‹ De l'ostéotomie dans le traitement des cals vicieuxChapitre 10 sur 39 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

En 1699, G. M. de la Motte (de Valognes) se trouvant en présence d’une fracture du fémur datant de neuf semaines, chez un garçon de seize ans, fracture conso-

Hope lidée avec un déplacement anguleux et un raccourcissement d’un demi-pied, fit faire de l’extension par des aides, exerça des efforts avec les mains, redressa, et appliqua un bandage inamovible. Il obtint une guérison complète, sans raccourcissement, au bout de quatre semaines.

En 16..., Johann Muys, chirurgien hollandais, ayant à traiter un cal vicieux de la jambe chez un enfant de huit ans, neuf semaines après la fracture, appuya vigoureusement son genou sur la saillie du cal et fractura sans qu'il y ait eu craquement. Le malade guérit et put marcher.

Leur conduite fut imitée et bientôt les faits ne tardèrent pas à se multiplier. Il nous suffira de citer, dans les années qui suivirent, Tenhafñf (17..), Bosch (1783), Boësbier (1804), Spaeth (1809), et plus tard, Œsterlen, Blasius. Les chirurgiens wurtembergeois, Wagner, Rapp, Gruel, prirent une part active à l'étude des traitements des cals vicieux. En France, Dupuytren, Maisonneuve; en Angleterre, Cock, Poland, Butcher, Packard; en Amérique, Gordon Buck, Halsted, Horner, vulgarisèrent les différents procédés de la méthode non sanglante. Actuellement, le redressement simple pour les cals récents, sur les sujets jeunes, est devenu d'un emploi tellement habituel que l’on ne publie même plus les faits qui s’y rapportent. Quant au redressement brusque, violent, à l’aide des différents ostéoclastes, on en trouve d’assez nombreuses observations dues à Langenbeck, Volkmann, Wiblin, Billroth, Butcher, Bellamy, Hayes, J. Spence, Le Dentu, etc.

La méthode non sanglante comprend plus d’une cen-

nn — taine de cas, si l’on ajoute aux faits indiqués dans la statistique de Nepveu (1875) et dans la thèse de Chalot (1879) les observations nouvellement publiées. Ce chiffre n'indique certainement pas le nombre exact d'opérations, car, avant la vulgarisation de l’ostéoclasie et du redressement manuel violent, les observateurs publiaient avec soin les faits cliniques qu’ils négligent actuellement de signaler.

L’excellent traité de Gürlt, si riche en observations de toute sorte, nous offre une statistique de 98 cas, suffsamment détaillée pour ne pas présenter de l'intérêt seulement au point de vue numérique. En ajoutant à ces faits les observations publiées par d’autres chirurgiens français et étrangers, on arrive à un total de 116 cas. Leur analyse nous a fourni les données suivantes :

Le redressement et l’ostéoclasie simple ont été pratiqués 112 fois ; la plupart du temps pour rémédier à des cals vicieux des membres inférieurs :

cuisse 67

pe jambe 28

Pour le membre supérieur, il n'existe qu’un nombre assez restreint de faits; les 17 observations que nous avons pu recueillir ne représentent certainement pas le nombre exact de tous les redressements, mais seulement celui des ostéoclasies pour cals déjà anciens et résistants.

Tandis que 5 ténotomies destinées à faciliter le redressement n’ont pas paru compliquer l’opéraation, les per. forations osseuses 'sous-cutanées pratiquées dans le but de diminuer la résistance du cal, 1 fois par Brainard

no (Chicago 1855), 2 fois par Bruns (1855) et le séton employé par Weinhold ont changé absolument les suites ordinaires de l'intervention.

Sur les 112 ostéoclasies simples ou redressements, nous ne trouvons à signaler qu’un certain nombre d’accidents plus ou moins graves, n'ayant jamais (au dire de certains auteurs) entraîné la mort (1).

C’est ainsi que des eschares sont survenues plusieurs fois au niveau des points comprimés par les bandages ou appareils ; deux fois, des abcès se sont montrés dans le cours du traitement ; et, dans un cas, un érysipèle à répétition, développé autour d’une petite écorchure, a sérieusement menacé la vie d’un malade.

Les quatre faits de Brainard, Bruns, Weinhold, mis à part, nous donnent les résultats suivants :

1 cas de mort. — Bruns (périostite diffuse ; pyohémie consécutive).

1 érysipèle avec inflammation violente de toute la jambe. — Brainard.

2 succès. — Weinhold et Bruns.

Les résultats généraux fournis par le redressement et l'ostéoclasie simple ou combinée peuvent être énoncés de la manière suivante :

(x) Il importe cependant de signaler trois faits indiqués par Malgaigne. Dans le cas le plus ancien rapporté par Ali Rodohan, médecin arabe, il] s'agit d’un vieillard de 70 ans, qui s'étant mis entre les mains d’un rebouteur pour se faire rompre un cal anguleux du fémur, mourut pendant l’opération même. Margagni aurait observé des accidents graves, ayant entraîné, la mort chez un médecin qui s'était fait rompre un cal vicieux de la jambe Enfin Laugier rapporte un cas de mort survenue une heure et demie après une ostéoclasie pour cal vicieux de la cuisse.

ae

116 opérations ont donné :

80 résultats parfaits ;

33 améliorations très-considérables au double point de vue de la correction, de la difformité et du rétablissement des fonctions ;

2 résultats très-imparfaits ;

1 cas de mort. — Bruns.

