‹ De l'ovariotomie. Avec six planches lithographiéesChapitre 18 sur 29 · OPÉRATIONS I> OVARIOTOMIE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS I> OVARIOTOMIE

sées tendaient à subir sous l'influence de la distension abdominale.

11 fallut aussi trouver un moyen pour s'opposer à la traction exercée sur le pédicule. J'y réussis pleinement au moyen d'un bourrelet très-épais de linge tortillé et disposé sous forme d'un anneau tout autour du pédicule, ce qui eut de plus l'avantage de concentrer la suppuration vers ce dernier, autour duquel il n'existait aucune pression. Un bandage de corps assez serré maintenait le tout en place au moyen de liens serrés convenablement. Ce pansement a été continué jusqu'au dix-huitième jour.

Dans cet intervalle, la suppuration diminua progressiven)ent. I/un des fils des ligatures put être détaché et extrait le quinzième jour, le deuxième ne fut extrait que le dix-neuvième. Un peu d'empâtement s'était peu à peu développé autour du dernier point de suture, et il s'était produit une petite collection purulente dans l'épaisseur de la paroi abdominale à droite. Cette collection se vida naturellement par l'extrémité inférieure non encore fermée de la cicatrice, sous l'influence du bourrelet circuliiire et du décubitus latéral sur le côté gauche. A partir du vingtième jour la suppuration devint insignifiante : il n'existait plus que trois petits trajets fistuleux borgnes, l'un du côté du pédicule, l'autre le long des ligatures, et le troisième du côté du petit abcès en voie de complète cicatrisation. L'orifice de ces trajets a été maintenu béant par quelques brins de charpie jusqu'à la cicatrisation complète au vingt-quatrième jour.

Pendant toute la durée de la cicatrisation le ventre est resté mou, souple, indolore, insensible à la pression, excepté sur le trajet de rs iliaque pendant la durée de la constipation et quelque temps après les débâcles de matières stercorales; mais il n'y a pas eu de symptôme marqué de péritonite.

Avant l'opération le pouls de la malade accusait 90 à 95 pulsations. Le premier jour, 95 pulsations après l'opération, 90 à deux heures, et 95 à dix heures du soir (vomissements porracés).

Le deuxième jour, 90 pulsations le malin, — 85 à midi (cessation des vomissements), — 82 le soir (somnolence).

Le troisième jour, 80, — 82, — 86 (indices de suppuration, irritation autour des deux derniers points de suture).

Le quatrième jour, 90, — 95, — 100 (commencement de météorisme, suppuration, ventre mou, souple, indolore).

Le cinquième jour, 115,-120, — 118.

Le sixième jour, 128, — 120. — 104.

Le septième jour, 105, — 98, — 95.

Le huitième jour, 95.

Le pouls se maintint élevé du quatrième au huitième jour, sous l'influence du météorisme abdominal, delà température exceptionnelle de l'atmosphère, d'une abondante transpiration et d'une agitation continuelle. Il s'était développé en même temps des rougeurs phlycténoïdes dans la région sacrée sous l'influence du décubitus.

La température s'étant abaissée à la suite de plusieurs orages (du cinquième au sixième jour la température de la chambre, très-spacieuse d'ailleurs et bien ventilée, où se trouvait l'opérée, était encore à 29 degrés centigrades à dix heures du soir), et la constipation ayant fini par céder, le pouls n'a plus guère dépassé 95 pulsations après le huitième jour, et à partir du dix-neuvième jour il ne marquait plus que 85 h 82 pulsations. L'opérée d'ailleurs se levait alors delle-mème de son lit, son appétit était excellent, sa maigreur diminuait et toutes les fonctions de l'économie s'opéraient à merveille.

Le vingt-quatrième jour, la suppuration s'est complètement tarie. La plaie abdominale, primitivement de 13 centimètres, s'est réduite à une cicatrice linéaire de 4 centimètres, terminée à sou extrémité inférieure par une dépression ombiliquée. Le ventre est également souple partout. La santé est parfaite.

^Madame AV. .. a été présentée, le 3 juillet, à la Société de médecine, complètement guérie.

Les règles ont reparu pour la première fois le 12 août.

Un an et demi environ après l'opéralion.le 13 janvier 1864, Madame W...a heureusement accouché d'un garçon bien portant, du poids de 4700 grammes, que j'ai dû extraire par la version. i

Examen du liquide eysticiae. — A. Liquide brunâtre contenu dans le grand kijste. Ce liquide, de couleur café au lait, ayant éié abandonné au repos pendant deux jours, s'est divisé en deux couches.

La couche supérieure était brunâtre, légèrement trouble, et ne

l'i OPÉRATIONS 1>'0V\U10T0MIE.

renfermait que des granulations moléculaires et quelques flocons formés par des amas de ces granulations. Ce liquide était constitué par de l'albumine colorée, et il offrait les mêmes réactions que le blanc d'œuf : il était coagulable par l'acide nitrique, par la chaleur, par la créosote ; il n'était pas coagulé par l'acide phosphorique ; l'acide acétique n'y produisait qu'un trouble léger.

La couche inférieure était blanchâtre et se composait : 1" de globules de O^^jOOe à Û'"",0U8 de diamètre, de couleur jaunâtre, finement granulés, qui en formaient la plus grande masse, et de globules de 0'""',010 à 0"'"',060 de diamètre, jaunâtres et granulés conmie les précédents, dont ils ne se distinguaient que par leur volume; 2" de plaques de cholestérine éparses, d'une largeur variable.

B. Liquide glutineux, albuminoïde, des kystes accessoires. Cette matière était visqueuse, plus ou moins épaisse, en partie transparente, en partie blanchâtre, grisâtre et opaque, comparable h du mucus. La partie transparente contenait des globules granulés, jaunâtres, de 0"'",008 à 0'"'°,012 de diamètre, en moins grande quantité que les parties blanchâtres. Ces globules ne différaient pas de ceux que contenait le liquide du grand kyste. Leur enveloppe devenait plus apparente sous l'influence de l'acide acétique et de l'acide phosphorique. Le liquide \ isqucux se comportait avec les réactifs de la même manière que le liquide plus fluide extrait du grand kyste. L'un et l'autre étaient constitués par de l'albumine tenant une quantité variable de fibrine en suspension.

Examen de la tnmenr ovarifiue. — Lcs parois des kyslCS

ovariques étaient constituées par une hyperplastie du tissu conjonctif qui forme le stroma fibreux de l'ovaire. Au milieu de ce stroma on trouvait de fréquents amas d'hématinc et de corpuscules sanguins déformés.

