CHAPITRE V Conclusion
Sommaire: 31 4. 'Résumé: Le progrès des lumières ne donne pas droit à l'émancipation politique. — 315. Les développements organiques delà société forment des autorités subordonnées. — 316. Elles sont un moyen de gouvernement, de réaction et de restauration. — 317. Comparaison des deux théories. — 318. Conséquences pratiques: Achever l'œuvre ébauchée par la nature et par la foi. — 319. Ne pas la combattre. — 320. Conclusion très différente de Matthieu Ricci. — 321. Le progrès qu'il suppose est-il vrai? — 3i2. Sa politique exclusive est contraire aux faits et à la nature, — 323. contredite par l'histoire. — 324. En fait de gouvernements, il n'y a pas qu'un seul régime juste et possible. — 325. Etudier (bien considérer) le gouvernement juste et possible avec une humble dépendance vis-àvis de la nature et de la Foi.
314. — Terminons par une récapitulation pratique de cette quatrième partie.
Est-il vrai que les peuples enfants ont besoin d'être gouvernés, mais qu'en acquérant des lumières ils acquièrent aussi le droit de se gouverner par euxmêmes ? Les peuples enfants entendent aussi bien leurs propres intérêts que les peuples adultes, bien que ces intérêts puissent être différents. Ainsi un laboureur et un journalier connaissent aussi bien leurs propres afïaires qu'un banquier et un ricbe propriétaire ; bien que les premiers n'aient à faire valoir que quelques centaines de francs, tandis que les derniers exploitent des millions. Personne donc ne peut s'autoriser de
330 4e PARTIE. — ÉMANCIPATION DES PEUPLES ADULTES
l'ignorance des peuples enfants pour les contraindre à accepter un joug politique, pour les priver de leur liberté politique. Si l'ignorance ne peut les asservir à un pouvoir étranger, la science et la sagesse ne peuvent les affranchir de l'obéissance à un souverain légitime... Et par conséquent le progrès des lumières n'oblige point les princes à changer la forme de leur gouvernement.
315. — Néanmoins, la nature veut que les peuples participent au gouvernement dans une mesure d'autant plus grande qu'ils se développent davantage. Et cette participation, dans un peuple honnête, et à plus forte raison catholique, oppose une digue presque inébranlable aux excès du pouvoir suprême, qu'ils viennent d'ignorance, de fragilité ou de malice. Comme il est impossible que, dans une société très populeuse et répandue sur un vaste territoire, le pouvoir central subvienne seul aux besoins presque infinis de toutes les provinces, de toutes les communes, la nature lui a fourni un ensemble de sociétés inférieures subordonnées les unes aux autres et constituant l'organisme social. Comme les parties organiques du corps humain, elles ont avec leur fin propre un ordonnateur ou supérieur spécial et celui-ci adapte à cette fin des moyens particuliers, grâce à d'autres organes inférieurs relevant de lui.
316. — L'influence de ces supérieurs secondaires identifiée avec la partie organique dont ils sont la tête et bien dirigée par l'autorité suprême est, dans l'état normal de la société, un des moyens et les plus efficaces