Dans près des trois quarts des cas, le chirurgién a pu arriver à obtenir le résultat désiré par ses seules forces ou avec le secours de plusieurs aides.

Outre ces données générales, on peut tirer d’utiles renseignements d’une étude plus détaillée de cet ensemble d'observations.

Les 67 observations de cals vicieux du fémur ont trait, pour la plupart, à des fractures survenues sur des sujets de 10 à 25 ans, et ayant porté sur la moitié supérieure du fémur. Dans la majorité des cas, il y avait chevauchement des fragments, déplacement anguleux saillant au côté externe de la cuisse, et quelquefois une rotation en dehors du fragment inférieur. Sur. 25 cas observés sur des enfants au-dessous de 10 ans, nous voyons que 12 fois le cal avait moins de 3 mois d’existence, 6 fois la fracture datait de 3 à 10 mois, et enfin dans 3 observations la fracture avait eu lieu de 10 mois à 2 ans avant l'intervention chirurgicale. 4 observations ne nous fournissent aucun renseignement à ce point de vue. Le raccourcissement a varié en général entre 1 pouce et 4 pouces. Le chirurgien a opéré 11 fois la fracture et le redressement au moyen des mains seules ; dans 5 cas, l'extension simple a réussi. Bruns (1855) a pratiqué, à

2 reprises différentes, des perforations multiples du cal au moyen d’un vilebrequin, et après avoir fracturé violemment a obtenu un excellent résultat au bout de 10 semaines. La machine de Bosch a été employée avec succès dans un cas. La moyenne du traitement a été de 50 à 60 jours. La facilité avec laquelle des résultats très satisfaisants ont été obtenus dans tous ces cas mérite d’être signalée, surtout si on la compare à la résistance souvent étonnante que présentent, même chez de trèsjeunes enfants, les incurvations ou les cals vicieux rachitiques.

Trente observations de fractures vicieusement consolidées chez des sujets de 10 à 25 ans nous montrent également que le chirurgien a pu intervenir efficacement et obtenir 16 fois un résultat parfait, 7 fois une amélioration très-notable.

Signalons, dans trois cas, la persistance d’un raccourcissement de un pouce à un pouce 3/4, et dans quatre autres, l'absence de tous renseignements sur le résultat définitif. Comparés à la statistique précédente, ces chiffres sont évidemment un peu moins satisfaisants; il semble, en effet, que les difficultés aient augmenté.

L'emploi des diverses machines est signalé plus souvent. un

16 fois — 3 fois machine de Bosch, 1 celle d'Œsterlen ; 3 fois les pelotes Hagedorn-Dezondi; 4 fois Jarvis ; 5 fois Schneidel-Mennel.

Weinhold a employé le séton 1 fois. Dans 7 cas le chirurgien a pu opérer le redressement par ses seuls efforts ; l'extension simple a réussi 7 fois. Dans tous ces faits, le raccourcissement a varié entre 2 et 5 pouces.

RE pe

La durée moyenne du traitement a été de 70 à 90 jours. Dans un cas où il y avait à la fois fracture du cal fémoral et cal vicieux de la partie supérieure du fémur, la guérison se fit attendre six mois,

Chez les sujets au-dessus de 25 ans, 12 observations nous donnent : 2 résultats parfaits, 9 améliorations, et dans un cas, persistance d’un raccourcissement de 3 pouces. Quatre fois seulement les mains du chirurgien ou de ses aides ont suffi pour opérer le redressement ; 8 fois 1l a fallu employer différents appareils. Le raccourcissement a varié de 1 pouce 3/4 à 5 pouces ; dans un cas il atteignait 11 pouces. Le cal avait la plupart du temps de 4 à 6 mois d'existence. La durée moyenne du traitement a été de 80 à 90 jours.

CALS viCIEUX DE LA JAMBE. — Nous n'avons pu réunir que 26 cas de fractures vicieusement consolidées de la jambe, traitées par la méthode non sanglante. En raison de ce nombre restreint, 1l nous a paru inutile de décrire séparément les faits se rapportant aux enfants, adolescents et adultes; notons cependant que 7 fois les sujets avaient moins de 10 ans, 7 fois leur âge variait de 10 à 25 ans,et 12 fois, ils avaient plus de 25 ans ; le plus âgé avait 60 ans. La lésion siégeait deux fois au-dessus du milieu de la jambe, 3 fois à la partie moyenne et 11 fois à la partie inférieure.

