MULLER
(39) La science du langage, par Max Millier ; trad. de MM. Georges llarris et Georges Perrot. 2" cdiL, 18G7, in -8, p. 480 à 487
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dn la ponst'o (40). L'expérience prouve en effet que dans les pays où réorilure est inconnue et la société divisée en petites tribus, la langue change rapidement.
En 18313, S. R. Waldeck, se trouvant dans l'Amérique centrale, aux environs de Palenqué, n'a pu se servir d'un vocabulaire de la langue de ce pays, lequel avait été composé avec beaucoup de soin dix ans auparavant. Le docteur anglais Rae a constaté dans la Polynésie que « les fractions qui se détachent d'une peuplade indienne arrivent, après quelques générations, à parler une langue qui n'est plus comprise par la tribu dont elles sont sorties. Delà vient le nombre considérable de langues qui sont parlées par les petites tribus de chasseurs indiens de l'Amérique septentrionale et méridionale, et qui ont évidemment une origine commune, car leurs principes sont identiques. En conséquence, plus une société est nombreuse, plus la langue qu'elle parle a de durée ; moins la société est nombreuse, moins la langue est durable, et plus la décadence est rapide. Plus la société est petite, plus le nombre des idées est restreint, et, par suite, moins il y a de mots nécessaires, et plus le vocabulaire y diminue facilement et y perd un grand nombre de termes (41). »
Les travaux gigantesques entrepris dans les deux derniers siècles pour découvrir l'idiome primitif de l'humanité n'ont donc pu atteindre le but désiré. Aujcuu'd'hui les linguistes les plus autorisés sont unanimes pour déclarer que c'est une tâche à laquelle il faut définitivement renoncer, car des milliers d'années séparent la création de la race humaine des premiers monuments de son langage, du sanscrit, du chinois, de l'hébreu, du
(40) Vberdie verschiedenheit des menschlichen sprachbaucs, traduct. d'Aired Tonnelle, in-8, 18o9; p. 49.
(41) Polynesian, Ti°''2'i, 1862, cité par Max Mûller, traduit par Harris et Perrot. — La science du lawjage, p. GG.
zend, etc. (42). v. Nous pouvons seulement reconnaître, dit M. Eichoff, « que les mots primitifs ont dû être en petit nombre et tous monosyllabiques; que chaque élément de ces syllabes désignant un objet principal fut ensuite appliqué, avec des intonations diverses, à une série d'autres objets analogues qui servirent à leur tour de types à de nouvelles analogies; qu'ainsi, par une marche continue, les mêmes sons simples s'attribuèrent à une foule d'êtres toujours plus éloignés les uns des autres, et dont la filiation, quoique réelle, devenait toujours moins apparente, la pensée, infinie dans son essence, se plia aux restrictions de la parole, en rangeant dans la même classe toutes les choses susceptibles d'un rapprochement partiel, C'est ainsi que, dans les langues les plus anciennes et les plus stationnaires, le mot qui nomme l'objet, celui qui le qualifie, celui qui l'active et l'anime, ne sont le plus souvent qu'un même monosy'labe, comme on le voit actuellement encore chez les peuples de l'extrême Asie, religieux observateurs dei traditions des premiers âges (43). »
« Ce qui revient à dire en d'autres termes, ajoute M. Benloew, que pour les premiers hommes tous les mots avaient une égale valeur et se trouvaient pour ainsi dire sur le même plan. Il s'agissait de se faire comprendre d'une manière quelconque; mais on ne distinguait pas le substantif du verbe, l'adjectif du pronom; on ne songeait qu'à peindre une image qui avait saisi l'esprit, une notion vague ou une impression forte (44).»
Cette théorie énoncée seulement par MM. Eichoff et Benloew, est confirmée en tout point par Bopp, un des fondateurs de la
(4^) De Vorigine du langage, par Jacob Griram; traduct. de Fernand de Wegmann, in-8^ i8o9, p. 10.
(43) Étude de philologie comparée j p. 13 i du Bulletin de la société d'archéologie du département de Seine-et-Marne^ 1865.
