‹ De l'ouvrage de Pascal contre les athées: 1ere partie: De la méthodeChapitre 6 sur 9 · SI · texte numérisé non relu

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système par lequel Huet^ le savant èvéqae d'AvraH'ches^ et tant d'autres, avant et après lui, ont cherché à briser la raison aux mains des philosophes, pour la faire respecter aux mains des théologiens. Mais avec quoi raisonnez-vous donc, insensés? Tous bri* sez Tinstrument, vous le réduisez en poussière^ et vous voulez ensuite vous en servir, comme si queU que art magique Tavait soudainement réparé pour vous, quand il vaus platt d'en faire usage! Anciens ou modernes ennemis de la philosophie, qui vous posez en défenseurs de la foi, comment voulez-vous que j'incline mon cœur à vos raisons? Je ne vois que deux moyens de sortir du triste défilé où vous m'avez poussé vous-même par vos blasphèmes contre la raison: ou bien plongez -moi, si vous le pouvez, dans un océan de lumière } et, après avoir détruit la possibilité de la démonstration, détruisez pour moi la possibilité du doute 3 donnez-moi des choses cette connaissance intuitive que nous supposons tine des félicités de Dieu; rendez-moi au moins la naïve croyance de la nature simple et ignorante : ou bien, conséquents jusqu'au bout, aidez-moi, avec Pascal , à m'attacher aux apparences et aux ombres qui me restent

Réfléchissons donc, et voyons ce que c'est que cette certitude que la nature donne à l'enfant, et que' ta science promet au philosophe. S'attache•^elle in«^ diflëremment à la vérité et à l'erreur? La certitude est-elle en nous, ou hors de nous? Est-elle un carao tère des idées, ou un phénomène de-notre ftme? Mul^

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ffplû dans ses' causas, esl^eUe «ne dans sa nature? Est-elle unlû^si qu'on puisse retrouver après l'avoir perdu? ou bien, irréparable virginité de notre intelligence, s'enfuit*elle un jour sans retour?

. La certitude est en nous , et non dans les choses* G'est.un état de l'iLme, attesté à chacun par le témoigjiage irréfragable de sa conscience. Qui dit certitudCi dit calme, pleine assurance , abs^ence complète de ce trouble importun qu'on appelle le doute. Je suis certain, c'est-à-dire, je me repose en sécurité dans ma pensée 3 je n'ai que faire de raisons ou de preuves nouvelles ; je me sais en possession de l'absolue vérité, et je ne crains pas que qui que ce soit me la ravisse.

Autre chose, cependant, est la vérité 3 autre chose ta certitude. Dans le langage vulgaire, on fait souvent ces deux mots synonymes, parce qu'on suppose que ta vérité possède le pouvoir de s'imposer également à t4;>usles esprits, et, réciproquement^ qu'une pensée qui s'impose à notre esprit ne saurait être fausse. Mais cohf bien l'on se trompe, quand on pense que la certitude se produit dans tous les hommes par les mêmes causes et les mêmes moyens ! Le critérium change d'uiie intelligence à l'autre, et, dans la même intelligence, d'une époque à une autre époqi^ > suivant l'éducation ou les circonstances. L'enfant est certain de l'exifttence de Dieu, comme il est certain des conte» 4e «a nourrice. Il se repose avec autant de sécurité , au fnoins, sur le témoignage dç ceux qui entourent son berceau j que le philosophe %uv la loi de sa rai*

son. Je n'examùie point laquelle des deux croyances est la mieux fondée. Je constate un fait t le fait psychologique de la cevtitude^du calme> du repos absolu^, de la pleine assurance de Tàme^ aussi entière^aussi parfaite au moin» dans l'enfant (et, par bonheur^ là plupart des hommes restent^ sous ce rapport^ enfemts toute leur vie ) que dans le plus affirmatif des philosophes, a Arrête^ misérable veuve malabare 3 ne

V croispas ce fou qui te persuade que tu seras réunie )i à ton mari dans les délices d'un autre monde, si tu

Y te brûles sur son b^her.r-Non^ je me brûlerai ;je 3 9ui$ oertame de vivre dans les délices arec mon » époux : nym brame me Va dit (1). »

L'analyse la plus subtile est impuissante à saisir êtB distinctions dans la nature du fait psychologique ê% la certitude^ quelles que puissent être les causer diverses qui la produisent. Quelque divers que soient les chemins qui nous ont amenés dans le lieu où nous sommes réunis , nous n'y sommes pas moins les uns ^e les autres. Qu'importe que nous y soyons poor toujours^ ou seulement pour quelques heures? Qi/importe que nous ayons^ ou non, le droit d'y se* jourper ? £!st-il moin& vrai de dire que nous y som«» mes? De même de k certitude 3 être, ou n'être pas : û'eert là la question.