Dans 10 cas le siège précis n’est pas indiqué. La déviation était le plus fréquemment caractérisée par un angle plus ou moins ouvert, saillant, soit en avant, soit en dedans, accompagné d’uné déviation en dehors du fragment inférieur et du pied. Dans 2 cas, le malade ne pouvait s'appuyer que sur le bord externe du pied et la

malléole externe ; d’autres fois, l'extrémité inférieure du fragment supérieur venait à chaque pas s’appuyer sur le dos du pied. Le raccourcissement a varié entre 1 pouce et 1 pouce 1/2; l’impotence fonctionnelle était constante et presque toujours le malade ne pouvait continuer l'exercice de son état. Les tentatives de redressement manuel et d'extension simple échouèrent souvent et l’on fut obligé de recourir à différents ostéoclastes (Blasius, Bosch, Jarvis, Rizzoli, Collin). L'emploi plus fréquent de ces appareils s'explique sil’on considère que, dans la majorité des cas, 1l s'agissait d’adultes et que souvent l’on avait affaire à de vieux cals : 5 fois, ils dataient de 2 ans. Le bandage de Dupuytren pour les fractures du péroné fut employé 3 fois avec succès. Enfin, 4 fois, l’on sectionna le tendon d'Achille; dans un cas, Bonnet pratiqua la ténotomie des tendons d'Achille, du fléchisseur commun, et la section de toute la masse musculaire environnant les fragments.

Rappelons le cas de mort signalé au début de cette étude et survenu entre les mains de Bruns, après des perforations osseuses sous-cutanées pratiquées au niveau de l’angle saillant formé par le cal. Considérées au point de vue des résultats, ces opérations nous donnent 11 guérisons complètes, 7 améliorations notables et 1 résultat incomplet, à cause de la persistance de douleurs très vives et d’un certain degré de raccourcissement. La durée moyenne du traitement a été relativement longue, de 3 mois à 4 mois 1/2 ou 5 mois.

CALS VICIEUX DU MEMBRE SUPÉRIEUR. — Bien que les fractures du membre supérieur suivies de cals vicieux par déplacement soient assez fréquentes, nous n’avons pu en rassembler qu’un petit nombre :

75 en 12 Cas : — 4 bras, — 8 avant-bras.

En ce qui concerne les cals vicieux de l’humérus, nous voyons que 3 des sujets avaient moins de 2 ans, le 4° était âgé de 48 ans. Pour les cals vicieux de l’avantbras, nous avons trouvé 4 fois des adolescents âgés de 10 à 25 ans, et 4 fois des individus âgés de plus de 25 ans. Nous aurions ajouté à ces faits ceux qui se trouvent rapportés par Dupuytren dans ses Cniques, mais il s’agit plutôt là d'une régularisation dans le travail de consolidation osseuse que d’une véritable intervention dans le but de parer aux inconvénients résultant d’un cal solide et résistant.

91 nous n'avons pu réunir un plus grand nombre d’observations, cela tient probablement : 1° à ce que la plupart des cas ne paraissent pas mériter d’être publiés, à cause de leur simplicité ; 2° à ce que l’impotence fonctionnelle résultant d’nn cal vicieux de l’humérus ou même de l’avant-bras ne met que rarement le malade dans l’impossibilité de gagner sa vie. L'élément difformité est ici de peu d'importance, et pourvu que les mouvements des doigts et de la main persistent, le malade ne viendra pas réclamer les soins du chirurgien.

Humérus. — Chez les trois enfants, le cal avait 2 mois 1/2, 4 mois, et 6 mois d'existence ; le déplacement existait surtout en avant et en dehors. Le redressement manuel suffit ; mais dans un cas, la nouvelle fracture eut lieu au-dessus de la masse du cal ; deux fois résultats parfaits ; une amélioration.

Durée du traitement : 25 à 30 jours. Dans un cas il s'agissait d’un adulte de 48 ans porteur d’un cal datant de 6 mois et ayant succédé à une fracture siégeant à un

PT

travers de main au-dessus du coude. Le malade ne pour vait gagner sa vie. Le cal fut rompu au moyen de l’ostéoclaste de Bosch, et, quatre semaines plus tard, lou. vrier pouvait reprendre son travail.

Avant-bras. — Le siège de la lésion est indiqué seulement trois fois ; deux fois a la partie moyenne, une fois 3 pouces au-dessus du poignet. Le radius était fracturé isolément dans un cas: les désordres fonctionnels ont été très-variables. Signalons l'impossibilité d'exécuter les mouvements de pronation et supination, la fixation de la main dans la pronation, l'impossibilité de fermer la main, une gêne considérable dans les fonctions de l'articulation radio-carpienne , résultant d’un déplacement anguleux et du chevauchement variable des fragments. Sept fois le cal datait de 3 à 6 mois ; dans un seul fait, il avait deux ans d'existence. Le chirurgien n’eut pas besoin de recourir à l'emploi des machines, mais dut déployer une force assez considérable pour opérer le redressement. Quatre fois la guérison parfaite fut obtenue, deux fois, 1l y eut amélioration, et, dans deux cas, le résultat définitif n’est pas indiqué.

Les faits cliniques précédemment analysés nous conduisent à formuler les conclusions suivantes :

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