CHAPITRE IV Examen de deux réponses de Matthieu Ricci
Sommaire : 304. Objections de M. Ricci. — 305. Ses deux réponses. — 306. Difficulté par rapport à la première. — 307. Ce que répliqueraient d'un côté les légitimistes, de l'autre les anarchistes. — 308. La difficulté est plus grande pour ceux qui admettent la division des pouvoirs. — 309. Mauvaise définition du peuple. — 310. Difficulté par rapport à la deuxième réponse. — 311. Si l'imperfection pour un peuple est d'avoir des lois, la perfection c'est de n'en point avoir. — 312. Il n'y a pas d'imperfection à respecter les organes sociaux et à les laisser libres dans leur spère d'action. — 313. Le peuple soupire non pas après la liberté politique, mais après la liberté civile.
304. — Telle est avec ses conséquences le développement normal de toute société. Il diffère totalement de ce prétendu progrès des lumières d'où l'on veut faire sortir pour un peuple éclairé le droit de se gouverner par lui-même. — Et il est plus propre que tout autre à donner une véritable satisfaction aux amis de l'ordre, de la paix et de la liberté publiques, parmi lesquels l'illustre seigneur Matthieu Ricci mérite un rang distingué. S'il lui plaisait, en poursuivant toujours le même but, de modifier un peu ses doctrines, il obtiendrait un avantage qui n'est point à dédaigner. Il se délivrerait du même coup des étreintes de certaines objections qui, le dirai-je, menacent d'étouffer son système.
Il prévient trois difficultés, développe les deux premières et réserve la troisième pour une autre lettre.
1° A quel signe reconnaître qu'un peuple est suffisamment adulte pour avoir le droit d'être émancipé ? 2° Si l'on admet les conséquences de ce principe en faveur des peuples adultes, quel sera le sort des monarchies héréditaires? 3° Enfin, que faut-il entendre par cette expression : « Un peuple à émanciper ? »
305. — A la première difficulté l'auteur répond : On reconnaît qu'un peuple est suffisamment adulte au sentiment qu'il a de ses droits, sentiment qui se manifeste en chacun, lorsqu'il a conscience d'être lésé dans son droit personnel à la liberté.
La seconde objection est celle-ci : « Il faudra alors abolir toute souveraineté héréditaire au moins en principe. » — L'auteur lui oppose les conventions fondamentales en faveur des monarchies héréditaires, vu qu'en raison de la possession concrète et continue du pouvoir, elles sont éminemment conservatrices de l'autorité. Ces deux réponses modifient un peu la difficulté, mais la laissent debout.
306. — En effet, la première veut que le sentiment du droit soit le signe caractéristique d'un peuple mûr pour la liberté. — Mais quand est-ce que ce sentiment pourra être regardé comme vraiment juridique? Quand il procède, dit l'auteur, non pas d'un esprit d'indépendance réfractaire à toute espèce de frein, mais bien de la conscience intime qu'on a de sa personnalité, devenue adulte en parvenant à la plénitude de l'intelligence. — L'auteur comprend très bien que ces deux carac-