Prodttif de causes divepses, lacerti tude est donc^ en Mi, essentiellement une. La probabilité peut s'earapprêcher indéfiniment, mais sans jamais l'atteindre..

. (1)VourAMi.-^])ictpha.)«Bt.£!flRlitiMb.

AîDsi ) dans les scieoces mathématiques y certaine* courbes et certains nombres, sans cesse sepour^ suivent et se riqpprochent^ sans pouvoir se rencon» trer qu'à l'infini. ; .

Il n'y a aucun milieu entre la certitude et le, doute 3 mais de ce doute ei^trème qui doute de soi: et qui roule dans un cercle perpétuel et ^ans repos f jusqu'à la certitude absolue que les philosophes dog* matistes promettent^ il y a une foule de da^t divers d'assentiment. 11 y a même un état fort oom*: mun^ fort voisin de la certitude^ et qui la rem» place dans la vie^ c'est la foi. Je ne Tetutends point au sens thèologîque : je n'entends parler ici que de ce sentiment de confiance qui foit sortir l'esprit de l'irrésolution^ au sujet des choses de la pruk tique. Ce n'est point là la certitude ^«e n'est point un acquiescement nécessaire à des vérités d'une irrécusable évidence y ce n'est point une complète assurance^ qui ei^cluc^ le désir et le sentiœe»t d'upe sécurité plus^ parlaite* ]La certitude s'impose y le fol est Ubrement .acceptée* L'une eotpalae perunepuie* sance îtTésistible 3 nous nous ktiesons persuader à l'autre. La foi est le port 0^. vienoedl se jelef près» que tpus les . hommes^ ajivèe le naufrage de leurs croyances primitives. Les philosephes- nous ep $i« gnalent un autre, phis à l'abri de tous les vents: mais il est permis de douter qu'aucun oiiortel y ait jamais trouvé un refuge.

Un philosophe du moyen âge avait conçu l'ingër nieuse hypothèse d'un âne également pi^essé par la

faitti et la soif 9 et se laissant môwir entre uàe mesaiid d'avoine et un seau d'eau. S'il étadt vrai qa'il y 06t Un homme dans le inonde aux yeox de qui les raisons de nier balançassent exactemeot les redscMQfs d'affirmer^ je coinprendrais qu'on lé eoudamnât à périr, comme le malhènreux àne de Bu» ridan.Dans ce miKen idëal entre le oui et lé non, il n'y a plus > j'en conviens, que ténèbres et chaos; plus dé morale, plus de vie possible. Lliomme dévient un autre Pyrrhon^ « stupide et immobile^» suivant les expressions de Montaigne, « comme pierre 3> ou souche, attendant le heurt des charrettes, » on se présentant aux précipices. y>

Tel n'est point nécessairement le scepticisme^ et on a trop facilement raison de lui quand on le réduit à cette extrémité. « Je mets en fait , dit ^ck »'cal, qu'il n'y a jamais eii de pyrrhonién effectif "» parfait (1). » H n'est guère pius facile d'anéantir la raison ou la conscience, que d'anéantir , dans l'homme, Tinstinct de la conservation* La raison peut perdre de son autorité, la conscience de son empire^ les instincts de leur puissance; mais^ quoi« que déceuronnés de leurs suprêmes honneurs, ces antiques souverains de la vie humaine ne sont poiÀt chassés du pays, ni même du trône ^ où ils ont régné de par un droit divin. Longtemps encore, ton* jours petit-ètre , et en droit et en fait , ils conserveront la direction et le pouvoir. Une seule chose

(1)». II, p. 103.

est rMttite à néant par le scepticisme : c'est, s'iP rii'est permis de parler ainsi , Tabsolotisme de leurdominatioBj une seule chose disparait ; c'est la cer-tidudeb

