III
Nous venons de voir qu'indépendamment des avances foncières^ la culture exig-e un fonds d'avances perpétuellement existantes, qui, conjointement avec la terre, forment, pour ainsi dire, la matière première de ses travaux. Tels sont les instrumens aratoires, les voitures, les animaux de travail, les bestiaux nécessaires pour fumer les terres, etc. etc.
Ces avances primitives de la culture sont périssables et sujettes à divers accidens. Il faut les entretenir, les réparer, les renouveller sans cesse.
11 faut encore subvenir aux dépenses annuelles qu'exigent le salaire et l'entretien de tous les hommes et de tous les animaux dont les travaux concourrent à l'exploitation des terres.
Il est donc indispensablement nécessaire que Ton prélevé tous les ans, sur la valeur des récoltes, une somme suffisante pour entretenir les avances primitives, et [23] pour subvenir aux dépenses annuelles de la culture dans l'année suivante ; sans quoi l'on attirerait à la culture un dépérissement notable et progressif, auquel serait inévitablement attachée une diminution proportionnée dans la masse des productions renaissantes et dans la population.
Il est également nécessaire que cette somme, à prélever sur les récoltes en faveur de la perpétuité de la culture, ne soit point si strictement mesurée aux dépenses courantes qu'elle doit payer, qu'elle ne laisse pas aux Cultivateurs le moyen de supporter les grands accidens causés par les intempéries des saisons, telles que la gelée, la grêle, la nielle, les inondations, etc. ; sans quoi ces accidens inévitables enlèveraient aux Cultivateurs la faculté de continuer leurs travaux, et détruiraient non-seulement la récolte d'une année, mais celles des années suivantes.
Ces sommes, qui doivent être consacrées tous les ans à perpétuer les récoltes, [24] sont ce qu'on appelle les reprises des Cultivateurs.
Le soin de s'en assurer la rentrée, forme l'objet des conventions libres que les Entrepreneurs de culture passent avec les Propriétaires fonciers.
Quand on a prélevé sur les récoltes les reprises des Cultivateurs ; ces sommes nécessaires pour faire les frais de la culture dans Tannée suivante, et pour entretenir le fonds d'avances perpétuellement existantes en bestiaux, en instrumens, etc. ; ces sommes dont la Nature exig-e et détermine impérieusement l'emploi annuel à l'exploitation de la terre : le reste se nomme le produit net.
Ce produit net est la part de la propriété foncière. C'est le prix des dépenses et des travaux en défrichemens, desséchemens, plantations, bâtimens, etc. faits pour mettre la terre en état d'être cultivée.
Plus ce produit net est considérable ; et 25 plus il est avantageux d'être Propriétaire foncier.
Plus il est avantageux d'être Propriétaire foncier; et plus il se trouve de gens qui consacrent des dépenses et des travaux à créer, à acquérir, à étendre, à améliorer des propriétés foncières.
Plus il y a de gens qui employent des dépenses et des traA'aux, à créer ou à améliorer des propriétés foncières; et plus la culture s'étend et se perfectionne.
Plus la culture s'étend et se perfectionne; et plus il renaît annuellement de productions consommables.
Plus les productions consommables se multiplient; et plus les hommes peuvent se procurer de jouissances, et par conséquent plus ils sont heureux.
Plus les hommes sont heureux; et plus la population s'accroît.
C'est ainsi que la prospérité de l'humanité entière est attachée au plus grand produit net possible, au meilleur état possible des Propriétaires fonciers.
Pour qu'il y ait le plus grand produit net possible ; il faut que tous les travaux, qui concourent à la renaissance et au débit des productions, soient exécutés avec le moins de dépense qu'il soit possible.
Pour que ces travaux soient exécutés avec le moins de dépense possible; il faut qu'il y ait la plus grande concurrence possible entre
ceux qui font les avances et qui essuyent la fatig-ue de ces travaux. Car, dans la concurrence, chacun s'ingénie pour économiser sur les frais de son travail, afin de mériter la préférence; et cette économie g-énérale tourne au profit de tous.
Pour qu'il y ait la plus grande concurrence possible entre tous ceux qui exécutent, et entre tous ceux qui font exécuter tous les travaux humains ; il faut qu'il y ait la plus grande liberté possible dans l'emploi de toutes les propriétés personnelles, mobiliaires et foncières, et la [27] plus grande sûreté possible dans la possession de ce qu'on acquiert par l'emploi de ces propriétés.
On ne pourrait gêner, en quoi que ce fût, la liberté de l'emploi des propriétés personnelles, mobiliaires ou foncières, sans diminuer le produit net de la culture, et par conséquent l'intérêt que l'on trouve à cultiver, et par conséquent la culture même, et par conséquent la masse des productions consommables, et par conséquent la population.
Se livrer à cet attentat; ce serait déclarer la guerre à ses semblables ; ce serait violer les droits et manquer aux devoirs institués par le Créateur ; ce serait s'opposer à ses décrets autant que le peut notre faiblesse ; ce serait commettre un crime de lèze-Majesté divine et humaine.
La liberté générale de jouir de toute l'étendue de ses droits de propriété, suppose nécessairement à chaque individu la sûreté entière de cette jouissance ; et proscrit donc évidemment tout emploi des [28] facultés des uns contre la propriété des autres.
Point de propriété, sans liberté ^ point de liberté, sans sûreté.