Le grand kyste avait 0'",26 à 0'",29 de diamètre. Les autres kystes, très-nombreux, avaient un diamètre très -variable : les uns étaient rudimentaires, les autres atteignaient jusqu'à 0"',07 de diamètre, et quelques-uns communiquaient plus ou moins largement entre eux. Ils étaient tous tapissés à leur surface interne d'une couche d'épithélium pavimenteux.

Tous ces kysles peuvent être considérés comme des ovisacs ayant atteint un développement anormal.

Leurs parois renferment un nombre considérable de vaisseaux. Un gros tronc artériel, de O^.OOi de diamètre, se trouvait contenu dans le pédicule, d'où il se ramifiait ensuite en plusieurs branches qui suivaient les gros troncs des veines ovariques, très- dilatées, formant un réseau très-compliqué sur toute la surface de la tumeur. Ce réseau était formé par des veines dépourvues de valvules et trèsélargies au voisinage des adhérences de l'épipioon.

Sur les parties latérales et à la base de la tumeur ovarique, les adhérences filamenteuses ou lamellaires étaient peu vasculaires et ne renfermaient que des vaisseaux grêles, capillaires. Les adhérences épiploïques situées sur la partie supéro-latéralc de la tumeur étaient devenues très-vasculaires; les veinules ovariques, qui avaient fini par communiquer avec les veines épiploïques, étaient d'autant plus développées qu'elles avaient été moins refoulées et qu'elles se trouvaient ainsi soumises à une moindre pression. Par suite, le sang des veines ovariques tendait de plus en plus, surtout à la partie supérieure du grand kyste, à se déverser dans les veines épiploïques, dans l'intérieur desquelles la progression du ?ang éprouvait moins de résistance que dans les troncs veineux de la base et des parties latérales de la tumeur.

Le pédicule de la tumeur ovarique a été détaciié aussi loin que possible de sa base sur une laige étendue ; le tronc de l'artère ovarique, quelques branches artérielles et des troncs nombreux de veines ovariques ont été divisés par suite, de même que des vaisseaux lycnphaiiques très-volumineux, le ligament large et la trompe.

La trompe était très-hypertrophiée et très-allongée ; du côté du pédicule elle était oblitérée, imperméable à l'air et à la matière à injection qui ont servi à la distendre.

Des brides filamenteuses très-nombreuses existaient à la base de la tumeur, de chaque côté de la surface de section du pédicule.

Les kystes ruptures pendant les efforts d'extraction avaient des parois friables, peu résistantes. Ils formaient une tumeur mollasse, mamelonnée, qui a dû être située en majeure partie dans l'excavation

i h OPÉRATIONS d'oVARIOTOMIE.

pelvienne, où leur consistance molle n'a pas permis au doigt explorateur de les sentir. Le refoulement de haut en bas qu'ils ont dû exercer sur l'utérus, explique pourquoi le col de cet organe pouvait être facilement exploré et n'avait pas été entraîné en haut h la suite du développement progressif de la tumeur ovarique.

Ovariotomie double pratiquée le 29 septembre 1 802 .

Histoire de la maladie. — Madame V... (de Phaisbourg), âgée de trente-sept ans, d'une très-belle constitution, d'un tempérament lymphatico-sanguin, toujours réglée régulièrement, s'est aperçue depuis deux ans de l'augmentation du volume de son ventre, ce qu'elle attribua à de l'embonpoint, qui, du reste, est chez elle assez prononcé. L'augmentation du volume du ventre était due au développement lent^ insidieux, d'un kyste de l'ovaire qui n'a pas influé sensiblement sur la santé et n'a jamais troublé la menstruation. Lorsque l'attention de madame V... a été éveillée, la tumeur ovarique avait déjà un volume considérable : celle-ci remontait probablement à sa dernière couche, il y a cinq ans, où elle mit au monde un fœtus mort-né au cinquième mois. Quatre grossesses précédentes n'avaient présenté aucun incident particulier, et elle avait donné naissance à quatre enfants du sexe féminin, âgées actuellement de neuf h quatoi ze ans. La santé a toujours été bonne : elle n'a été troublée momentanément il y a quelques années que par un érysipèle de la face, et depuis la dernière couche est survenue une leucorrhée qui a été traitée par M. Sloltz.

Il y a quatre mois, le développement considérable de la tumeur ovarique a rendu nécessaire une ponction qui donna issue à 12 litres de liquide' citrin, verdâtre, un peu filant. Après cette ponction qui a été pratiquée par IM. Bach, avec l'assistance de M. Schùtzenberger, il n'a pas été possible de constater la présence d'une tumeur formée par des kystes multiloculaires dont le volume ait été appréciable.

OVARIOTOMIE PRATIQUÉE LE 29 SEPTEiMBRE 1862. 15

Cette ponction ne fut suivie d'aucun accident et le liquide se reproduisit assez lentement. Ce n'est qu'au bout d'un an que madame V... dut de nouveau songer à chercher du soulagement. Le ventre mesurait alors l'^jOS de circonférence; le pouls donnait 90 à 95 pulsatioHs et une sensation de chaleur brûlante survenait de temps en temps dans la fosse iliaque du côté droit. C'est dans ces circonstances que la malade est venue me consulter et se conlier à moi, dans le but d'être débarrassée de sa tumeur par l'extirpation, très-décidée et très-courageuse, quoique renseignée parfaitement sur les dangers de l'opération. Comme madame V... est veuve et est, ainsi qu'il a été dit, mère de quatre jeunes filles, toutes charmantes, dont l'aînée a quatorze ans, je ne pouvais pas l'engager témérairement à risquer sa vie qui me paraissait pouvoir se prolonger encore quelques années. Aussi M. le professeur Schiilzenberger, mon bien-aiiné maître, et moi avons-nous engagé la malade à réfléchir sérieusement sur sa position, à prendre l'avis de sa famille et à tenir compte surlout de de l'intérêt de ses enfants. Mais madame V..., persuadée qcc son existence était très-précaire, qu'elle pouvait succomber à une ponction prochaine, qu'elle devait nécessairement moin-ir prématurément, vint résolument me demaudcr de la débarrasser de sa tumeur.

L'opération fut fixée au 29 septembre, huit jours après l'époque menstruelle.

