, qui fait beaucoup de petits; en latin sus, en gothique sweiri, en anglo-saxon sivm, swyn, swine; en anglais siome, en hollandais et en flamand zwijn, en danois, suédois et islandais

(28) PhiJosoph hist , lib. VIII, ex.

(29) Gmndriss der grammatik des Indisch-Europaîschen Sprachstammes,

t. II, n° 202.

(30) Etym. Forsch., t. I, p. 161 .

svin^ en polonais swinia ; du sanscrit « su et su, » engendrer, produire.

Pour les Sémites, le lion est le puissant, le fort, le héros, le roi des animaux, aarn) en hébreu»; Ariel est le lion ou l'autel de Dieu. C'est le nom que le prophète Isaïe donne à la ville de Jérusalem, oïj Dieu avait établi sa puissance (31). Eu Europe, le lion a été qualifié de destructeur ; de la racine sanscrite « lu, » couper, tailler, déchirer, détruire; d'où le latin leo^ l'italien leone, l'espagnol leon, le français lion, le grec aéwv, l'anglosaxon lio, l'anglais Ho, leon; le suédois leio7i; le hollandais et le flamand leeiiw, l'allemand lœwe, le danois lœve, le polonais lew.

L'ours, en hébreu adobow dub, » est le triste, l'air sombre; de « doub ou dab, » languir, chagriner. En sanscrit, c'est l'animal qui frappe, bk'sse ou tue, « 7'iksha, » de la racine riç, frapper, blesser. Mais Westergaard la déclare incertaine. Pott (32) fait remarquer que le groupe sanscrit ex ou rAsperdla gutturale dans les dérivés du latin wsiis. Le germanique ;?«?■, bœr, bera, bere, bear, béer, bioern dérive, suivant M. Pictet, du sanscrit « bhiruka, » ours, de la racine buî, qui signifie à la fois « craindre et épouvanter. » M. Schœbel fait remonter l'allemand ôcer à la racine sanscrite « arks, » déchirer.

Le nom du loup exprime en hébreu l'idée de fauve, « zeb, » correspondant à celle exprimée par « zahab, » or, briller. Pour l'indo-européen, il signifie l'animal qui sépare, qui déchire; il dérive de la racine sanscrite « lup, » séparer. Les noms germaniques et slaves du loup, wulfs, wolf, widf, mlk, wilkas, expriment la même idée et ont leur origine dans la racine sanscrite avil,n co;iper, partager, par anastrophe. Cette même racine a donné également naissance au nom latin du renard

(31) Is. c. XXIX, 1, 2, ;>.

{Z'^)Etym. forsch.,t.\). 291.

vulpes; mais celle qui précède, « lup, » a produit le nom sanscrit « lopaça, » mangeur de lièvre, d'oii le grec a-^Tr/ii.

Je suis porté à attribuer à la racine sanscrite «ush, » brûler, précédée du préfixe « bhi, » — « 6 + usJi, les noms germaniques filchs^ vos, etc., qui auraient ainsi la même signification que le nom hébraïque du loup, « zeb, » fauve, couleur de brûlé. Pott d'ailleurs identifie le loup et le renard, et reconnaît à leur nom la même origine (33).

Pour l'hébreu, le renard est l'animal qui creuse, « suahl, » creuser, suivant Bedel.

L'aigle, dans la langue hébraïque, signifie celui qui serre, déchire, « ?î€scer ou nesçar; » le latin « aquila » aurait, d'après Pott, le sens de rapide, de la racine sanscrite « acu, » rapide (34).

Si nous passons maintenant du règne animal aux règnes végétal et minéral, nous voyons le même procédé mis en usage pour la qualification des objets. Chêne, «eM,» et pin, «.aren,)) expriment tous deux, en hébreu, la même idée, « haut; » et cette idée se retrouve dans les noms germaniques du cbêne : eich, eek, ac, aec, oak, aik, ek, eg, eijk, eik; de la racine sanscrite «uç,» qui veut dire «croître, s'élever.» En hindoustani, « sitavrksha, » chêne, est le bois blanc, et il est probable que le pin signifiait primitivement chez les Européens le bois noir, « pmiis;)) de la racine sanscrite « pindsh, » colorier, qui a produit apinga, » nigricans.

Le mot « argent, » en hébreu « keseph^ » en sanscrit « arguna, » exprime dans ces deux familles de langues l'idée de « pâle, blanc. » Pour quiconque ignore la valeur monétaire de l'argent, le franc, le florin, le thaler sont encore des pièces blanches.

(33) M t. I, pp. 149, 258.

(34)Id. t. II, p. 58.

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