Caractères généraux de la langue primitive
La recherche de la langue primitive, sorte de pierre philosophale de la linguistique, a préoccupé inutilement de nombreux écrivains qui ont successivement décerné ce titre à la plupart des idiomes du globe. A côté de ceux qui ont porté leur choix sur l’hébreu \
' Le P. Thomassin prétendait que l'hébreu était la source de
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parce que c’était la langue du peuple de Dieu (Jéhovah), nous voyons des auteurs plus hardis promener sur les contrées les plus diverses leurs dissertations fantaisistes. Pour n’en citer que quelques-uns, comme exemple des aberrations de l’ancienne philologie, nous mentionnerons le P. Pezron ^ qui voyait dans le celtique ou gaulois la langue de Gomer et de la famille des Titans; Goropius Becanus® qui faisait de l’allemand ou tudesque la langue d’Adam et d’Eve; André Kempe® qui soutenait sérieusement que Dieu parlait suédois et qu’Adam lui avait répondu en danois, en même temps que le serpent parlait français avec Eve ; le docteur I Raë* qui découvrait l’origine du sanskrit, du grec, du latin et jusqu’à la clef du langage originel dans la langue polynésienne; et Webb®, qui s’était amouraché du chinois; langues dont ils
toutes les langues, tandis qu'un philologue allemand qui écrivait en 1726 faisait du grec la langue mère de toutes les autres, ci notamment de l'hébreu. {Traité de l’opinion, t. I, p. 95).
' De r antiquité de la nation el de la langue des Celles, p. 188.
’ Apud Cornélius a Lapide, Comment, in cap. II, Genes.
•’ Cité- par Baudry, De la science du tangage, p. 4.
* The PoUjnesian, (Ilonolulu), 27 sept., 7 et 1 1 oct. 1862. Cité par M. Max-Muller, dans Macmillan's Magasine, mars 1863, p. 340.
* The language of Ihc Empire, of China is lhe priinilivc language, (London, 1669); in-8".
voulaient faire , au moyen de raisonnements plus ou moins spécieux, plus ou moins naïfe, le langage originel de Thumanité. On est heureusement revenu de ces ambitieuses préoccupations, et aucun linguiste sensé ne croit plus guère à Tutilité ni à la possibilité de retrouver le matériel primitif des mots dont se servaient nos premiers ancêtres. Les plus anciennes langues connues sont sans aucun doute postérieures de bien des myriades d’années à la création du langage; et durant les innombrables siècles qui les séparent de cette époque, elles ont eu le temps de s’altérer et de se modifier de toute sorte de façons. En revanche, si le matériel des formes et des mots primitifs est à jamais perdu pour la science, il n’en saurait être ainsi des principes qui ont présidé à leur formation et à leur assemblage grammatical. De même que par la trigonométrie et la mécanique céleste on arrive à connaître la distance exacte, le volume et la densité des corps les plus éloignés qu’on ne saurait atteindre matériellement; de même la psychologie permet de reconnaître dans toutes ses périodes les lignes essentielles des évolutions de l’humanité. Dans l’espèce qui nous occupe, la com-
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paraison des langues qui subsistent encore, nous fournit les termes connus de l’équation dont la critique est appelée à déterminer les inconnus. Ainsi le comprit un des premiers, sinon avant tous , Leibnitz qui conseilla aux linguistes de suivre pour l’étude de la philologie comparée la méthode qui fait passer des faits que nous avons sous les yeux à ceux qui s’éloignent de plus en plus de nous.
11 ne faut pas se dissimuler toutefois les innombrables écueils qui résultent d’un tel système d’investigations. La méthode expérimentale, à peu près exclusivement adoptée de nos jours dans les recherches scientifiques, répandrait sans doute une vive lumière dans ce dédale obscur où le raisonnement livré à lui seul se sent bien souvent faiblir et s’égare. Malheureusement l’application de cette méthode présente ici de telles difficultés qu’on ne peut guère prévoir quand ni comment elle pourra être mise à contribution. On cite cependant quelques tentatives faites dans cette direction par des hommes curieux, mais
' Dissert, sur les origines des peuples, tirées surtout du caractère de leurs langues, 1710 .
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auxquels manquait le véritable esprit scientifique. C’est ainsi qu’Hérodole nous raconte que Psammétik, roi d’Egypte, désireux de savoir quel était le peuple primitif, confia deux enfants nouveau-nés à un berger en lui ordonnant de les élever en dehors de tout contact, sans leur parler, et en ayant soin de noter le premier mot qu’ils prononceraient. Or il arriva qu’au bout d’un certain temps le berger leur entendit prononcer le mot I3sy.éç qu’ils répétèrent plusieurs fois en présence du roi. On rechercha alors à quelle langue pouvait appartenir ce mot, et comme on découvrit qu’il signifiait « du pain » chez les Phrygiens, on en tira la naïve conclusion que ces peuples étaient les plus anciens habitants du monde. On attribue une expérience analogue à l’empereur Frédéric 11; mais elle n’aboutit à aucun résultat, les deux pauvres petites créatures étant mortes en peu de temps, faute, dit la légende, de chants pour les bercer et les endormir \
La méthode expérimentale faisant défaut, il appartientà la critique seule de répandre quelques
' Raumer, Geschichl. der Bohenslaufen, t. 1U> p. 491.
