DE I /ORIGINE DU LANGAGE
de l'esprit humain, tous les systèmes d'écriture ont commencé par l'idéographisme et ne sont arrivés que par un progrès graduel au phonétisme. Dans l'emploi du premier principe, ils ont tous débuté par la méthode purement figurative qui les a conduits à la méthode symbolique. Dans la peinture des sons, ils ont traversé l'état de syllabisme avant d'en venir à celui de l'alphabétisme pur, dernier terme du progrès en ces matières (36). »
Ainsi, l'image matérielle de l'idée, comme son expression sonore ou immatérielle, ne la représentait aussi, dans le principe, que (l'une manière concrète et générale. C'est seulement, lorsque l'expérience et l'observation conduisent à mieux saisir les nuances des objets, qu'arrivent les termes nouveaux ou les figures nouvelles qui conviennent à ces nuances.
Mais si les racines, qui traduisent au dehors les impressions immédiates produites sur nos sens par le contact du monde extérieur, ne sont pas des onomatopées ni des interjections, que sont-elles? A cette question, je répondrai avec M. MaxMuller: « Ce sont des types 'phonétiques produits par une puissance inhérente à l'esprit humain. Ces racines ont été créées par la nature, comme dirait Platon; mais avec le même Platon nous nous hâtons d'ajouter que par la nature nous entendons la main de Dieu (37).
« Il -^ a dans le monde physique une loi presque universelle :
(36) Introduction à un mémoire sur la propagation de l'alphabet phénicien dans l'ancien monde, couronné pur l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres^ in-8, 1866, p. 4.
(37) ©vjïw 19. /J-iv ■pù'7-i A£y5//îvc. notscaOv.t ôzl'y. Téxi").
tout ce qui est frappé résonne. Chaque substance rend un son particulier. Nous pouvons reconnaître la pureté plus ou moins grande, la composition plus ou moins parfaite des métaux à leurs vibrations, à la réponse qu'ils nous donnent. L'or ne sonne pas comme l'étain; le bois ne sonne pas comme la pierre; et des sons différents sont produits par différents percussions. Cette même loi atteint également l'homme, la plus délicatement organisée de toutes les œuvres de la nature (38). L'homme rend aussi des sons : dans son état primitif et parfait, il n'était pas seulement doué de la puissance de traduire ses perceptions par des onomatopées, ni, ainsi que le font les bêtes, d'exprimer ses sensations par des cris. 11 possédait en outre la faculté de donner une expression articulée aux conceptions de sa raison. Cette faculté, il no se l'était pas donnée à lui-même. C'était un instinct, un instinct mental aussi irrésistible que tout autre (39). »
Cette première manifestation sonore de la pensée humaine a dû être aussi fugitive que les impressions qui l'ont produite, et il est impossible de dire quelle a été la langue primitive; nulle trace n'en est restée ni dans les monuments ni dans l'histoire. La langue, d'ailleurs, ainsi que G. de Humboldt le fait observer, est quelque cliDse d'essentiellement et de constamment passager; car elle n'est que le travail de l'esprit, travail sans cesse renouvelé pour approprier le signe ou son articulé à l'expression
(38) Cette vue fut proposée, il y a bien des années, par M. lleyse, dans les leçons qu'il donna à Berlin, et qui, depuis sa mort, |ont été publiées avec un soin religieux par un de ses élèves, le docteur Steinthal. 11 va sans dire que rien n'est plus loin de notre pensée que de prétendre donner le fait de la sonorité des corps comme une explication de l'origine du langage, ou de vouloir nous en servir autrement que comme d'une comparaison ou d'une image qui fasse mieux comprendre comment le langage a pu être produit. Max