Le ventre mesurait l'",12 de circonférence. Le tissu connectif graisseux était abondant, comme cela s'observe d'ordinaire chez les femmes qui approchent de la quarantaine et dont la constitution n'est pas sèche. L'abdomen était sillonné de veines volumineuses et était infiltré de sérosité à sa partie inférieure. Il existait une hernie ombilicale de 7 centimètres de diamètre, dont la cavité ne renfermait que de la sérosité ascitique qui pouvait être vidée facilement, mais qui refluait dès que l'on cessait la compression. Le collet du sac herniaire répondait à l'ombilic et admettait l'extrémité du doigt. Du reste l'épauchement ascitique était peu considérable. Le kyste distendait la cavité abdominale et repoussait en avant le rebord des hypochondres. La surface du ventre était régulièrement arrondie : on ne sentait aucune bosselure prononcée à la surface de la tumeur.

10 OPÉRA.TfONS n'oVARfOTOMlE.

Du côlé droit, en arrière, sur une longueur de 8 à 9 centimètres, la tumeur était consistante, légèrement inégale. La fluctuation était manifeste sur toute la surface , excepté du côté droit sur toute l'étendue de la partie consistante. Comme il n'y avait pas de fièvre hectique, il était probable que le liquide n'avait pas subi d'altération putride. La peau pouvait être déplacée transversalement sur la surface de la tumeur dans une étendue de 15 à 17 centimètres environ. Comme la laxité du tissu conneclif sous-cutané ne saurait donner lieu à une mobilité aussi étendue, on pouvait être certain qu'il n'existait pas d'adhérences entre la tumeur et la paroi abdominale. On devait s'attendre à quelques adliérences épiploïques ou intestinales, en raison des douleurs brûlantes que la malade avait ressenties par intervalles dans le flanc du côté droit (1). Il n'était pas possible de déterminer d'une manière exacte quel était l'ovaire dégénéré. Les douleurs éprouvées à droite et la consistance de la tumeur de ce côté faisaient présumer que l'ovaire droit devait être

(1) Comme les inlesiins et l't^piploon sont éminemment mobiles et sont entraînés sans effort par la tumeur à laquelle ils peuvent adhérer, on ne peut jamais acquérir la certitude d'une absence d'adhérences à ces organes à la partie supérieure et postérieure de la tumeur ovarique. On ne peut donc jamais affu-mer d'une manière certaine, avant l'opération, qu'il n'existe pas d'adhérences. On ne peut avoir que des présomptions à cet égard, en se basant sur les incidents survenus du côlé du péritoine dans le cours de la maladie. On ne peut non plus obtenir des renseignements certains sur l'existence d'adhérences plus ou moins étendues ou solides dans l'excavation pelvienne avec le rectum, l'utérus et les pariies voisines. Qunnt aux adhérences à la paroi abdominale, on peut le plus souvent acquérir des notions assez précises, sins être obligé de recourir à une })onclion préalable du kyste. La mobilité de l'ombilic doit surtout être i)iise en considération. Les ponctions, il faut bien se le rappeler, sont souvent mortelles, et l'on expose inutilement la malade à une opération chanceuse. Elles ne doivent être pratiquées que dans les cas de nécessité absolue, lorsqu'on se propose de recourir à l'ovariolomie. Les ponctions successives épuisent les malades et les rendent moins aptes à résister au cboc de l'opération, h l'bémorrhagie. <'i la péritonite, à la suppuration.

affecté (1). Le col de l'ulérus était dévié à gauche (2). Il était situé à U centimètres au-dessus du bord inférieur de la symphyse pubienne (3). Le canal génital étant raccourci, on devait éprouver après l'opération quelque difliculté pour fixer en dehors le pédicule. Cette difficulté pouvait être déjà prévue du reste, par suite de l'embonpoint de la malade (U). On n'éprouvait aucune résistance anormale dans l'excavation pelvienne à l'exploration vaginale (5).

Je portai le diagnostic suivant :

Tumeur ovarique contenant 8 à 10 litres de liquide dans un kyste uniloculaire auquel se trouvent annexés en arrière et h droite des kystes multiloculaires formant une masse de 8 à 10 centimètres de

(1) L'ovaire droit était malade, il est vrai ; mais de fait, c'est l'ovaire gauche qui distendait le ventre, et cependant la malade n'avait pas éprouvé de tiraillements du côté de la cuisse et du flanc du côté gauche. Comme les tumeurs ovariques se développent tout de suite dans l'axe 4n ventre, on ne peut, en l'absence des symptômes précédents, préciser le côté affecté, si l'attention n'a pas éié éveillée dès le début derafTeclion.

(2) Le col de l'utérus n'est pas toujours dévié vers l'organe malade. Chez ma première opérée le col était dévié à droite, quoique l'ovaire gauche ait été transformé, de même que chez ma seconde opérée, chez laquelle le col de l'ulérus était dévié à gauche, en un kyste considérable.

(3) Chez certaines malades l'utérus est entraîné par la trompe et il n'est pas toujours possible alors de l'atteindre avec le doigt. L'allongement du canal génital constitue une condition favorable pour fixer le ligament large qui forme le pédicule de la tumeur, hors de l'abdomen, mais le pédicule n'est pas nécessairement allongé; et il existe le pins souvent des adhérences intimes de la tumeur ovarique avec la matrice.

(Zj) L'événement a prouvé que le pédicule était en effet très-court et que le degré d'embonpoint de la malade, dont il faut sérieusement tenir compte dans ce cas, augmente la difliculté en proporlion de l'épaisseur de la couche adipeuse.

(5) Ce défaut de résistance anormale n'indique pas d'une manière absolue que l'excavation pelvienne ne renferme pas de tumeur, car chez ma première opérée, elle était remplie en entier par des kystes multiloculaires mous dont on n'avait pu constater l'existence et qui étaient annexés au dehors ^ la grande cavité kystique.

KCEBERLÉ. Opérations. . 2

18 OPÉRATIONS d'oVARIOTOMIE.

diamètre appréciable. Le liquide n'offre pas d'altération putride. Épanchenient ascitique peu considérable. Absence d'adhérences en avant à la paroi abdominale. Adhérences probables, peu étendues aux viscères abdominaux, surloul à droite, où la malade accusait des douleurs passagères. Pannicule graisseux de l'abtlomen épais de 3 à 6 centimètres. Pédicule de la tumeur probablement court. OEdème de la paroi abdominale. État général excellent.

