CH. IV.— EXAMEN DE DEUX RÉPONSES DE MATTHIEU RICCI
tères peuvent déplacer, mais non terminer le litige ; parce quo tous les peuples qui ont le sentiment de leur droit sont en môme temps persuadés qu'ils ont raison... Aussi voudrait-il qu'on recourût à un arbitrage. Un arbitrage sera toujours difficile. Et par ailleurs comme Ricci, esprit modéré, ne veut pas accorder à un peuple le droit absolu de rébellion, il dit que ce droit ne pourra exister qu'à trois conditions : la première, que la rébellion ne puisse amener des maux pires que ceux dont on veut se délivrer ; la seconde, qu'elle soit unanime; la troisième, qu'elle soit proclamée juridiquement, c'est-à-dire par un des organes autorisés de la conscience publique.
307. — Or, ces trois conditions, qui annulent en réalité le droit d'insurrection, seront toujours rejetées par les anarchistes, comme le droit lui-même l'est par les légitimistes. Ces derniers répondront à Ricci qu'en accordant le droit d'insurrection à des conditions dont finalement le peuple reste le juge, il laisse en définitive ce peuple pleinement maître de lui-même. Et alors qu'arrivera-t-il? Le voici : la révolte sera d'autant plus effrénée que les imprudents ou les furieux sont les premiers à ignorer ou à mépriser le mal à venir. — Les anarchistes, de leur côté, lui diront : « Beau droit que vous nous accordez-là ! Un titre illusoire et rien de plus ! car quelle est la révolution qui puisse se promettre de ne pas aggraver le malheur du peuple. — Toute révolution est un coup de dés. Puis, une révolution se fera-t-elle jamais unanimement?... Et n'y aura-t-il pas à s'y opposer, au moins ces légions d'employés qui per-
324 4e PARTIE. — ÉMANCIPATION DES PEUPLES ADULTES
dent tout en perdant le régime despotique ? — Enfin on l'organe delà conscience existe et peut parler; et alorsil est évident que le prince n'est pas oppresseur; ouïe prince est vraiment oppresseur, et dans ce cas l'organe de la science publique sera ou supprimé ou au moins bâillonné. C'est ce qui est arrivé, sous Bonaparte, pour le sénat et le corps législatif. Donc le droit que vous nous accordez est une illusion dérisoire 1!
308. — Je l'avoue. Je ne vois pas que l'on puisse répliquer à ces objections, à moins qu'on ne consente à recourir à la marche naturelle de la société et à se reposer un peu sur la Providence divine et sur la conscience des honnêtes gens. Sans cela le problème sera insoluble, même dans le système d'un certain libéralisme qui appuie toutes ses espérances sur la division des pouvoirs. Car, où trouvons-nous ici division de pouvoirs, quand le peuple lui-même a le droit de juger de ses maux, d'y remédier et d'employer pour cela la force dont il est pourvu ? Cessons une bonne fois de nous duper nous-mêmes : « Quia la force est porté comme naturellement à en abuser. Si, pour mettre un frein aux excès du prince, vous armez le peuple d'une puissance supérieure à la sienne, à qui donnerez-vous ensuite et le droit et la force de s'opposer aux excès beaucoup plus formidables du peuple ?
309. — L'auteur espère avoir prévenu cette difficulté en refusant le nom sacré de peuple à la plèbe la plus ignorante et la plus débordée. — Évasion illusoire I car les partis politiques se composent d'hommes de toute condition qui ne manquent point de s'attribuer récipro-