LE TRAITEMENT DE L'OSTÉOMYÉLITE AIGUE D'APRÈS LANNELONGUE
Parmi les affections des os, l’ostéomyélite est une de celles dont l'histoire a été le mieux étudiée et qui a donné lieu aux travaux les plus nombreux. Mais c'est seulement: dans la seconde moitié du siècle dernier que l’on a acquis de celte maladie une notion pour ainsi dire définitive.
Chassaignac, dans les « Mémoires de la Société de Chirurgie » (1854) et dans son « Traité de la Suppuration » (1859), donna une description magistrale des lésions des abcès sous-périostiques et de l'ostéomyélite. Il admit deux maladies distinctes : l’une bénigne, abcès souspériostique, justiciable de l’incision ; l’autre, plus grave,
ostéomyélite proprement dite, pour laquelle l'amputation
élait indispensable.
SR
L'école de Strasbourg, avec Schutzenberger et E. Bæœckel adopta longtemps l'opinion de Chassaignac.
Celui-ci n'avait pas vules rapports qui unissent ces deux lésions d’une même maladie, Ce fut le professeur Lannelongue, qui, dans une monographie publiée en 1879 sur « l'ostéomyélite aiguë pendant la croissance », démontra qu'abcès sous-périostésetmédullite étaient deux manifestations d’un même processus inflammatoire. |
Pour lui, le point de départ de l'inflammation est dans la portion de la diaphyse comprise entre le canal médullaire et le cartilage de conjugaison, dans cetle région juxta-épiphysaire qu'il appelle bulbe de los. Les lésions du périoste et les abcès sous-périostés ‘sont toujours secondaires. Lannelongue en donne pour preuve ce fait, qu'il se développe souvent à quelques jours d'intervalle plusieurs abcès sous-périostés indépendants les uns des autres autour d'un os atteint d'ostéomyélite.
S'appuyant sur cette conception que le pus se forme à l'intérieur de l'os lui-même, en même temps et souvent même avant qu'il ne se collecte à la face profonde du périoste, Lannelongue est amené à repousser d’une façon systématique l’incision simple de l'abcès sous-périosté.
M. Pion, dans sa thèse inspirée par Lannelongue (Paris 1880), où il met en parallèle les diverses interventions chirurgicales proposées comme traitement de l'ostéomyélite, juge ainsi lincision simple : « L’incision, considérée au point de vue de ses résultats, est une opération insuffisante. Même employée à une époque rapprochée du début de la maladie, elle ne suffit généralement pas pour enrayer les progrès du mal. Dans les cas où elle modifie linflammation des parties molles, elle n'empêche pas la continuation des phénomènes qui se passent vers l'os etla moelle et qui se traduisent par la nécrose et des
abcès intra-osseux, Elle favorise la septicémie ét le transport de la maladie à d’autres os, en créant chez le chirurgien une quiétude nullement fondée, quiétude sans laquelle il aurait recours, soit à la trépanation, soit à l’'amputation, afin d'enlever le foyer infectieux. Elle ne met pas de plus à l’abri des récidives. »
. Après avoir écarté l'incision simple comme une pratique insuffisante et de ce fait dangereuse, M. Pion insiste sur les bienfaits de la trépanation : « Les avantages de la trépanation sont indéniables ; elle entrave les progrès de la maladie en supprimant l'obstacle contre lequel lutte inflammation ; elle empêche dans beaucoup de cas les phénomènes septicémiques de se produire en créant une voie par laquelle les collections purulentes renfermées dans le canal osseux peuvent s'évacuer au dehors. Ainsi se trouve réalisé le but vers lequel teud la nature et que le chirurgien doit toujours avoir en vue au moment où 1l va intervenir. » Et ailleurs : « La présence d’un abcès sous-périosté n'est nullement nécessaire pour l'applhcation du procédé ; on peut-même assurer que la trépanation sera d'autant plus efficace qu'on y aura plus promptement recours. » ?
Comme conclusion, M. Pion formule : « La trépanation doit toujours être appliquée au traitement de l'ostéomyélite et autant que possible à une période rapprochée du début. »
Lannelongue pratique, dans tous les cas, une trépanation dans la région du bulbe après l'incision du périoste ; il en fait une seconde dans la diaphyse pour ouvrir le canal médullaire et drainer los aussi parfaitement que possible. Voici textuellement ses conclusions : « Dès que le diagnostic est établi, la trépanation est la seule méthode dont l'opportunité et les indications soient imdé-
niables. L'affection ayant son origine constante à l'une des extrémités des diaphyses, c'est en ce point que les désordres sont le plus accusés au début comme plus tard. C’est là un premier lieu pour la trépanation. Mais une simple ouverture sera le plus souvent insuffisante ; elle le sera toujours si le décollement du périoste ou l'abcès périostique s'étend surune certaine longueurde la diaphyse, d’où la nécessité d’en pratiquer une seconde, d'autant plus nécessaireque, chez les jeunes sujets, le canal médullaire n'arrive pas jusqu'aux épiphyses ; par suite, la première ouverture au lieu d'élection ne saurait l'atteindre. Elle n'en sera pas moins utile et évacuatrice, car le pus existe dans celle région spongieuse, probablement avant d'apparaitre dans le canal médullaire. »