Le 28 septembre je prescrivis un purgatif à l'huile de riciu (huile de ricin, 35gram. ; sirop tartrique, 25 gram., raclez; à prendre en deux fois à une demi-heure d'intervalle à partir de midi). La purgation eut lieu dans le courant de l'après-midi, et le soir je fis prendre 2«',50 de sous-nitrate de bismuth dans le but de décomposer les sulfures gazeux qui pouvaient exister ou qui pouvaient se former dans le tube digestif.

Le 29 septembre, je procédai à l'opération à l'établissement de Sainte-Barbe, avec l'assistance de !MM. les professeurs Schûtzenberger et Stoltz, de MiM. les agrégés Aubenas, Hecht, Herrgott, de i^I. Bruch, professeur suppléant à l'école de médecine d'Alger, dé M. le docteur G. Lauth, et de M. Pingaud dont les noies m'ont servi pour rédiger la relation de l'opération.

Opération. — La malade, soumise aux inhalations de chloroforme par M. Elser, étant arrivée à l'anesthésie complèle (1), je pratiquai sur la ligne médiane une incision de 12 centimètres de longueur , commençant à environ 7 centimètres au-dessous de l'ombilic. Pour arriver à la ligne blanche, il fallut traverser une couche de tissu adipeux qui ne mesurait pas moins de 5 à 6 centimètres d'épaisseur et qui était infiltré de sérosité qui ruisselait de la surface d'incision. La ligne blanche ayant été divisée ainsi qu'une nouvelle couche de graisse sous-péritonéale, et le péritoine ayant été incisé sur une sonde cannelée, il s'écoula de la cavité abdominale une certaine quantité de sérosité, et le kyste apparut entre les lèvres

(1) L'aneslhésle est toujours poussée jusqu'à la résolution nuisculairç complète et est conlinuée jusqu'à ce que l'opérée soit lavée cl clOfmilivemciil inslallée dans son lit.

de la plaie. La tumeur kystique était lisse, libre d'adhérences à la paroi abdominale ainsi que je l'avais reconnu et que je le constatai en promenant rapidement le doigt entre la tumeur et la paroi abdominale. Le kyste ayant fait saillie entre les lèvres de la plaie intercepta l'écoulement de la sérosité. Ayant saisi le irocart que j'ai fait construire par M. Elser (1), je ponctionnai le kyste dont le liquide très-filant, brunâtre, s'écoula peu à peu à travers le tube de caoutchouc adapté à l'instrument. Mais il survint presque aussitôt des efforts de vomissement tellement violents que l'ouverture faite par le trocart s'agrandit quelque peu, et que le liquide kystique s'échappa à côté de la canule. Une partie de ce liquide s'écoula dans la cavité périlonéale, malgré les soins avec lesquels M. Aubenasa maintenu la paroi abdominale. Les vomissements ayant cessé, le kyste fut saisi avec des pinces à griffes et attiré au dehors au fur et à mesure que le liquide s'écoulait par le tube. Le kyste ayant été complètement vidé, ne put être extrait. J'introduisis le doigt dans l'ouverture que le

(1) Ce trocart e.sl bien supérieur à tous ceux qui ont été imaginés jusqu'ici. Il offre une grande légèreté et se manie avec la plus grande facilité. Il était déjà terminé lorsque j'ai eu connaissance par hasard du trocart de Thompson dont il se rapproche beaucoup par son mécanisme et que j'ai trouvé décrit en feuilletant le tome V de Canstatt's Jahresbericht, 1861.

Le trocart, d'un centimètre de diamètre, forme exactement piston dans sa canule. Il suffit de le retirer d'une quantité donnée pour laisser un écoulement au liquide à travers un tube soudé obliquement à celte canule. En cas d'élargissement accidentel de l'ouverture faite par le trocait, celte disposition permet, en poussant la canule au delà du point de rencontre des deux tubes, de bouclier néanmoins l'ouverture élargie du kyste. L'instrument est muni de deux érignes dont on peut faire usage à volonté et au moyen desquelles il reste accroché au kyste, sans qu'on ait besoin de .s'en préoccuper pendant l'écoulement du liquide et pendant que l'on continue l'opération. M. Elser, notre habile fabricant d'instruments, à Strasbourg, a imaginé de rendre creux le irocart et la tige qui lui fait suite pour obtenir plus de légèreté. Le poids de l'instrument est de 50 grammes.

20 OPÉRATIONS d'0VAR[0T0MIE.

trocart y avait faiie ; j'en déchirai facilement la paroi pour l'explorer par son intérieur et je recherchai, à l'aide d'uu doigt introduit en dehors dans la cavité périlonéale, la nature de l'obstacle qui s'opposait à son extraction. Je découvris alors, à droite et en arrière, une tumeur kystique dure, niultiloculaire, très-irrégulière, mamelonnée à la partie interne de la grande cavité kystique, mais assez régulière extérieurement, que je contournai avec le doigt pour en reconnaître le volume. Ayant tenté vainement à deux reprises de ponctionner la partie la plus épaisse et la plus mollasse de cette tumeur et jugeant inutile d'y pratiquer d'autres ponctions, je me décidai à agrandir l'incision primitive et à l'extraire en masse. Comme l'incision devait acquérir une longueur égale à la moitié de la circonférence eu à une fois et demie le diamètre de la tumeur multiloculaire, je me trouvai gêné par la présence de la hernie ombilicale. Je contournai celle-ci à gauche avec le bistouri (1), je la réclinaià droite, puis je fis remonter l'incision primitive de la ligne blanche directement sur la ligne médiane à côté du collet de la hernie et à une distance égale de l'appendice xiphoïde et de l'ombilic. Dans la région sus-ombilicale le tissu apideux sous-cuiané avait environ U centimèlres d'épaisseur. L'épiploon adhérait au voisinage de la hernie : comme il gênait, il fut étreint dans une ligature et coupé. La tumeur kystique put alors être extraite en entier après que j'eus agrandi toutefois encore de 1 à 2 centimètres l'incision de la ligne blanche à la partie supérieure et rompu avec le doigt quelques adhérences lâches à la paroi abdominale à droite. En définitive, l'incision de la ligne blanche sur le ventre distendu mesurait environ 28 à 30 centimètres et l'incision cutanée avait 2 à 3 centimètres déplus. Le grand épiploon était adhérent à la tumeur en deux endroits dans une étendue restreinte, mais néanmoins un grand nombre d'artères et de veines durent être divisées par le bistouri pour détruire ces connexions. Les vaisseaux qui donnaient beaucoup de sang furent

(1) Dans les opérations subséquentes, j'ai toujours divisé le sac herniaire dans toute son étendue et excisé le péritoine qui le tapissait pour obtenir par une réunion immédiate la guérison de la hernie.

