ÉTUDE CLINIQUE
L'ostéo-périoslite éburnée typhique se présente sous deux formes principales. Tantôt, après un début aigu variant d'intensité, elle passe à l’état chronique; tantôt, elle est chronique d'emblée.
Les symptômes primordiaux de la forme subaiguë sont : une légère élévation de température, 38° à 385, de l’impotence fonctionnelle et des sensations douloureuses dans le membre atteint.
Le malade est le plus souvent un convalescent de fièvre typhoïde arrivé, au sixième ou septième septenaire, en apyrexie complète. Brusquement surviennent des douleurs dans la continuité des diaphyses, qui empêchent bientôt la marche et s'exaspèrent à la pression. Puis, les phénomènes disparaissent, le calme renait, et la seule trace laissée par cet accès sera un accroissement rapide de la taille (Gangolphe). Telle est la forme la ‘plus bénigne des ostéites éberthiennes.
Dans la forme franchement aiguë, la fièvre et les douleurs atteignent une Intensité plus grande, en même temps qu'apparail un gonflement de los lésé. Cette tuméfaction
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prend rapidement de l'extension, tout en se localisant en un point précis (le plus souvent, région moyenne de la face interne du tibia), et arrive à la grosseur d’un œuf de poule. La température monte progressivement, et les cas ne sont pas rares où elle s'élève à 39° et même 40°. L'état du malade est rendu pénible par la présence de douleurs spontanées très vives augmentant d'intensité la nuit, et par l’immobilité à laquelle il est astreint, le moindre attouchement lui arrachant des cris.
De 10 à 40 jours, après le début de la maladie, soit sous l'influence du repos, soit par suite du traitement résolulif, les symplômes s'amendent, tandis que la peau reprend sa couleur normale. La douleur spontanée et surtout provoquée, ainsi que la gêne fonctionnelle, si marquées dans cette première période, font place à une simple lourdeur dans le membre inférieur et à une légère douleur à la pression.
Tout, en somme, rentre dans l’ordre. À la phase nettement aiguë succède la période chronique. Le tissu osseux de nouvelle formation se développe progressivement et on constate alors la présence d’une tumeur dure et de nature nettement osseuse avec peau normale. Ni œdème, niréseau veineux dans les régions voisines. Cette exostose est, comme nous l'avons dit, non seulement sous-périostique, mais le tissu éburné gagne assez loin et comble en partie le canal médullaire. À son niveau, la pression peut déterminer de la douleur. Tantôt un point seul est sensible. Dans le cas de M. Jeanbrau, c'était le pôle inférieur de l’exostose : en ce point existait un trajet, vestige d'un abcès intra-osseux, guéri sans évacuation à l'extérieur.
| Quelquefois, cependant, il peut persister des élancements douloureux dans le membre atteint, véritables né-
vralgies osseuses, comparables en tous points aux cals douloureux. Citons à ce sujet le cas de M. Poncet.
« J'ai opéré un religieux de 58 ans, atteint de fièvre typhoïde à l’âge de 19 ans et souffrant depuis ?1 ans de douleurs de plus en plus vives dans l'extrémité inférieure du fémur qui était considérablement épaissie, avec un séquestre central entouré de couches d'os périostiques de nouvelle formation de plus de I cent. La nécrose est produite par le mécanisme de l'ostéite condensante ainsiqu'en témoigne l'examen microscopique des séquestres. »
Enfin, il nous reste à étudier la forme chronique d’emblée. Disons tout d'abord que tous les auteurs n'admettent pas cette forme. Par exemple, Chantemesse et Widal :
«Les signes objectifs ont pu se manifester plus d'un an après la dothiénentérie, mais, en remontant dans les souvenirs des malades, on apprend que pendant la convalescence, ils avaient déjà ressenti des douleurs au point lésé et que sa localisation osseuse était ainsi restée sommeillante pendant de longs mois. » On ne saurait cependant s'inscrire en faux contre l'existence de l’ostéo-périostite chronique d'emblée. Nous prendrons pour preuve le malade de Levesque dont nous relatons le cas plus loin.
Un malade, ayant eu la fièvretyphoïde quelques moisou même un an avant, constate par hasard la présence d’une ouplusieurs grosseurs sur le tibia généralement. Celles-ci, nées sans douleur comme on le voit, continuent à se développer lentement, insidieusement. Le malade peut même ignorer leur existence, quand elles ont un volume restreintet qu'elles sont d’une indolence parfaite. Elles évoluent de la mème façon que les précédentes arrivées au stade chronique.
Signalons la possibilité de poussées aiguës dans ces
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exostoses anciennes, à l'occasion de fatigues ou de traumatismes légers. La douleur peut alors se réveiller ou naître, si elle ne s'était point encore faitsentir, mais généralement elle ne persiste pas. La durée de ces exacerbations n’est pas longue et le calme renaît bientôt.
Signalons également la transformation possible de ces formes que nous appellerons sèches en formes humides par infiltration de globules de pus. Un abcès sous-périostique isolé ou communiquant avec un foyer médullaire peut se constituer et désagréger le tissu osseux comme dans les ostéomyélites suppurées ordinaires. Le processus de raréfaction l'emporte alors sur celui de condensation et aboutit à la destruction.
D'autres fois, enfin, la néoformation osseuse trop intense dépasse le but et crée des difformités susceptibles d’'entrainer l’impotence fonctionnelle.
M. Chantemesse a observé un cas dans lequel une déformation considérable du membre mférieur avait été la conséquence de l'hypertrophie osseuse considérable, survenue après une ostéomyélite post-typhique.