‹ De l'origine du pouvoirChapitre 16 sur 36 · CHAPITRE PREMIER La question · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER La question

Sommaire : 235. Occasion de ce chapitre. — 236. Vrai sens de la question posée par Matthieu Ricci. — 237. Nous y avons déjà répondu au moins indirectement. — 238. Principes avancés par Ricci. —239. Conséquence qu'il en déduit pour les peuples adultes. — 240. Examen d'un présupposé: « Les facultés de l'homme sontelles un objet d'occupation?» — 241. chez les peuples enfants.

235. — L'émancipation des peuples adultes est une question traitée dans la Civiltà cattolica à propos d'une lettre publiée par le vaillant et illustre comte Matthieu Ricci. Il abordait ce problème hardiment, et sans crainte, disait-il, de réveiller un nid de guêpes... Supposant qu'à l'origine des sociétés l'autorité avait été, non par suite d'un contrat, mais en vertu de la loi naturelle, l'autorité même du père transformée en pouvoir civil, il regardait toutes les formes légitimes de gouvernement : monarchie, polyarchie..., comme sorties de cette première source plus ou moins reculée dans la suite des âges. Puis il demandait si le possesseur, et à ce titre

268 4e PARTIE. — ÉMANCIPATION DES PEUPLES ADULTES

l'unique dispensateur de l'autorité pouvait, pour le plus grand bien, la transmettre aux plus capables ou s'il n'était pas astreint, dans cette question, à des lois morales positives?

230. — Exprimée en ces termes, la question semblera facile à résoudre, même à celui qui débuterait dans l'étude des actes humains; car peut-il y avoir une action libre qui ne soit soumise à la loi morale?

Mais l'auteur, dans sa réponse et dans ses preuves, fait voir qu'il ne s'agit pas d'un acte considéré seulement comme relevant de la conscience, mais d'un acte de droit public. Car, nous le verrons bientôt, il reconnaît aux peuples, bien que dans les limites de la prudence, le droit véritable et strict de se gouverner par eux-mêmes.

237. — Pour nous, nous avons démontré par la raison et par l'histoire que les sociétés humaines acquéraient leurs différentes formes de gouvernement par la simple application des lois universelles de l'ordre à des faits particuliers... Nous avons prouvé que ces faits pouvaient-être très variés, et par suite faire sortir d'un même principe des régimes très différents. Il est donc inutile de nous attarder à réfuter l'universalité du principe adopté par l'illustre comte..., comme si le patriarcat était l'unique source de toutes les autres formes du pouvoir; car cette proposition nous paraît et très douteuse dans son universalité absolue, et peu concordante avec le reste du système.

Comment, en effet, combiner avec le droit du père, unique source légitime de l'autorité, le droit rigoureux

Cil. 1er. — LA QUESTION 2 1)9

qu'aurait le peuple de le détrôner et de s'arroger le pouvoir en tout ou en partie ?

Pour éviter les redites, nous laisserons ce point de coté. Nous ajouterons seulement quelques réflexions qui, soumettant à l'examen certains principes secondaires et certaines conséquences de cette théorie, donneront au lecteur le moyen d'en apprécier la valeur réelle. Nous ferons cela d'autant plus volontiers que ces réflexions serviront de couronnement à notre précédent chapitre sur la possession de l'autorité.

238. — Pour résoudre la question posée, l'auteur émetles principes suivants :

1° On doit reconnaître la supériorité du droit à la supériorité intrinsèque et manifeste du mérite;

2° La personne humaine est sans doute inviolable... Pourtant les facultés intellectuelles, morales et physiques de l'homme peuvent être l'objet d'une occupation et d'une possession légitimes;

3° La durée de cette occupation ne peut dépasser le temps où, parleur développement naturel, ces facultés rentrent sous le domaine de la personne.

239. — Ces principes sont indéniables, dit l'auteur. Et il en déduit cette conséquence : un enfant devenu adulte a le droit de sortir de tutelle... Il en est de même d'un peuple chez qui les forces libres et intellectuelles acquièrent une conscience plus parfaite d'elles-mêmes et deviennent plus autonomes dans ce qui regarde la vie civile.

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