‹ De l'origine du langage d'après la GenèseChapitre 7 sur 10 · DE L'ORIGINE DU TANGAGE · texte numérisé non relu

DE L'ORIGINE DU TANGAGE

qu'il sera à tout jamais impossible de ranger dans le môme groupe le chinois et les langues de l'Asie orientale. On n'explique pas, dans l'état actuel de la science, comment le sanscrit aurait pu devenir l'hébreu, ou l'hébreu le sanscrit; mais surtout on n'expliquera jamais comment le sanscrit ou l'hébreu auraient pu devenir le chinois, l'annamique ou le siamois. Il y a là un abîme qu'aucun effort scientifique ne saurait combler.

« Mais, de cette vérité fondamentale, est-on en droit de conclure qu'il n'y a eu entre les peuples qui parlent des langues de familles diverses aucune parenté primitive? Voilà sur quoi le linguiste doit hésiter à se prononcer. La philologie ne doit pas s'imposer à l'ethnographie, et les divisions des langues n'impliquent pas nécessairement des divisions de races...

« Dès qu'on admet que le Sémite et l'Indo-Européen parlent des langues d'origine différente, sans que pour cela ils se rapportent à des races physiologiquement diverses, n'est-on pas autorisé à conclure qu'une même race a pu se partager à l'origine en plusieurs familles qui ont formé leur langage à part et sans avoir de rapports les unes avec les autres ; en d'autres termes, que des peuples peuvent être frères tout en parlant des diomes absolument différents (S7)? » t

Que l'on admette le récit de la Genèse relatif à la confusion des langues et à la dispersion des Noachides ou qu'on le considère comme un mythe avec MM. Grimm (08), Renan (59) et

(57) De l'origine du langage, 3« édit. pp. 302 à 30">, (.^H) De l'origine du langage, traduct. Wegmann, p. 28. (o9) De l'origine da langage, 3" édit. p. 21Li, en noie.

Gahcn (60), toujours est -il qu'à la suite d'une grande catastrophe, d'un cataclysme, l'humanité primitive, réunie sur un point du globe, s'est séparée et répandue par groupes ou tribus dans le monde. Et cette révolution a été telle que les diverses langues des nations qui se sont formées, n'ont pu conserver entre elles un lien qui permît de les réduire à l'unité ou, en d'autres termes, de les faire dériver d'une seule. Saint Augustin semble avoir deviné ou compris ce fait de l'irréductibilité des langues, lorsque, pour expliquer comment la langue hébraïque, qu'il suppose avoir été celle d'Adam, avait persisté dans la famille du patriarche Sem, il a dit, dans sa Cité de Dieu, que cet idiome a échappé à la confusion arrivée à Babel.

Il est difficile, en effet, en présence du verset 7 du chapitre XI de la Genèse (61), de soutenir que toutes les langues de la terre dérivent d'une seule; car si cette dérivation était possible, il s'en suivrait qu'il n'y aurait pas eu confusion et les hommes auraient continué de s'entendre.

Nous avons vu de quelle manière la Genèse a fait surgir les nations qui se sont partagé la terre ; il nous faut dire maintenant comment les diverses langues qu'elles ont parlées ont pris nais-

(60) La Bible traduite par M. Cahen, 1835 : « Le sol argileux des environs c de Babylone a permis de construire en briques des murs et des édifices. « C'est ce que nous montrent les faibles débris qu'on trouve encore de cette « vaste cité, et c'est aussi ce qu'Hérodote nous apprend. Le même auteur « parle de tours élevées pour l'observation des astres, pour explorer le ciel. Il (c est probable qu'une de ces tours sera restée inachevée, ou aura été renver- « sée par un accident, peut-être par un tremblement de terre. C'est aussi une « tradition constante qu'à la suite d'une grande catastrophe, d'un cataclysme, « les nations ont été dispersées et leurs langages modifiés. Encore aujourd'hui « on rencontre dans les contrées caucasiennes une foule d'individus entière- « rement différents et répandus sur un espace assez resserré. Ces divers évé- « nements, séparés par de longs intervalles de tempsj et réunis par la tradi- « tion, comme causes et effets, ont pu donner lieu au mythe de la tour de « Babel, rapporté par l'éciivain sacré.»

(61) «c Venez donc, descendons en ce lieu, et confondons-y tellement leur langage, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres.» Gen, ch. XI, v. 7.

sauce. Et d'abord remarquons que, dans cette nouvelle phase de la vie du genre humain, la Bible ne constate aucune intervention de la divinité. Nous pouvons donc redire ici avec le P. Hyacinthe : « Depuis qu'il a placé l'homme comme son lieutenant sur ce globe. Dieu s'est retiré du champ de l'action directe et personnelle. Requievit ah universo opère quod patrarat . Dieu a créé l'homme, mais il a laissé à l'homme cette gloire d'achever la plus grande de ses œuvres et de créer le genre humain (62). » Cherchons donc dans cet être multiple et varié la cause ou les causes de la diversité des langues; car, si le langage « en luimême est quelque chose de divin et d'indépendant de la volonté humaine, les langues au contraire sont quelque chose de sourais à l'action des peuples auxquels elles appartiennent (63). »

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