CHAPITRE SIXIÈME
ÉTIOLOGIE
i Garçons 70
Sur 100 cas Filles 28
( Sexe non indiqué. .. . 2
Total 100
Avant l’âge de 5 ans 9
De 5 à 10 ans 17
De 10 à 15 ans 4]
De 15 à 20 ans 30
1 cas â 21 ans, 1 à 22, 1 non indiqué 3
Dans mes vingt-quatre observations qui ne sont pas comprises dans le tableau précédent, on trouve 16 garçons et 8 filles. Le plus jeune sujet a trois ans; j’ai observé depuis une ostéomyélite du fémur chez un enfant de cinq mois.
En dehors de l’influence toute particulière exercée par les phénomènes physiologiques propres à la croissance des os, on cherche vainement dans une diathèse antérieure un lien originel commun à tous les faits.
La scrofule dont on a parlé, n’ayant presque jamais laissé de traces chez les sujets frappés, ne saurait être invoquée. L’influence rhumatismale a été accueillie avec plus de faveur ; elle a pour elle une part de faits assez grande où l’affection est née sous l’influence du froid, de l’humidité : dix faits relevés par moi sont très concluants à cet égard.
L’ancienne école de Strasbourg représentée par Schutzemberger, Bœcltel et leurs élèves, et par Giraldès à Paris, a bien mis en relief cette influence. Mais en pénétrant plus avant on ne trouve plus de raisons démonstratives. Ni la marche de l’ostéomyélite, ni la suppuration qui l’accompagne, ni ses complications qui sont d’ordre septique, ne permettent de pousser plus loin un rapprochement en faveur du rhumatisme. Enfin, chez aucun des sujets on n’a signalé soit une attaque rhumatismale antérieure, soit même l’existence de manifestations d’ordre
MÉMOIRE SUR L’OSTÉOMYÉLITE-
rhumatismal. Toute analogie avec le rhumatisme se borne donc à l’intervention de l’une des causes sous lesquelles naît d’habitude le rhumatisme, et cette intervention manque dans plus des deux tiers des cas.
Il est une catégorie de faits beaucoup plus nombreux où les influences s’ajoutent, et ceux-là sont âmes yeux les plus concluants; ce sont ceux où les membres, après avoir souffert d’une injure physique, ont été exposés à l’eau froide. J’en cite un exemple bien remarquable . une jeune fille de douze ans tombe dans un escalier, elle souffre de l’avant-bras; le lendemain, à l’école, on met le membre sous la pompe et sous l’eau froide pendant plusieurs heures ; il se développe une ostéomyélite effroyable qui l’enlève en trois jours; elle est venue mourir à l’hôpital (obs. XIX).
L’action combinée de la fatigue et du froid se fait ressentir tout autant lorsque les enfants ont marché longtemps les pieds nus dans la neige, sur un sol humide, etc., etc. Le rôle de la fatigue, sur lequel a insisté avec beaucoup d’à propos le professeur Gosselin, est réel dans un certain nombre de faits; mais il faut établir une distinction. Quelques enfants réellement surmenés, en exerçant un état au-dessus de leurs forces, sont frappés sans autre motif. Peut-on supposer que l’économie a subi une de ces altérations sur la nature de laquelle on ne peut avoir que des présomptions? Cela est possible; mais qu’on l’appelle vice interne, infection ou dyscrasie sanguine, et qu’il conduise par suite à l’hypothèse d’une fièvre pseudorhumatismale des adolescents, comme l’a fait Roser, la conception n’est que purement théorique et n’englobe d’ailleurs qu’une part assez minime de faits.
Un exemple très remarquable de l’influence de grandes fatigues se trouve chez un enfant âgé de huit ans, venu du Piémont à Paris, en marchant une moyenne de sept à huit heures par jour.
D’autres fois la fatigue n’a porté que sur un membre, ou môme sur une section dont l’emploi trop répété était seulement utile pour l’exercice de la profession (obs. III).
L’influence des chocs, des chutes, de tiraillements forcés, a existé quinze fois d’une façon positive ; les phénomènes locaux ont apparu immédiatement au point blessé, ils ont été négligés
MÉMOIRE SUR L’OSTÉOMYÉLITE.
et ils oui. quelquefois même disparu; mais les jours suivaufs sans motifs, par suite du travail, de fatigues nouvelles, ils ont reparu en s’aggravant promptement.
Le détail de ces circonstances établit donc qu’il y a plusieurs parts à faire.
La plus grosse revient incontestablement aux causes locales ; celle de la fatigue et du froid n’arrive qu’en seconde ligne. Mais il faut se hâter de dire que toutes sout sous la direction d’uue raison majeure : l'irritation physiologique qui préside à la croissance des os ; les phénomènes qui s’accomplissent alors ue sout pas d’ailleurs bornés exclusivement à l’os, ils entraînent nécessairement un développement parallèle dans les muscles et les tendons qui s’insèrent sur eux. Un tendou qui ne recouvrait, d’un os, qu’un demi-centimètre carré à tel âge, à une période plus avancée du développement en recouvrira le double, et nous connaissons maintenant l’étroite connexion de ces différentes parties. Les tendons n’ offrent pas à leur insertion sur le cartilage un simple contact , il existe une continuité véritable entre la cellule cartilagineuse et la fibre tendineuse; celle-ci procède de celle-là, et le cartilage à son tour préside au développement de l’os.
Ainsi les connexions de ces différentes parties tendent à établir que le squelette n’est pas, autant qu’on l’a cru, un agent passif de la locomotion, et que daus une certaine mesure uu os peut recevoir jusque dans des parties assez profondes les commotions émanant de contractions musculaires trop fortes ou trop longtemps soutenues. Le muscle n’est pas seulement eu cause, l’os lui-même en souffre. De là de nouvelles sources d’irritation dont j’ai donné quelques exemples indéniables dans les ostéites de la croissance, que j’ai appelées apophysaires, et qui ont également pris uue part déterminante chez un certain nombre de sujets atteints d’ostéomyélite suppurative.