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lueurs au milieu des ténèbres qui environnent nos origines linguistiques.
D’abord se pose cette question : la simplicité ou la complexité a-t-elle été le caractère originaire du langage? M. Renan n’hésite pas à ad. mettre la complexité. Pour lui les langues primitives et toutes les autres créations premières de l’esprit humain se distinguent par la synthèse et l’exubérance des formes. L’opinion assez généralement répandue que la simplicité est antérieure à la complexité, l’élément au composé, est, suivant ce savant, un reste des vieilles habitudes de la scolastique et de la méthode artificielle que les logiciens portaient dans la psychologie*. 11 cite à l’appui de sa doctrine le langage des enfants, qui, suivant lui, est en apparence plus simple, mais en réalité plus « compréhensif », et plus resserré que celui où s’explique terme à terme la pensée de l’âge mûr, et enfin les langues des peuples sauvages ou peu civilisés qui se distinguent par l’extrême complication de leurs formes grammaticales
' Renan, De l’origine du langage, pp. 151-152. ’ Libr. citai., pp. 13 et 156.
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J'avoue que les longs et doctes raisonnements de M. Renan ne sont pas parvenus à me faire sortir du vulgum pecus auquel il reproche des idées arriérées; et je persiste à croire que le vieux bon sens de nos pères n’avait pas positivement tort, môme dans l’application à la linguistique qui nous occupe en ce moment. Le langage de l’enfant est justement, à mes yeux, un argument en faveur de la simplicité primitive du langage : l’enfant énonce tout d’abord les noms des objets sans aucune forme grammaticale et sans aucune préoccupation 'de phraséologie. Bien plus, pour enseigner à parler à son enfant, la mère ellemême redevient enfant. « Elle fait redescendre instinctivement la langue à ses éléments primitifs ; elle recommence en quelque sorte son invention en se servant de syllabes brèves, entremêlées de signes ; elle contracte aussi les mots, et les réduits à n’ôtre plus que des cris semblables à des interjections » De même l’homme primitif a dù énoncer isolément les noms des objets qui ont frappé sa vue, de même leurs qualités
' Jacob Grimm, De l'origine du langage. (Trad. de Wegmann, pp. 36-37.)
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les plus frappantes, avant que de songer à établir des accords qui sont toujours le fruit du travail intellectuel et de l’expérience. « Les mots, dit Grimm semblent s’être d’abord épanouis dans un laisser-aller idyllique, se succédant, sans être assujettis à aucune règle, dans l’ordre naturel dicté par le sentiment. Il est tout simple dépenser que pour rendre cette phrase : « il est brillant, le so- « leil qui est là-haut » , les premiers hommes aient dit: brillant! (c’est brillant... quoi?) soleil, (où) là-haut; et que le pronom et le relatif ne soient venus que plus tard. De nomb'reuses langues encore vivantes montrent eh effet avec combien de difficulté se forment les vrais pronoms de la troisième personne et les relatifs. La langue chinoise, si utile à étudier pour la recherche des origines du langage, surtout si on l’examine synoptiquement avec la langue japonaise qui lui a fait de si nombreux emprunts en les transformant, la langue chinoise, dis-je, est à peine arrivée de nos jours à exprimer le mot « il » ;
‘ Ch. Lemaire, Initiation à la philosophie de la liberlé, 2 vol. in-f», et dans la Tribunes des linguistes, 1858-59, p. 47.
DE l'origime du langage.
et le mot « qui » relatif, ne s’y rend qu’à l’aide
d’un mot dont la signification matérielle
est encore évidente, surtout quand il est transporté dans l’idiome des insulaires de l’extrême Orient. Dans plusieurs langues de l’Asie orientale, c’est à peine si l’on peut dire que le verbe soit en voie de formation.
Je ne suis pas compétent pour discuter ce que dit M. Renan du groënlandais où, suivant ce savant, un seul mot renferme tous les mots d’une phrase et se conjugue comme un simple verbe.
Mais je suis convaincu qu’une étude approfondie de cette langue des régions polaires nous montrerait quelque chose de tout autre dans ces prétendus mots composés. Quant au mongol, qui, suivant le même savant, « décline un firman tout entier » , je lui demande humblement la permission de n’y pas vpir un exemple de la déclinaison des langues tartares ; et, ce qui lui a été donné comme des marques de déclinaisons, se rencontre également en japonais, où il est facile d’en rendre compte sans supposer un pareil dévergondage grammatical. Enfin, pour tenir compte de toutes les objections du savant académicien.
