‹ De l'origine et des progrès d'une science nouvelle, 1768Chapitre 7 sur 23 · II · texte numérisé non relu

II

Les productions spontanées de la terre et des eaux ne suffisent pas pour faire subsister une population nombreuse, ni pour procurer aux hommes toutes les jouissances dont ils sont susceptibles.

La nature de Ihomme le porte cependant invinciblement à propager son espèce, à se procurer des jouissances et à fuir les souffrances et les privations autant qu'il lui est possible.

La Nature prescrit donc à l'homme l'art de multiplier les productions, la culture, pour améliorer son état, et pour fournir, abondamment aux besoins des familles croissantes.

La culture ne peut s'établir que par des travaux préparatoires el des avances fon[20]cieres ; préliminaires indispensables des travaux annuels, des avances perpétuellement entretenues, et des dépenses perpétuellement renouvellées, qu'on appelle proprement la culture.

Avant de cultiver, il faut couper les bois, il faut en débarrasser le terrein, il faut extirper leurs racines; il faut procurer un écoulement aux eaux stagnantes, ou qui lavent entre deux terres ; il faut préparer des bâtimens pour serrer et conserver les récoltes, etc. etc.

En employant sa personne et ses richesses niohiliaires aux travaux et aux dépenses préparatoires de la culture, l'homme acquiert la propriété foncière du terrein sur lequel il a travaillé. Le priver de ce terrein, ce serait lui enlever le travail et les richesses consommés à son exploitation ; ce serait violer sa propriété personnelle et sa propriété mobiliaire.

En acquérant la propriété du fonds, l'homme acquiert la propriété des fruits produits par ce fonds. Cette propriété des [21] fruits est le but de toutes les dépenses et de tous les travaux faits pour acquérir ou créer des propriétés foncières. Sans elle personne ne ferait ces dépenses ni ces travaux : il n'y aurait point de Propriétaires fonciers; et la terre resterait en friche, au j^rand détriment de la population existante et à exister.

Si l'homme, devenu Pi'opriétaire foncier par l'emploi licite de ses propriétés personnelle et mobiliaire, s'associe un autre homme pour continuer l'exploitation de sa terre; ou même si après avoir fait toutes les dépenses foncières il s'arrange avec un autre qui se charge de toutes les dépenses de ]a culture proprement dite; il se passera naturellement et librement une convention par laquelle

chacun des Gontractans aura dans les fruits la propriété d'une part proportionnée à sa mise en travaux et en dépenses. De sorte que le droit de propriété personnelle et mobiliaire de tous deux soit conservé dans son entier.

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