CH. IV — EXAMEN DE DEUX RÉPONSES DE MATTHIEU RICCI
-quemcnt les titres d'ignorants... Ainsi nous demandons toujours un juge, et nous ne trouvons que des partis... Et c'estjustice : car, résolus à ne chercher qu'en nousmêmes la solution de tous les problèmes sociaux, nous usurpons les droits incommunicables de la justice eter- Jielle. — Nous voulons accomplir ici-bas ce que le Très-Haut s'est réservé pour le dernier jour : la répartition des récompenses et des châtiments selon les médites de chacun.
310. — Ceux qui partagent les convictions de Matt. Ricci sur les avantages de la monarchie héréditaire trouveront très bonne sa seconde réponse. Il n'en sera .pas de même de ceux qui ont un avis différent... Puis il y a une grande distance entre l'utilité et le droit. — Celui-ci est un bien auquel la volonté raisonnable ne peut pas se soustraire ; l'utilité est un mobile qu'elle .est libre d'accepter ou de rejeter. Si donc on accorde aux peuples adultes le droit de n'être plus soumis à aucune tutelle et d'être proclamés maîtres de leurs destinées par celui qui les gouverne, la question d'utilité, question, après tout, secondaire, devra être laissée au jugement du peuple lui-même : et il aura toujours raison parce qu'il aura toujours la force 1 Que quelqu'un s'avise de lui dire : « Je crois que vous auriez avantage à être gouverné par un monarque dans les mains duquel se concentrerait l'autorité, il pourra très bien répondre : et moi je regarde comme plus avantageux d'avoir un président, comme en France et aux États- Unis; parce que je pourrai le changer, s'il ne me plaît pas.
311. — Quand une fois on a dit à un peuple que sa soumission doit décroître à mesure qu'il grandit en lumière et en sagesse, il est tout naturel que sa raison, d'accord avec ses passions, lui fasse tirer cette conséquence : « donc, pour un peuple parfait, nulle soumission. » — Cette conclusion est d'une logique rigoureuse, comme vous pouvez vous en convaincre par toutes sortes d'exemples. Ainsi, permettez-moi d'entrer un instant dans la sacristie, et vous entendrez :aint Augustin raisonner absolument de la même manière. L'accroissement de la charité, dit-il, est la diminution de la cupidité; donc où la charité est parfaite, plus de cupidité. « Augmentum charitatis, diminutio cupiditatis ; perfecla charitas. nul la cupiditas. »
Mais laissons saint Augustin. Le sens commun ne comprend-il pas lui-même cette vérité? Par exemple: qui ne voit que si les médecines sont d'autant moins nécessaires que la santé est meilleure, là où la santé est parfaite, il n'y a plus besoin de médecine? Vous présentez l'autorité comme un correctif de l'ignorance et de l'indocilité du peuple? Ce pauvre peuple, à moins qu'il ne soit humble jusqu'à l'héroïsme, sera comme forcé d'abolir l'autorité 1 Oui, pauvre peuple ! car, de deux choses l'une: ou tu devras dire: «gouvernez-moi; je suis encore sot et indocile; » ou, si tu parviens à te persuader le contraire (chose si facile à l'amour-propre) l'abolition du régime monarchique devient une nécessité!
312. — Mais si l'on comprend, d'un côté, que, pour coordonner les opérations des êtres libres (et ceux-ci,
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en se perfectionnant, ne perdent pas leur liberté), il faut toujours une autorité suprême qui soit la tête de l'organisme social, de l'autre côté, que cette autorité n'empêche point les parties organiques du corps social d'agir avec ordre et librement, chacune dans sa sphère respective; alors, on comprendra aussi que le peuple, content d'être respecté dans ses droits individuels, domestiques et civils, de les voir garantis par une hiérarchie de personnes en qui il a confiance, parce que le voisinage lui permet de mieux les connaître, on comprendra, dis-je, que ce peuple ne briguera point le droit de décider de la paix ou de la guerre, ni de faire des traités de commerce ou d'extradition avec les États voisins. Ceux-là le savent bien, qui déplorent si souvent le sort des peuples trop jeunes encore pour les bouleversements politiques; qui se brisent les poumons pour les convaincre qu'ils trouveront des avantages inappréciables 'dans le droit de suffrage. D'ordinaire, quand le pays est gouverné paternellement, ces premiers appels sont accueillis avec indifférence. Et pour ébranler les masses, il faut que les réformateurs finissent par leur persuader que les nouveautés politiques abaisseront le prix du pain et feront disparaître tous les abus de la justice civile. Ohl alors, le peuple commence à se remuer et à appeler les réformes. 313. — Vous voyez par là que la suprématie du pouvoir politique n'est point l'objet des désirs du peuple... Car, il le sent bien, il restera toujours en grande majorité, sur les derniers degré de l'échelle sociale. Aussi lorsque la nature établit cet ordre que
nous avons expliqué, et dans lequel le peuple a beaucoup d'influence dans le gouvernement des sociétés inférieures, et très peu dans le gouvernement suprême, elle lui accorde réellement des libertés et des franchises d'une utilité constante ; — tandis que les libertés et les franchises politiques artificielles ont bien parfois quelque avantage , mais un avantage qui est loin d'être certain et durable : il n'est pas le fruit des lois stables de la nature.