(44) Aperçu général de la science comparative des langues, par Louis Cculœw;, in-3 p . 22 .
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science comparative des langues. Selon l'illuslre philologue allemand, le sanscrit possède deux classes de racines : l'une comprend celles des verbes et des noms, substantifs ou adjectifs. Ceux-ci ont avec les verbes des rapports fraternels, et sans dériver les uns des autres leur point de départ est le même. Cette classe a reçu le nom de a racines verbales. » La deuxième classe comprend les pronoms, toutes les prépositions primitives, les conjonctions et les particules. C'est celle des racines pronominales. Elles sont ainsi nommées parce qu'elles expriment toutes une idée pronominale qui se trouve plus ou moins dans les prépositions, conjonctions ou particules. Toutefois Bopp reconnaît que les grammairiens indiens font dériver indistinctement les noms et pronoms de racines verbales.
Verbales ou pronominales, toutes les racines sont des monosyllabes. Leur unité syllabique se maintient dans toutes les situations, au commencement, à la fin comme au milieu des mot?, et ce pouvoir leur élait nécessaire, afin de conserver intact le souvenir du passage des idées primordiales et fondamentales. Quant aux racines qui sont considérées par les grammairiens comme polysyllabiques, elles renferment ou un redoublement de la syllabe primitive, ou une préposition qui s'y est jointe.
Dans les langues sémitiques, la racine n'a pas la même liberté d'action que dans celles de la famille indo-européenne. La racine sémitique exige au moins trois consonnes qui expriment l'idée par elles seules et sans le secours des voyelles. Ces lettres peuvent être momentanément si inhérentes l'une à l'autre et si comprimées, qu'il devient impossible de reconnaître qu'elle a été la primitive, et quel est le lien (jui unit l'intermédiaire avec la première et la dernière; car il dépend uniquement du mécanisme et de la construction du mot. Ainsi, l'hébreu Kàtûl, tuée, au féminin à cause de l'adjonction ah, se contracte en ktul [ktûl-âh), tandis que /iutêl, tuant, devant la même adjonction, se contracte
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d'une manière opposée et fait kôtlâh. On ne peut donc pas envisager comme racines ni ktid ni kôtl^ et l'on peut d'autant moins chercher une racine dans A'/d/ comme état construit de l'infinitif, que cette forme est seulement une abréviation de la forme absolue kâtùl^ produite par la précipitation naturelle vers le mot régi par l'infinitif, auquel il s'est soudé. Dans l'impératif A^(^/, l'abréviation n'est pas le résultat d'une influence extérieure, mais elle a été amenée plutôt dynamiquement par la rapidité avec laquelle un ordre est ordinairement transrais. En un mot, dans les langues sémitiques, les voyelles appartiennent contrairement à ce qui se passe dans les langues issues du sanscrit, non à la racine, mais au mouvement grammatical, aux idées accessoires et au mécanisme de la construction des mots. Une racine sémir tique ne peut donc être exprimée, car, si on lui donne une voyelle, on la fait incliner aussitôt vers une forme grammaticale spéciale et il lui devient impossible de l'éviter.
Dans la famille sanscrite, la racine se présente comme un noyau fermé, presque inaltérable, qui s'entoure de syllabes étrangères, dont on peut retrouver la signification primitive. La voyelle appartient donc ici avec la consonne ou les consonnes qui l'accompagnent, et quelquefois seule, sans accoiopagnement de consonnes, au sens primitif et fondamental du mot; elle peut tout au plus être allongée par le guna ou augmentée par le vriddhi, et cet allongement ou cette augmentation ne sert pas à désigner un rapport grammatical, qui demande une désignation plus nette et plus franche. Cette modification n'est que mécanique et est provoquée par la symétrie de la forme (45).