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j’ajouterai que les langues des sauvages de l’Amérique et celles des habitants de l’Afrique centrale et méridionale, langues encore très-mal connues et qui n’ont jamais été étudiées au point de vue spécial de la philologie comparée, ne prouveraient rien contre la doctrine de la simplicité primitive du langage; pas plus que la langue basque dont il cite les « onze modes pour le verbe, et une prodigieuse variété de formes grammaticales et de flexions » . Comme je l’ai dit, dès le début de cette discussion, le matériel des formes et des mots primitifs des langues est indubitablement perdu à tout jamais, et il n’est pas sérieux de vouloir accorder à une des langues qui nous sont connues une antiquité qui la rapproche quelque peu de l’origine de l’humanité. Les progrès des sciences, ceux de la paléontologie surtout, ont reculé considérablement l’époque dè l’apparition de l’homme, et par conséquent celle de la création du lan- - gage, sur notre globe. Or, qui nous dit que là — où nous ne trouvons aujourd’hui que des contrées sauvages et des peuples barbares, il n’y eut pas, des milliers d’années auparavant, de grandes et puissantes civilisations dont les langues auraient subi l’influence. Et ce n’est pas ici
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une simple hypothèse. Les recherches des américanistes, celles de M. Brasseur de Bourbourg notamment, tendent à établir d’une manière définitive la très-haute antiquité de la civilisation en Amérique. Dans le domaine des faits qui ne sont point établis au moyen d’une critique qu’on peut soupçonner d’égarements, mais bien par nos voyageurs contemporains qui les ont vus de leurs propres yeux, — l’Océanie la plus sauvage, l’Océanie orientale, possède encore des restes de monuments qui témoignent d’une ancienne civilisation dont les indigènes n’ont pas même gardé le souvenir. Si la juste curiosité de l’Europe et sa légitime ambition de connaître sous tous ses climats la boule ronde qui sera bientôt une prison jugée trop étroite pour l’ambition de l’homme, n’avait pas poussé nos marins et nos voyageurs à explorer ces contrées lointaines et inconnues, dans quelques années peut-être ces vestiges de l’ancienne civilisation océanienne auraient disparu. Nous verrions alors très-probablement dans les habitants actuels de ces îles les premiers occupants et les premiers civilisateurs de la cinquième partie du monde !
Il me semble donc qu’aucun fait ne s’oppose
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à la thèse de la simplicité primitive du langage; et puisque l’époque de la création remonte à une date beaucoup trop reculée pour que la méthode expérimentale puisse s’en occuper, c’est à la psychologie qu’il faut avant tout demander la solution du problème. Rien ne s’oppose cependant à ce que la méthode à priori marche parallèlement avec la méthode à posteriori qui, partant des principes empruntés à celle-là, pourra rechercher dans les langues encore existantes les traces non effacées de la création originelle.
Or, je dis : l’état primitif du langage était simple, parce que l’idée simple précède l’idée complexe, l’impression première les impressions accessoires; mais cette simplicité pouvait et devait nécessairement contenir à l’état latent les germes de toute complexité ultérieure , comme la graine contient à l’état embryonnaire tous les éléments de l’être qu’elle doit produire en se développant. Émanation de l’homme libre de toute préoccupation égoïste, la pensée devait se traduire alors par des expressions mélodieuses et colorées. L’onomatopée, où l’on a vu un caractère essentiel du langage primitif avait sans doute aussi une amplitude et une faculté expres-
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sive que nos civilisations matérielles et raffinées sont devenues impuissantes à concevoir. La voix humaine, en créant le langage, devait s’harmoniser avec toutes les voix de la nature; et ses accents tantôt se confondre tantôt contraster dans d’innombrables accords avec les mille et mille échos de l’univers.
L’homme, placé en face de la nature, fut évidemment sollicité par elle pour exprimer par une imitation sonore les objets qui frappaient sa vue. 11 est en effet hors de doute que tout mot a eu sa raison d’être originelle, et c’est avec beaucoup de justesse que M. Renan dit' que l’homme ne se décide jamais à assembler des sons au hasard pour en faire les signes de sa pensée ; et qu’on peut affirmer que de tous les mots actuellement usités, il n’en est pas un seul qui ne se rattache, à travers une foule de transformations, à une élection primitive.
Pour rendre par une sorte d’harmonie imitative la masse des objets que l’homme primitif avait à nommer, il dut faire successivement usage des notes les plus variées que fournit le clavier de son organisme. Les sons de ce clavier compre-
' Renan, De l’origine du langage, p. 136.