OVARIOÏOMIE PKATIQUÉE LK 29 SEPTEMBUE 1802. ^l

immédiatement liés, et la portion d'épiploon qui avait été attirée hors de l'abdomen, ainsi qu'une petite rate surnuméraire de forme aplatie, furent rejeiécs sur le ventre dans l'angle supérieur de la plaie où elles restèrent h découvert. Le pédicule de la tumeur ovarique était très-court : il mesurait à peine 1 1/2 à 2 centimètres de longueur depuis l'angle gauche de l'utérus. Une forte ligature ayant été jetée à 1 centimètre 1/2 de l'angle de l'utérus sur ce pédicule, qui n'était guère plus gros que le pouce, je m'appliquai ensuite à tailler un moignon aux dépens du kyste. Celui-ci ayant été ainsi détaché et le pédicule ayant été attiré dans l'angle inférieur de l'incision, je me suis empressé de déterger le plus gros de la cavité pelvienne dont les organes étaient barbouillés d'un mélange de sang, de sérosité et de liquide kystique. Cela fait, je recherchai l'autre ovaire qui était englobé en partie dans les adhérences lâches du cul-de-sac rectovaginal. Ayant jugé que cet ovaire était atteint de dégénérescence kystique, je détruisis ces adhérences avec les doigts et j'exhibai cet ovaire au dehors : il avait le volume d'un petit œuf de poule et contenait plusieurs kystes dont l'un était très-manifeste (1). Il fut aussi jugé malade par l'assistance et je le fis étreindre par une ligature très-fortement serrée : son pédicule n'avait pas plus de 2 centimètres de longueur. Restait à nettoyer complètement la cavité abdominale et à opérer l'hémostase avant de procéder à la réunion. Ce fut le temps le plus long et le plus minutieux de l'opération. Je fus obligé de porter plus de vingt fois une éponge fine préparée exprès (2) dans la cavité abdominale pour absorber la sérosité, le

(1) La dégénérescence des ovaires ne peut être constatée au début de la maladie, alors que ces organes n'ont pas encore acquis un volume déjà considérable.

(2) Les éponges doivent être débarrassées d'une manière aussi complète que possible du sable dont elles sont incrustées ; elles doivent être traitées par de l'acide nitrique étendu d'eau, par une solution de carbonate de soude, par de l'alcool et par un lavage prolongé dans l'eau. Les plus grands soins de propreté doivent être observés. L'eau qui doit servir pour laver les éponges doit avoir été préalablement soumise à l'ébullition pour détruire les microzoaires qui pourraient s'y rencon-

22 OPÉRATIONS d'oVAUIOTOMIE.

sang et le liquide kystique qui s'était épanché au comuieiicement de l'opération. Les tissus sous-péritonéaux étaient infiltrés de sérosité. Je rompis avec l'ongle et j'arrachai les parois de trois petits kysies séreux que je rencontrai dans l'épaisseur du ligament large et dans le cul-de-sac recto-vaginal. Une hémorrhagie capillaire inquiétante n'a pas discontinué de donner du sang pendant plus d'un quart d'heure dans le bassin au niveau de quelques adhérences lâches du kyste, mais principalement dans le cul-de-sac recto-vaginal, là où j'avais déchiré les brides qui étaient fixées à l'ovaire droit. Je m'attachai à éponger exactement les liquides épanchés, mais pour accomplir cette manœuvre sans irriter le péritoine par des frottements réitérés, j'eus soin de plonger la main gauche dans l'excavation pelvienne, la face palmaire regardant en haut, les doigts demi-fléchis et un peu écartés, de manière à recevoir les liquides dans sa concavité et à ne les éponger que contre la main. L'éponge a été chaque fois simplement exprimée sans être lavée dans l'intervalle de cette manœuvre. Le pédicule de l'ovaire gauche, que je ne pouvais songer à maintenir au dehors de l'abdomen en employant mon écraseur, à cause de son peu de longueur et de l'épaisseur de la paroi abdominale, fut alors étreint immédiatement au-dessous de la hgature dans une anse de fil de fer et fortement serré dans un des serre -nœuds dont je m'étais muni à tout événement. Enfin après que l'intestin et la paroi interne de l'abdomen furent exactement nettoyés des caillots et des liquides qui en baignaient la surface, il fallut encore déterger et laver le grand épiploon qui était resté jusque-là étendu sur l'abdomen, refoulé dans l'angle supérieur de l'a plaie. La partie de l'épiploon qui était restée exposée au contact de l'air, non recouverte, donnait à la main la sensation du froid : elle fut déployée et examinée avec soin. Plusieurs petites artérioles fournissaient encore du sang. Comme il existait déjà plusieurs ligatures et qu'il aurait fallu en faire plusieurs autres encore pour être certain qu'il ne

trer : je m'abstiens de me servir d'infusions, de décodions végéiales, soi-disant plus ou moins émoUientes, et qui sont plus pernicieuses qu'utiles.

OVARIOTOMIE PllATlQUÉK LE 29 SEPTEMBRE 1862. 23

pourrait pas survenir d'hémorrhagie, je pris le parti de lier en masse une partie de l'épiploon large comme la main, en ne conservant que deux autres ligatures isolées. Je fis un nœud à 8 centimètres (1) de chaque ligature pour pouvoir reconnaître plus lard à quelle profondeur chacune d'elles devait être placée entre les lèvres de l'incision. L'épiploon étant parfaitement nettoyé et m'étant assuré encore une fois que l'excavation pelvienne était nette et n'était plus le siège d'une hémorrhagie, je procédai enfin à la réunion de l'énorme incision que j'avais été obligé de pratiquer, et qui m'avait permis de voir l'estomac et la partie inférieure du foie. La perte de sang peut être évaluée à 500 grammes environ.

Au moment où je me disposai à établir les points de suture, de nouveaux efforts de vomissement survinrent. Les lèvres de la plaie furent rapprochées avec les mains et maintenues ainsi solidement, jusqu'à ce que le calme fût rétabli (2).