Nous pouvons maintenant nous rendre compte du procédé employé à l'origine par l'esprit humain pour se produire au
(4o) Vergleichende grammatik des sanskrit, zend, griecMschen, lateinischen, liitauischen, gotischen und deutschen, von Franz Bopp, in-4j i833j pp. i05 à 108.
dehors par la parole; ce procédé a été le monosyJlabisme, diversifié par l'accent et soutenu par le geste. Il ressort pour nous de la structure du chinois et des langues sémitiques et indo-européennes. Cependant, M. Renan n'admet pas un état monosyllabique, où les mots se seraient en quelque sorte juxtaposés sans ciment (46). Mais, M. Grimm l'accepte sans restriction. « La première époque, dit l'éminent philologue allemand, n'avait pour toute grammaire que la libre succession des mots représentant des idées sensibles (47).» C'est encore la manière de parler des Chinois. Mais de ce que les rapports entre les mots n'ont pas revêtu la forme grammaticale, faut-il conclure que les mots sont dépourvus du ciment ou du lien nécessaire à la construction de la phrase? Nullement, et M. de Humboldt explique cette prétendue anomalie en ces termes: « Les mots et leurs rapports grammaticaux sont deux choses entièrement et essentiellement distinctes. Ceux-là sont dans le langage comme des ©bjets réels, ceux-ci ne servent que de lien; mais le discours n'est possible qu'au moyen de tous deux réunis. Les rapports grammaticaux, sans avoir toujours dans la langue des signes spéciaux, qui leur soient affectés, y peuvent être introduits simplement par la pensée de ceux qui parlent, etla structurede la langue peut être de telle nature, qu'on arrive encore avec ce système à éviter^ au moins dans une certaine mesure, l'incertitude et la confusion. En ce cas, en tant que les rapports grammaticaux ont un certain mode d'expression qui leur est propre, on peut dire que la langue possède, dans la pratique, une grammaire sans formes grammaticales proprement dites (48). »
(46) De l'origine du langage, 3« édit. in-8, p. 10.
(47) De l'origine du langage, par M. Jacob Grimm traduction de Fernand Wegmann, in-8, 18o9, p 37.
(48) De l'origine des farines grammaticales et de leur influence sur le développement des idées, par Guillaume de Humboldt ; traduction d'Alfred Tonnelle; in-8, p. 13.
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Au surplus, ce système de faire succéder ou de juxtaposer les mots sans aucune marque de rapport n'est pas perdu et nos langues indo-européennes possèdent encore des constructions où le sens se détermine d'après la place que les termes occupent : c'est ce que dans toutes les langues on nomme mots corri' poses. « Le caractère de ces mots, fait remarquer M. Abel Rémusat, exige même que les éléments qui les constituent perdent les signes grammaticaux qu'ils pourraient avoir, et viennent, à l'état de radical, se grouper entre eux. On ne voit pas que la netteté du sens souffre de cette suppression, et les expressions qui en résultent sont, de toutes, celles qui ont le plus d'énergie et de vivacité. Horseman^ Pferdeknecht^ inna.pxoi, Àsouamedha signifient d'une manière aussi positive que les phrases les plus explicatives le pourraient faire, un homme qui monte un cheval^ un valet qui soigne des chevaux, un officier qui commande des chevaux (cavaliers) , un sacrifice où, l'on immole un cheval. Les rapports varient à l'infini, et l'esprit les supplée sans difficulté, sans embarras, sans hésitation (49). »
Les données que la science vient de nous fournir sur l'état primitif du langage humain nous rendront plus intelligible le premier verset si souvent controversé du chapitre XI de la Genèse : OUA AIE KAL A ARETS SAPHATH AHATH, OU A DABARIM AHA-
DiM ; — Erat autem terra labii unius et sermonum eorumdem; K«J ^v Tïàffoc i5v9i x«J^oî 2v, Koci fwvii /Jisà nâst. « L'exprcssiou de l'original qui porte : Or, toute la terre n'avoit qu'une lèvre et un
(49) Lettre à M. Abel Rémusat, sur la nature des formes grammaticales en général, etc. par M. G. de Humboldt ; in-8, pp. 110 et Hl .
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discours ou une lèvre et une parole^ est expliquée diversement, dit dora Galmet, et les uns la prennent comme si elle signifioit que tous les hommes étoient parfaitement d'accord entre eux, sans qu'il y en eût un seul qui s'opposât au dessein commun qu'ils prirent de bâtir une ville et une tour qui devoit s'élever jusqu'au ciel...
