TRAITEMENT
Nous étudierons successivement les indications, les moyens de les réaliser, les résultats.
Indications. — Faut-il abandonner uneostéite typhique à elle-même, enparticulier lorsqu'elle est éburnée, en attendant la guérison spontanée? Evidemment rien ne presse. Ici, comme dans les ostéomyélites chroniques d'emblée ou prolongées, on peut attendre, sans que la lésion doive forcément s’aggraver. Il est probable, pour ne pas dire certain, que dans pas mal de cas, la guérison survient spontanément, sans laisser autre chose qu'une légère hyperostose. Mais cette hyperostose est pour quelques malades, à qui il est difficile de faire comprendre les notions les plus simples de pathologie osseuse, une véritable cause d’obsession. Et 1l peut arriver qu'ils demandent instamment à en être débarrassés. Ce n'est pas là une opération de complaisance, puisque l'os est malade et que le chirurgien enlèvera une lésion. C'est plutôt une opération de prévoyance, car ce foyer silencieux pendant des années peut se réveiller un jour, au cours ou pendant la convalescence d’une infection géné-
rale (grippe, scarlatine, staphylococcie, streptococcie, etc). Et la trépanation s'impose pour éviter la formation d’un séquestre, c'est-à-dire d'une cavité seplique que des mois de pansement ne suffiront pas à combler.
Donc, en prévision d'infections surajoutées qui sont susceptibles de faire entrer en activité ce foyer éteint d'ostéite et pour enlever au sujet toute cause de préoceupation, 1l est indiqué d'intervenir dans ces formes bénignes et terminales d'ostéo-périostite typhique.
Intervention. — L'anesthésie générale est de rigueur. L'intervention comprend les temps suivants : 1° Incision de la peau et des parties molles suivant le milieu et le grand axe de la tuméfaction; 2° incision, décollement et écartement du périoste dont on ménagera l'intégrité ; 3° ablation avec le ciseau et le maillet de foule la portion d'os éburnée,en hauteur,en largeur et en profondeur,sauf dans le cas où la lésion serait si étendue que la solidité de l'os serait compromise.
4 Qu'on trouve ou non du pus, curettage aseptique de la cavité médullaire avec une curette de Volkmann. Si l'os saigne abondamment on peut modérer lhémorragie par un lavage à l’eau oxygénée pure ;
»° Tamponnement à la gaze stérilisée de la cavité osseuse ;
6° Suture au catgut du périoste ;
7° Suture de la peau aux crins de Florence. La gaze sort au milieu de la ligne de suture.
Pansement aseptique fortement compressif.
Deux points sont à mettre en relief : 1° L'os sur lequel on intervient étant aseptique ou tout au moins amicrobien, il importe de faire une asepsie absolue et de ne pas infecter la cavité osseuse creusée par le ciseau. Sans cela
on crée une véritable ostéomyélite expérimentale: la cavité osseuse suppurera et demandera un temps infini pour se combler. Le résultat sera déplorable. On aura substitué à une lésion bénigne et fermée, une lésion osseuse infectée et fistulisée.
2° La cavité créée par l’ablation de toute la portion éburnée ne nécessite pas de traitement spécial pour activer son oblitération. Autant les vieilles cavités infectées de l’ostéomyélite de croissance dues à la formation d’un séquestre par mortification septique de l’os sont lentes et difficiles à se fermer, autant les pertes de substance faites aseptiquement dans un os bactériologiquement stérile et inoculé par des microbes peu pyogènes comme l'Eberth pur, autant ces pertes de substance se comblent rapidement. Le processus doit être analogue à celui qui soude les fragments d’un os cassé et la brèche doit être remplie par un cal d’abord conjonctivo-embryonnaire, puis carblagineux, enfin osseux. Le cal est formé en partie par le périoste, que le chirurgien a soigneusement ménagé, comme nous l'avons dit plus haut.
Donc, il est inutile de s’ingénier à combler la brèche par une des nombreuses substances préconisées par les auteurs et dont M. le professeur Forgue fait l'énumération avec la critique de leur valeur dans son remarquable article « Ostéomyélite » de son Traité de thérapeutique chirurgicale. Une mèche de gaze stérile, tassée mollement dans la cavité, fera l'hémostase ; on l’enlèvera le troisième Jour, le quatrième jour au plus tard, pour que les bourgeons charnus ne la pénètrent pas. Et on n'aura plus à se préoccuper de la plaie, qui se réunira par première intention.
Résultats. — Si l'opération et les pansements (enlève-
RUE a
ment de la gaze le 3° jour, des fils le 10° jour) ont été faits aseptiquement, la guérison surviendra en 15 jours. Témoin la malade de M. Jeanbrau, chez quile 20° jour, si les traces de la suture n'avaient pas été apparentes, il eût été impossible de soupçonner qu'elle avait subi un évidement osseux. Et cependant on aurait pu loger deux pelites noix dans son tibia après la trépanation. Témoin les observations de Polaillon, où la guérison survint en 17 jours, et d'A. Broca, où la guérison fut aussi rapide.
Ces résultats légitiment l'intervention, à la condition que celle-ci soit pratiquée par un chirurgien aseptique et dans un milieu convenable.