Je plaçai d'abord irois sutures métalliques enchevillées profondes, commençant à 10 centimètres des bords de la plaie et arrivant obliquement vers les parties profondes de l'incision où elles traversèrent les tissus de la ligne blanche et ressortirent près du péritoine qu'elles n'intéressèrent point. Je jugeai ces trois sutures suffisantes pour obtenir une réunion parfaite des parties profondes. Les tissus étaient déjà fortement revenus sur eux-mêmes et les points de suture n'étaient guère distants les uns des autres de plus de 5 centitimètres. L'un d'eux passait immédiatement au-dessus de l'ombilic sous la hernie ombilicale. Cinq points de suture entortillée et une suture sèche avec une bandelette de sparadrap servirent à réunir les parties superficielles de l'incision. La ligature en masse et les deux ligatures isolées de l'épiploon furent fixées, à 1 centimètre de profondeur de la surface de la peau, sur un bout de sonde, dans l'angle

(1) Cette longueur correspond exactement à celle de mon doigt indicateur jusqu'au plidigito-palmaire.

('2) Le meilleur moyen de faire cesser ces vomissements et de les empêcher lorsqu'ils tendent à se manifester, c'est d'activer rapidement la chloroformisatiou.

24 OPÉIIATIONS DOVARIOTOMIE.

supérieur de la plaie ; le serre-nœud et les ligatures des ovaires furent fixés dans son angle inférieur. Le peu de longueur des pédicules des ovaires et l'épaisseur du tissu adipeux, non-seulement ne permirent pas d'attirer les ligatures au dehors à la surface de la peau, mais même au niveau de la paroi abdominale, à moins d'exercer sur l'utérus des tractions considérables et de le tordre sur son axe. Comme ces tractions auraient pu devenir très-dangereuses et provoquer des phénomènes réflexes graves ou une hémorrhagie consécutive irrémédiable, je me résignai à n'attirer entre les lèvres de l'incision qu'une partie de l'ovaire droit et à ne faire affleurer l'extrémité du pédicule ovarique gauche qu'à la partie profonde de l'incision, l'utérus étant un peu tordu sur son axe de manière à porter son angle gauche en bas ; je fixai ainsi provisoirement le serre-nœud et les ligatures des pédicules qui plongeaient h 8 centimètres de profondeur au-dessous de la surface de la peau. Deux heures s'étaient ainsi passées. L'opération si laborieuse était terminée. Tous les assistants étaient partis désespérant du succès et persuadés que la mort de l'opérée était imminente... En effet, les conditions étaient

des plus mauvaises

Incision énorme, effrayante, tant sous le rapport de la longueur que de la profondeur : les surfaces de section de la paroi abdominale, primitivement de 300 centimètres carrés, mesurent encore 220 centimètres carrés après le retrait de l'incision qui offrait alors une longueur de 22 à 23 centimètres et une épaisseur moyenne de 5 centimètres. — Ligature en masse et deux ligatures accessoires de l'épiploon. — Difficultés résultant de la hernie ombilicale. — Difficultés résultant du peu de longueur des pédicules des deux ovaires malades. — Difficultés résultant de l'épaisseur du tissu adipeux, tant pour la réunion que pour le maintien des ligatures et du serrenœud qui plongeaient dans la cavité péritonéale à 8 centimètres de profondeur au-dessous de la surface de la peau. — OEdème de la peau pouvant compromettre la réunion immédiate. — Infiltration séreuse du tissu connectif sous-péritonéal de l'excavation pelvienne où l'hémorrhagie capillaire était imminente. — Dangers résultant des vomissements ([ui pouvaient se produire. — Imminence d'in-

OVAIUOTOMIE l'UATiyLÉE LE 29 SEPTEMBUE 180"2. 25

flammation traumatique et de péritonite simple. — Perspective à peu près certaine de péritonite putride

Tel est le tableau peu rassurant des conditions défavorables amenées par l'opération et auxquelles il fallait trouver remède.

L'opération a eu lieu sur le lit même où l'opérée devait rester. Après avoir été changée de linge, elle s'est plainte d'avoir un peu froid. Un peu de vin et une boule d'eau chaude aux pieds ont suffi pour la remettre rapidement.

Je restai auprès de l'opérée jusqu'à midi, afin de pouvoir moimême comprimer méthodiquement le ventre au cas où il surviendrait encore des vomissements chloroformiques.

Heureusement il ne s'en manifesta point, quoique l'opérée fût restée sous l'influence du sommeil chlorofomique jusque vers midi, où elle s'est complètement réveillée et où elle s'est rendu compte de sa position. L'anesthésie a été complète pendant près de deux heures : on a fait usage de 170 grammes de chloroforme. L'opérée n'a aucun souvenir de ce qui s'est passé et n'a ressenti aucune douleur pendant l'opération. A son réveil elle s'est plainte de petites douleurs hypogastriques qu'elle a comparées à de faibles tranchées utérines à la suite de couches : ces douleurs se sont dissipées peu h peu huit à dix heures après l'opération. Depuis ce moment jusqu'à son entière guérison elle n'a plus ressenti la moindre douleur.

Confiant dans les sutures que j'avais placées et qui n'avaient été serrées que tout juste ce qu'il fallait pour obtenir un affrontement exact des lèvres de l'incision, je ne fis aucun autre pansement. Une simple compresse fut placée sur l'incision et les points de suture. Des coussins remplis de son placés de chaque côté du ventre refoulaient ce dernier qui se trouvait ainsi tout plissé longitudinalement, ce qui empêchait toute traction sur les points de suture et sur les lèvres de la plaie.

Un drap plié en plusieurs doubles, recouvert d'un taffetas ciré, fut placé en travers de l'abdomen, et de chaque côté de l'incision fut disposée une vessie pleine de glace. La glace a été maintenue pendant quatre jours dans le but d'empêcher la congestion vasculaire et de ralentir, par le refroidissement, l'activité des décompo-

■26 OPÉRATIONS d'oVARIOTOMIE.

sitions organiques. La température à la surface du ventre a oscillé entre 18 et 2Zi degrés centigrades.

Pour maintenir provisoirement dans un rapport fixe avec la paroi abdominale, les ligatures de fil des deux ovaires, que j'avais liées contre le serre-nœud, je construisis un bourrelet circulaire, de 10 centimètres environ d'ouverture, formé par une moitié de drap de lit tortillé sur lui-même. Ce bourrelet fut placé aulour du serrenœud qui fut fixé contre une tige rigide placée en travers, avec une très-faible traction pour maintenir autant que possible les pédicules des deux ovaires au fond de l'entonnoir représenté par l'extrémité inférieure de la plaie laissée entr'ouverte dans une étendue de 7 centimètres extérieurement.