« Saint Philastre, évêque de Bresse (50), regarde comme une hérésie de croire qu'avant la construction de la tour de Babel, il n'y ait eu qu'une seule langue dans le monde; il veut, au contraire, qu'alors les hommes aient eu le même privilège que les anges, c'est-à-dire la connaissance de plusieurs sortes de langues...
« Mais le commun des pères et des interprètes, tant juifs que chrétiens, croit que Moïse, par ces termes : Toute la terre avoit une seule lèvre et les mêmes discours ^ a voulu marquer que tous les hommes n'avoient qu'une seule langue. C'est le sens le plus simple et le plus naturel de ce passage. Moïse, voulut préparer le lecteur à ce qu'il va dire de la confusion des langues arrivée à Babel, remarque qu'avant cela ils parloient tous le même langage ; et comme s'il vouloit encore prévenir l'équivoque de ces termes : une même lèvre, qui pourroit ne marquer que leur accord, il ajoute : et les mêmes paroles^ qui les détermine à signifier un même langage (51). »
Cependant, les expressions hébraïques « saphat, » labium, et « DABARiM, )) sermones, ne sont pas synonymes, comme la prouve une autre combinaison de ces deux mots dans les psaumes de David : sermonem. lahiorum, ipsorum . — Sapuatou labium est employé subjectivement et désigne l'instrument ou l'organe avec lequel on parle, c'est-à-dire la faculté de parler ou
(uO) Philasir. Brix. Hœres, 56.
(ol) Sainte Bible en latin et en français, avec des notes littérales, critiques et historiques, ¥ édit. in-8, 1820, p 449 à 450.
le parler ; « dabarim » ou sermones est employé objectivement et désigne ce qui est parlé, le produit ou le résultat du parlera Par ces deux expressions, l'auteur de la Genèse a montré leâ deux agents du langage humain : la pensée et le signe vocal ou sonore de la pensée. C'est ainsi qu'Origène interprète le texte des Septante : k«2 ^^ 'r='»« ^ v^ x^^^^s s", Ka« jswv») fiiv. Trast (52).
Cependant le prophète Isaïe s'est servi du terme « saphath » dans le sens de « langue, » saphath kanahn, langue de Chanaan, XIX, 18. Or, toute langue comprend une grammaire et un dictionnaire ; « saphath, » labium^ et « dabarim, » sermone!!, représentent donc encore ici deux idées différentes : à l'un s'attache celle de l'élément grammatical, à l'autre celle de l'élément lexicologique. La Genèse ne s'oppose donc pas à ce que l'on considère le langage primitif comme étant pourvu d'un lien grammatical;, sinon de formes grammaticales proprement dites. Ce n'est pas tout ; en faisant suivre chacune des expressions : « saphat » et « dâbân?n » de celles-ci : « ahath » et « ahâdim, » imiits et eornmdem, l'auteur de la Genèse a fait ressortir la parfaite harmonie qui existe entre la parole et la pensée, entre la grammaire et le vocabulaire, en d'autres termes, l'unité de langage.
Elle est rendue plus manifeste, cette unité, par ces paroles que le même auteur met dans la bouche de Jéhovah, au même chap. XI, v. 6 : « Ils ne sont tous qu'un peuple, et ils ont tous « le même langage, n Si les enfants de Noé, à leur arrivée dans le pays de Sennaar, et avant la construction delà tour de Babel, par conséquent avant leur dispersion, ne formaient qu'un peuple, et un peuple peu nombreux, il était bien naturel qu'ils eussent la même langue. L'unité de langage est un des traits caractéristiques de l'unité nationale.
(o2) ZrjToOvri; oi Sic/.'fOpàv y^siXovç xt/.l pcjv^?, »riao/JiZV T^v /J.kii fîwvjjv IttI T^S Stcc- XiTOV Tàî»îT0y.«, Tetx« o^ ri X^'^^^'î ^ttî Trjj 6iy.volv.i- ^ to i/xT:cf.'Mv. Sel. in Gcn» h.
l. {0pp. éd. Lomm , t. VIII, p. 08).
