CHAPITRE PREMIER
Le principe protestant et rationaliste est l'abolition du Droit et de l'Unité sociale
Sommaire : 1. Objet de ce chapitre. — 2. Son opportunité. — 3. Question. Division.
1. — On n'a peut-être jamais autant discouru qu'à notre époque sur le droit et sur l'unité sociale. Aucune discorde civile ne s'allume, si ce n'est au nom de l'unité sociale; aucune violence, si exagérée qu'elle soit, ne se produit, sinon sous le couvert de droits inviolables. Pour nous restreindre à l'Italie, tous ne savent-ils pas ce qu'a valu à notre malheureuse patrie la défense du droit d'indépendance nationale et l'amour aveugle de la
2 lre PARTIE. — UNITÉ SOCIALE
fraternité? Tous ne savent-ils pas comment on a traité l'inviolabilité de juges inamovibles et combien de milliers de rétrogrades ont été arracliés à l'unité sociale par un ostracisme sans entrailles? Or, lorsque leurs paroles emphatiques retentissaient à nos oreilles et nous brisaient le tympan, quel esprit animait les orateurs et les poussait à discourir? U homme est libre. s'écriaient-ils; et, pour ces prétendus sauveurs, libre voulait dire indépendant ; et cet esprit d'indépendance est précisément celui que, du fond de sa tombe, un moine apostat ne cesse de souffler sur toute l'Europe, afin de l'empoisonner par le désir d'une fausse liberté. Si donc nous voulons étudier ce principe dé réforme et de régénération, il faut avant tout l'examiner en luimême et dans les effets qu'il produit infailliblement, dès qu'il a pénétré dans une société. Les effets sont tout le contraire de ce que promettent les réformateurs : ils annoncent bien haut que, si on les écoute, l'unité sociale sera le fruit du règne inviolable du droit, et leur principe (nous le démontrerons) détruit finalement l'idée même du droit et, par suite, brise tous les liens de la société 1
La démonstration du reste est facile, surtout en notre temps. Car chez tous les peuples où l'idée luthérienne s'est développée sans entraves, elle a totalement désagrégé la société. A la vue des discordes que le protestantisme allume partout où il a dabord émancipé les esprits, il est facile de comprendre qu'il est impossible, sous son influence, d'arriver à l'union de tous les hommes (ce qui serait l'idéal de l'unité sociale) et