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naient probablement tous ceux qui se trouvent aujourd’hui répartis dans une foule d’idiomes distincts. Les cris qui succèdent brusquement à la première impression sont plus riches en phonèmes, que les mots qui les remplacent plus tard dans l’usage journalier. Les organes euxmémes qui servent à la production des sons tendent à se modifier par la nourriture, V habitat, les mœurs et toutes les circonstances de la vie sociale et privée. De là, l’altération continue des lapgues, et leurs transformations euphoniques ou rationnelles, suivant les temps, les événements et les milieux. La gamme primitive subit sans doute deux ordres d’altérations en sens contraire. Des, consonnes compliquées durent se simplifier, tant par suite des nécessités harmoniques résultant du rap^ prochement des mots différents, que par le besoin qu’éprouve l’homme, dès que le nombre de ses occupations vient à s’accroître, d’arriver à une énonciation facile et rapide de sa pensée. Le système des lettres dites solaires par les grammairiens arabes fait ainsi disparaître des complications de consonnes que l’oreille réprouvait : au lieu de elchems « le soleil » , el-saulthaûi « le souverain » , on dit ech-chems, es-soulthan. En sanscrit, on dit
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lallakchanam « ce signe », au lieu de fTrl^ tat -f- lakchamm ; doustara « difficile à traverser », au lieu ;|^ + dour -f tara. De ad-porter (ad portare), ad-vertir (ad-vertere) nous avons fait apporter, avertir. La difficulté qu’éprouvent les Chinois à prononcer certaines consonnes des langues slaves, a fait imaginer un dialecte russe où on a intercalé une voyelle entre les éléments des conéonnes composées, de façon à former un idiome facile à prononcer, et dont se servent sur les frontières chinoises de la Sibérie les marchands de Kiakhta et de Maïmatchin.
D’autres fois les sons primitifs trouvent dans le développement de la grammaire - une cause de complication. L’écriture phonétique, en ce sens, fait éprouver aux langues les plus graves altérations. C’est ainsi qu’un bon nombre de mots empruntés à la langue chinoise sont devenus dissyllabiques en japonais, et ont motivé des combinaisons de consonnes inconnues aux premiers habitants du pays.
La simplicité primitive du langage se traduit par la forme monosyllabique des mots qui le composent. Ce caractère originel des langues, contesté bien à tort, je crois, par quelques éru-
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dits, a été admis par Grimm*. Suivant ce savant, dans le langage naissant « tous les mots sont courts, monosyllabiques, formés seulement de voyelles brèves et de consonnes simples » . En outre le vocabulaire ne se compose que d’un petit nombre de racines qui, par la suite, se modifient légèrement ou se soudent deux à deux pour donner naissance à des nuances de sens rendues nécessaires par le développement de la civilisation et par les besoins nouveaux qu’elle fait naître. De tous les idiomes connus, le chinois est celui qui a le mieux conservé les caractères essentiels de son monosyllabisme primitif. Un nombre très-restreint de syllabes différentes (450 environ dans le dialecte mandarinique actuel ®) forment tout le matériel du langage ; mais un élément d’une importance considérable, ainsi que l’a très-bien compris M. Max Muller *, obvie à l’insuflisance de ce vocabulaire et lui fournit les moyens d’atteindre à toutes les nuances de signification qu'exigeait alors l’état du peuple au
* De l'origine du langage (trad. de Wegmann), p. 46.
’ J'ai fait quelques réserves necessaires à cet égard, dans mon Histoire de la langue chinoise, ouvrage encore inédit et dans lequel je discute longuement la condition primitive de la langue de l'antique émigration du Fleuve Jaune.
’ Dans le Macmillan’s Magasine, mars 1863, p. 347.
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milieu duquel il était pratiqué. Je veux parler des accents toniques ou mieux modulations musicales qui se rencontrent en chinois, en annamite, en siamois, en barman, etc. 11 serait difficile de citer quelque chose de véritablement analogue dans aucune de nos langues européennes ; l’accent interrogatif qui, en modifiant la prononciation de quelques mots, change le sens de certaines phrases (par exemple : il vient ? c’est-à-dire « vient-il? », et il vient, c’est-à-dire « j’affirme qu’il vient ») peut en donner une idée très-imparfaite.
Or, ces modulations musicales sont évidemment un caractère essentiel des langues primitives, qui ont toujours été plus ou moins intimement unies avec la musique. Les inflexions de la voix sont si nécessaires pour l’intelligence de la parole, que même dans nos langues perfectionnées nous éprouvons parfois le besoin d’en faire usage. Chacun a pu constater avec quelle difficulté nous parvenons à comprendre et à suivre une lecture faite sur un même ton. Et si les accentuations dont nous faisons usage dans l’art de la diction sont suffisantes pour nous faire saisir toutes les intentions d’un discours, c’est que