Mais du fait de l'unité de la langue des premiers Noachides, on a voulu tirer cette conséquence que tous les idiomes parlés par leurs descendants devaient dériver de cette langue sauvée du déluge. Puis, on a voulu savoir quelle a été cette première langue ; et pour arriver à une solution impossible, on s'est laecé dans les conjectures et livré à des hypothèses extravagantes. Le phrygien, le syrien, le chaldéen, l'éthiopienj l'arménien, l'hébreu, le celtique, le basque, même le flamand, ont été tour à tour mis en avant comme étant cette langue des premiers âges ; c'est à l'hébreu qu'on s'est arrêté le plus longtemps, parce qu'il est l'idiome de la Bible, et Bochart, le P. Thomassin, l'abbé Bergier et d'autres philologues ont écrit des volumes pour établir une analogie entre cet idiome sémitique et des langues de l'Europe.
Cependant, aucun texte génésiaque n'autorise une telle théorie. Le premier verset du chap. XI de la Genèse témoigne seulement ceci, c'est que la langue des Noachides était une à l'époque de leur établissement dans la plaine de Sennaar, et les versets suivants nous apprennent que cette unité dut cesser du moment oîi ces nouveaux habitants, oublieux de la volonté divine, ne songèrent plus qu'à se fixer dans la fertile vallée de la Mésopotamie. Un tel projet contrariait évidemment les desseins du Créateur, qui avait dit à l'humanité naissante : « Remplissez la terre, et faites qu'elle vous soit assujettie (53). » Aussi, le verset 7 du chap. XI de la Genèse nous apprend que Dieu, pour contraindre les hommes de Sennaar à l'accomplissement de leur destinée, confondit tellement leur langage qu'ils ne s'entendirent plus les uns les autres, et c'est de cette manière, est-il dit au verset 8, que le seigneur les dispersa de ce lieu dans tous les pays du monde. Ils se dispersèrent dans les îles des nations, où chacun eut sa langue, ses familles et son peuple particu-
(53) Gen. ch. I, V. 28.
^4) Ici, ch. X, V. 5.
lier (S4) ; et c'est de ces familles que se sont formées toutes les nations de la terre (5S).
Pour ceux qui n'admettent pas l'intervention directe de la divinité dans les actes humains, il aurait fallu dire que k dispersion des langues sur la surface du globe a eu lieu conformément aux lois naturelles du langage, après la séparation des Noachides. L'histoire prouve, en effet, que les langues se transforment à la suite d'événements politiques qui divisent les peuples; car, pour nous servir d'une expression de M. Clément, ce qui fait une langue, c'est tout ce qui fait un peuple ; les idées, les passions, le caractère, les mœurs , le gouvernement , le climat, la religion, etc. Les langues et les nationalités naissent, vivent et meurent ensemble (S6).
Or, l'humanité devait marcher à la conquête du monde; c'était la loi de son existence. Pour remplir cette mission laborieuse et sainte, elle a dû se fractionner. Tout indique que le déchirement a été violent ; les tribus séparées perdirent l'unité du langage, et la variété des langues qu'elles parlèrent ne la rappela plus ; la scission avait été complète.
M. Renan a donc pu dire avec raison : « S'il est un résultat incontestable, c'est que le réseau des langues qui ont été ou sont encore parlées sur la surface du globe se divise en familles absolument irréductibles l'une à l'autie. En supposant même (ce que je n'admets nullement, et ce que la bonne philologie est de plus en plus en voie de rejeter) que la famille sémitique et la famille indo-européenne puissent un jour être fondues l'une dans l'autre, en siqiposaiit (ce que je n'admets pas davantage) que les deux familles africaines, représentées l'une par le copte, i autre par le berber, ou mieux par le touareg, puissent un jour être réunies aux langues précitées, on peut affirmer du moins
(bb) Id. di. X, V. 32.
(bO) Essai sur la science du langage y in-S, p. 02,