De l'extrémité inférieure de la plaie maintenue béante par l'ovaire droit qui y était attiré par le serre-nœud et par une portion du pédicule de l'ovaire gauche, s'écoula une quantité assez abondante de sérosité provenant de l'infiltration œdémateuse de la paroi abdominale. Celte sérosité a été continuellement absorbée par une tranche d'épongé qu'on était obhgé d'exprimer et de nettoyer trèsfréquemment les premières heures après l'opération. Cet écoulement de sérosité diminua peu à peu et cessa vers le milieu de la nuit.

Prescription après l'opération: acétate d'ammoniaque, 12 grammes, à prendre dans les vingt-quatre heures; diète des aliments et des boissons ; fragment de glace toutes les demi-heures pour calmer la soif. — Acétate de morphine, 10 centigrammes, à prendre dans les vingt-quatre heures. Le premier jour la morphine produisit peu d'effet : l'opérée ne put sommeiller que par moments.

Le pouls marquait 72 pulsations à trois heures du soir et 75 pulsations h dix heures du soir.

L'opérée accuse de la soif. L'urine est très-chargée, et trèsabondante relativement à la quantité de glace consommée. La miction du reste s'opère d'une manière naturelle et sans inconvénient quatre ou cinq fois par jour. Il en a été de même les jours suivants.

Madame V... est heureuse d'être opérée. Son moral est excellent.

Deuxième jour. Le ventre est déprimé, souple, insensible à la pression. Pouls à 80 pulsations. La plaie a été nettoyée, puis lavée

OVARIOTOMIE PRATIQUÉE LE 29 SEPTEMBRE 1862. 27 avec une éponge imbibée d'une solution de sulfate de fer (sulfate de fer, 10 gram. ; eau, 100 gram.). Des compresses mouillées avec la même solution sont placées à la surface du ventre sur l'incisiou et sur les points de suture.

La partie des pédicules et les portions de l'épiploon liées, qui étaient exposées à l'air, exhalent une odeur de putréfaction (1). Je retranche une partie excédante de l'épiploon avec des ciseaux, à fleur de la peau, à 1 centimètre de la ligature en masse : il jaillit aussitôt un jet de sang artériel. Je saisis l'artère avec une pince et j'en opère la ligature avec l'aide de la bonne sœur Rosine. Les parties libres des ligatures de l'épiploon et les parties superficielles des ligatures des ovaires sont ensuite badigeonnées avec précaution avec du perchlorure de fer et essuyées avec de la charpie.

A deux heures du soir le pouls marque 85 pulsations. La plaie n'exhale plus d'odeur putride. Pour placer les pédicules ovariques dans les conditions d'exploration et de fixation moins défavorables, je construisis avec deux lames de plomb de 2 millimètres d'épaisseur,

(1) La putréfactioa des parlies étranglées par les ligatures, du sang, de la sérosiié, survient au bout de quinze à vingt heures et marche trèsvite (sanie) sous l'influence de rinimidité, de la chaleur animale et de l'air.

Les parlies morlifiées et décomposées exhalent une odeur infecte. La sanie qui en provient est analogue à celle des chairs pourries des cadavres ; elle donne lieu à une prolifération active de cryptogames et de microzoaires. Sou contact avec les lissus à découvert, avec le péritoine, donne rapidement lieu à des inflammations formidables et à la septicémie. N'avons- nous pas là l'explicaiion de ces septicémies, de ces péritonites, qui se développent et se généralisent dans l'espace de quelques heures et qui emportent le plus grand nombre des opérées qui succombent? La [)éritonite est rare lorsque le pédicule peut être maintenu à l'extérieur, parce qu'alors il se dessèche spontanément, comme le cordon ombilical, lorsqu'il n'est pas imbibé de trop d'humidilé. Le perchlorure de fer, appliqué immédiatement après l'opération , s'oppose à riiémorrhagie, et momifle les tissus qu'il rend momentanément imputrescibles jusqu'à ce qu'il se soit formé des adhérences.

28 OPÉRATIONS DOVARIOTOMIE.

un appareil en forme de spéculum bivalve destiné à mainlenir un écartement infuudibuliforme de la partie inférieure de l'incision. Au centre de cet appareil se trouvèrent compris les pédicules et le serre-nœud. Cet appareil se composait de deux lames, dont chacune était formée de deux parties, l'une horizontale, destinée à rester appliquée sur la peau, l'autre perpendiculaire, en forme de gouttière à concavité interne d'une longueur de U centimètres égale à l'épaisseur de la paroi abdominale (1) dont la graisse se laissait déprimer par le poids de l'instrument qui pesait 350 grammes. Les deux valves de l'instrument pouvaient être introduites séparément dans la plaie et étaient maintenues écartées l'une de l'autre, à distance convenable, par deux tiges transversales fixées par un mécanisme trèssimple. De cette manière les lames de plomb garantissaient la plaie, isolaient les pédicules et facilitaient le pansement et les soins de propreté. Cet appareil dilatateur ayant été convenablement disposé, les i)?.rties libres des ligatures de l'épiploon et des ligatures des ovaires furent badigeonnées avec du perchlorure de fer jusqu'au niveau des ligatures, et le serre-nœud fut fixé contre un support placé en travers.

A deux heures du soir, le pouls accuse 90 pulsations. Madame V.. . a dormi une partie de la journée. Les ligatures des ovaires et celle de l'épiploon sont desséchées, complètement momifiées. Les compresses de sulfate de fer sont sèches. La peau de la région ombilicale correspondant à la hernie est très-rouge, peu sensible cependant. Je couvre l'incision et les sutures d'une couche de charpie et de compresses imbibées de la solution de sulfate de fer. Pour empêcher l'imbibilion de la solution dans les linges placés pardessus, j'interpose un linge fortement céralé.

Troisième jour. Le pouls est tombé à 83 pulsations. Madame V... est gaie ; elle a passé une bonne nuit et a dormi d'un sommeil calme. Le ventre est indolent, souple, déprimé. Les compresses sont restées humides. Toute trace de rougeur a disparu. Pas la moindre

(1) La veille, répaisseiir de la paroi abdominale, alors infiltrée de sérosité, mesurait en cet endroit 6 cenliraèlres.

mauvaise odeur. Le pansement au sulfate de fer est renouvelé. Les ligatures des ovaires et de l'épiploon, quoique desséchées, sont de nouveau enduites de perchlorure de fer. Madame V. .. ne ressent aucune douleur et ne se plaint que de la soif, qui d'ailleurs n'est pas très-intense. Un suintement insignifiant de sérosité s'opère au point d'émergence des pédicules au fond de l'appareil dilatateur. Urine chargée, moins abondante que la veille. Pouls à 8^ pulsations, à deux heures et à dix heures du soir.