Qf la certitude a dû disparaître^ au moins un jour; pour le philosophe y s il est vrai que la question de la certitude soit une des principales qu'agite la philosophie. Quel jeu insignifiant, quelle domidie ridicule ne serait-ce pas, en effets que e^e philosophie, si elle consumait vainement Tes-r prit dans la recherche de ce qu'il n'a jamais pfsrdu? Le philosophe, sans avoir jamais éprouvé cet étrange malaise qu'on appelle le doute, et qui, dans les âmes ardentes, dégénère en terribles angoisses, viendrait donc s'exercer à plaisir^ comme les irn^ens déclamateurs de la Grèce et de Rom.e^ sur des questions vaines et étrangères, sans nul intérêt perscmnel et présent! Non, la philosophie est tme science plus sérieuse. Elle naît d'un besoin fl^i n'^t que trop réel et trop commun : le besoip éb vérités solides et incontestées. Un secret et orgueilleux pressentiment, reste peut-être d'une grandeur déchue^ nous fait espérer que, sur les ruines de la certitude primitive, œuvre fragile de la nature, il nous serai donné d'établir une certitude «olide et raiàonnée , œuvre immortelle de l'art. Les «ns ont ^çlaré avoir trouvé^ pour asseoir leur éd|- /fioe, le rec inébranlable: ce soitf les philosophQs dogmatistes. Les autres n'ont rencontré partout jgue le sable mouvant : ils sont restés .sceptiques.

, Le dceptiqiie wi doBc celui pour qui rian n'est ca*taia de cette certitude absolue et suprême > non pas celui qui nie tout : car nier^ c'est affirmer eur core i et le livre de Gorgias sur le mn-étre est une œuvre de destruction, mais non pas de scepticisme^ Le caractère propro du scepticisme n'est pas la des^ truction : c'est Tinquiétude. Sa devise n'est pas : Rien 9'est vrai; c'est la devise du sophiste, devise effrontèe> et qui implique contradiction dans les termes* Le dogmatiste dit avec conlBanoe, et non sans quelque orgueil : Je sais et j'affirme j le sceptique dit $ivec modestie et avec désespoir : <c Peut-èb'e! y> et, «Que sais-je? d L'un est à féliciter; l'autre est à plaindre ; le sophiste n'est qu'à mépriser.

Le dogmatisme triomphe aisément à montrer la frivolité du nihilisme de Gorgias, ou l'impossibilité é6 l'apathie pyrrhonienne. Mais ce scepticisme qui plaisante dans Rabelais, qui gémit dans Pascal, qui mène Werther au suieide, qui semble déplacer, d'un siècle à l'autre, le beau dans les arts, le juste dans les lois, le bi^i dans les mœurs, le vrai dans les re-> Kgions, niwa-tK)& qu'il soit quelque chose de réel et ^effectif?

Il faudrait ne s'être jamais demandé compte de ces révolutions qui viennent, de loin en loin, remettre en question tout ce qu'il y a de plus saint et de plus sacré. Qu'es t-^^ donc que cet esprit de vertige qui incline aujourd'hui les hommes devant l'idole éont, hier encore, ils riaient, et qu'ils brûleront demain ? Ne voyons-nous pas, dans l'histoire, le calme des es^

prits et la foi aveugle amener toujours la stabilité des institutions politiques, bonnes ou mauvaises? Le peuple (fÂtbènes riait de ses dieux^ avec Âristopbanej et, en même temps, le pouvoir oscillait entre les tyrans et les démagogues. Indocile à la voix de Caton TAncien, moins ancien par son àgeque par ses mœurs, Rome accueillit Carnèade 3 bientôt deux augures né purent se regarder sans rire, et la république fut ébranlée sur ses antiques fondements* Depuis longtemps te monde semblait raffermi sur sa base, par la foi chrétienne, quand un jour il trembla de nouveau. Le vent du scepticisme avait soufflé. Les schismes se multiplièrent; les anciens trônes furent ébranlés; tout fut remis en question, les droits comme les abus. Légitime ou non, la certitude ne laisse aucune place à ces fluctuations des individus et des peuples. La foi solide, en même temps qu'elle donne Tamour du présent, donne aussi la force de résister aux impatients qui voudraient hâter Tavenlr. Mais, aujourd'hui, te scepticisme est un fait; c'est un mal attaché peut-être à ce bien dont nous sommes si jaloux et si fiers : la civilisation. Quel remède à ce mal? Un nouveau sommeil du genre humain, au sein de la barbarie, ou bien son réveil définitif, au milieu du rayonnement éclatant de la vérité? Entre ce malheur^ dont Dieu ' nous garde, et ce bonheur, qui n'est pas^ de là terré, voyons s'il n'y a pas un chemin où Pas* cal nous éclaire du flambeau de son génie*

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