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DE L'ORIGINE DU LANCAGE

De ce qui procède, il est permis de coiiclurû, ce nous semble, que l'esprit humain a débuté dans la nomenclature des êtres et des choses par la généralisation et la synthèse. Ce procédé a été le même dans tous les idiomes, à l'orient comme à l'occident, et l'Indien sauvage de l'Amérique n'en connaît pas d'autre. En iroquois « okaseri, » larme, \eut dire « eau de l'œil, » et en poconchi « chacquil, » corps, signifie « chair humaine. » Enfin, l'idée attachée par la race germanique à l'homme lui-même est celle de « penseur, » mensch ; de la racine sanscrite « ma ou ?na)i, )) penser.

Mais ce qui s'est fait à l'origine de l'humanité est encore usité de nos jours. Si un étranger arrive dans une commune et qu'on ignore son nom de famille, n'est-il pas désigné dans le peuple par un des traits de sa physionomie ou de son caractère, par sa profession ou sa nationalité? Il est nommé le Borgne, le Roux, le Blanc, le Noir, le Gros, le Gentil, le Normand, l'Allemand, etc.; le Boulanger, le Brasseur, le Cordonnier, le Berger, etc. Les Bédouins du Soudan ont des noms comme ceux-ci : « Addo, » celui qui trait; « Allouf\ » le sanglier, etc. En Europe, tous les noms de baptême ou prénoms ont aussi exprimé des idées générales, avant de devenir propres ou individuels. Adalbert signifie « noble, brillant ; « Molphe^ noble secours ou protection ; Auguste, qui est grandi^ augmenté ; Benoît, bon augure ; Boniface, visage agréable; Eugène, de bonne naissance; Adelaïde, fille illustre; Agnès, pure, chaste, Agathe, bonne; Angélique, messagère du soleil ; Coralie, jeune et belle fille ; Estelle, étoile; Jidie, adolescente, etc. Il en est de même chez les Israélites : Agar signifie « étrangère, » Balaam, « dépravation du peuple, » BetJiul, « vierge, >> Dalila, « pauvreté. »

Le procédé em^plcyé par l'homme pour imposer des noms à tout être et à toute chose tient donc à la nature humaine, puisque nous le retrouvons à toutes les époques de l'histoire.

Ce n'est pas tout; l'écriture fournit aussi la preuve du caractère synthétique du langage primitif. L'écriture à son début était idéographique, c'est-à-dire qu'elle représentait l'idée en masse par des figures ou images. Lorsque l'homme voulut conserver ou transmettre le souvenir d'un objet dont la vue l'avait frappé, il en traça la figure; l'idée d'un cheval, d'un lion, d'un obélisque, d'une stèle est exprimée graphiquement par la figure même de cet objet. C'est le système hiéroglyphique dont l'Egypte nous a conservé les plus beaux spécimens.

Mais cette image, qui pouvait être fidèle, ne désignait pas suffisamment l'objet en particulier et ne le déterminait pas ni dans le temps, ni dans l'espace. Il fahut avoir recours à un autre sytème de signes ; on inventa ce qu'on appelle les caractères tropiques ou symboliques, qui furent des signes auxiliaires des figuratifs. Avec ce nouvel aide, on put circonscrire ces derniers et leur faire exprimer une idée métaphysique accessoire.

Le passage de l'hiéroglyphisme au phonétisrae a été expliqué par ChampoUion le Jeune. Cet illustre savant a découvert que l'image figurant, par exemple, dans la vieille langue de l'Egypte, le nom du roseau, ake, correspondait au son A qui commençait ce mol; que lion y était dit labo et que l'image du lion figurait le son L qu'on faisait entendre en prononçant le nom de cet animal, etc. (35). C'est ainsi qu'en hébreu l'image du u alef )) ou « êlif, » qui signifie bœuf, est devenue la figure du son a ou e qui commence ce nom ; de même pour heth, qui signifie maison et qui figure le son b, etc. 11 est probable qu'à Ninive et en Chine on a fait usage du même procédé graphique. M. F. Lenormant a donc pu dire avec rai.t^on dans son introduction à V Alphabet phénicien : « Par une marche logique et conforme à la nature des choses, ainsi qu'à l'organisation même

(35) Gramrnairi comparée des Umjues bibliques, par l'abbé Vandrival, t. I, p. 6.

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