Quatrième jour. Nuit très- bonne. Ventre indolent, déprimé, mou. État général excellent. iMadameV... se porte à merveille. Les pédicules des ovaires et l'épiploon sont secs et résonnent comme un morceau de bois. Il existe un peu de suintement séro-purulcnt à leur point d'émergence. Absence de rougeur autour des points de suture et le long de l'incision. Pansement comme les jours précédents avec du sulfate et du perchlorure de fer. Pouls à 86 pulsations, à huit heures du matin. La région épigastrique gA un peu gonflée (tympanitc stomachale). L'opérée éprouve des envies d'éructaction qu'elle ne peut satisfaire. Je prescris de la liqueur ammoniacale anisée, de l'eau rougie pour boisson, prise avec discrétion, et comme les jours précédents, 12 grammes d'acétate d'ammoniaque et 1 décigramme d'acétate de morphine par vingt-quatre heures.

A trois heures du soir on observe que l'estomac s'est distendu peu à peu par les gaz et se dessine en relief dans la région épigastrique : il laisse de temps en temps échapper une partie de son contenu par l'orifice pylorique en produisant des borborygmes. Les éructations n'amènent que des liquides en petite quantité. Je soulève un peu le dos pour faciliter les éructations qui amènent alors des gaz sans odeur acide et qui produisent un soulagement marqué.

Vers la nuit surviennent de nouvelles éructations qui n'amènent que des liquides (1). Ces liquides, par leur présence désagréable

(l) Le poids du ventre avait déterminé une ensellure considérable, et l'on a dû placer un coussin sous les reins pour empêcher un redressement trop prononcé de la colonne vertébrale, qui eût été insupportable pour repérée. Il en éiait résiillé que l'orifice cardiaque de l'estomac

50 OPÉRATIONS d'oVARIOTOMIE.

dans l'airière-gorge et le trop-plein de l'estomac, provoquent des vomissements brusques accompagnés de contractions extrêmement énergiques des muscles ebdominaux, menaçant de faire éclater les sutures abdominales. Ces vomissements n'amènent que des glaires et une partie des liquides ingérés; ils cèdent facilement au changement de position : il a suffi pour les arrêter de placer la poitrine et la tète dans une situation plus élevée et de faire boire quelques gorgées d'eau glacée, lesquelles donnèrent lieu à des éructations prolongées. Les vomissemenis étaient survenus presque sans nausées et d'une manière presque instantanée ; ils n'offraient par eux-mêmes rien d'inquiétant. Le ventre était mou, indolent à la pression et déprimé dans sa partie sous -ombilicale.

L? réunion immédiate est parfaite dans toute la partie de l'incision, dont les bords ont été maintenus affrontés. Aucun des points de suture n'est enflammé ; malgré la \iolence des contractions abdominales, aucun d'eux n'a cédé d'un millimètre; mais par précaution j'entoure le ventre d'un bandage de corps convenablement serré. Vers deux heures du matin il se reproduit encore quelques vomissements qui cèdent aux mêmes moyens que précédemment. La nuit se passe ensuite d'une manière très-calme.

Cinquième jour. La sécrôiion purulente devient plus abondante, mais on l'observe exclusivement dans l'entonnoir au fond duquel sont disposés les pédicules jusqu'à une profondeur de 8 centimètres et autour des ligatures de l'épiploon h 1 centimètre de profondeur. Pouls à 87 pulsations. Deux points de suture entortillée sont enlevés. Aucun point de suture n'est enflammé. Pansement au perchlorure et au sulfate de fer.

Pour maintenir la réunion immédiate et pour empêcher toute traction sur les points de suture restants, je fixe avec du collodion

était très-dt!clive et baigné par les liquides que les contractions de l'organe tendaient à expidser de son côlé, tandis que les gaz s'échappaient par rorifice pyloriquc qui était situé sur un plan plus élevé. Mallieu-' reusement il était impossible de maintenir la poitrine dans une po.M'ioa suflisamment redressée.

sur les parties latérales de l'abdomen des fils, qui, réunis deux à deux en forme de cordons, sont ensuite liés avec ceux du côté opposé pardessus l'incision. Je dispose ainsi cinq rangs de cordons placés en dehors el de chaque côté des points de la sulure profonde, et composés chacun de deux fils de coton (1). Je lie ces cordons par-dessus la charpie et les compresses imbibées de sulfate de fer qui recouvraient l'incision, en ayant soin de serrer suffisamment les nœuds. J'obliens ainsi un rapprochement transversal de 7 centimètres qui produit un relâchement complet des tissus de la partie moyenne du ventre. Après avoir disposé par-dessus tout l'appareil un bandage de corps retenu par deux sous-cuisses, je prescris un lavement avec du miel qui donne lieu à deux selles de couleur très-foncée, colorées par du .sulfure de bismiilh, dont les dernières parties consistent uniquement en résidus delà sécrétion biliaire el intestinale, et présentent une analogie frappante avec le méconium des nouveau-nés. L'urine, jusqu'alors fortement chargée, devient claire. L'acétate de morphine est supprimée. Eau rougie pour boisson.

La journée .s'est bien passée; mais, vers le soir, l'estomac s'est de nouveau laissé distendre par des gaz : de nouvelles éruclations se produisent, suivies de deux accès de vomissement survenant, connue ia veille, avec une rapidité extraordinaire. Remarquant que chaque gorgée de liquide ingéré provoque une petite éructation, j'imagine de venir en aide aux contractions de l'estomac et de le vider des gaz qu'il renferme, en le comprimant brusquement au moment de chaque éructation, qui devient alors Irès-prolongée. L'estomac se vide ainsi en grande partie. Madame V... repose ensuite tranquillement et passe une très-bonne nuit.

(1) Pour allacher les fils, on place ces derniers sur la peau et on les recouvre do quelques brins de colon sur lesquels on verse du collodion. Le coton sert à donner du corps, de la résistance au collodion qui doit être très-liquide, de manière à couler comme de l'eau. Pour que le collodion tienne bien, il faut laver préalablement la peau avec un linge, etc., imbibé d'éthcr. Les fils sont ensuite associés deux à deux ou trois à trois pour former une série de cordonnets placés vis-à-vis do ceux du côté opposé.

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